F. Bayrou : "La personnalité du président a rendu possible le succès que nous avions effleuré il y a dix ans"
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Un podcast France Culture.
On aurait prévenu la sécurité de la maison de la radio, porte A, pour qu'elle remonte le pont-levis après son arrivée, car c'est une personnalité quand même, et qui n'a pas que des amis. Au fil des minutes, M. 4 se serait détendu. Oui, c'est ça, il aurait fendu l'armure. Sa naissance à peau, sa passion, tout au long de sa carrière pour l'Europe. Il se sentait aussi bien de France que de Navarre, favorable à l'ouverture des frontières avec l'Espagne, évidemment. Puis, sans jamais oublier le Béarn, il monte à Paris à mesure que son destin devient national. L'entendre nous expliquer comment il fait le siège de Vendôme en 1589 et en devient duc.
Protestant, protestant encore, il se convertit au catholicisme, prenant part à ce qu'on appelle alors la conjuration des malcontents. Un groupe de nobles catholiques et en même temps de nobles protestants, mécontents de la politique du gouvernement. Henri IV, on l'aurait aussi interrogé sur le sens de ses choix structurels pour l'avenir du pays, réputé qu'il fut pour ses plans visionnaires. Et comme nous sommes des gens délicats sur France Culture, je me serais abstenu d'évoquer devant lui son assassinat rue de la Ferronnerie dans le premier arrondissement de Paris, tandis qu'il se rendait avec son carrosse non blindé au Palais du Louvre. Voilà.
Bon, il ne faut pas regretter, parce qu'en fin de compte, Henri IV, il n'a pas non plus le monopole du destin béarnais. Il ne l'a pas. Regardez notre invité du jour dans le sens politique. Lui aussi, il est né presque à Pau, 16 kilomètres à vol d'oiseau. Lui aussi, européen engagé, il préside même depuis 18 ans le Parti démocrate européen. Lui aussi rejoint Paris et ses palais de pouvoir. Lui aussi est réputé protestant. Protestant contre Jacques Chirac, contre Nicolas Sarkozy, contre François Hollande.
Il tente donc lui aussi, plusieurs fois logiquement sa propre conjuration du malcontent, en se présentant à la présidentielle de 2002, 2007 et 2012, pour rassembler gens de droite et en même temps de gauche. Puis lui aussi se fit moins protestant. Il proteste moins en 2017, se convertissant au macronisme mais prenant d'assaut lui aussi Vendôme, précisément la place Vendôme, pour y devenir garde des Sceaux. Et désormais, comme Henri IV, lui aussi est connu pour son sens de la prospective. C'est même l'une de ses activités, puisque le voilà depuis deux ans au commissaire, au plan. Mais vous voyez comme on apprend des erreurs de ses aînés.
Je parierais que notre invité béarnais du jour ne passe jamais, lui, par le quartier des Halles lorsqu'il se rend au palais de l'Elysée. François Bayrou, bonjour. Bonjour. Soyez le bienvenu, dans Sens Politique, au commissaire au plan, ce plan qui a navigué comme il a pu, au fil de l'eau, parfois à contre-courant depuis sa création en 1946, par le général de Gaulle. On a commencé par l'appeler le commissariat général au plan, ou du plan, chargé de proposer à titre indicatif des plans quinquennaux et ainsi définir la planification économique du pays à la sortie de la guerre. Votre prédécesseur d'alors, François Bayrou, s'appelait Jean Monnet.
Et lui-même expliquait qu'il s'agissait d'une fonction indéfinissable. Alors, est-ce que vous voulez bien, 66 ans plus tard, François Bayrou, relever le défi et nous donner le sens de cette fonction, du moins telle que vous l'occupez depuis 27 mois ?
Alors, comme vous le rappelez à juste titre, beaucoup de choses ont changé. Et le plan aussi, en tout cas l'idée qu'on se fait du plan. L'idée du plan après la guerre, c'était un peu un plan soviétique, c'est-à-dire un État tout puissant qui était chargé de reconstruire la France avec l'aide des États-Unis, parce qu'il ne faut pas oublier que c'est le plan Marshall, c'est-à-dire ces milliards de dollars apportés par les États-Unis, pas à fond perdu. Parce que quand vous donniez de l'argent aux agriculteurs français pour acheter des machines agricoles, et que les seuls fournisseurs de machines agricoles étaient les États-Unis, vous ne perdiez pas tout. Loin de là.
