Jean-Noël Barrot : la mort de Yahya Sinouar "doit être un tournant, que la guerre à Gaza s'arrête"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et le grand entretien ce matin avec Marion Lourdes, nous recevons le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Vos questions, réactions, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 ou sur l'application France Inter. Bonjour Jean-Noël Barraud. Bonjour. Et bienvenue, beaucoup de questions à vous poser, évidemment de très nombreux dossiers et de très nombreux dossiers qui exigent de la France une clarification et probablement aussi des réactions pour qu'on comprenne. Jean-Noël Barraud, hier soir, le gouvernement israélien annonçait avoir éliminé le chef du Hamas, Yahya Sinoir. C'était la cible ultime de l'armée israélienne. Il était à l'origine de l'attaque terroriste du 7 octobre.
On entendait Pierre dire l'importance de ce fait de guerre. Quelle est votre réaction ce matin ? Ben Amin Netanyahou disait que la mort du chef du Hamas marquait, je le cite, le début de la fin de la guerre à Gaza. Comment entendre cette expression, le début de la fin ?
Yahya Sinoir, c'était l'architecte du pire massacre antisémite de notre histoire depuis la Shoah. Ce matin, j'ai évidemment une pensée pour les 1200 victimes de cette attaque terroriste odieuse à nos 48 compatriotes qui sont morts ce jour-là en Israël, aux otages qui sont morts en captivité, aux deux otages français qui sont encore retenus dans les tunnels de Gaza, au Fer Calderon, au Had Yalomi. Cette mort, ce doit être un tournant, ce doit être le moment de tourner la page de la guerre à Gaza. Libération des otages, cesser le feu inconditionnel, acheminement sans entrave et massive dans l'enclave de Gaza et ça doit être l'occasion de faire cheminer la région vers la paix.
Qu'on comprenne très bien, juste simplement. Benjamin Netanyahou dit que l'éradication du chef du Hamas était le but de guerre avec la mort de Sinoir. Est-ce que ce but de guerre d'éliminer le Hamas est atteint ?
Vous l'avez dit, c'était un but ultime que s'était fixé le gouvernement israélien. Je crois que désormais que ce but est atteint, il appartient, c'est la responsabilité et c'est dans l'intérêt d'Israël que la guerre à Gaza s'arrête, que la colonisation en Cisjordanie s'arrête et que soit enfin discutée cette solution à deux états avec un état de Palestine aux côtés d'un état d'Israël qui vive en paix et en sécurité.
Mais justement, est-ce qu'on peut réellement parler de tournant comme le fait le président de la République ? Parce que même Benjamin Netanyahou ne dit pas c'est la fin, il dit c'est le début de la fin. Donc ça n'a pas fini de finir.
Je constate une inflexion dans le discours de Benjamin Netanyahou qui hier annonçait que la guerre allait continuer et qui un peu plus tard, ou dans les premières heures du jour, a annoncé qu'il y avait là un moment important, la fin, le début de la fin.
Le début de la fin.
Moi je souhaite que ce soit le moment de la fin de la guerre à Gaza et le moment où la région s'engage résolument dans la direction de la paix.
Mais en la matière, on a quand même l'impression que quels que soient les chefs d'organisation qui sont tués, ils sont remplacés par d'autres tout aussi extrêmes. Est-ce que ça va vraiment changer les choses ?
C'est ce que nous souhaitons, c'est ce que nous plaidons et c'est ce que nous plaidons depuis en réalité le 7 octobre. Puisque nous sommes indéfectiblement attachés à la sécurité d'Israël, nous l'avons démontré, nous croyons aujourd'hui que cette sécurité ne peut durablement être obtenue, ne peut être garantie, qu'à condition que le dialogue et la diplomatie prennent le pas sur la force.
Vous avez demandé directement au président, au premier ministre israélien d'arrêter les combats, de rejoindre la volonté française d'un cessez-le-feu. Il y a cette question qui est très compliquée. La situation diplomatique entre la France et Israël est très tendue et encore plus depuis les propos qu'on prête au président de la République cette semaine sur Benyamin Netanyahou qui, je cite, ne devrait pas oublier que son pays a été créé par une décision de l'ONU. Je ferme les guillemets. Réponse immédiate du premier ministre israélien dans un communiqué. Il affirmait que l'État d'Israël était né de la victoire de combattants héroïques dont beaucoup étaient des survivants de l'Holocauste.
