François Ruffin : "Il faut que les gens prennent conscience qu'ils sont forts"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9-30.
Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le député LFI NUP de la Somme. Question-réaction au standard d'Inter, 0145 24 7000, et sur notre application mobile. François Ruffin, bonjour. Bonjour. Et bienvenue à ce micro, beaucoup de sujets à aborder avec vous. Commençons par la réforme des retraites, comme prévu. Yael Brown-Pivet, président de l'Assemblée nationale, va brandir l'article 40 de la Constitution pour déclarer irrecevable la proposition de loi Lyot, visant à abroger la réforme des retraites, qui va donc s'appliquer dès septembre.
Reconnaissez-vous, François Ruffin, ce matin, que c'est aujourd'hui l'épilogue de la contestation sur cette réforme des retraites, que la partie est terminée, que la page est tournée.
Moi, je viens de dire aux gens, ce matin, nous sommes forts. Nous sommes forts. Quand un ministre vient dire, nous ferons tout pour que le débat n'ait pas lieu, c'est un aveu de faiblesse de leur part. Quand Yael Brown-Pivet vient dire, nous ferons barrage, barrage au quoi ? Barrage au vote, quand ils ont peur du vote, c'est un aveu de faiblesse de leur part. Quand ils recourent à l'article 49.3, à l'article 47.1, à l'article 40, c'est-à-dire à tous les artifices juridiques, pour que ce débat ne se déroule pas, ça veut dire qu'ils savent que c'est nous qui sommes forts et eux qui sont faibles. Et je veux dire aux gens qu'ils sont forts, ils sont forts dehors.
Quand les syndicats ont été unis du premier jour jusqu'à aujourd'hui, tous, quand il y a eu des millions de personnes dans la rue, une, deux, trois, quatre, cinq fois, quand on a quatre salariés sur cinq qui se sont opposés à cette réforme du début jusqu'à aujourd'hui, quand on a les deux tiers des Français qui restent opposés à cette réforme aujourd'hui, il faut que les gens prennent conscience qu'ils sont forts.
Vous dites on est forts, mais peut-être, mais ils ont gagné, puisque les 64 ans vont s'appliquer à partir du 1er septembre prochain.
Nous avons aujourd'hui un colosse au pied d'argile, un tigre de papier.
Un tigre de papier qui arrive à faire passer sa réforme malgré une opposition de 70% des gens.
Avec ses petites ficelles. Vous savez, quand la démocratie, qui signifie normalement le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple, devient le pouvoir sans le peuple et contre le peuple, ça ne tient pas longtemps. Moi, ce que je veux qu'on signale aujourd'hui, c'est à quel point cette loi sur les retraites, cette opposition qui demeure aujourd'hui, et on passe par-dessus, non seulement ce que pensent les gens dehors, ce que pensent les Français, mais aussi quand on passe par-dessus l'Assemblée, quand Charles de Courson devient un symbole de la rébellion, c'est qu'il y a quelque chose qui se passe dans le pays.
Pour moi, il s'agit de bien comprendre qu'on est aujourd'hui à un point d'achèvement. Le point d'achèvement de quoi ? Ça fait 40 ans, ça fait au moins depuis le 29 mai 2005, qu'on a des dirigeants qui dirigent contre les gens, sans les gens, et qui prennent une direction que ne soit pas le pays.
Attends, contre les gens, sans les gens, etc. Depuis 2005, il y a eu des élections présidentielles, législatives, ils ont la légitimité des urnes, non ?
Ce n'est pas équitus pour faire tout et n'importe quoi. Ce n'est pas contre les gens. Si, c'est contre les gens, c'est contre les gens, très profondément.
On est en dictature ?
Non, mais on est dans une démocratie qui devient quand même très particulière. Mais c'est bel et bien contre les gens aujourd'hui. C'est contre les gens sur plein de points. Mais sur quoi ? Vous regardez ce qui se décide sur les questions de libre-échange. Est-ce que les Français veulent des accords avec les Nouvelles-Zélandes ? Est-ce que les Français veulent des accords avec les pays d'Amérique du Sud ?
