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Audition parlementaireRoger Chudeau· 30 mars 2026 50 minFond programmatiqueNumériqueCulture, médias & sportEurope & international

AUDITION IA : ANDRÉ MARKOWICZ, TRADUCTEUR, ÉDITEUR, POÈTE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:00OuverteRéponse directe

    Quels sont les atouts du traducteur humain face à l'IA générative ?

  • 5:00OuverteRéponse directe

    Avez-vous déjà utilisé des outils d'IA dans votre travail ?

  • 7:00OuverteRéponse directe

    Pouvez-vous donner des exemples où l'IA échoue à restituer le sens ?

  • 10:00OuverteRéponse directe

    L'IA produit-elle une écriture standardisée incompatible avec la littérature ?

  • 13:00OuverteRéponse directe

    Quel risque pour la diversité linguistique et culturelle ?

  • 16:00OuverteRéponse directe

    Comment protéger les jeunes traducteurs face à l'IA ?

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Bien mes chers collègues, nous poursuivons les travaux de notre mission d'information et création, diffusion et acquisition des connaissances. Comment l'intelligence artificielle transforme notre éducation et notre culture. Alors, monsieur Markovic, je vous souhaite la bienvenue.

Madame Calvez se joint à moi pour vous souhaiter la bienvenue au sein de cette mission d'information. Euh nous sommes dans un tout petit comité mais comme vous le constatez, nous sommes filmés et ce c'est et donc la la mission est consultable en ligne en direct par nos collègues qui sont absents retenus par d'autres activités. Nous vous remercions en tout cas sincèrement chers messieur d'avoir accepté notre proposition d'audition et nous nous réjouissons de vous entendre dans ce cadre.

Donc votre audition s'inscrit dans la continuité de la table ronde sur la traduction que nous avons organisé lundi dernier. En complément des organisations professionnelles et du collectif en chair et en os, il nous a paru utile d'inviter l'éminent traducteur littéraire que vous êtes. Je rappelle à ceux qui ne vous connaîtrai pas que vous avez fait redécouvrir au public français un certain nombre de grands auteurs russes parmi lesquels Pushkin dans la traduction de jein vous a longtemps occupé.

Tekof ou encore Bulgakov. Vous êtes surtout le traducteur des œuvres intégrales de Dostoyevski que vous avez fait paraître aux éditions Acte Sud. À travers ces publications, comme dans vos interventions publiques, vous défendez une conception exigeante du rôle du traducteur qui disposerait d'une véritable liberté pour restituer au mieux les intentions de l'auteur.

Cette liberté n'est-elle pas aux antipodes du raisonnement probabiliste des intelligences artificielles ? Je ne vous l'apprendrai pas. La traduction littéraire est aujourd'hui bouleversée comme tant d'autres domaines de la création par l'émergence de l'IA générative qui prétend pouvoir offrir une traduction quasiment instantanée de n'importe quel texte depuis et vers n'importe quelle langue et ceci je puis dire à toute vitesse des délais très très restreints.

S'agit-il d'une illusion ? vous nous direz ce que sont les atouts du traducteur humain face à tête défernante. Donc je vais vous passer la parole pour un propinaire 5 minutes et cetera et ensuite madame la rapporteur vous posera les innomables questions qu'elle a préparé à votre endroit.

Merci. Alors merci beaucoup. Je suis très touché et très confus à la fois d'être invité en par cette commission euh et confus parce que aussi je suis pas du tout comment caractéristique et représentatif de des traducteurs.

Mais voilà parce qu'en fait j'ai jamais séparé mon travail. J'écris et je traduis et j'ai choisi de d'écrire en traduisant. Et puis je ne traduis pas d'une langue, je traduis certains auteurs d'une langue et puis d'autres d'autres auteurs qui ne sont pas russes.

Et j'ai fait une chose tout à fait étrange et que j'ai traduit du chinois sans comprendre un mot de chinois. Oui, ça on pourrait enre parler mais c'est dans un autre cadre. Quoique quoique voilà et d'autre part moi ce qui m'a toujours intéressé dans la vie c'est traduire la voix comment on écrit la voix les intonations, le le les sous-entendus.

Et comme j'ai j'ai toujours vécu dans deux langues. Le russe est au sens strict ma langue maternelle, la langue de ma mère et le français la langue de mon père. Euh ça m'a toujours frappé la différence.