Est-ce qu'il y a aujourd'hui une rupture, une véritable rupture irréconciliable entre la France et Israël ?
Je ne crois pas. Je ne veux pas faire l'exégèse de propos qui ont été extraits de leur contexte et déformés. Je voudrais néanmoins condamner...
Mais qui n'ont pas été démentis.
Je voudrais quand même condamner l'instrumentalisation coupable qui en a été faite par certains pour alimenter leur propagande antisémite qui est intolérable et qui est illégale. Mais je voudrais vous répondre sur le fond. Si la France se tient toujours du côté du droit international, c'est parce que la seule alternative au droit international, c'est la loi du plus fort. Et parce qu'aucun pays ne peut indéfiniment demeurer le plus fort, tous les pays du monde ont un jour ou l'autre besoin de se placer sous la protection du droit international. C'est vrai d'Israël et c'est vrai de tous les pays. Et c'est pourquoi la France...
Mais que nos auditeurs comprennent, monsieur le ministre, est-ce que vous estimez que certains, donc qui sont ces personnes que vous visez, ont instrumentalisé justement cette déclaration du président de la République et cette passe d'armes avec Benyamin Netanyahou ?
Certains ont voulu prétendre en déformant cette... Certains qui habituellement, et notamment à l'extrême-gauche, s'en sont pris à Israël dans des termes qui ne sont ni conformes avec ce qu'est la France, ni conformes avec la loi et le droit. Mais je ne veux pas passer toute la matinée sur ce sujet. Ce que je voudrais vous dire sur le fond, c'est que la France dénonce systématiquement toutes les violations au droit international.
À Gaza par Israël, en Israël par le Hamas, au Liban par Israël, en Israël par le Hezbollah, au Soudan par les forces armées, en Afghanistan par les talibans, en Irak et en Syrie par les bourreaux des yézidis, en Ukraine par la Russie, ou encore en Arménie par l'Azerbaïdjan. Nous sommes toujours du côté des opprimés et nous sommes toujours du côté du droit international et de la justice.
Mais qui a créé Israël ? C'est une décision de l'ONU ou c'est les combattants héroïques israéliens dont la plupart étaient rescapés de l'Holocauste ?
Je ne veux pas me lancer dans cette explication historique que chacun a bien en tête. Ce qui est clair, c'est que Israël, comme tous les pays du monde, a eu, a, aura, besoin, un moment ou un autre, dans son histoire, de se placer sous la protection du droit international et des Nations Unies. C'est la raison pour laquelle nous devons tout faire aujourd'hui. nous devons tout faire aujourd'hui pour défendre les Nations Unies.
Et c'est pourquoi, alors même que nous sommes si attachés à ce pays d'Israël, où nous avons 180 000 ressortissants qui vivent un cauchemar depuis un an, eh bien, ce n'est pas faire offense au peuple d'Israël et au peuple juif que de dire au gouvernement d'Israël, aujourd'hui, de laisser entrer massivement l'aide humanitaire à Gaza, de cesser de coloniser la Cisjordanie, de s'abstenir, de prendre pour cible les casques bleus, et tout simplement de s'engager dans les discussions de paix.
Défendre les Nations Unies, ça veut dire qu'elles sont attaquées aujourd'hui ? Par Israël ?
Benjamin Netanyahou a démontré, lorsqu'il s'en est pris directement à des responsables d'agences des Nations Unies, ou même au secrétaire général des Nations Unies, lorsqu'il porte atteinte au casque bleu de la finule au Liban, qu'il déconsidérait, les Nations Unies. Notre devoir...
On vous dit que porte atteinte, c'est quand un char israélien, par exemple, ouvre le feu sur des casques bleus de la finule.
Bien sûr, entre dans des emprises, fait des blessés parmi les contingents de la finule. Je rappelle que nous avons 700 soldats français. Donc la finule est une cible de l'armée israélienne ? Elle a été touchée par des tirs de l'armée israélienne, ce qui est absolument intolérable. Ce qui est absolument intolérable.
C'est accidentel ou c'est volontaire ?