Mais enfin, bon, c'était l'idée qu'un pouvoir central pouvait définir l'avenir du pays, sa reconstruction et ses étapes. Et puis on s'est aperçu évidemment que chaque fois qu'on centralisait, il y avait des erreurs, et puis la mode a profondément changé, et on est arrivé au fil du temps à l'idée qu'il ne fallait pas planifier, et que la vie, que les affaires, que les investissements privés définiraient mieux l'avenir qu'une vision plus centralisée.
À l'époque, Jean Monnet devait établir des plans quinquennaux. Aujourd'hui, ça s'appelle des notes.
Oui, parce que c'est des notes stratégiques. C'est ça le but. Problème par problème. Alors évidemment, ça n'a plus du tout la portée que ça avait à l'époque. Mais cependant, j'ai toujours été persuadé, et j'ai fait tout ce que j'ai pu pour convaincre le président de la République qu'on devait reconstruire quelque chose de cet ordre. J'ai toujours été persuadé qu'à avoir trop le nez sur le guidon, comme on dit pour les cyclistes, ou dans une autre manière de s'exprimer, à ne voir que l'arbre qui cache la forêt, l'arbre de l'immédiat, l'arbre de l'urgence. On se trompait. Et on s'est trompé à de nombreuses reprises en raison de cette courte vue en France. Je vais prendre un exemple simple.
Peut-être je publierai un jour un livre que j'ai déjà écrit sur ce sujet. L'établissement du numerus clausus en médecine. Le fait qu'on a décidé qu'il fallait limiter, contingenter le nombre de médecins en France. Nous en payons le prix aujourd'hui et le prix le plus cher. Un grand pays médical comme la France, réputé dans le monde entier, et qui se trouve tout d'un coup face à une pénurie de médecins incapable de fournir des soignants à la propre société française. C'est une erreur majuscule, et c'est une erreur qui est due à l'absence de planification.
Donc là, c'est un constat. Quelle prévision ? Quelle préconisation ?
Alors, évidemment, on ne peut plus décider à la place de la société française, parce que la France est un pays ouvert. Mais il y a des choses, il y a des sujets stratégiques qu'on doit prendre, et nous l'avons fait de la manière la plus, j'allais dire, la plus honnête possible, en donnant sur chacun de ces sujets une stratégie, ou en proposant une stratégie lisible par tout le monde. Ce n'est pas des tableaux Excel multipliés, des statistiques à perte de vue, c'est un constat et une vision stratégique pour chacune des sujets. Je vais en prendre quelques-uns.
On va en choisir un ou deux ? Vous avez l'électricité, la démographie, lequel on choisit ? Allez, on en prend.
L'électricité, c'est très simple. Je crois que la note stratégique que nous avons publiée sur l'électricité a joué un grand rôle dans le changement de perspective qui a été celui de l'exécutif en France. Jusqu'à cette note, le nucléaire s'était banni. Tout le monde disait qu'on allait vers la suppression du nucléaire. Et puis, nous avons conduit une analyse qui est assez simple et que je vais refaire devant vous en quelques phrases. si le but, c'est la confrontation entre énergie et climat. Les engagements que nous avons pris, à juste titre, c'est de baisser la quantité de gaz à effet de serre que nous envoyons dans l'atmosphère, et notamment du CO2.
S'il faut baisser le CO2, alors il faut exclure l'électricité produite avec du gaz, du pétrole ou du charbon. Donc, il faut aller vers du renouvelable. Or, il se trouve qu'en raison de la situation géographique de la France en particulier, renouvelable, que ce soit hydroélectricité, que ce soit éolien, que ce soit photovoltaïque, ce renouvelable-là, en tout cas pour éolien et photovoltaïque, il a une caractéristique, c'est qu'il est intermittent. Parce que, il ne fait pas tout le temps soleil, il n'y a pas tout le temps du vent. Et donc, s'il est intermittent, il faut un complément. Ce complément, on l'appelle, pour des raisons que vous comprendrez aisément, pilotable.
La production d'électricité pilotable. Quand il n'y a pas d'électricité produite par le vent ou le soleil, on injecte de l'électricité et il faut une autre source. La seule source qui n'émette pas de gaz à effet de serre disponible, en dehors de l'hydroélectricité, la seule source, c'est le nucléaire. Et ça a changé la vision. Au lieu d'opposer nucléaire et renouvelable, on a compris, et je crois que la note du plan a joué un très grand rôle, on a compris que pilotable, c'était le complément nécessaire du renouvelable.
Et donc, ça a changé la vision et ça a permis de reprendre tard, après 15 ans ou 20 ans d'ignorance du sujet, ça a permis de reprendre tard un programme électronucléaire qui nous permettra, avec la crise énergétique que nous vivons, un jour d'être plus autonome.
