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interviewFrançois Ruffin (sur YouTube)· 17 décembre 2025 6 minAutoproduit

Y a quoi derrière vos colis de Noël ?

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Invité

Il y a une Anna qui commence depuis le début, que nous on n'est pas au courant. Moi je suis chauffeur-livreur. On se prend souvent la tête avec les clients. Madame, bonjour, je suis en bas avec un paquet pour vous. Elle sait qu'elle a commandé un matelas ou un lit. Monsieur, j'ai payé la livraison à domicile dans ma porte. Mais pourtant, GLS n'est plus responsable de moi dès que je dépasse les boîtes aux lettres. Mais pourtant la dame, elle est au troisième étage, il n'y a pas d'ascenseur. La Anna qui l'a commencé depuis le début. Elle n'est au courant de rien, moi je suis au courant de rien. Je suis obligé d'aller livrer le colis, sinon je me retourne avec.

Demain, je retourne avec le même colis. Là, on est à Fleury-Mérogis à 7h du matin. Tu vois, c'est la grève des sous-traitants de GLS. Tout ça, il y a marqué GLS sur les camions. C'est flocage obligatoire, mais en fait, ils bossent pour GLS, mais ils ne sont pas salariés de GLS. Bonjour. Et donc, c'est que des petits patrons de la livraison qui se retrouvent à être mis sous pression avec des pénalités imposées, des prix au rabais, des colis gratuits à livrer. Et donc, ils craquent. Et même avec tout un système organisé par les donneurs d'ordres, dont GLS, FedEx, et ainsi de suite, qui leur disent, ne payez pas l'URSSAF, faites crever votre boîte et faites renaître une autre boîte plus tard.

1:07
Présentateur

François Ruffin.

1:11
Invité

Bonjour. Bonjour. Bonjour. Vous êtes des chauffeurs ? Et les patrons, ils sont vous alors du coup ? Ils sont là. D'accord. Bonjour, monsieur. Ça va ? Ça va ? Je suis de sous-traitant GLS. Bonjour. Vous êtes les patrons ? Il y a à la fois les patrons et les chauffeurs ici, c'est ça ? Exactement, oui. Et tous, vous travaillez pour GLS ? GLS vous demande de baisser vos prix de 30%. Vous, vous faites comment derrière, du coup ? Là, au jour d'aujourd'hui, j'ai des salariés qui ne sont pas payés. Je ne sais pas comment finir le mois pour le gasoil, donc on est à flux tendu. C'est la sous-traitance qui ramène à ça. Et eux, ils se déchargent de pas mal de choses. Aussi, la surcharge des tournées.

Les camions, quand ils partent, vous ne pouvez pas respecter le code de la route.

1:46
Présentateur

On est constamment hors-la-loi, du matin au soir. Il n'y a pas une minute où on est réglo. On est obligé.

1:52
Invité

Par exemple, hors-la-loi, de quoi, alors ?

1:54
Présentateur

Alors, les ceintures, les excès de vitesse, les feux rouges, les téléphones, les appels, les messages, les stationnements, les pistes, sur les lit, par jour. On est toute la journée hors-la-loi. On n'a pas le choix.

2:07
Invité

Enfin, normalement, vous ne devez pas livrer jusqu'à la porte, mais en vérité, vous font livrer jusqu'à la porte, c'est ça ? Si c'est une forme enceinte, si c'est une personne âgée, on fait comment ? C'est une personne handicapée qui dit que je suis handicapée pour monter son coulis. Concernant la livraison à la porte, il y a une anacque qui commence depuis le début que nous, on n'est pas au courant. Moi, je suis chauffeur-livreur. On se prend souvent la tête avec les clients. Madame, bonjour, je suis en bas avec un paquet pour vous. Elle sait qu'elle a commandé un matelas ou un lit. Monsieur, j'ai payé la livraison à domicile de ma porte.

Mais pourtant, GLS n'est plus responsable de moi dès que je dépasse les boîtes aux lettres. Mais pourtant, la dame, elle est au troisième étage, il n'y a pas d'ascenseur. L'anacque, il a commencé depuis le début. Elle n'est au courant de rien. Moi, je suis au courant de rien. Je suis obligé d'aller livrer le colis, sinon je me retourne avec. Demain, je retourne avec le même colis. Pour combien ? Les heures sur, personne ne les paye. On se lève à 4h. Et là, depuis le mois de novembre, on commence le travail à 5h30. On n'a plus de vie de famille. Franchement, on souffre. Nous, les chauffeurs, on est obligé de surcharger les camions et faire n'importe quoi.