Vous savez, les casques bleus, ils ont un casque bleu précisément pour être vu de loin. Donc il est difficile de ne pas les détecter dans le paysage. C'est pourquoi nous l'avons dénoncé. C'est pourquoi nous avons amené les Européens à le dénoncer. Et c'est pourquoi nous avons amené les Nations Unies à dénoncer ces agissements. Et c'est pourquoi la France, qui est garante de cet ordre international, dont elle est l'un des membres fondateurs, continuera de le faire inlassablement.
Vous êtes allé deux fois dans la région ces dernières semaines. Est-ce que la France a encore la moindre influence sur ce qu'il se passe là-bas ?
Je crois qu'elle en a, puisque si je reprends votre question précédente, lorsque le Président de la République a tenu des propos qui, sortis de leur contexte et déformés, ont été entendus jusqu'en Israël, c'est le Premier ministre israélien lui-même. C'est le Premier ministre israélien lui-même qui lui répond. Et c'est la même chose qui s'était produit il y a huit ou dix jours. C'est bien que la voix de la France est entendue et qu'elle est entendue. Et c'est vrai, dans la région, c'est vrai singulièrement au Liban, pays cher à la France, pays ami de la France, pays si fragile.
Et ça n'est pas un hasard si le 24 octobre prochain, c'est à Paris que se tiendra la grande conférence internationale de soutien au Liban.
Une conférence pour quoi faire alors que le pays est toujours sous les bombes ? Est-ce qu'il est déjà temps de reconstruire ou est-ce que c'est uniquement pour demander à Israël de permettre l'arrivée d'une aide humanitaire qui n'arrive pas à accéder dans certaines régions du Liban ?
Vous avez raison, l'aide humanitaire est acheminée de manière très difficile dans le sud du Liban et c'est inacceptable. Mais le but de cette conférence, c'est d'abord de rallier le plus grand nombre possible de pays à l'aide humanitaire dont le Liban a besoin des milliers de blessés, des milliers de morts, dont des femmes et des enfants, dont deux de nos compatriotes, des dizaines de milliers de blessés, plus d'un million de personnes déplacées, un pays au bord du gouffre. Donc de l'aide humanitaire d'abord.
Ensuite, le renfort que nous souhaitons apporter aux forces armées libanaises qui, avec la finule dans le sud du Liban, auront un rôle central à jouer pour garantir les conditions de la paix, c'est-à-dire l'intégrité et la souveraineté du Liban d'un côté et la sécurité d'Israël de l'autre. Et puis, ce sera également l'occasion de parler de l'avenir institutionnel du Liban qui n'a toujours pas de président de la République depuis deux ans.
Si on en croit le Figaro, Jean-Noël Barraud, l'Iran serait prêt à négocier avec la France pour un cessez-le-feu au Liban. C'est en tout cas ce que laisse entendre le président du Parlement iranien. Est-ce que vous avez connaissance de ce changement de position de Téhéran ?
Lorsque les conditions sont réunies, la France parle à tout le monde et lorsque nous avons il y a trois semaines proposé une formule de trêve pour le Liban suivie d'un cessez-le-feu durable, nous avons échangé avec l'Iran qui est un acteur important de la région. Qui finance le Hezbollah,
la milice chiite
libanaise ? Absolument et qui avait si l'on peut dire ou qui méritait d'être consultée pour que cette proposition puisse être crédible. Donc ils vous disent qu'on est prêt à parler ? J'accueille favorablement cette réaction de la part de l'Iran qui appelle à son tour d'une certaine manière au cessez-le-feu. Maintenant, il faut que les propos soient suivis des actes. Vous êtes optimiste ?
Si vous voulez, quand on est diplomate, on ne se demande pas si on est optimiste ou si on est pessimiste et je le dis en rendant hommage à nos ambassadeurs et aux agents dans nos postes dans la région qui oeuvrent du matin au soir sans certitude que leurs efforts porteront mais avec le souhait et la détermination de faire avancer les choses.
Hier, le Premier ministre britannique Kerr Starmer a annoncé devant les membres du Parlement étudier la piste de sanctions visant les ministres israéliens ultra-nationalistes Ben Gvir, Smotrich. Est-ce que l'Union européenne devrait suivre le mouvement et faire la même chose ?
Ce qui se passe en Cisjordanie est une atteinte brutale qui fragilise très directement la perspective d'un État de Palestine vivant en paix et en sécurité aux côtés d'un État d'Israël. C'est pourquoi la France a pris à titre national des sanctions à l'encontre de 28 colons extrémistes et violents.