D'autre part, je ne traduis pas toujours seul et au contraire, j'ai cette chance de travailler avec Françoise Morvent grâce à laquelle j'ai pu traduire Cheekov et on signe nos traductions à deux parce que Françoise Morvan quand elle a commencé à traduire TKOf avec moi ne parlait pas un mot de russe mais elle posait des questions, elle comprenait, elle avait la maîtrise du français et ce qui compte c'est les deux à la fois la maîtrise de la langue source évidemment mais ça ça va de soi mais aussi le travail sur la sur la langue française et sur la vie parce que qu'est-ce que c'est d'autre que la traduction sinon le partage d'une expérience autre d'une expérience de vie voilà et et Puis et en même temps, à partir de 2013, je me suis mis à tenir un journal ouvert sur Facebook, un journal de travail, pas du tout un journal intime sur mon travail de traduction, mais pas simplement aussi un journal citoyen, un journal de de souvenirs, enfin voilà. Bref, et et c'est aussi euh et en particulier mon travail de chroniqueur a pris une enfin comment dire une m'a pris beaucoup plus de temps à partir de l'agression de Poutine contre l'Ukraine. Voilà.

Voilà. Donc j'ai c'est ça que je pourrais dire. Merci beaucoup.

Je vais passer la parole à madame Calv. Merci beaucoup. Ça nous donne envie de relire certains ouvrages.

Je voulais vous poser une question par rapport à votre utilisation, si vous l'aviez déjà fait, des outils d'intelligence artificielle dans le cadre de vos fonctions. Ça alors, ça peut être ludique, ça peut être pour des recherches terminologiques et si vous ne l'avez pas fait, pourquoi ? Alors, je ne l'ai pas fait pour mon travail.

Ça me ça me gêne un peu que vous parliez de fonction parce que on parlait aussi de métier de de traducteur. Évidemment, c'est un métier au sens où dans les deux sens, c'est-à-dire que c'est une technique qui peut s il y a des techniques qui peuvent s'apprendre et d'autre part un métier est régi par des règles et protégé par des règles. Et donc ça c'est une chose importante mais pour moi c'est et un métier et bien autre chose.

C'est une passion, c'est la vie même. Et donc ma fonction, ma seule fonction c'est d'être vivant. Je veux dire, j'ai pas d'autres fonction.

Ensuite euh non, j'ai évidemment jamais utilisé Lia, ça ne serait juste pas venu à l'esprit. Par contre, j'ai une fois été invitée à un colloque euh sur l'IA par l'université de d'Avignon, par Laurent Lombard, le professeur Laurent Lombard. Et à cette occasion là, j'ai pris un petit paragraphe de Dostoyevski que j'avais traduit parce que j'ai j'ai traduit les œuvres complètes de Dostoyevski et je crois que je suis le seul enfin ma connaissance avoir fait l'ensemble l'intégralité.

Voilà. Et j'ai demandé à la version gratuite de Chat GPT et de je sais plus de je sais pas quoi de traduire et c'était très intéressant d'une double façon. La première façon, c'est que le professeur, un ami du professeur qui m'invitait, à qui j'ai soumis les textes, a cru que un des textes de l'intelligence artificielle était le mien.

Euh et d'autre part parce que il y avait les mots mais il y avait le sens littéral des mots. Il y avait pas la structure et il y avait pas l'idée. C'est-à-dire que c'était pas un texte, c'était pas vivant et tout était vrai et tout était comme si tout était faux.

Il y avait euh et et en fait ça m'a montré bah qu'est-ce que c'est qu'un texte et qu'est-ce que c'est voilà. Qu'est-ce que c'est qu'un organisme ? Un texte, c'est un organisme, c'est-à-dire c'est tout est lié ensemble et au moment où on comprend comment tout est lié ensemble, il y a encore un mystère qu'il faut sentir.

Et si tu as pas ça, tu as juste une espèce de golem. Et ben, j'avais face à moi deux golems et ça m'a fait très peur parce que j'ai traduit les œuvres complètes de Dostoyevski, j'ai quand même mis, je sais pas un peu plus de 10 ans. Mais techniquement maintenant, tu peux le faire en 2 minutes. 10000 pages, tu mets les 10000 pages en russe et tu l'as en 2 minutes.