Votre rôle en 2022, comme en 46 du reste, est consultatif. Je le rappelle, est-ce que ce n'est pas par hypothèse assez frustrant pour quelqu'un qui, comme vous, François Bayrou, a été quatre fois ministre et trois fois candidat à la présidentielle ?
Non. Parce qu'il faut de tout pour faire un monde. N'est-ce pas ? Une de nos forces, c'est que nous ne sommes pas partie prenante des combats, souvent de clans, qu'il y a autour de la décision politique. Je plaide pour l'impartialité.
Et ça, c'est nouveau. Vous n'êtes pas rattaché au gouvernement, alors que vos prédécesseurs, depuis 46, l'étaient.
Oui, j'ai beaucoup insisté sur ce sujet. Je ne suis pas sûr que ça m'ait rendu populaire partout, mais j'ai beaucoup insisté pour être rattaché directement au président de la République. Parce que je considère que la fonction dans nos institutions, qui est celle du long terme, c'est la fonction présidentielle. Et puis, ça permet d'être plus libre vis-à-vis des décisions gouvernementales. Le gouvernement, les ministres sont toujours pris dans un entrelac de pression. Et il est plus intéressant pour moi d'être un peu en retrait de ces pressions-là. Et donc, je transmets évidemment de notes stratégiques, mais je ne les soumets qu'au président de la République.
François Répsamen, le maire de Dijon, socialiste, Macron, compatible, ancien ministre du Travail, répond ceci dans l'hebdomadaire. Le point à paraître cette semaine, quand on lui demande pourquoi il n'a pas voulu entrer au gouvernement, parce que je ne suis pas fait pour être dans un gouvernement aujourd'hui. Et puis, les ministres, ce n'est plus ce que c'était, ce sont plutôt des chargés de mission. Est-ce que le prix de la liberté, François Bayrou, pour un acteur de la chose politique, au sens le plus noble qui soit, ce n'est pas, en fin de compte, devoir rester à l'extérieur du pouvoir exécutif ?
On ne sait pas. Le temps est long. J'ai, en effet, comme vous dites, postulé à la fonction présidentielle, et au moins une fois, en approchant d'assez près le succès.
2007, un peu plus de 18%.
Et donc, bon, et puis il y a des moments comme ça, un peu d'éloignement, et puis d'engagement dans l'action. Et je n'ai jamais écarté l'engagement dans l'action. Je pense qu'au contraire, c'est ce qui donne sa dignité à l'action politique. Mais comme, par ailleurs, j'ai une fonction exécutive locale, dans la ville, la région, le pays qui est le mien, ça fait une vie assez équilibrée.
Le dernier commissaire au plan avant vous fut le regretté Alain Etché-Goyen, philosophe choisi en 2003 par Jean-Pierre Raffarin. Il a tenté de rénover l'institution. Et je me souviens de la violence dont il témoignait et qu'il décrivait dans un livre au titre glaçant. « Votre devoir est de vous taire ». Cette phrase titre, Etché-Goyen l'attribuait au Premier ministre Dominique de Villepin. « Vous, le commissaire au plan, votre devoir est de vous taire ». Finalement, Dominique de Villepin a carrément supprimé la fonction en 2006. Emmanuel Macron l'a recréé en 2020 pour vous la confier. Est-ce que vous êtes certain, François Bayrou, d'être à l'abri de ce genre de rappel à l'ordre ?
Absolument certain. Absolument certain pour beaucoup de raisons. C'est que, comme vous l'avez rappelé, je me suis entouré de précautions. La première de ces précautions, c'est que je ne rends compte qu'au président de la République et pas au gouvernement. Parce que cet affrontement entre Alain Tché-Goyen que j'aimais beaucoup et Dominique de Villepin, cet affrontement-là, il s'est déjà produit. Et Jean Monnet raconte tout le temps dans ses mémoires le conflit qu'il y avait avec le gouvernement. Les gouvernements, les ministres, n'aiment pas que quelqu'un interfère avec la décision exécutive. Ils n'aiment pas que quelqu'un pose les pieds sur le précaré qu'il considère être le leur.
Je crois qu'il se trompe. Je pense qu'on apprend beaucoup quand d'autres viennent précisément sur le champ qui est le vôtre pour apporter des idées ou un regard critique ou ce que je ne fais pas. Donc, oui, je suis sûr que je ne suis pas exposé à ce risque. J'ajoute que j'ai pris une autre précaution. J'ai décidé d'exercer cette fonction bénévolement, intégralement bénévolement. Ce qui me donne une certaine liberté.