Là, on parle de membres du gouvernement israélien. Tout à fait.
Et c'est pourquoi la France a, au niveau européen, entraîné ses partenaires à prendre deux trains de sanctions à l'encontre d'individus et d'entités complices ou coupables de faits de colonisation. Et c'est pourquoi aujourd'hui, nous continuons de travailler pour qu'un troisième train de sanctions puisse une nouvelle fois rappeler, si je puis dire, ses mouvements à l'ordre car aujourd'hui, ils travaillent contre toute perspective de paix.
On entend, Jean-Noël Barraud, vos propos assez durs à l'égard d'un certain nombre de personnes en Israël. À la fois, ce train de sanctions dont vous parlez, à la fois le fait que certains casques bleus auraient pu être pris pour cible et en même temps, le président de la République dit, je le cite, que la France n'a jamais fait défaut à Israël. Comment elle est tenable cette position ?
La France se tient aux côtés d'Israël et notamment pour sa sécurité. Lorsque Israël est la cible d'une attaque balistique inédite et brutale de la part de l'Iran, la France mobilise ses moyens militaires pour aider Israël à l'apparaît. Ça a été le cas au mois d'avril, ça a été une nouvelle fois le cas au mois d'octobre. Lorsque la sécurité d'Israël est menacée par le programme nucléaire iranien, la France est en première ligne des efforts internationaux pour faire échec à ce programme. Et lorsque Israël subit sur son sol le pire pogrom de notre histoire depuis la Shoah, c'est encore la France qui entraîne les Européens à prendre des sanctions à l'encontre des dirigeants du Hamas.
Mais aujourd'hui, la sécurité d'Israël, cette sécurité à laquelle nous sommes si attachés, elle passe par la diplomatie et par le dialogue. Et la force doit céder la place à la négociation.
Pour le moment, la garantie d'Israël, la garantie de la sécurité d'Israël, elle a été obtenue par la force et par la force de l'armée israélienne.
Je crois que les Nations Unies, le droit international sont de manière durable parce qu'il n'est de paix.
Vraiment, malgré les propos de Benyamin Netanyahou contre le secrétaire général des Nations Unies, par exemple.
Mais vous savez, les Nations Unies, elles ne sont pas parfaites et l'ordre international, il mérite d'être renforcé. C'est pourquoi, au même moment où nous dénonçons toutes les violations aux droits internationaux et toutes les atteintes aux Nations Unies, nous proposons aussi des réformes des Nations Unies pour faire rentrer dans ce Conseil de sécurité l'Inde, le Japon, le Brésil, la Lagne, pour donner toute la force dont ces institutions ont besoin pour faire respecter le droit et la justice partout dans le monde.
Autre sujet important, c'est le Conseil européen qui se tient en ce moment à Bruxelles avec l'immigration comme thème majeur de discussion entre les 27. Les 27 qui ont du mal à s'accorder. Certains ont parlé d'urbanisation des esprits en Europe en référence à Victor Orban. L'Italie, on l'a vu cette semaine, a demandé au gouvernement albanais d'accueillir des migrants interceptés par la marine ou par les gardes-côtes italiens. L'Allemagne a l'air intéressée. Est-ce que ce modèle italien pourrait être une inspiration pour la France ? Michel Barnier et Bruno Retailleau, ce n'est pas un hasard, sont attendus à la frontière italienne aujourd'hui.
Vous me parlez du modèle italien. Oui. Sa caractéristique principale, si je regarde les faits, c'est la décision qui a été prise par Madame Mélanie au mois de décembre 2023 d'attribuer 452 000 titres de séjour, visas de travail à des étrangers. Et je ne peux pas m'empêcher de relever que nous avons voté une loi au mois de janvier de cette année 2024 en France qui permet de faciliter l'accès au travail de ceux qui arrivent sur notre sol. Je crois qu'ils seraient heureux que nous puissions l'appliquer.
Mais vous oubliez aussi l'autre volet de la politique Mélanie qui est le transfert de migrants pour le coup dans des pays tiers.
Vous me parlez de 16 personnes qui ont été transférées en Albanie. Je vous parle de 452 000 personnes que Georgia Mélanie entend faire entrer en Italie. Et par ailleurs, je voudrais simplement pour faire le lien peut-être dans une transition inversée avec les sujets précédents, où se joue l'avenir des flux migratoires de l'Europe aujourd'hui ? Eh bien, il se joue au Liban parce que si nous ne faisons rien, le Liban demain ressemblera à la Syrie aujourd'hui, c'est-à-dire un foyer d'immigration massive, de civils, innocents, qui fuient les persécutions en Europe.