Alors pourquoi ils ne vous élisent pas ? Pardon de vous dire, pourquoi est-ce qu'Emmanuel Macron a gagné il y a un an ?
D'abord, il gagne. Je regarde la société française et je considère qu'elle est objectivement aujourd'hui divisée en trois blocs. Donc, il n'a pas un bloc majoritaire. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que quand on est élu dans ces conditions-là, et je le dis pour la gauche demain, si on est élu dans ces conditions-là, avec un bloc d'extrême droite, avec un bloc de gauche, et avec un bloc central libéral, qui s'effrite dans la durée, qui va continuer de s'effriter, eh bien, il faut chercher à réparer ces fractures-là, et non pas à diviser encore davantage. Moi, je suis triste pour mon pays aujourd'hui.
Je suis triste pour mon pays aujourd'hui, parce que là où un président de la République doit être garant de l'unité de la nation, on a au contraire un porteur de division. Aujourd'hui, je suis triste pour mon pays, parce qu'on ne répond pas aux questions qui sont les plus urgentes pour nous. Je veux dire, prenez, qu'est-ce qui concerne les Français ? Qu'est-ce qui est fait, par exemple, sur les prix aujourd'hui de l'agroalimentaire ? Les prix dont on sait que d'après l'IMS...
Le panier anti-inflation.
Non, c'est de la rigolade. On a Bruno Le Maire qui, tous les matins, vient dire, voilà, attention, les industriels de l'agroalimentaire, s'ils continuent comme ça, je vais me fâcher, je vais faire une loi et tout ça. À la fin, on a quoi ? On a 70% des prix qui augmentent à cause des profits, et on a une non-réaction du gouvernement, alors qu'il y a un désir des Français d'aller vers une régulation des prix. Mais regardez ce qui se passe sur le logement, parce que la question du pouvoir d'achat aujourd'hui, c'est centralement la question du logement. Emmanuel Macron met en place un conseil national de la refondation qui vient dire, il faut réguler les loyers, il faut réguler le foncier.
Et derrière, il décide de ne rien faire. Regardez quand vous avez Jean Pisani Ferry, économiste macroniste, qui vient dire, il faut un impôt de solidarité sur la fortune. Ce qu'avait dit le FMI, ce qu'avait dit Pierre Moscovici, et vous avez Macron tout seul dans son bureau qui dit, ce débat sur la fiscalité des riches, c'est un débat à la con et qui botte en touche. C'est dire leur isolement aujourd'hui. Nous sommes forts, nous sommes nombreux dans le pays. Quand on prend l'indexation des salaires sur l'inflation, quand on prend l'instauration de la bonne solidarité sur la fortune, c'est 80% des Français qui sont d'accord avec ça.
Mais en tout cas... Ce n'est pas un meeting.
Oui, et au terme de cette séquence, entre guillemets, sur les retraites, nous avions Brice Tinturier, ici, à ce micro, mardi, qui nous disait que c'est le Rassemblement National, et Marine Le Pen, qui avait le plus capitalisé politiquement, sur ce moment-là. Il n'y a pas de progression, de dynamique en faveur de la gauche. Ce n'est pas du tout la France insoumise qui a capitalisé. Au contraire, elle s'est affaissée dans l'opinion. Voilà ses propos. Ça ne vous désespère pas, François Ruffin. À aucun moment, vous ne vous dites que vous auriez pu ou dû faire les choses autrement ces derniers mois.
Moi, je considère qu'il y a un match. Vous savez, après la crise de 1929, ça a donné le nazisme en Allemagne, le New Deal aux Etats-Unis et le Front populaire en France. Donc, il n'y a pas de fatalité dans cette histoire-là. L'histoire, elle est ce que les hommes et les femmes en font. Et je viens dire, aujourd'hui, surtout, il ne doit pas y avoir de découragement. Je lisais un bouquin sur la montée du nazisme en Allemagne, du journal d'un Allemand, et qui expliquait que le nazisme s'est installé parce qu'il y en avait quelques-uns qui étaient convaincus de l'antisémitisme. Et il y a la masse des gens qui ont baissé les bras, qui ont laissé faire.