Après, tu fais un travail de comment de post rédaction pour corriger les les bêtises. Allez, compte une semaine de travail et c'est tout. Euh, est-ce que vous avez des exemples de termes ou d'expression pour lequel une traduction littérale comme pourrait en proposer l'intelligence artificielle ?

échouait en réalité à restituer le sens. Je pense que les exemples pour nous sont précieux. Est-ce que vous en avez quelques-uns ?

Alors euh est-ce que et et et en donnant ces exemples et ses contrexemples, est-ce que ça éclaire le rôle de traducteur comme guide du lecteur ? Je pourrais en avoir des tas mais il y a par exemple dans oncle Vadia une pièce géniale de de Tikov mais tout son théâtre est génial. Un personnage astrof médecin qui est fatigué et qui le matin arrive et qui boit un verre de vodka sans rien manger.

C'est c'est c'est une chose tout à fait terrible. tu peux pas faire ça. Et la vieille dame qui lui offre la vodka euh lui dit "Tu manges c'est c'est quand même étrange de faire ça." Et il dit "Yan, je déd une vre copion." C'est-à-dire c'est pas tous les jours que je bois de la vodka.

L'intelligence artificielle dira "Je ne vois pas de la vodka tous les jours." Mais ce que dit le texte russe par l'intonation, c'est qu'il est alcoolique et qu'il refuse de l'admettre. Et tout est là-dedans.

L'intelligence artificielle par nature ne peut pas sentir le deuxième sens parce qu'elle se contonne cantonne [raclement de gorge] à l'information. Je ne vois pas de la vodka tous les jours. De la même façon dans le petit passage de Dostoyevski que que que je pourrais vous laisser si vous voulez parce que c'est c'est euh c'est passionnant le c'est dans les le carnet du sous-sol, c'est un homme qui dit moi comme homme je suis malade.

Je suis un homme méchant. Je suis un homme pas attirant. Disons ça c'est le mot à mot mais le mot zlo méchant peut signifier en colère et a plein de sens et l'intelligence artif est employé dans plein de fois dans le même paragraphe avec des nuances différentes.

à chaque fois l'intelligence artificielle traduit en changeant le mot et du coup il y a plus la structure, il y a plus l'image et vous avez et c'est c'est ça que j'appelle le golem, vous avez l'apparence mais vous avez rien dedans. Merci beaucoup. Alors, est-ce que vous partagez l'analyse selon laquelle les traductions parillage génératives tendent à produire du coup une écriture standardisé peu compatible avec les exigences littéraires ?

Et pour prolonger cette question, est-ce que il n'y aurait pas alors un risque d'apauvrissement de la langue ? Quel regard portez-vous sur les conséquences de l'intelligence artificielle sur la diversité linguistique et culturelle ? Il y a plein de plein de questions en même temps.

La première chose ce qu'on a d'abord je suis contre le terme intelligence artificielle et je pense que c'est très important que on n'emploie pas ce terme d'intelligence parce que comme on le disait euh le mot intelligent un mot ici anglais. Ça veut dire de de de d'information de renseignement. Il n'y a pas d'intelligence artificielle.

L'intelligence est par nature la capacité d'inventer quelque chose de nouveau. Donc il faut trouver un autre mot, synthèse artificielle, je sais pas quoi. Mais ne pas parler d'intelligence artificielle.

Ça c'est la première chose. La deuxième chose, ça ne produit pas des textes, ça produit des phrases. Un texte, c'est pas simplement des mots et des phrases, c'est une structure de pensée.

C'est un organisme. Je veux dire, vous avez des deux bras, deux jambes et cetera. On vous coupe un bras, ça sera un [rires] bras mais vous vous serez plus plus là.

C'est la même chose. Le ce cette ce phénomène d'intelligence artificielle ne produit pas des textes, il produit une information superficielle et trompeuse. Évidemment que ça appauvrit.