Sur ce sujet de l'immigration, il y a eu une demande quand même en conclusion du Conseil européen hier des 27 qui ont demandé d'urgence une nouvelle loi contre l'immigration irrégulière. Il y a vraiment urgence quand on voit que les flux de migration ont baissé de 42% sur les 9 premiers mois de cette année par rapport à l'an dernier ?
Justement, vous savez, cette question des migrations en Europe, elle est née en 2015 avec l'afflux en Europe des réfugiés syriens qui fuyaient la guerre et les persécutions. Ça a mis 10 ans. On a mis 10 ans et on a enfin réussi à sortir ce qu'on appelle le pacte sur l'immigration et l'Asie qui est adopté mais qui est tellement ambitieux qu'il va mettre encore 2 ans pour s'appliquer pleinement et c'est pourquoi nous soutenons l'application la plus rapide possible, la plus anticipée possible de toutes ces dispositions.
Pourquoi demander une nouvelle loi ?
Est-ce qu'il faut aller plus loin ? C'est possible parce que dans le droit européen, il y a des choses qui sont anciennes et qu'il faut revoir. Mais il y a aussi des choses que nous pouvons faire au niveau national s'agissant de la reconduite à la frontière des étrangers en situation irrégulière. Je voudrais vous donner un exemple. Un exemple
avant de passer à l'Ukraine.
Un exemple, c'est celui des retours aidés. Vous savez, quand on veut reconduire un étranger en situation irrégulière à la frontière, on peut soit le faire de manière forcée, un retour forcé dont on parle beaucoup, soit de manière aidée, un retour aidé dont on parle beaucoup moins. Beaucoup moins alors qu'en 2022, nous en avons fait 5000 en France. C'est 5 fois moins que l'Allemagne. Pardon. Oui, c'est 5 fois moins que l'Allemagne alors que ça coûte 5 fois moins cher que les retours forcés. Et je crois que nous pourrions utilement mobiliser plus, je dirais, plus volontairement ce levier.
Bientôt les questions des auditeurs Jean-Noël Barraud. Il y a évidemment le sujet ukrainien qui est toujours très sensible. Volodymyr Zelensky vient de présenter ce qu'il appelle un plan de la victoire qui ressemble surtout à un plan pour mettre fin à la guerre. C'est un plan pour permettre à l'Ukraine de négocier en position de force. Est-ce que ce plan est soutenu par la force ? Est-ce qu'il faut déjà, dès aujourd'hui, commencer à discuter avec Vladimir Poutine ou est-ce qu'il faut d'abord donner les moyens aux Ukrainiens de prendre la main pour négocier en position de force ?
Il faut d'abord donner aux Ukrainiens les moyens de négocier au moment où ils le choisiront en position de force. C'est ce que nous faisons avec les transferts d'équipements militaires depuis 2 ans et demi. Il faut aussi préparer la paix. Et dans le cadre du plan de paix proposé par le président Zelensky, j'ai accueilli hier à Paris une conférence sur la sûreté et la sécurité nucléaire en Ukraine. Parce qu'aujourd'hui, elle est en jeu, mais aussi parce que demain, il faudra, pour que l'Ukraine puisse se reconstruire, que la centrale de Zaporizhia, qui est la plus puissante des centrales nucléaires en Europe, puisse réouvrir. Donc ce sont ces deux chantiers que nous menons en parallèle.
Mais donc pas question de discuter dès aujourd'hui avec Vladimir Poutine comme le souhaite Olaf Scholz ?
Les Ukrainiens ont souhaité que lors du prochain sommet de paix qu'ils devraient organiser avant la fin de l'année, la Russie puisse être invitée. Nous accueillons favorablement cette initiative. Mais encore faut-il que la Russie de Vladimir Poutine change sa grammaire, qu'elle adopte la grammaire du droit international, qu'elle y intègre l'intégrité territoriale, la souveraineté de l'Ukraine, sans quoi nous aurons des difficultés sans doute à nous entendre.