Eh bien, je viens dire, encourager les gens pour dire, pourquoi ? Parce que nous avons les meilleures réponses aux crises que le pays traverse aujourd'hui. C'est quoi ? La crise que le pays traverse, c'est qu'au fond, on a un marché qui ne marche pas. On voit ça sur les prix de l'électricité, quand ils bondissent, quand ils font du yo-yo. Qu'est-ce qu'il faut à ça ? Il faut de la régulation. On voit ça sur les prix du logement. On voit ça sur les prix de l'agroalimentaire. On a aujourd'hui un marché qui ne marche pas, et on a un ordre libéral qu'il a installé depuis 40 ans, et qui pense que c'est par le marché, le marché, le marché qu'on va s'en sortir.
Oui, d'accord, sauf que ça fait cinq mois. Pardon, je veux faire de la théorie, mais excusez-moi, François Ruffin, ça fait cinq mois que vous protestez, que vous manifestez, et à la fin, puisqu'on est à la fin, comme l'a dit lui-même Laurent Berger, on est à la fin du match, à la fin, la réforme des retraites va passer, et à la fin, pardonnez-moi de vous dire, selon tous les sondages, parce que vous citez les sondages, quand ils vous arrangent sur cette Français sur 10, sont contre cette réforme des retraites, et bien à la fin, c'est Marine Le Pen qui en grange, et pas vous.
Vous disiez même, vous-même, à ce micro, en octobre, vous-même, je n'ai plus envie de hurler sur les bancs de l'Assemblée nationale, je l'ai dit au groupe, ça ne sert à rien, ça renforce le Rassemblement national. Vous le disiez en octobre, manifestement, ils ne vous ont pas écouté, le groupe, et donc moi je voudrais savoir, on a posé la question à Olivier Dussop tout à l'heure, de savoir s'il a des regrets, est-ce que vous, vous avez des regrets, est-ce qu'il y a des choses qui ont dysfonctionné quand vous avez vu la stratégie de bruit et de fureur que vous avez installée dans votre groupe, est-ce que vous le regrettez ?
On peut toujours avoir des regrets, on peut toujours se tourner vers le passé et dire, voilà, il y a ceci, ceci. Il faut un moment, non ? Oui, il y a un bilan critique à opérer. Maintenant, moi, je me tourne vers l'avenir. Je sais que les...
Avant de vous tourner sur l'avenir, pardonnez-moi de vous dire, est-ce que vous avez des regrets sur ces 5 mois, ces 5 mois qu'on vit tous les jours au rythme de cette réforme des retraites ? Je vous pose la question, est-ce qu'il y a des choses qui ont dysfonctionné ? Est-ce que traiter un ministre d'assassins jouer au foot avec lui ? Est-ce que hurler quand la Première ministre parle, est-ce que vous êtes d'accord avec cette stratégie ?
Je l'ai dit, madame Salamé, je l'ai écrit sur mon blog, je pense que nous n'avons pas de problème de fond, mais nous avons un problème d'expression. Donc il y a des choses à corriger sur notre expression. Bon, voilà. Maintenant, sur le fond, je viens pour dire que nous répondons aux demandes des Français. C'est quoi ? Vous regardez sur le partage des richesses, avec le gavage des gens aujourd'hui. On a des propositions sur la redistribution des richesses dans le pays. Vous regardez le programme du Rassemblement national, il n'y a pas le mot partage, il n'y a pas le mot dividende, il n'y a pas le mot actionnaire, il n'y a même pas le mot égalité.
La question qui a surgi, que j'avais déjà posée, moi, il y a un an, dans mon petit livre, je vous écris le nom.