Évidemment. Et ça appauvrit parce que il y a encore on on parle de cette synthèse artificielle. J'emplurerai ce mot-là à à des à défaut d'autres choses, mais il y a aussi une remise en cause en même temps du monde de l'édition, c'est-à-dire que sur les euh plateformes de de d'édition et on peut publier n'importe quoi et on peut par l'intelligence artificielle c'est c'est moi je reçois sur Facebook plein de de publicités pour tricher nos examens pour vous savez tout tout simplement et et et Dieu sait si c'est un autre problème et c'est un problème essentiel essentiel et euh et voilà et donc vous aurez euh quelqu'un peut mettre le texte russe de Dostoyevski ou de n'importe quel auteur euh comment dire dans un logiciel et le publier comme œuvre complète du 10 auteurs et vous aurez et vous et et le publier sous son nom euh tranquillement et toucher des sous avec je sais pas combien mais ça c'est encore une autre question et et voilà bien sûr que oui.

C'est-à-dire que c'est un phénomène global de remise en cause de toutes les structures en fait de notre civilisation. Alors, la remise en cause des structures peut faire craindre beaucoup pour nous tous, mais je pense notamment aux aspirants traducteurs. Euh les aspirants traducteurs, comment faire en sorte qu'ils aient toujours l'envie de s'engager dans cette voie ? puisque nous pourrions considérer qu'avec des d'autres outils, il se sentiraient menacés ou pensant que justement la voix leur est coupée.

Est-ce que justement la meilleure façon de continuer à donner confiance aux jeunes aspirants traducteurs, c'est de défendre une conception qui assimile le traducteur à un auteur à part entière et presque de voir le mot auteur remplacer le mot traducteur. Euh j'ai regardé la euh l'audition euh de de euh comment de la TLF de tous les autres syndicats et organisations de traducteur euh et Jeanon Serre expliquait rappelait tout simplement qu'un traducteur est un auteur. Voilà.

La traduction c'est un art d'interprétation. Qu'est-ce que c'est qu'une interprétation ? un chemin personnel pour faire partager un chemin personnel.

Je veux dire le chemin personnel que fait l'interprète pour faire partager à son public le chemin qu'a fait l'auteur. Ça ne peut être que personnel et individuel. Il n'y a aucune vérité globale dans une interprétation, sauf la vérité interne organique, la structure.

Ça c'est ça c'est une chose. Et après, j'ai oublié votre question sur les jeunes traducteurs. Alors sur ça, j'ai deux question j'ai deux remarques.

Je citerai Rilk pour la première chose. Rilk dit dans les lettres à un jeune poète qu'il faut que le jeune poète s'interroge sur le fait est-ce qu'il peut vivre sans le fait sans écrire ? Si à un moment il peut, Rilk dit ne fais pas, n'écris pas.

C'est la même chose pour traduire. C'est-à-dire que cette espèce de passion qu'on a pour l'expression, elle doit être là indépendamment de tout. Et si tu l'as pas, c'est pas la peine de commencer.

Alors ça ne veut pas dire qu'il faut pas favoriser les les jeunes traducteurs. Ça veut dire qu'il faut insister sur le fait que c'est un travail au sens plein. Et moi la crainte que j'ai, c'est que les jeunes traducteurs dans les années qui viennent, parce que là nous sommes juste au début de ce phénomène et c'est d'ailleurs formidable que le législateur s'intéresse à ce phénomène dès son dès le tout début.

Euh les jeunes traducteurs soient amenés à être engagés uniquement comme rédacteur, c'est-à-dire comme poste Ouais. post-production, je sais pas comment on appelle ça. Euh parce que naturellement traduire a un certain coût et en France même si les traducteurs et à juste titre euh considère qu'on pourrait les payer plus, on fait partie de la France fait partie de de des pays qui payent enfin qui respectent le plus la traduction.

C'est bien pire en Italie, dans les pays anglo-saxons et cetera et cetera. Donc voilà. Il faut insister sur ça, sur le fait que c'est un travail au sens plein.

On aura toujours besoin de réinterprétation, mais surtout ça existera toujours parce que le besoin d'expression, le besoin du récit, me semble-t-il ce qui définit l'humanité. Il n'y a pas d'humanité sans récit et sans besoin de récit. Et voilà.

Et et ça la machine ne peut pas le faire. Alors des éditeurs euh ont annoncé, je pense notamment à la maison Harlequin, annoncé euh mettre fin à son travail avec les traducteurs privilégiant notamment pour des raisons économiques le recours à l'intelligence artificielle. Euh, craigniez-vous cette la généralisation de cette pratique ?

