Défense française : « on ne parle pas assez des chances et des qualités qu’a la France dans ces domaines-là » déclare Dominique Trinquand
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Quel regard portez-vous sur la tonalité de l'allocution d'Emmanuel Macron ?
- 1:44OuverteRéponse partielle
Est-ce qu'un tel effort budgétaire est suffisant selon vous ?
- 3:26OuverteRéponse directe
L'armée française est-elle vraiment en avance comme l'a dit Macron ?
- 4:32OuverteRéponse directe
On ne part pas d'une page blanche pour les armées françaises ?
- 5:05OuverteRéponse directe
Pourquoi Macron n'a pas évoqué les Rafales et les frégates ?
- 6:07OuverteRéponse directe
Comment la Russie fait-elle de la France son principal adversaire en Europe ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« le doublement des budgets de la défense à 2027, c'est-à-dire la fin de son quinquennat. »
- 2:16InvitéChiffre
« On double les réserves. On doit arriver quasiment à 100 000 réservistes. »
- 2:22InvitéChiffre
« 40 000 actuellement. »
- 4:39InvitéFait
« en Europe, les armées françaises sont quasiment les seules qui ont l'expérience du combat. »
- 4:47InvitéFait
« la dissuasion nucléaire, qui est essentielle. C'est la sauvegarde de la nation. »
- 5:18InvitéFait
« on ne va pas aller beaucoup au-delà de ce qui a été fait. »
- 8:03InvitéFait
« le nucléaire était organisé au sein de l'OTAN. Donc, sous la houlette des Américains. »
- 8:21InvitéFait
« Français et Britanniques discutent en n'étant pas sous le commandement américain. »
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« L'Europe, c'est 450 millions d'habitants, troisième puissance économique au monde. »
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« Le patriote, par exemple, pour l'instant, on n'a pas de remplaçant. »
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Bonjour Dominique Trinquant. Bienvenue sur Radio Classique. Vous êtes général, ancien chef de la mission militaire française aux Nations Unies. Et vous êtes avec nous ce matin pour commenter cette prise de parole d'Emmanuel Macron hier soir devant les plus hautes instances militaires à l'hôtel de Brienne. Guillaume Tabard parlait à l'instant d'un président qui a dramatisé l'enjeu de son discours. Quel regard portez-vous pour votre part sur la tonalité de cette allocution ?
Oui, dramatisé à deux niveaux. Le premier avec effectivement l'intervention du général Burkhardt de jour précédent qui parlait de la menace. Et hier soir, le président qui sonnait l'alerte en disant il est urgent de le faire. A un moment, le premier ministre était présent, bien sûr, et le ministre des armées aussi. à un moment où il y a des problèmes budgétaires en France, des problèmes de finances, et où le président dit qu'il va falloir accélérer en ramenant l'augmentation, le doublement des budgets de la défense à 2027, c'est-à-dire la fin de son quinquennat. Ça n'est pas par hasard. Exactement. Au lieu de 2030.
Donc je crois qu'il y avait nécessité de dramatiser, même si, et Guillaume Tabard le soulignait, le sondage est assez encourageant, parce que les Français trouvent qu'effectivement, il y a nécessité d'augmenter et que les armées sont bien soutenues. Maintenant, le problème, ça va être le problème de choix. Et ça, c'est le problème du premier ministre, qui était présent, qui a bien compris qu'il fallait augmenter, mais il ne fallait pas augmenter la dette, et donc il va falloir trouver les moyens de rester dans le budget qu'il fixera.
64 milliards d'euros d'ici 2027 et non plus 2030. Le budget a doublé en 10 ans. Est-ce qu'un tel effort est suffisant, satisfaisant, selon vous ?
Alors, il en faudrait toujours plus, naturellement. Le problème est quel environnement ? On parlait tout à l'heure du service volontaire, militaire, SNU, etc. Universel, oui. Dans quel budget est-ce que cela rentrera ? Jusqu'à présent, le SNU, il faut le rappeler, était du côté de l'éducation nationale. Le service militaire volontaire, en revanche, était du côté des armées. Donc, dans quoi va-t-on faire rentrer ce fameux budget ? L'augmentation des réserves. On double les réserves. On doit arriver quasiment à 100 000 réservistes. C'est 40 000 actuellement. Oui, 40 000 actuellement. Et ça, ça se paye.