Bien sûr, vous avez réussi sur ça.
La question du mal-être au travail, de mal faire son travail, les inaptitudes en série, ça a bondi, là, c'était un révélateur sur les retraites. Que dit le Rassemblement national sur la question du travail ? Rien. Il n'y a rien sur les temps partiels, il n'y a rien sur les CDD, il n'y a rien sur les inaptitudes, il n'y a rien sur l'intérim, il n'y a rien sur tout ça.
Et pourtant, c'est elle qui attire de plus en plus.
Nous sommes en cours de match. Là-dessus, au moins, vous pouvez dire que sur les retraites, peut-être qu'on va jouer les prolongations, mais là, le match, avec le Rassemblement national, il n'est pas terminé. L'enjeu, aujourd'hui, comprenez bien ce qui se passe, c'est que le bloc libéral central, il s'effrite dans la durée. Il s'est effrité après le 29 mai 2005, il s'est effrité après les Gilets jaunes, là, il s'effrite à l'occasion du conflit sur les retraites. La grande question, c'est vers quoi vont être attirées les particules qui décrochent de ce bloc central ? Et là, la bataille, elle est là.
Et est-ce que ces particules vont aller vers la gauche ? Parce que vous écriviez dans ce livre que de partie des salariés, nous voilà dans l'esprit commun, le parti des assistés. À ce micro, vous disiez que vous étiez là pour que la valeur travail revienne à gauche. Quand j'entends des gens me dire qu'ils ne peuvent pas être pour la gauche parce qu'ils sont pour le travail, je considère qu'on a un souci majeur. C'était vos propos. La gauche est-elle en train de régler ce souci ? Ou garde-t-elle un problème avec la question du travail ?
Je pense qu'on doit placer au cœur de notre programme. Le travail est mieux. Je participais à un colloque où c'était travailler moins, travailler mieux, travailler tous. Aujourd'hui, le gros souci, c'est le mal-être, le mal-faire au travail. Et ça, c'est une question qu'on doit affronter. Comment on fait pour que les gens se sentent mieux au sein de leur entreprise ? Ce n'est pas une question qu'on doit juger comme étant périphérique. C'est, à mon avis... Et même, je le dis, aujourd'hui, l'ordre libéral, ceux qui tiennent le volant depuis maintenant 40 ans, ils ne sont pas à même de régler les grands problèmes de notre temps. Et à commencer par la question climatique.
Vous savez que j'organise un colloque samedi matin au Collège des Bernardins sur l'économie de guerre climatique. C'est quoi l'idée ? L'idée, c'est de dire que fait Ruhlveld en 1942 quand il entre en guerre ? Eh bien, il décide de canaliser alors qu'il lui manque de bombardiers, il manque de tanks, ou qu'il manque de porte-avions. Il décide de canaliser toute l'énergie du pays, tous les savoir-faire, toute la main d'oeuvre du pays en une direction qui est l'économie de guerre. Eh bien, de la même manière, aujourd'hui, nous devrions faire la même chose et canaliser toutes les énergies du pays, tous les capitaux, toute la main d'oeuvre en une direction qui est l'économie de guerre climatique.
Vous faites beaucoup d'associations d'idées ce matin, c'est intéressant.
Ce n'est pas pour le climat, c'est pour le travail.
Le travail, 7% de chômage, jamais le chômage n'a été aussi bas. Encore ce matin, l'INSEE annonce 86 887 000 emplois en plus au premier trimestre, ce qui me fait vous poser la question de Gilles sur l'appli d'Inter. Vous êtes fan absolu du RC Lens. La politique d'Emmanuel Macron a permis à 87 000 personnes de trouver un emploi au premier trimestre en trois mois. C'est beaucoup plus que la capacité du stade Bollard qui n'accueille que 38 000 spectateurs. Qu'est-ce que ça vous inspire ?