Vous vous êtes, par ailleurs, donné la mission presque d'on quichotienne de vous bagarrer, non pas contre des moulins à vent, mais contre des structures de l'État, ce qui revient peut-être au même, qui considèrent les citoyens comme une gêne dans la gestion du pays. Ce sont vos mots. Là encore, François Bayrou, qu'est-ce qui factuellement vous conduit à cette analyse et en bon commissaire au plan, haut commissaire au plan, qu'est-ce que vous préconisez pour que le citoyen devienne ou redevienne à minima un acteur, voire un partenaire des structures de l'État ?
C'est un des combats de ma vie. Vous avez rappelé le milieu social d'où je viens et même le milieu géographique d'où je viens, c'est-à-dire loin des cercles de pouvoir parisiens. Et je me suis toujours tenu soigneusement à l'écart des clubs, des amicales, des réseaux qui, à Paris, structurent le pouvoir. j'ai toujours refusé d'y participer. Pourquoi ? Parce que je ne me sens pas appartenir au cercle, on dirait en anglais, des in, des gens qui sont dans le pouvoir, qui sont bien dans le pouvoir. On pourrait dire
les premiers de cordée,
on pourrait dire la France d'en haut. Et moi, je me sens plutôt des out, même si je connais un peu le cercle des in. Et donc, j'ai toujours refusé, par exemple, j'ai été élu il y a 30 ans, très jeune, au siècle. J'y suis allé une fois, parce que les gens qui m'avaient élu sont déjà chers à mon cœur. C'est un club. C'est un club. Parisiens. Où tous les pouvoirs se rencontrent. J'y suis allé une fois et j'ai dit à celui qui m'y avait engagé, j'ai dit, écoute, je suis venu une fois, mais je ne viendrai plus. Parce que je ne veux pas appartenir au cercle privilégié. Peut-être, c'est une espèce d'orgueil de ma part. Mais je tiens à être à l'extérieur pour avoir la liberté du regard.
Dans cette émission,
François Bayrou, nous nous appuyons à trois reprises chaque semaine sur des archives sonores pour illustrer, comprendre le sens de l'engagement et de l'action politique de nos invités. Je vous propose de commencer, puis ça a peut-être un lien, d'une certaine façon, à ce qu'on vient d'évoquer sur le club et la centralisation du pouvoir par l'extrait que vous avez choisi de partager avec nous sur France Culture. Nous allons l'écouter et ensuite vous nous direz pourquoi vous souhaitiez nous faire découvrir ou redécouvrir cette archive dans le sens politique. François Bayrou, on vous laisse d'abord nous la présenter.
C'est le général de Gaulle. C'est le 30 mai 1968. C'est un moment dramatique de l'histoire du pays parce qu'il a failli quitter le pouvoir. Il s'est même enfui. Il est parti à Baden-Baden. La veille. La veille. Et il revient en hélicoptère et il décide de parler à la radio. Et voilà ce qu'il dit.
Française, Français, étant le détenteur de la légitimité nationale et républicaine, j'ai envisagé depuis 24 heures toutes les éventualités sans exception qui me permettraient de la maintenir. J'ai pris mes résolutions. Dans les circonstances présentes, je ne me retirerai pas. J'ai un mandat du peuple, je le remplirai. Je ne changerai pas le Premier ministre dont la valeur, la solidité, la capacité méritent l'hommage de tous. Je dissous aujourd'hui l'Assemblée nationale.
Charles de Gaulle. Alors le Premier ministre évoqué à l'instant, c'est Georges Pompidou. Le coup de poker est gagnant puisque c'est un raz-de-marée pour les candidats gaullistes dans les législatifs qui suivent cette dissolution. Il va quand même changer de Premier ministre. Couve de Murville entre à Matignon et Pompidou en sort et va se préparer à la succession de Gaulle qui aura finalement lieu un an plus tard. quel est le sens de votre choix d'archives ? François Bayon.
Je vous raconte, j'ai à peine 17 ans. Je viens de fêter mon anniversaire. Je suis en terminale. Je viens d'être élu représentant des lycéens de mon lycée. C'est un souvenir délicieux pour moi. représentant au comité d'action lycéen. J'ignorais cordialement ce qu'étaient les comités d'action lycéens. Vous étiez élu. Mais j'étais très content d'être élu.