Si vous voulez des réservistes, il faut bien sûr les rémunérer, mais en plus, leur donner de l'équipement, des préparations. Donc, voilà. C'est pour ça qu'il y a un peu de flou en ce moment, puisque j'ai compris que le président a renvoyé ça au mois d'octobre, au rapport qui lui sera rendu. Donc, oui, accélération du budget. Oui, augmentation du budget. De façon assez contrainte, puisque, je le répète, c'est ce qui était prévu en 2030 qu'on ramène à 2027. Donc, ce n'est pas une explosion comme ça l'est en Allemagne. Mais la chance qu'a la France, c'est qu'elle a commencé plus tôt. Dès 2017, elle a commencé à l'augmentation, la transformation de ses armées.
Alors, maintenant, c'est le combat de haute intensité qui doit être préparé, avec la réunion qu'on a vue à Londres la semaine dernière, dans laquelle, maintenant, on doit se préparer à déployer un corps d'armée. Jusqu'à maintenant, c'était une brigade puis une division. Donc, on parle en dizaines de milliers d'hommes. Donc, ça nécessite des efforts conséquents.
Vous parliez, justement, de la situation de la France temporelle actuellement. On est en avance. Nous avons une avance, disait hier soir Emmanuel Macron. Demain, au même rythme, nous serions dépassés, précisé le chef de l'État. Armée française, est-elle vraiment autant en avance que cela, Général Trinquant ?
Alors, comme il le disait, elle est en avance, mais il faut accélérer, parce que sinon, elle va prendre du retard. Alors, des domaines qui ont été abordés, d'ailleurs, par le chef de l'État, le quantique, l'intelligence artificielle, les drones, l'intégration de tous ces nouveaux systèmes, ça va extrêmement vite. Et donc, il faut absolument accélérer dans ce domaine-là. On ne parle pas assez des chances qu'a la France et des qualités qu'elle a sur ce domaine-là.
Il se trouve que j'étais à l'hôtel de Brianière et j'étais entouré de jeunes qui ont des sociétés de cybersécurité, par exemple, et qui produisent assez rapidement quelque chose, mais qui disent que la souveraineté n'est pas encore arrivée au bon niveau. Donc, on a beaucoup de choses à faire, on a les possibilités de le faire, mais je le répète, le choix va être un choix budgétaire, au bout du compte.
Donc, on ne part pas d'une page blanche, on ne part pas de zéro, finalement ?
Non, complètement. Alors, d'abord, pour nos armées, il faut rappeler qu'en Europe, les armées françaises sont quasiment les seules qui ont l'expérience du combat. Alors, pas l'expérience du combat de haute intensité, mais nos soldats sont des guerriers, ce qui n'est pas tout à fait le cas dans les autres pays d'Europe. Donc, ça, c'est le premier point. Le deuxième point, c'est la dissuasion nucléaire, qui est essentielle. C'est la sauvegarde de la nation. Et cette dissuasion nucléaire, elle est en cours de modernisation. Donc, comme vous le dites, nous ne partons pas d'une page blanche, mais il faut améliorer et accélérer.
Sur les pistes présentées par le chef de l'État hier soir, il a parlé des drones, effectivement. Il a parlé des munitions aussi en priorité, parmi les dépenses qui sont urgentes, finalement, pour l'armée française. Pas un mot sur les rafales, les frégates. Il était attendu au tournant aussi sur ce sujet. Comment l'expliquer ?
Alors, parce que je pense qu'on ne va pas aller beaucoup au-delà de ce qui a été fait. Alors, vous savez qu'il y a un gros sujet qui a été mis dans un rapport de l'Assemblée nationale sur ce qu'il faudrait faire, avec retard du futur porte-avions, augmentation des frégates. Bon, ceci n'a pas été évoqué. Je souligne simplement que la revue stratégique est publiée ce matin. Donc, il y a beaucoup d'éléments qui vont dedans, mais qui ne vont pas, qui sont plutôt sur la menace que plutôt sur les moyens à mettre en place. Donc, voilà.
