Céline Calvez - Le Barbier du matin du 02/10/23
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Céline Calvez, bonjour et bienvenue sur Radio J, députée Renaissance des Hauts-de-Seine et spécialiste de l'éducation. Alors ça tombe bien pour les mamans, les jeunes mamans, pour tous les parents. Aujourd'hui, c'est le début de la campagne de vaccination contre le papillomavirus qui arrive au collège, notamment cette campagne. Alors, quel conseil donnez-vous aux parents ? Faut-il le faire ? Faut-il attendre ? Que faire ?
En fait, il y a quelques années où vous pouvez faire le vaccin. Vous ne pouvez pas vous réveiller à 40 ans et vous dire tiens, je vais faire le vaccin. Il faut que ça soit entre 11 ans et 19 ans. À quoi ça sert ? Ça sert à prévenir des cancers du col de l'éthyrus, mais aussi des cancers ORL. On imagine aujourd'hui qu'il y a entre 6 000 et 7 000 cas de cancer qui pourraient être évités par an par ce vaccin. Ce vaccin, il va être proposé à l'ensemble des collégiens et collégiennes dès la classe de 5e. Ça sera soumis à une autorisation des deux parents.
Et donc, ces campagnes de vaccination permettent à l'extérieur de l'établissement, par des équipes mobiles, de procéder à deux injections, une à l'automne et une six mois après, pour prévenir ces maladies. Quand il existe une solution comme le vaccin, eh bien, on le prend.
On a assez de recul sur ce vaccin ? Tous les milieux médicaux sont rassurants ?
Oui, et puis même, on a des avancées à l'étranger. Par exemple, au Royaume-Uni, ils ont drastiquement fait baisser ce taux de cancer, justement, qui a été provoqué par le papillomavirus. Donc, ce que l'on peut voir à l'étranger nous enseigne qu'il faut résolument le faire. On est sous-vaccinés aujourd'hui en France. On a à peu près une élève sur trois au collège. Ce n'est pas assez. Alors, en plus, les collégiens, et je tiens à le rappeler, ça touche aussi bien les filles que les garçons, il faut vraiment arriver vers un taux de couverture. Et c'est notre objectif, au moins à 80% dans les trois prochaines années.
Aujourd'hui, c'est aussi le début de la vaccination. Alors, à l'autre bout de la tranche d'âge, contre la Covid, nouvelle génération de virus. Et là, on sent des réticents dans la population. Oh, la Covid, c'est derrière nous. Vous le sentez aussi dans votre circonscription, dans les Hauts-de-Seine ?
Ce n'est pas quelque chose, forcément, qui est ignoré, parce qu'il y a beaucoup de cas, en fait, que ce soit le Valois ou à Clichy, de gens qui, autour d'eux, revoient des personnes qui sont atteintes de la Covid en ce moment. Donc, l'idée de se dire le vaccin, les perspectives de se dire que ça va être avec la grippe, ça peut rendre de manière plus, on va dire, courante, le fait de pouvoir se vacciner contre cette maladie qui n'a pas disparu. On témoigne des résurgences de cas un peu partout.
Assez nombreux. Alors, revenons à l'école. L'actualité de cette rentrée, c'est l'offensive contre le harcèlement scolaire. Prévention, détection, solution. C'est le triptyque qui a été énoncé par la Première Ministre. Mais commençons par la prévention. Comment peut-on faire de la prévention sur le harcèlement scolaire ?
Déjà, c'est de parler de harcèlement scolaire. Et comme vous l'avez souligné, cette rentrée est particulièrement marquée par une volonté forte et qui n'est pas forcément que dans l'éducation, mais qui est vraiment au niveau interministériel et qui est portée par la Première Ministre, de dire stop au harcèlement scolaire. On a eu des cas très graves de suicides à répétition et qui ont pu provoquer aussi bien des émotions que de l'indignation. Et donc, devant ces émotions, il y a de la mobilisation. Gabriel Attal a été assez résolu et a pu montrer sa volonté de faire que la peur change de camp. C'est son expression. Eh bien, la prévention, c'est de donner des occasions d'en parler.
Par exemple, le 9 novembre prochain, et de manière annuelle, on a une journée de lutte contre le harcèlement scolaire. Sauf que cette année, l'idée est de faire qu'au moins deux heures de cette journée soient banalisées, c'est-à-dire résolument consacrées à la lutte contre le harcèlement scolaire.
Ça ira du CE2 à la troisième. Est-ce que deux heures, comme ça, une fois par an, c'est suffisant ?
Alors, il faut distinguer ce qui relève de la journée de lutte nationale contre le harcèlement scolaire, qui peut concerner l'ensemble. Et ce que vous pointez du CE2 à la troisième, c'est aussi l'idée de consacrer du temps à de l'auto-évaluation du harcèlement. Moi, ce que je trouve intéressant avec cette auto-évaluation, c'est que chacun va être amené, bien sûr, à réfléchir, mais pas forcément réfléchir uniquement en tant que victime ou victime potentielle, mais aussi en tant que témoin. Et pour moi, c'est ça qui m'avait marqué quand à Clichy avait eu lieu la journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire, c'était de rappeler que chacun en a un rôle à jouer.