Avez-vous d'autres exemples d'éditeurs euh qui ont annoncé ou qui pratique sans l'annoncer ce type de recours ? Euh à votre à votre avis, est-ce que certaines certains champs de la traduction sont plus menacés que d'autres ? Là, j'ai parlé de la littérature, mais on pourrait se dire aussi la traduction en sur la recherche, sur la traduction audiovisuel aussi, on peut se dire.

Voilà, lesquels vous paraissent les plus menacés ? Alors, moi, je me suis toujours occupé de littérature, j'ai jamais rien fait d'autre que ça. Euh, il me semble que la traduction technique, enfin pragmatique, c'est mort.

Simplement mort. Je veux dire que euh évidemment tout le champ de la de l'expression lié à la pure information, c'est-à-dire tout le champ de l'expression qui n'est pas lié comment dire au style à à l'expression du sentiment humain est non seulement menacé par cette synthèse artificielle mais condamné me semble-t-il. C'est un phénomène industriel comme je sais pas euh euh n'importe quel phénomène de la révolution industrielle, des révolutions industrielles ou informatiques ou et cetera.

Euh, tu peux protester contre la pluie mais il va pleuvoir. Par contre, la variable du parapluie et la variable du fait qu'on peut avoir un toit au-dessus de de la tête, c'est très très important. Ça veut dire que il va pleuvoir mais on peut s'en protéger.

Et le rôle du législateur, il est là. Il est pas dans le fait d'empêcher la pluie mais de la canaliser en quelque sorte. Merci.

Alors, auditionné par notre mission d'information, le Centre National Livre a évoquer l'idée d'un label permettant de distinguer les traductions étant ayant été réalisées sans recours à l'intelligence artificielle. Qu'en pensez-vous ? Là encore, j'ai vu ce qu'on disait Joonathan Seroc qui était absolument remarquable.

Euh à l'origine, j'étais plutôt pour ça. Et il avait remarqué d'une évidence, c'est que la traduction littéraire se passe en tant que tel sans intelligence artificielle et par conséquent, c'est le contraire qui devrait se faire. C'est-à-dire que tout ouvrage qui ne fait pas appel à une à un être humain devrait être estampillé en tant que tel.

Et ça devrait être une obligation les gars, quel que soit le contenu de de de ce qui est publié, que ce soit un livre de de jardinage ou de de quoi que ce soit euh ou une notice ou et très souvent on voit ça, tu ouvres une notice de de pour je sais pas, on parlait d'un aspirateur ou de de d'autres choses et le truc il est en Chine et tu essaies de voir où est le verbe en français quoi et tu comprends pas hein. Donc c'est le contraire qui doit se passer. Il faut absolument estampiller tout ce qui n'est pas tout ce qui ne passe pas par l'humain.

Merci. Donc on peut étiqueter, estampiller, labelliser ce qui n'est pas passé par l'humain. On voit que dans le domaine de la musique, c'est fait sur des plateformes de streaming qui étiquettent 100 % il y a des titres qui semblent n'avoir été générés que presque que par l'A.

Euh je voulais savoir euh vous vous avez euh parlé du rôle des éditeurs, j'aimerais bien revenir dessus, notamment dans leur capacité à pouvoir euh labelliser euh ce qui a été fait ou pas sans ia. Comment un traducteur comme vous peut aider des maisons d'édition à détecter ou à trouver les chemins de détection de ce qui a été fait avec Lia ou sans Lia ? C'est ma réponse.

J'ai rien d'autre à dire que ça. On se retrouve devant une une volonté de distinction, mais c'est vrai que les réponses ne sont pas forcément là à disposition. Donc il y a, comme vous l'avez souligné, la controverse entre qu'est-ce qu'il faut étiqueter ?

Est-ce qu'il faut édicter ce qui a été fait sans IA ? parce qu'il faut étiqueter ce qui a été fait avec Lia, mais quand on entend comme vous des traducteurs traductrices qui nous parlent justement de la différence entre ce qui est transcodé et ce qui est fait par l'intelligence artificielle qui est juste une traduction probabiliste et qui ne prend pas du tout en compte le contexte, le sens euh et même l'histoire, on pourrait dire. Euh comment euh euh [raclement de gorge] faire prendre conscience aux éditeurs qu'il gagneraient et comment les aider à à détecter pour éviter que tout soit mélangé.