Comprenez qu'est-ce que c'est la grande transformation du marché du travail sous Emmanuel Macron. C'est de transformer des métiers en des bouts de boulot. La grande question aujourd'hui, c'est est-ce que les gens peuvent vivre de leur travail ? Moi, je viens poser que les Français doivent vivre de leur travail. C'est-à-dire qu'il y a un devoir moral de travailler, de participer.
Vous ne répondez pas sur la baisse du chômage, sur le fait que 87 000 créations nettes d'emploi
au premier trimestre. Qu'est-ce qu'il y a là-dedans ? Il y a 2 100 000 créations de micro-entreprises. Avec, on le sait, en moyenne, on est à 547 euros. Sur le statut d'auto-entrepreneur, il y a une volonté du gouvernement de faire que ces gens n'aient pas le droit à la sécurité maladie, qu'ils n'aient pas le droit aux accidents du travail, qu'ils n'aient pas le droit aux congés payés, et ainsi de suite. Donc, la question aujourd'hui, c'est comment on fait pour qu'à l'hôpital, il y ait des emplois qui servent ? Comment ça se fait que l'école pillée de la République, on récrute des enseignants en job dating ? Comment ça se fait qu'on a un rail qui déraille ? Comment ça se fait ?
Vous regardez, ma mère, elle devait se faire opérer cette semaine. On lui a demandé de venir avec son médicament, elle a fait le tour de toutes les pharmacies de Picardie, elle a appelé des gens dans le Nord pour trouver son médicament, elle ne l'a pas trouvé. Ça veut dire quoi ? Comprenez ça, c'est qu'aujourd'hui, on a un marché qui ne marche pas. On a un Emmanuel Macron qui est sorti dans la crise Covid, qui avait dit qu'on va réprétrier les médicaments, on en est très loin. Donc, il s'agit que sur tous ces sujets-là, on reconstruise la nation ensemble. Et aujourd'hui, ce n'est pas fait du tout.
On va passer au standard où nous avons un certain nombre de questions politiques. Laurent nous attend. Bonjour, bienvenue. Oui, bonjour Nicolas,
bonjour Léa et bonjour François.
Bonjour.
Oui, alors moi, ça me fait d'accord parce que 2027, on va faire comment avec Jean-Luc Mélenchon ? Les gens n'en veulent pas, Jean-Luc Mélenchon fait peur aux gens et les gens me disent que ce n'est pas la peine, on ne votera pas pour lui, il est taré. Mais quand on voit tous les gens qu'il a pu écarter, que ce soit Raquel Guérido, que ce soit Alexis Corbière, le soutien à Adrien Quatennens, ce n'est pas possible. Qu'est-ce que tu fais encore dans le parti, François ?
Merci Laurent pour cette question. François, comme vous l'appelez, vous répond. François Ruffin a la parole.
Dire que sans Jean-Luc Mélenchon, la gauche dans notre pays, elle serait sans doute morte. Quand la gauche a été François Hollande avec comme fils Emmanuel Macron, je veux dire, pour les gens de mon coin, pour les ouvriers et les employés, ça ne fait pas du tout envie. Et moi, je me suis reconnu dans la démarche de long terme, je me reconnais dans la démarche de Jean-Luc Mélenchon qui, depuis le traité constitutionnel européen de 2005, en gros, à travers le front de gauche, est venu relever une gauche, la mettre sur ses deux jambes, sa jambe rouge et sa jambe verte, sa jambe à la fois sociale et sa jambe écologique.
Donc voilà, ce qu'a permis Jean-Luc Mélenchon à la dernière élection, c'est quand même qu'on ait une gauche à 22%. Alors, elle ne passe pas le cadre du premier tour, mais elle est quand même là, elle est quand même debout à 22% et elle retrouve des pans des classes populaires dans les quartiers, elle retrouve des classes populaires en Outre-mer, elle retrouve les jeunes décentralisent.
Et 2027, s'il repart,
vous soutenez ? 2027, vous savez, vous savez pourquoi je suis là ? J'ai passé 4 jours dans ma circonscription à faire mon députour, des centaines de personnes qui ont pris mon oreille pour un cahier de doléances, d'accord ? J'ai dans l'oreille Jackie, qui est chariste en logistique, oui, ça vous plaît peut-être pas ?