Ces décisions, qui sont des décisions lourdes, si on retardait le porte-avions et qu'on mettait plus en place de frégates, nécessitent, à mon avis, une coordination qui n'est pas encore tout à fait en place. Et le chef de l'État a renvoyé ça à la fin de l'année.
Vous parliez des menaces, justement. La Russie fait de la France son principal adversaire en Europe. C'est ce que lançait la semaine dernière le chef d'État-major, vendredi dernier. Comment est-ce que cela se manifeste, concrètement ?
Ça se manifeste beaucoup, aujourd'hui, sur les réseaux sociaux et sur la désinformation. La Russie, héritière de l'Union soviétique, est familière de ce sujet-là depuis plus de 100 ans. Et nous, nous étions un peu naïfs. On est en train de se réveiller, mais c'est vrai qu'il y a eu beaucoup d'attaques informationnelles. Vous savez, ce que nous sommes en train de dire, là, en ce moment, va donner l'objet, probablement, de tas de tweets, de tas de messages, qui vont essayer de neutraliser ce qu'on est en train de dire. En fait, le but, c'est quoi ? C'est de faire douter.
Et aujourd'hui, quand je regarde sur les réseaux sociaux, les intervenants, qui sont probablement certains convaincus, d'autres payés. Il ne faut pas oublier que les réseaux de désinformation russes payent des sociétés de publicité. Il faut être au sein de Twitter, enfin, de X et compagnie. C'est un business, oui. Et c'est un business. Et là, le but est de faire douter. La dissuasion nucléaire française ne vaut rien. Les soldats français ne résisteront pas. Ils n'ont pas de munitions. Vous parliez des munitions, oui. C'est un sujet sur lequel l'armée de terre, en particulier, est très engagée. Parce qu'il faut avoir envoyé une brigade bonne de guerre, comme on dit, en Roumanie. C'est bien.
Mais il faut avoir les munitions pour tenir. Donc, tous ces sujets-là sont attaqués en permanence sur le cyber également, avec la capacité de neutraliser des réseaux de communication qui sont aujourd'hui très utiles, et même vitaux, non seulement pour les armées, mais pour nos citoyens, tout bêtement.
Sur la dissuasion nucléaire, Emmanuel Macron l'a confirmé hier. Il y a un retour du fait nucléaire. Et ça intervient, on en parlait au début de cet entretien, après la conclusion d'un accord de coopération en termes de dissuasion franco-britannique. En clair, une menace contre l'Europe entraînerait une réponse conjointe. C'est un changement majeur.
Alors, le changement majeur, c'est que jusqu'à maintenant, le nucléaire était organisé au sein de l'OTAN. Donc, sous la houlette des Américains, bien sûr, puisque c'est eux qui fournissaient les armements, et qu'on sait que la dissuasion nucléaire britannique dépend des Américains. Et puis, il y avait à côté la dissuasion nucléaire française. La grosse nouveauté qui a eu lieu la semaine dernière à Londres, c'est que, pour la première fois, Français et Britanniques discutent en n'étant pas sous le commandement américain. Alors, les Français ne l'ont jamais été, mais les Britanniques le sont de facto.
Donc, ça veut dire qu'aujourd'hui, petit à petit, les Européens se préparent, et le chef de l'État a beaucoup parlé du pilier européen de l'OTAN, les Européens se préparent devant l'incertitude américaine. Alors, on n'a pas envie qu'ils s'en aillent, les Américains, mais ça ne dépend pas de nous. Après tout, s'ils décident de partir, ils décident de partir. Et vous savez, l'OTAN a été créée en 1949, à l'époque où la moitié de l'Europe était occupée par l'Union Soviétique, et l'autre moitié venait d'être libérée par les Américains, donc nous étions dépendants. Aujourd'hui, en 2025, qu'on n'aille pas dire que l'Europe doit être dépendante.
L'Europe, c'est 450 millions d'habitants, troisième puissance économique au monde. Il me semble normal que l'Europe, aujourd'hui, retrouve sa souveraineté. Mais ça ne veut pas dire qu'elle va pousser à la séparation avec les États-Unis, mais ça veut dire qu'elle doit s'y préparer pour ne pas se retrouver le bec dans l'eau, si j'ose dire, au moment où les Américains décideraient éventuellement de ne plus protéger l'Europe.