Je pense pas qu'on puisse comment euh faire prendre conscience aux éditeurs et et en tout cas c'est pas mon rôle. Euh en général, moi personnellement je je suis très mal à l'aise de de pour dire à qui que ce soit qu'est-ce qu'il faut qu'il fasse. En revanche, ce que j'ai vu c'est qu'il y a des éditeurs qui proposent, j'ai vu des contraints comme ça, qui commencent à proposer des contraints dans lesquels il est écrit que on peut il faut que le texte donné à l'éditeur comporte moins de 30 % de IA.

J'ai vu ça. Euh c'est très surprenant parce que pourquoi 30 et pas 28 euh et qu'un éditeur le propose. Euh je l'ai vu une fois he j'ai pas voilà j'ai naturellement et en plus c'était pour un on m'a proposé ça pour un livre de poésie ce qui est absurde.

Mais ça, il faudrait qu'on en parle aussi de de de de cette absurdité que il y a vis-à-vis de la poésie. Euh, une absurdité totale, mais ça serait un sujet euh parce que on ne parle que de la prose, mais la littérature c'est pas que le roman. Voilà.

Euh non, c'est une conscience, mais je pense que quand même la majorité des éditeurs et la majorité des des comment on dit des acteurs de cette chaîne industrielle qui est le livre sont conscients de ça. Et puis naturellement là, c'est pas la majorité, l'ensemble des traducteurs sont conscients de ça et comment reconnaître un texte ? Alors et après la question que vous me posez me fait réfléchir à une autre chose, c'est qu'en fait il faut être bon.

C'est-à-dire que un texte fait par Lia, tu vois tout, tu peux voir [raclement de gorge] que c'est un texte artificiel parce qu'il y a pas la structure. Tu vois, tuas encore une fois, tu as les mots mais tu as pas le tu as pas la vie. Et c'est une d'abord c'est une sensation et une sensation c'est important.

Et après tu peux voir pourquoi, comment il y a pas le sens de la phrase, comment il y a pas l'idée du rythme, comment euh juste euh tout est fait au hasard. Enfin au hasard, oui, la probabilité. Voilà. et tu le vois ça mais force c'est d'admettre que beaucoup de textes publiés pas par lien sont publiés mais pas écrit mais ça le législateur n'a rien à faire là-dedans.

C'est une autre question on peut écrire mal [rires] sans faire de délit. Voilà, je moi je pense que ça c'est pas du domaine de la de la législation la [raclement de gorge] l'utilisation de l'IAL et surtout comment dire le plagia. Ça c'est un sujet très très grave et dont peut-être on pourrait parler.

C'estd que il nous arrive de plus en déjà le plagia et surtout au théâtre est un problème très très sérieux. On utilise nos traductions, on les change un peu, même sans y a mais récemment on a été confronté à un cas de quelqu'un qui a traduit une pièce du russe en disant lui-même qu'il parlait pas du tout le russe. Et quand on lui a demandé mais qu'est-ce qu'il a fait ?

Il a dit "Ben, j'ai j'ai commencé par utiliser Google." Et il l'a dit. Après dit, j'ai pris d'autres traductions de l'anglais de tout ça machin.

Mais le fait de pouvoir le dire et en soi un signe de des temps qu'il les fait ou pas d'ailleurs hein, c'est pas la question. Euh parce que du coup n'importe qui peut prendre un texte et le mettre à sa source. Et et puis ça c'est une chose.

La deuxième chose c'est l'histoire qui m'est arrivée avec cette traduction de Dostoyevski. Le professeur qui s'est trompé et qui a cru que la traduction de Diple était la mienne. Il avait des raisons de le faire parce que Diple me pompait me pillait. parce que comme ils prennent tout et euh bah tout ce qui est fait en en format numérique, que ce soit en sur les plateformes légales ou pas légales, j'en j'en sais rien.

Et ben naturellement tout toutes mes traductions de Stoevski servent à me piller moi-même. Je voulais parler d'un exercice pratiqué en ce moment. Nous avons reçu il y a quelques semaines devant notre mission d'information le représentant d'un collectif obvius qui depuis quelques mois travaille non seulement avec des chercheurs des universités de Paris mais aussi des ingénieurs et développeurs IA autour du projet Molière ex Maquina.