Non, je vous mets à l'aise, ça me plaît, mais vous ne répondez pas aux questions, vous faites votre show, vous répondez pas, on connaît le show, là je vous pose la question pour 2027, s'il y va, vous le soutenez ou pas ?
On verra comment ça se présente, je veux dire, il y a 4 années d'ici là, donc il faudra qu'il y ait un candidat, et un candidat unique de la gauche, il faudra qu'on ait un bloc qui soit rassemblé pour pouvoir faire fond au Rassemblement National et faire fond au bloc libéral avec les successeurs d'Emmanuel Macron, donc à ce moment-là, on verra pour se mettre en ordre de bataille, il y a 4 ans d'ici là, quand même, je vous dis, dans mon coin, les gens ne me parlent pas de ça, il me parle de comment ça se fait qu'il passe sous la ligne de flottaison, je vous parlais de ce chariste, qui se lève à 4h du matin, qui va bosser, et là, il est à moins 50 euros, alors que d'habitude, il se serre toujours la ceinture et il arrive à rester au-dessus, il va voir son fils pendant un mois, en août, qu'est-ce qu'il va faire avec lui ?
Il ne va pas partir en vacances, mais est-ce qu'il va pouvoir aller à la mer ? Est-ce qu'il va pouvoir prendre quelques glaces ? Est-ce qu'il va pouvoir avoir le droit à des extras ? Est-ce que dans la semaine où il travaille, il va pouvoir le mettre au centre d'activité ?
Vous ne craignez pas parfois d'être le rocard de Mélenchon ? À la fin, c'est Mitterrand qui gagnait.
Moi, ce que je crains, c'est que Jackie ne soit pas représentée dans le pays. Que les auxiliaires de vie que j'ai rencontrés à Audruik, encore hier, vous savez, les auxiliaires de vie sociale à qui Emmanuel Macron avait promis reconnaissance et rémunération, c'est que derrière, il n'y a rien pour elle. Voilà pourquoi je me bats. Je sais pourquoi je suis ici. Je sais pourquoi je suis à l'Assemblée. Ce n'est pas pour les guéguerres d'égo. Ce n'est pas du tout pour ça. Non. Il faut se grandir. Il faut se grandir pour notre pays. Moi, vous, tous, on doit se grandir pour notre pays.
On doit se demander comment on remet sur pied une école de la République qui fonctionne pour tous les enfants du pays. Comment on remet sur pied l'hôpital pilier de l'État social ?
Plusieurs questions sur l'application d'Inter. Réponse rapide. Stéphane, ce que vous appelez des artifices juridiques sont les articles de notre Constitution. C'est grave d'attaquer les fondements de notre démocratie. François Ruffin.
Là, on voit qu'on a très bien des bouts de ficelle qui sont racolés les uns derrière les autres et que, comme disait Montesquieu, l'esprit des lois n'est pas respecté. L'esprit des lois qui fait que, normalement, l'Assemblée nationale, elle devrait pouvoir avoir... Vous savez, d'ailleurs, il y a la statue de Montesquieu dans les jardins de l'Assemblée et je me dis, mais bon sang, il doit se retourner dans sa statue, ça doit faire toupie tous les jours.
Tellement, il doit tourner vite à l'intérieur parce qu'on a aujourd'hui une chaîne qui est entre l'Assemblée et l'Élysée et c'est cette chaîne qui est à rompre pour qu'on ait un véritable pouvoir législatif qui soit aujourd'hui indépendant du pouvoir alizéen. On ne peut pas laisser toutes les décisions entre les mains d'un seul homme. Il faut restaurer de la démocratie dans le pays. Ça passe, par exemple, par l'instauration du référendum d'initiative citoyenne. Question de Rémi, souhaitez-vous sortir de l'UE ? Vous savez, Jean-Pierre Gevènement disait « Je n'étais pas pour monter dans l'avion et maintenant que je suis dedans, je ne suis pas pour sauter sans parachute. » D'accord ?