Et c'était une ambiance révolutionnaire que d'ailleurs les enseignants entretenaient auprès de nous parce qu'ils devaient imaginer qu'ainsi ils allaient pouvoir mettre une partie de leur empreinte sur la suite des choses et c'était effervescence ébullition on ne savait pas où on allait et j'ai écouté cet extrait avec mon père dont je ne savais pas qu'il allait mourir un peu de temps après et ma mère sur un petit transistor noir et jaune sur le rebord de la fenêtre de la cuisine il y avait du soleil 30 mai sur la cour qui comme la cour des fermes béarnaises épavée de galets il y avait des animaux et il a commencé à parler et j'ai découvert quelque chose qui ne m'a plus jamais quitté quel était le poids de l'autorité c'est à dire quelqu'un qui jusqu'à une minute avant était remis en question gravement par tous les mouvements d'opinion et il suffisait qu'il parle à la radio il avait choisi la radio pas la télévision pour renouer avec le De Gaulle de 40 de Londres de juin 40 et de Londres et à la minute où il a fini de parler je crois que la locution a duré 4 minutes et quelques à la minute où il a fini de parler c'était fini le sens physique des choses que le jeune garçon que j'étais et qui découvrait tout ça avec tous les enthousiasmes et tout l'allant de cette adolescence à peine finie a compris que c'était instantanément fini et je n'ai jamais oublié ce qu'une parole d'homme est capable de faire pour changer les choses devant un événement historique et pour moi cette idée que au fond les hommes sont capables de modeler l'histoire ne s'est jamais effacée
dissolution il s'agissait de ça François Bayrou vous avez servi je crois que vous resterez avec ce record pour un long moment vous avez servi dans des gouvernements sous 4 présidents de la république différents vous êtes chargé de mission au ministère de l'agriculture dès 1974 et l'élection de Valérie Giscard d'Estaing ministre de l'éducation nationale sous François Mitterrand et Jacques Chirac et plus récemment quelques semaines ministre de la justice à l'entrée d'Emmanuel Macron à l'Elysée donc vous avez personnellement fait les frais d'une dissolution celle de 97 par Jacques Chirac vous allez un an plus tard prendre la présidence de l'UDF vous êtes à ce moment là conseiller vous étiez secrétaire nationale vous m'appelez ça président je suis devenu
président du centre du CDS de l'époque qui s'est transformé après y compris en UDF et j'ai pris cette présidence en 94
Et alors le sens du positionnement d'un centriste à ce moment là François Mayrou ça veut dire quoi ?
Oh ça veut dire deux choses qui sont pour moi capitales première chose il n'est pas vrai que la vie la vie d'une société la vie des familles ou des personnes se divise en deux parties gauche et droite cette bipolarisation est une manière de de de de tromper les électeurs et de tromper la vie de la nation ça c'est la première chose et donc le centre c'est le choix de refuser le simplisme de la bipolarisation et il y a une deuxième chose c'est que le centre garantit le pluralisme si on refuse la bipolarisation alors on entre dans un autre univers qui est le le pluralisme et on a droit à des opinions ou à avoir le caléidoscope des opinions en France il y a aujourd'hui je dirais il y a il y a six grands courants d'opinion alors certains se divisent entre eux mais il y a six grands courants d'opinion l'extrême gauche parti socialiste les verts le centre à l'air disons la droite de gouvernement et l'extrême droite six grands courants d'opinion on a droit aux six et peut-être d'autres viendront parce qu'ils apporteront un regard différent sur les choses
vous allez vous allez François Bayrou vous affranchir de l'étiquette de centre droit au fil des ans c'est l'étiquette de l'UDF à l'époque
parce que si vous êtes obligé de mettre un adjectif c'est que le nom ne compte plus
donc en 2007 l'UDF est morte vive le modem le contenu a aussi beaucoup évolué puisqu'il n'y a plus cette étiquette de centre droit en quoi votre centrisme celui du modem celui de votre triple candidature à l'Elysée 2002 2007 2012 est-il différent du macronisme de 2017 en d'autres termes quelles circonstances ont permis Emmanuel Macron de réussir dès la première tentative où vous avez échoué
voilà on peut être précurseur et puis après d'autres viennent et puis on peut continuer à se battre ou à partager le combat c'est la même idée elle n'a pas été exprimée de la même manière et surtout peut-être les temps étaient mûrs et la personnalité même du président de la république a rendu possible ce succès que on avait effleuré dix ans avant mais sur le fond je vous fais une confidence j'ai très souvent parlé avec le président de la république je n'ai jamais eu de divergence stratégique avec lui et je n'ai jamais eu de différence d'analyse avec son regard sur la société française on n'en a pas toujours tiré les mêmes conclusions on peut avoir des nuances mais je dirais que sur le fond celui des présidents de la république que j'ai vu qui est le plus proche de cette aspiration c'est lui il est même si j'ose dire un peu plus proche que Giscard ne l'était parce que Giscard il venait de la droite et même d'assez à droite dans le parcours personnel qui a été le sien Algérie française ou en tout cas l'attachement de l'Algérie française et donc Emmanuel Macron est plus stabilisé au centre