Elle vous semble prête, cette Europe, justement, quand on regarde l'Allemagne, 500 milliards de budget pour la défense, des achats aussi d'avions américains, par exemple. Ils ne jouent pas tous de concert.
Oui, alors ça, c'est un sujet, effectivement, très compliqué. Je pense que l'Europe est en train de se préparer. Dans 3-4 ans, elle sera prête, probablement. Le problème des avions, l'F-35 dont vous parlez, c'est que c'est une espèce d'entourloupette, si j'ose dire, américaine, qui dit que si vous voulez porter de l'armement nucléaire, vous devez avoir l'F-35. Sauf que l'F-35, il dépend forcément des Américains. Donc, c'est une difficulté. Et vous avez vu, pour l'aide à l'Ukraine, ce que vient de décider le président Trump, c'est, d'accord, on va donner des patriotes, mais ils vont être payés par l'OTAN et fournis aux Ukrainiens. Ça veut dire quoi ? Alors, l'OTAN, c'est les Américains aussi.
Donc, nous ne l'aurons pas. Ils vont en payer une partie quand même. Mais le reste va être payé par les Européens en achetant du matériel américain. Mais on n'a pas tous les matériels. Le patriote, par exemple, pour l'instant, on n'a pas de remplaçant. Donc, il faut absolument que la base industrielle et de défense européenne progresse.
C'est le bras de fer sous-jacent un peu de ce à quoi on a assisté hier soir. Finalement, l'Europe et les Etats-Unis parlent de manière indirecte.
Alors, moi, je ne dirais pas le bras de fer. C'est, encore une fois, la préparation pour les Européens à la liberté de décision par les Américains de continuer à soutenir l'Europe par ses finances et ses armements. Et on ne doit pas attendre tranquillement. Et puis, un peu comme le secrétaire général de l'OTAN qui était assez pitoyable la dernière fois en se mettant à plat ventre de M. Trump, on doit être fort pour être respecté. Respecté par les Russes, mais respecté par les Américains également.
Une dernière question, Général Trinquant. Pour revenir sur cette dissuasion nucléaire, ce tandem franco-britannique, c'est toujours difficile de faire des projections. Mais le Général Burkhard a estimé que la Russie, d'ici 2030, pourrait frapper un pays européen. Qu'est-ce qui pourrait se passer, en conséquence, avec ce tandem franco-britannique et cette dissuasion nucléaire ? Quel scénario pourrait être sur la table ?
Alors, je vais vous donner un exemple très concret. En Estonie, il y a un bataillon britannique avec des soldats français. Parce que tout le monde pense que c'est l'Estonie qui pourrait être le premier touché. Si la Russie venait attaquer l'Estonie, elle serait face à des soldats britanniques et français. Croyez-vous que nous restions indifférents en cela ? Non, naturellement, on serait engagé directement. Et ça, ça veut dire, M. Poutine, attention, ne faites pas cette bêtise. Ce ne sont pas des Estoniens que vous rencontrerez, ce sont des Estoniens, plus des Britanniques, plus des Français. Donc, vous êtes en guerre contre la France et le Royaume-Uni. Il faut être fort pour montrer à M.
Poutine que ce n'est pas sa force qui va gagner, mais c'est nous, nos convictions, de défendre notre liberté.
Merci beaucoup, Général Dominique Trinquant, ancien chef de la mission militaire française aux Nations Unies. Merci d'être venu ce matin pour commenter cette allocution d'Emmanuel Macron. Bonne journée. Merci. Et à bientôt, 8h29 sur Radio Classique, dans la prochaine demi-heure, le 14 juillet. Par le versant historique, maintenant, qu'est-ce qu'il nous reste de cette révolution française ? Le récit est-il obsolète ? L'historien Guillaume Mazot nous rafraîchit la mémoire et brise un certain nombre d'idées reçues avec sa bande dessinée. Notre révolution de l'Ancien Régime à la Première République, aux éditions La Découverte, ce sera juste après la revue de presse.
Deuxièmement. Merci. Merci. Deuxièmement.