Et qu'on n'est pas forcément que victime ou harceleur, qu'on est parfois témoin, il suffit, c'est pas forcément simple, mais il faut détecter ce qui peut se passer. Et on a tous un rôle à jouer, celui de faire libérer la parole et de pouvoir avoir des confessions des uns ou des autres.
L'auto-évaluation, ça sera une sorte de questionnaire anonyme qu'on remplira pour voir jusqu'où on a été témoin, acteur ou victime.
Exactement, et c'est un questionnement individuel, mais qui va donner un climat collectif de ce qu'il existe au sein d'un établissement, au sein d'une classe.
L'essentiel, vous le disiez, c'est la détection. Certains parents réalisent que leur enfant est harcelé, tirent la sonnette d'alarme, d'autres ne voient rien. Qu'est-ce qu'on peut donner comme conseil aux parents ? À quoi faut-il être attentif ?
Je pense qu'il faut être attentif, surtout, à demander régulièrement à son enfant si ça va bien. Attentif, c'est regarder si son enfant a envie d'aller à l'école ou pas. On peut avoir des changements de comportement qu'on ne décèle pas vraiment, qu'on peut mettre sur le côté fatigue, etc. Je pense que ce qui est important pour les parents, c'est ce dialogue, c'est le dialogue aussi avec les autres parents. C'est intéressant de pouvoir se dire aussi que d'autres parents vont pouvoir nous éclairer sur une situation. Et puis, c'est bien sûr le dialogue avec les enseignants, les chefs d'établissement.
En fait, la meilleure façon de pouvoir prévenir et de pouvoir détecter, ou même de trouver des solutions, si on prend les trois petits-petits, c'est d'en parler. Et c'est de ne pas banaliser ce qui doit être le harcèlement, c'est de dire que c'est suffisamment important pour qu'on ait pénalisé. D'ailleurs, il y a deux ans, le harcèlement scolaire est maintenant inscrit au code pénal. C'est un interdit important. Et on a cette mobilisation qui fait que chacun peut intervenir pour pouvoir stopper ce qui peut ruiner des jours et des nuits des enfants.
Ce n'est pas toujours facile de discuter avec l'éducation nationale. On l'a vu récemment avec le rectorat des Yvelines. On peut recevoir des courriers combinatoires parce qu'on a osé interpeller le système.
Alors oui, effectivement, le rectorat de Versailles a fait l'objet d'une attention particulière parce qu'il y a eu des courriers de lancés au moment de lutter contre le harcèlement scolaire ou au moment de pouvoir lutter contre des attouchements sexuels. Et en fait, le ministre Gabriel Attal s'est rendu il y a quelques jours au rectorat et sur 120 lettres qui étaient adressées à des parents qui suscitaient l'attention du rectorat de Versailles ou Emma Circonscription d'ailleurs sur le harcèlement scolaire, près de la moitié posaient problème selon les termes du ministre.
On a une institution aussi qui a été pas mal remise en cause aussi et c'est peut-être pas anodin, même s'il n'y a pas de comparaison à avoir, mais au rectorat de Versailles, il y a quelques années, Samuel Paty a pu être assassiné et on a pu reprocher à l'institution de ne pas assez protéger l'enseignant.
Parce que l'institution se protège elle-même avant de protéger enseignant ou élève.
Je pense qu'en fait, on a une volonté très partagée de la part du rectorat de Versailles de dire non seulement je dois être attentif à ce que les parents puissent m'alerter, mais aussi ne pas laisser mon équipe enseignante ou mes chefs d'établissement seuls envers les parents. Et donc là, clairement, il y avait des problèmes sur ces courriers-là, mais plus globalement, ça va poser la question du rapport de l'institution avec les parents et pas que par rapport au harcèlement. On a aussi cet accompagnement, on parle parfois de co-éducation, certains vont parler de co-instruction.
Moi, je pense vraiment qu'on ne peut pas simplement se dire que ça se règle à coups de lettres qui sont parfois trop menaçantes.
Il faut se parler, il faut se rencontrer.
Il faut se parler et en fait, on a des parents qui sont investis dans l'éducation de leurs enfants et qui ne demandent qu'à ça.
Les solutions maintenant, est-ce qu'arrêter les harceleurs en pleine classe et les menotter, comme on a vu dans deux ou trois cas, c'est une solution pour vous ?
En fait, c'est une solution, l'arrêt, parce que vous imaginez bien que quand vous avez des faits, des menaces qui sont vraiment très dures, vous dites peut-être que si je perds une heure ou deux heures, je vais arriver après un drame, en fait. Donc, il faut pouvoir réagir très, très vite. Le fait que ce jeune collégien soit arrêté en classe, ça a montré aussi à l'ensemble de la France...
C'est l'exemplarité, oui.
À l'exemplarité et on ne peut pas demander d'un côté un choc de mobilisation et puis on ne saurait pas réagir très vite. Donc, oui, en fait, si c'est pénalement sanctionnable, il faut se dire aussi que la personne peut être appréhendée. Mais c'est parce qu'on ne peut pas perdre de temps les menaces. Et on a vu trop de cas de suicides ces dernières années pour se dire qu'on attendrait.