Et donc, aujourd'hui, d'autant plus dans une Union européenne où, en fait, on a un Emmanuel Macron qui est plus libéral que l'Union européenne elle-même. Je parlais tout à l'heure des auto-entrepreneurs. La Commission européenne, tout comme le Parlement européen, ont décidé qu'il fallait avoir une présomption de salariat, c'est-à-dire qu'il devait y avoir des droits pour les travailleurs des plateformes de Uber et compagnie, des droits au chômage, des droits aux congés payés, des droits à la retraite et qui s'y opposait ? Elisabeth Borne et Emmanuel Macron. Donc, on a une France qui fait opposition quand c'est l'UE qu'il faut brûler. Il ne faut pas sortir
de l'Union européenne ? On vous entend. Faut-il désobéir ?
Oui. Il y a certains points. Vous savez, je prends des points très bêtes. J'étais en commission des affaires économiques sur les états généraux de l'alimentation et on voulait qu'il y ait la possibilité pour les cantines de s'approvisionner à 5, 10, 20 kilomètres de l'école. Eh bien, on nous a répondu non, ce n'est pas possible parce qu'il y a le droit de concurrence européen qui fait que le paysan espagnol il doit pouvoir produire pour cette cantine-là. Ah non. Voilà. C'est une question de bon sens et il y a des points sur lesquels il faut désobéir. Si on veut ravoir des médicaments dans notre pays, sans doute qu'il faudra désobéir. À quoi ?
Ce qui doit diriger notre pays, ça n'est pas le marché. Ça n'est pas la concurrence. On doit diriger ce qu'on veut. Oui.
Et pour les européennes, est-ce que vous pensez les élections européennes, est-ce que vous pensez comme Jean-Luc Mélenchon que s'il n'y a pas de liste commune NUP à ces élections, ce sera la fin précisément de la NUP ? Alors,
je souhaite qu'il y ait une liste commune aux élections européennes. Pourquoi ? Parce que c'est la seule manière d'aller affronter le Rassemblement national, d'aller affronter le Bloc libéral. Donc, je souhaite une liste unique.
S'il n'y en a pas, puisque les Verts vous disent non, etc., s'il n'y en a pas, est-ce que c'est la fin de la NUP ?
Non. Moi, je souhaite... Vous savez, dans un couple, je vous l'ai déjà dit, dans un couple, et en particulier dans un couple à cinq, une infidélité ne doit pas conduire au divorce. Donc, il faudra que... Donc,
même s'il y a infidélité, il ne faut pas divorcer. C'est une petite séparation, un break.
Et donc, y compris dans les élections européennes, il faudra qu'il y ait un gentleman agreement, qu'on continue de se parler, qu'on échange. Aujourd'hui, ce qui nous manque au sein de la gauche, c'est un lieu de débat où on vienne poser qu'est-ce qui nous sépare et qu'est-ce qui nous rassemble.
Un mot sur l'immigration. Vous en parlez très rarement, François Ruffin. Olivier Véran disait d'ailleurs à ce micro qu'il préférait une droite LR qui faisait des propositions quitte à ne pas être d'accord avec elle, qu'une gauche silencieuse et qui se planquait sur le sujet. Qu'est-ce que vous en pensez ? Vous pensez qu'il y a trop d'immigration, qu'il faut la réguler, qu'il faut durcir ?
D'abord, il faut penser à mieux accueillir les gens qui sont sur notre territoire. C'est-à-dire quoi ? Mieux accueillir, ça veut dire pour moi deux impératifs, la langue. Aujourd'hui, il n'y a pas d'apprentissage de la langue pour les gens qui arrivent sur le territoire français. Comment on se débrouille ? Ça n'est pas du tout organisé.
Est-ce qu'il y a trop d'immigrés ? Est-ce qu'il faut mieux réguler les flux ?