vous dites 10 ans avant donc 10 ans avant Emmanuel Macron c'est 2007 on prépare les élections municipales les premiers mois d'existence du modem et localement au cas par cas vous donnez vie à ce qu'on peut appeler désormais le et en même temps en faisant partie de majorité de gauche dès 2008 dans des grandes villes comme à Dijon avec François Répsamen ailleurs dans des grandes villes majorité à droite comme à Bordeaux ce sont les électeurs ou c'est la classe politique qui n'était pas prêt à cette époque là pour transformer cet essai sur des scrutins nationaux
l'histoire a son rythme et le rythme de notre histoire collective de l'histoire de notre société n'était pas encore prêt à ça c'est c'est l'inconvénient d'être précurseur d'être en avant Edgar Ford qui avait sa personnalité écrit des mémoires et le premier tome de ses mémoires s'intitule avoir toujours raison c'est un grand tort et avoir raison en avance c'est pas un avantage c'est pas un avantage pour exercer le pouvoir après vous avez des satisfactions c'est à dire que quelques années ou quelques décennies après vos copains disent viennent vous voir et disent t'avais bien raison voilà j'aurais naturellement comme tout le monde préféré que cette cette justesse d'analyse entraîne les foules pour qu'on puisse aussi exercer le pouvoir directement
parmi les différents sens presque physiologiques des centristes l'UDF hier le modem depuis 2007 il y a le sens européen indissociable de votre engagement partisan du reste les personnalités de l'UDF devenant avec l'âge eurosceptique ont quitté le navire et je voulais donc consacrer la deuxième archive de l'émission François Bayrou à la question européenne extrait en lien avec votre parcours personnel et votre engagement voici une personnalité politique parmi les plus populaires aujourd'hui 5 ans après sa disparition des livres des documentaires même un film il y a quelques semaines 1979 ce sont les premières élections européennes au suffrage universel direct nous sommes le 4 mai 79 moins d'une semaine avant le scrutin Antenne 2 organise un débat François Mitterrand pour le PS Georges Marchais pour le parti communiste Jacques Chirac pour le RPR et voici Simone Veil qui vient juste de quitter le gouvernement de Raymond Bar pour conduire la liste UDF
je m'étonne un peu de ce qu'a dit monsieur Chirac l'Europe miracle est une finisterie et je me demande si ce n'est pas ce qu'il aurait dit il y a 25 ans exactement dans les mêmes conditions par rapport au projet de traité de Rome et cette Europe n'a pas été une finisterie personne ne croit actuellement que l'Europe résoudra tout mais en même temps les gens de bon sens les gens sérieux savent qu'un certain nombre de problèmes et c'est déjà le cas actuellement ne peuvent être réglés qu'au niveau de l'Europe les problèmes de protection sociale nous le savons tous on ne peut pas aggraver la compétitivité des entreprises françaises si les autres entreprises européennes n'ont pas les mêmes charges et on pourrait donner comme ça quantité d'exemples qui montrent bien que les Européens sont intéressés à ce qu'il y ait des solutions au niveau européen c'est le cas de l'environnement c'est le cas de l'énergie il faut absolument avoir un plan européen en matière d'énergie c'est le cas de certaines entreprises industrielles on sait déjà ce que l'Airbus a pu produire et les exemples pourraient être multiples
six jours plus tard la liste UDF qu'elle emmène remporte en France les élections européennes et Simone Veil va devenir la première présidente de ce Parlement européen élue au suffrage universel direct François Bayrou votre réaction à ce plaidoyer de Simone Veil pour l'Europe en direct à la télévision et peut-être aussi vos souvenirs à ce moment précis vous avez 28 ans et déjà engagé politiquement et plus seulement au lycée
j'ai ressenti comme je ressens là que tout est juste dans ces affirmations il n'y a pas un seul des problèmes cruciaux qui se posent dans les sociétés contemporaines et spécialement aujourd'hui où nos pays sont pris dans le retour de la guerre de la guerre physique sur le continent européen le retour de la guerre commerciale le retour de la question des grandes influences sur le choix des pays de dimension moyenne par le nombre il n'y a pas un seul des problèmes qui puisse se régler si nous n'avons pas si nous ne continuons pas dans le sens de cette création absolument unique unique qui est l'Union européenne volontaire forcée par personne elle n'est pas le fruit d'une victoire militaire elle n'est pas le fruit d'un asservissement ou d'une soumission elle est la libre volonté des peuples qui décident ensemble de se rapprocher et de s'unir pour faire face aux grandes tempêtes du temps