Changer l'élève harceleur d'établissement et non plus le harceler, ça on aurait dû le faire depuis longtemps. Maintenant, ça va être systématiquement là.
Maintenant, c'est systématiquement fait. Le ministre précédent l'avait déjà laissé entrevoir, mais aujourd'hui, les mesures réglementaires ont été prises pour que ce soit comme ça. Et c'est normal. Et c'est le cas aussi, par exemple, quand vous voyez les violences faites aux femmes, où c'est souvent la femme que l'on doit changer du domicile. Or, c'est un peu une double peine. Donc là, l'idée, c'est que le harceleur doit être changé d'établissement. Mais je rajouterais à ça que le harceleur, de la même façon que l'on peut soutenir psychologiquement une victime, il faut aussi pouvoir accompagner psychologiquement le harceleur. On ne peut pas juste le bouger d'établissement.
Certains psychologues disent, vous savez, apprendre l'empathie à un harceleur, c'est mission impossible.
Alors, je pense qu'on peut complètement se rendre compte aussi qu'il y a des harceleurs qui ne se rendaient pas forcément compte. Je ne les excuse pas, mais ils ne se rendaient pas forcément compte de l'impact sur leurs camarades, de leurs faits. Et l'empathie, vous en parlez, ça va être aussi une des manières de prévenir. Et c'est une solution de pouvoir apprendre aux autres à se mettre à la place des autres. Donc, Gabriel Attal s'est rendu il y a une dizaine de jours au Danemark. Il a été vraiment bluffé par l'utilisation de cette empathie, de la gestion des émotions.
Ce que l'on va utiliser, l'empathie contre le harcèlement scolaire, j'y vois aussi une grande promesse pour appeler à se respecter et à savoir vivre en collectif.
Autre réflexion de l'automne, l'uniforme. Gabriel Attal est favorable aux tests. On n'a pas l'impression que les établissements se bousculent pour imposer l'uniforme. Vous, votre point de vue personnel, à la fois de maire de famille et d'élu, l'uniforme, c'est bien à l'école ?
Moi, si je pense à un apport de l'uniforme, c'est surtout le sentiment d'appartenance.
On est dans une communauté, on ne se distingue pas ?
En fait, je trouve que dans le sentiment d'appartenance, c'est aussi cette fierté d'appartenir à un établissement ou à un collectif. C'est ça, moi, qui m'intéresse et ce que j'ai pu voir, par exemple, chez Espérance Banlieue. C'est plus ça que le fait d'effacer les différences. Je pense que ce n'est pas forcément le plus efficace. Je crois aussi qu'on a des expériences. Pourquoi pas ? Moi, je pense que surtout, ce n'est pas une béguette magique et ça ne remplacera pas le fait de travailler, une mixité sociale ou une élévation du niveau scolaire. Pourquoi pas ? Ça se bouscule quand même un petit peu.
Il y a quand même pas mal de maires qui ont levé la main pour dire qu'au sein de leur commune, ils aimeraient pouvoir expérimenter ce port de l'uniforme. Il faut, dans les prochaines semaines, et Gabriel Attal l'a promis, pouvoir dire le cadre de l'expérimentation. Et je trouve que ça permettra d'éviter de dire que ça ne sert à rien ou que ce serait une baguette magique.
On va voir. Le baccalauréat s'est repoussé en juin. Il n'y aura plus d'épreuve de spécialité tôt. Est-ce que ça ne va pas créer un embouteillage dans ce mois de juin ?
Eh bien, surtout, le mois de juin, il était un peu déserté. C'est une reconquête du mois de juin. Donc, non seulement pour les élèves de terminale et de première qui vont avoir leurs épreuves à passer au mois de juin, mais aussi pour les élèves de seconde qui, souvent, pour cause de tenue d'examen dans leur établissement, étaient lâchés mi-juin. Là, on va leur donner l'occasion, pendant deux semaines, de pouvoir s'engager dans un stage, un stage de découverte qui va venir après le stage de troisième. Donc là, deux semaines que vous pouvez faire en entreprise, mais aussi dans l'administration et aussi dans le cadre associatif.
Donc, l'occasion de pouvoir s'ouvrir et de pouvoir approfondir son orientation. C'est très important. Moi, c'est une thématique qui m'intéresse beaucoup. Et il faut pouvoir, comme ça, reconquérir le mois de juin pour tout le monde.
Eh bien, Céline Calvez, merci et bonne journée.
Merci beaucoup, Christophe Barbier. À l'ordre du jour, donc, le harcèlement scolaire. Et on retiendra cette déclaration de votre invitée, Céline Calvez. On n'est pas seulement victime ou harcelaire, mais aussi témoin. La meilleure façon de pouvoir prévenir le harcèlement scolaire, c'est d'en parler, tout simplement. Merci beaucoup. Demain, votre invité, Christophe, sera Jean-Christophe Cambadélis, ancien premier secrétaire du Parti Socialiste.
Céline Calvez