Mais là on change quand même de discours Jean-Noël Barraud parce que jusqu'ici il n'était pas question de négocier avec la Russie, c'était l'envahisseur, c'était l'attaquant. Aujourd'hui donc on s'assoit à la même table et on discute ?
C'est toujours l'envahisseur, c'est toujours l'attaquant, c'est toujours l'agresseur et nous l'appelons toujours à se retirer de l'Ukraine.
Et on peut discuter avec un envahisseur
à partir duquel les discussions de paix peuvent se tenir, c'est l'Ukraine qui est agressée. Si lors de ce prochain sommet de paix les conditions sont réunies pour que la Russie soit invitée, très bien, pour ma part je veillerai attentivement à ce que la Russie ait adopté un autre langage qui est celui du droit international que nous défendons.
Question aussi vieille que la 5ème République Jean-Noël Barraud, est-ce qu'il y a un domaine réservé du président de la République en matière de politique étrangère ? Vous par exemple, est-ce que vous rendez des comptes à Michel Barnier ou à Emmanuel Macron ?
Vous savez, je suis ministre du gouvernement de Michel Barnier. Le président de la République comme chef de l'État a une responsabilité imminente en matière d'affaires étrangères et tous les Français le savent. Et donc, nous travaillons tous les trois. Je travaille à leur côté pour que la voix de la France soit forte.
Et vous apportez la voix de la France à l'étranger ? Je disais que vous étiez au Proche-Orient, vous partez tout à l'heure ? En Ukraine. En Ukraine, justement, pour porter le message du président de la République ou de Michel Barnier ?
Je me rends en Ukraine pour porter la voix de la France, pour rappeler que la France ne se détourne d'aucune crise, pour dire que ce qui se joue en Ukraine, c'est la sécurité de notre continent, sécurité y compris alimentaire et énergétique, que ce qui se joue là-bas, c'est aussi une catastrophe humanitaire. Et je consacrerai une partie de ce déplacement au sort des enfants de l'Ukraine et notamment les enfants kidnappés et déportés par le régime russe. Ce sera aussi l'occasion une nouvelle fois de réaffirmer que si l'Ukraine tombait, ce serait la consécration de la loi du plus fort et que cela, nous ne pouvons l'accepter.
Mais dans la presse, aujourd'hui, il y a des analystes qui font un diagnostic d'un désengagement américain en Ukraine. En gros, les États-Unis laisseraient le dossier à l'Union européenne. Est-ce que l'Europe, elle a les moyens de se charger de ce dossier-là ?
L'Europe vient d'avancer en s'accordant sur un prêt allant jusqu'à 35 milliards d'euros fondé sur les revenus d'Aubaine tirés des actifs russes gelés, des actifs russes sanctionnés. C'est une étape importante parce qu'avec 35 milliards d'euros, c'est autant de force que nous pouvons donner aux Ukrainiens.
Je disais qu'il y avait énormément de dossiers à aborder avec vous. Et tiens, Dominique, bonjour et bienvenue sur Inter. Vous avez une question pour le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères ?
Oui, j'aurais savoir tout simplement si la France va donner accès à la demande d'asile politique de Paul Watson.
Merci, Dominique, pour votre question. Elle a le mérite d'être simple et clair. Paul Watson, qui est en prison au Groenland et qui risque l'extradition vers le Japon.
Merci beaucoup, Dominique. C'est une situation que nous suivons très attentivement jusqu'au président de la République lui-même. Nous analysons la demande qui a été faite. Je crois qu'en principe, une demande d'asile ne peut être faite que sur le sol français. Là encore, un lien avec les sujets que nous abordions tout à l'heure. Et dans ces conditions, il serait difficile de lui répondre, mais c'est un sujet que nous examinons. Donc, il n'est pas question
pour le moment de lui accorder le droit d'asile ?
Nous examinons cette demande, mais en principe, une demande d'asile doit être faite sur le sol du pays dans lequel on demande l'asile.
Je rappelle, Paul Watson qui est à la tête de Sea Shepherd, cette ONG qui lutte contre les baleiniers et qui essaye de protéger les mammifères marins. Donc, il y a énormément de questions à vous poser, beaucoup de questions auxquelles vous devrez encore répondre. Merci infiniment, Jean-Noël Barraud, d'avoir été l'invité de France Inter ce matin. Et on vous laisse filer donc directement vers l'Ukraine en sortant de ce studio. Sous-titrage ST' 501
Jean-noël Barrot