Les chauffeurs, ils font beaucoup de casques parce qu'ils ont beaucoup de pression. Quand vous rentrez à votre maison ce soir, vous n'êtes pas bien, du coup ? T'es fatigué. T'es fatigué, t'es crévé. Tu travailles 2h, 3h par jour. Là, tout se décombre la ville. Ça fait 3 samedis qu'on travaille en plus. Mais après tout ça, ça ne rime à rien. On n'a rien en plus. Nous, rien en plus. Vous n'avez pas de paye supplémentaire pour le samedi, alors ? Non, on ne sent rien. Mais même le bon salaire, il n'arrive pas à 2.000. C'est trop, trop, trop, trop eu. C'est 1.800. On leur dit, les chauffeurs, ils sont vraiment usés. Ils sont usés, c'est vraiment usé. Et puis, ils n'ont pas de reconnaissance.

Ils n'ont rien. C'est vrai qu'on peut leur tirer le chapeau. Ils sont courageux. Ils sont vaillants. Mais au bout d'un moment, ça casse. Si je reprends, il y avait un monopole de livraison qui était la poste avec des chauffeurs qui étaient fonctionnaires, qui avaient des horaires, qui avaient des salaires, qui avaient un statut, qui avaient un revenu et tout était carré. On a décidé d'installer la concurrence. On a mis FedEx, on a mis UPS, on a mis Amazon et tout ça pour dire que ça va faire baisser les tarifs de livraison. Et en dessous de la concurrence, on serait une hyper concurrence entre les sous-traitants de ça.

Je pense qu'aujourd'hui, on a besoin de remettre le système d'équerre pour ne pas qu'il y ait de la maltraitance en cascade. Parce que finalement, on a les grands donneurs d'hôtes qui encaissent les bénéfices, qui versent des dividendes à leurs actionnaires et qui font appel à des sous-traitants pour dire débrouillez-vous les gars. C'est exactement ça. Et tant pis pour la loi, alors le code de la route, mais tant pis pour la loi en matière d'horaire de travail, tant pis pour la loi en matière de droit minimum des salariés. Et puis tant pis pour la loi à l'égard de l'URSSAF qui peut se faire arnaquer en série.

Et vous, on vous met comme patron, c'est vous qui allez avoir à passer devant le tribunal. C'est pas les dirigeants de GLS qui vont passer devant le tribunal. Vous avez une utilité dans le pays, mais il s'agit de montrer en quoi vous êtes utile et vous mettre dans la lumière. Parce que tant que vous êtes dans l'ombre, vous n'existez pas pour les pouvoirs, que ce soit le pouvoir économique, que ce soit le pouvoir médiatique ou que ce soit le pouvoir politique. Et ce qui est triste aussi dans cette histoire, c'est qu'on n'arrive plus à comprendre. On n'arrive plus à comprendre pourquoi on reste là. Mais on n'a pas le choix. On n'a pas le choix.

On devrait rester parce qu'on a des familles à nourrir. On a des charges. Ils profitent de ça. Ils profitent de ça. D'une part, vous n'en vivez pas bien de votre travail. Et d'autre part, vous le vivez mal. Vous êtes malheureux à votre travail. Et ça, ce n'est pas normal quand on a une société qui repose sur le travail et où on doit faire que... C'est tout un système économique, que ce soit du côté des actionnaires ou des consommateurs qui reposent sur vos gueules. Il y a eu une organisation de faire des gens, des auto-entrepreneurs de leur malheur. Et c'est comme si vous étiez auto-entrepreneur de votre malheur. Il faut remettre des règles à l'intérieur de tout ça.

Les règles du salariat, les conquêtes sociales qui ont été celles du 19e et du 20e siècle. Simplement, il n'y a pas de raison que la livraison y échappe. Qu'on puisse vivre de son travail et pas qu'on vous décourage. Parce que là, je suis sûr que vous mettez du cœur à l'ouvrage. Quand vous vous levez le matin, il faut en vouloir vous coucher le soir avec tout ça. Et bien, simplement, il faut que vous ayez le sentiment d'avoir bien pu faire votre travail pendant ce temps-là et pas d'avoir été exploité pendant toute la journée. C'est tout. Et on va se bagarrer pour ça. Et ce n'est pas fini. Faites-nous combat ! Mettez-vous devant le camion GLS !

Tout le monde en ligne a fait la photo comme à l'Elysée, mais ce n'est pas à l'Elysée.

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