Lorsqu'en 2007 pendant votre campagne présidentielle certains sondages commencent à indiquer la possibilité Bayrou au second tour certains anciens amis de l'UDF des références et peut-être des mentors Valéry Giscard d'Estaing et Simone Veil justement vont jusqu'à des propos d'une grande violence à votre égard imposture dira Simone Veil est-ce que ce sont des moments qui vous ont marqué voire blessé
ça ne fait pas plaisir mais ils étaient fascinés par Nicolas Sarkozy et par les perspectives que Nicolas Sarkozy leur ouvrait le problème de ce centre a très longtemps été son tropisme pour aller d'un côté ou de l'autre et spécialement du côté du pouvoir alors c'est pas agréable mais comme toute ma vie atteste du fait c'est que c'était un engagement fondamental pour moi à titre de citoyen ce qui est peu important ou de père de famille mais pour ce courant politique là dont nous avons fini par prouver que oui il était légitime à exercer le pouvoir en France donc j'ai oublié et effacé tout ça
France Culture Sens Politique Arnaud Bousquet
Dernier archive sonore François Bayrou c'est vous un morceau d'interview dont je ne donnerai aucun élément de contexte même pas la date vous ne savez pas pour le moment quelle archive nous avons choisi aujourd'hui dans Sens Politique je vous propose de la découvrir sur France Culture et vous allez sûrement à l'écoute la resituer facilement François Bayrou on vous laissera donc nous dire dans quelles circonstances vous vous êtes exprimé et le sens évidemment de votre intervention
si Madame Le Pen n'a pas ses signatures ça pose une question à la démocratie française et je propose que les grands courants démocratiques du pays en parlent entre eux pour permettre
à Marine Le Pen d'être candidate d'avoir ses signatures
pour mettre en France au pluralisme d'exister
une élection présidentielle sans Marine Le Pen c'est inimaginable en tout cas c'est un trouble donc je pense
qu'il est impossible qu'une formation politique seule comme la mienne dise écoutez on va faire ce qu'il faut parce que ça ferait manœuvre je ne le ferai pas en revanche en parler avec les autres responsables politiques pour que le pluralisme ait droit de cité en France je suis prêt à le faire s'ils y sont prêts ce dont je ne suis pas certain
on a reconnu l'accent de Jean-Michel Apathy c'était sur RTL est-ce que vous retrouvez la date ou en tout cas la période
c'est la dernière élection présidentielle non c'est l'élection présidentielle suivante ce qui prouve
que je ne change pas
souvent d'avis
c'était encore la précédente 2012
ah oui ce qui prouve que je ne change pas d'avis je pense que y compris les courants politiques que j'ai combattu toute ma vie sans aucune exception ont droit de citer c'est ce que je décrivais tout à l'heure à votre micro je pense que il est légitime que la démocratie respecte et cultive le pluralisme c'est d'ailleurs désormais inscrit dans la constitution et nous avons joué un rôle important pour que en tout cas certains de mes amis ont joué un rôle important pour que ce soit inscrit dans la constitution
mais concrètement on est en 2012 qu'est-ce qui a changé dix ans plus tard parce que Marine Le Pen affirme encore que les 500 signatures sont difficiles à obtenir et vous vous proposez votre parrainage
à Marine Le Pen elles ont été très difficiles à obtenir elle a failli c'est celle des candidats qui a eu le plus de mal à obtenir les signatures comment on sort on sort de ça et qu'est-ce que ça aurait eu comme signification une élection présidentielle dont un des protagonistes majeurs aurait été exclu est-ce que les français s'y seraient reconnus elle a été au deuxième tour deux élections de suite et pour moi vraiment et l'ayant ayant combattu toute ma vie ces idées ou ces arrières pensées je soutiens néanmoins qu'il est nécessaire que ces courants politiques soient représentés je ne veux pas d'une démocratie qui soit confisquée par y compris par ceux que je respecte ou que j'aime bien la démocratie c'est fait pour que tous les courants politiques puissent se faire entendre et après c'est le combat qui commence et ce combat là doit mobiliser en effet toutes les forces toutes les sensibilités toute l'intelligence nécessaire
en quelques secondes justement là-dessus dans les engagements d'Emmanuel Macron en 2017 quand vous discutez avec lui d'une alliance il vous garantit la mise en place de la proportionnelle législative toujours rien 5 ans et demi après est-ce que c'est un engagement non tenu ou ça le sera avant la fin du décennat je crois que ça le sera dernière question François Bayrou vous êtes maire de Pau depuis 2014 vous en avez encore pour 28 ans si vous voulez battre le record d'André Labarrère oui quel sens vous donnez à ce mandat j'ai battu d'autres records