Je vais vous répondre. La deuxième question, c'est sur le travail. Pour moi, il doit y avoir un devoir de travail pour tous les gens qui sont présents sur le territoire français et donc aussi pour les personnes qui sont immigrées. Maintenant, moi, je ne suis pas sans frontières. Je suis partisan qu'on puisse choisir, qu'on puisse décider ensemble de qu'est-ce qu'on fait sur le terrain de l'immigration. Mais pour moi, la priorité aujourd'hui, elle est celle du mieux accueillir.
Vous avez appelé il y a un mois à la gratuité des péages sur les autoroutes l'été pour permettre à tous les Français de partir en vacances. Clément Beaune, ministre des Transports, vous a répondu sur RTL. Démagogie et il demande plutôt aux sociétés autoroutières une ristourne de 10% sur les péages. 10% de ristourne, ça vous bat ? Non,
pas du tout. C'est de la rigolade. Quelle est la situation aujourd'hui ? On a des autoroutes qui ont été confiées à la SANEF, à Vinci et compagnie qui ont fait l'an dernier 4,5 milliards d'euros de profit, c'est une rente, et là-dessus qui ont redistribué 4 milliards d'euros aux actionnaires. C'est-à-dire plus de 80%, c'est gigantesque. Ben oui, quand il y a ce magot-là qui est prélevé tous les jours sur les automobilistes français, quand on sait qu'il y en a plein qui vont avoir des difficultés pour partir en vacances, et je rappelle que dans le dépense de vacances, le premier poste, ce sont les déplacements.
Donc évidemment, là, je veux dire que pour appartenir pleinement à la nation, je souhaiterais que Vinci, la SANEF, disent, bon ben voilà, je lève les barrières de pH pendant l'été. Et on voit très bien le raisonnement du gouvernement, je veux dire, Michel-Édouard Leclerc, il va entrer au gouvernement, parce que là, c'est quoi ? C'est des bons d'achat, des ristournes, des primes tous azimuts, bon, ça va pas, c'est pas ça. On demande à un gouvernement d'avoir un projet pour le pays. Qu'est-ce qu'ils vont faire pour faciliter les départs en vacances des Français ? Parce que ça produit un sentiment de déclassement.
Moi, j'ai des gens dans mon coin qui travaillent, qui travaillent dur, et ils disent, mes parents, il n'y avait qu'un seul salaire, il n'y avait que mon père qui était ouvrier, et on partait, on allait au camping, on voyait la Bretagne, on voyait l'Auvergne, et ainsi de suite. Là, nous, avec nos enfants, on ne peut plus partir en vacances. Et ça, ça produit un sentiment de déclassement.
Vous avez fait un appel au don, vous en êtes à combien ?
Je ne sais pas. Je ne regarde pas au jour le jour. Ce que je sais, c'est que vous savez, là, vous n'êtes pas tout seul. Non, on n'est pas tout seul, on a des techniciens qui sont derrière,
on les salue. Pour moi,
c'est pareil. Je veux dire, la politique, ce n'est pas un homme tout seul, c'est une équipe. C'est une équipe. Si jamais on a un colloque samedi matin au Bernardin sur l'économie de guillère climatique, parce que je pense que c'est un saut qu'il nous faut faire, si on veut mener les batailles idéologiques dans le pays, si on veut les gagner, si on veut sortir du tout marché, si on veut conquérir le pouvoir en 2027, et voir avant...
Jean-Luc Mélenchon, il a fait son chèque ou pas ? Il a dit qu'il allait vous aider ?
Je ne sais pas. Comme je vous dis que je ne contrôle pas combien j'ai reçu, je ne peux pas vous dire que je contrôle qui a donné. Je ne sais pas si vous avez donné, Madame Salamé.
Non,
moi,
je ne donne pas au parti politique, vous savez. François Ruffin, merci d'avoir été au micro d'Inter. Merci à vous.
François Ruffin