mais je ne pense pas que je battrais celui-là
allez savoir dans cette ville que vous n'avez jamais quittée depuis votre naissance élu local sans discontinuer à partir de 1982 vous vivez à Bordère dans le village où vous êtes né je le disais en introduction c'est à 16 kilomètres de Pau quel sens vous donnez à votre mandat de maire que celui-ci dure 35 ans comme André Labarrère ou non quel est l'enjeu pour une ville comme Pau et on précise quand même que les moyens et les urgences ne sont pas les mêmes qu'à l'époque Labarrère
c'est une de mes grandes fiertés comme vous le sentez bien c'est pas seulement d'exercer un mandat d'être choisi par ses concitoyens mais de pouvoir changer le visage d'une ville ces temps-ci il ne se passe pas de journée sans que des concitoyens viennent me voir en disant on n'est pas toujours d'accord avec vous politiquement mais ce que vous avez fait pour la ville c'est formidable et je vous invite à venir visiter parce que je crois que c'est authentiquement sensible on peut on peut voir ce qui s'est passé dans le visage de cette ville dans ses équipements dans l'organisation de la cité y compris l'organisation morale parce qu'on a lancé par exemple un plan anti-solitude dont pour moi l'urgence devrait être constatée partout on a fait sur le plan de la cité de l'urbanisme des grands équipements sportifs culturels on a fait des choses qui je crois sont tellement fortes que le grand réseau qui s'appelle LinkedIn que vous connaissez tous parce que tous les professionnels sont adhérents au réseau 25 millions d'adhérents en France 850 millions dans le monde LinkedIn vient de lancer une grande enquête parmi ses adhérents pour savoir quelle serait la ville où ils souhaiteraient s'installer et c'est Pau qui arrive en tête sur les deux études successives Pau arrive en tête devant Bordeaux devant Toulouse devant Nice devant Marseille et c'est pour moi comme une récompense de voir à quel point une ville dont vous-même avez insinué que pendant très longtemps on a eu le sentiment qu'elle était en déclin et tout d'un coup on découvre qu'elle peut rayonner à nouveau et attirer et donc pour moi c'est une oui c'est une grande fierté et ça veut dire une deuxième chose la plupart de nos concitoyens pensent que la politique ne peut pas faire grand chose c'est ça qu'ils pensent que c'est des mots que c'est sympathique parfois antipathique souvent mais que ça ne peut pas faire grand chose or on peut attester quand on réussit à changer le visage d'une ville qu'en peu de temps parce qu'on a fait ça en quelques années seulement qu'en peu de temps le visage d'une ville peut changer alors Baudelaire a dit une fois pour toutes que la forme d'une ville change plus vite hélas que le cœur d'un mortel il a dit ça après les travaux d'Oseman à Paris mon ambition c'est qu'on puisse un peu aussi changer le cœur de ceux qui habitent dans une ville
alors je n'assumine n'est pas le déclin de peau je vous demandais comment passer derrière 35 ans du mandat d'un même homme avec des moyens qui ne sont pas les mêmes parce que l'argent se fait plus rare me semble-t-il si je suis
on a pu remobiliser voilà c'est ça
quel visage vous souhaitez donner que votre mandat dure deux trois quatre fois alors
André Labarrère que vous citez avec qui j'ai eu de nombreux débats et qui avaient un caractère flamboyant André Labarrère disait peau sera la Florence du 21ème siècle et vous vous en teniez à ça c'était déjà gonflé et moi je ne me contente pas de le dire je fais tout ce que je peux pour que ça soit vrai ce qui est encore plus gonflé probablement que ce qu'André Labarrère exprimait
merci François Bayrou d'avoir accepté notre invitation à venir partager sur France Culture ce qui fait depuis plus d'un demi-siècle votre sens politique j'ai commencé l'émission avec la taquinerie d'un parallèle Henri IV François Bayrou je la terminerai donc en rappelant la parution il y a presque 30 ans d'une biographie d'Henri IV que vous avez signé François Bayrou Henri IV le roi libre et qui continue
à se vendre
ce qui est pas mal sorti chez Flammarion et donc toujours disponible voilà pour la trace écrite si la trace orale vous intéresse l'émission d'aujourd'hui ainsi que la collection complète sont à retrouver sur le site franceculture.fr et sur l'appli Radio France je remercie Anne-Claire Bazin pour son aide très active à la préparation de sens politique Timothée Hubert et Florent Bujon à la technique et à la réalisation Martin Desclozot et sur l'appli
et sur l'appli à la réalisation et sur l'appli à la réalisation et sur l'appli
François Bayrou