L'idée est de pouvoir euh produire le le l'ultime pièce de Molière comme si elle avait été écrite 1 an après euh sa mort. en se nourrissant et en nourrissant le modèle d'IA, des écrits bien sûr de Molière, mais aussi des écrits qu'il aura pu consulter au moment de sa vie, mais aussi des références visuelles donc que ce soit des peintures, des illustrations, en tout cas de pouvoir au maximum nourrir une base de données à qui enfin avec laquelle les auteurs, les chercheurs et les développeurs vont interagir pour produire cette pièce de théâtre qui sera représentée prochainement. Euh pensez-vous qu'il soit possible de restituer à partir de ces travaux de recherche et de cette interaction entre l'homme et la machine une pièce qui un se tiennent qui deux soient fidèles à l'esprit sans doute de Molé.

Que pensez-vous de cette initiative ? Si j'étais sérieux parce que j'ai beaucoup de mal à être, je répondrai par une blague qu'on appelle une blague arménienne en en russe. C'est peut-on édifier le socialisme en Suisse ?

Ça c'est la question. Réponse, on peut. Mais à quoi bon ?

C'est-à-dire tu peux faire tout ce que tu veux. Quel est le but ? C'est ça la question.

Après, est-ce que tu auras une pièce de Molière ? Non. D'une autre façon, tu traduis un texte, ça m'est arrivé euh écrit, j'ai com par exemple, j'ai essayé de de de traduire une certains champ de dente euh donc pas du russe euh en respectant la forme, la tierre se rime et cetera, ce que généralement aucun traducteur ne fait Il me serait pas venu à l'esprit d'essayer de traduire de de le faire dans la langue du 12e du 13e siècle.

Je je pourrais simplement pas. Et il existe une traduction qui essaie de le faire de de pésard au la pléade dans la pléade d'avant que qui a été enlevée maintenant. Et c'est intéressant mais c'est pas de la c'est pas une langue.

C'est dire encore une fois tu peux construire le golem, tu peux le faire. Euh ça sera un golem. Après la [rires] question, je pense que le problème se pose beaucoup plus pour la musique.

Je suis tombé sur une conversation là, j'ai pas je me souviens plus de la chose mais où la machine avait fait une une sonade de Mozart. Je sais pas, tu on peut imiter la vie. Est-ce qu'il y a dedans ce que on appelle en russe iscrab, c'est-à-dire l'étincelle divine ? [grognement] Euh c'est c'est c'est la mère de Joseph Broty qui était donc persécuté et tout et qui était en prison et sa mère pleurait et et et un ami de Brotski a dit à sa mère mais vous comprenez bien qu'il a une étincelle divine et la mère de Br et qu'est-ce que voulez que je fasse avec cette étincelle divine son physique qu'il était en prison.

C'est ça. Tu peux toujours tout faire. Mais à quoi bon ?

Merci. J'aurais une dernière question plutôt sur la traduction. On a eu des il y a eu des démarches qui ont été engagées pour que la traduction soit inscrite au patrimoine immatériel de l'humanité de l'UNESCO.

Est-ce que un vous soutenez cette démarche et à votre avis, est-ce qu'elle permettrait de protéger dans une certaine mesure l'activité de traduction ? Première partie de la question, oui à 100 %. Deuxème question, non.

Voilà, monsieur Arkovic, merci beaucoup. C'était absolument passionnant. Moi, j'ai bu vos paroles littéralement.

Il se trouve qu'à titre personnel, je suis linguiste, hein, je suis germaniste et je comprends ce que vous dites quand vous dites que vous avez vécu entre deux langue, enfin avec de langues, pas entre. Et euh [raclement de gorge] vos propos me me raffermissent dans ma conviction après avoir entendu les traducteurs lundi dernier euh que au fond euh la traduction littéraire hein ou philosophique enfin celle des œuvres d'esprit est à l'abri je pense de l'intelligence artificielle parce qu'il y a une part irréductible d'humanité de génie créatif de génie artistique dans l'acte de traduire et cela aucun algorithme ne pourra jamais l'approcher. Ça pourra ressembler à cela.

Vous avez raison. Moi, j'aime beaucoup votre expression du golem, hein. Il y a tout, il y a il y a les bras, il y a les jambes, il y a la tête, mais enfin, ça n'est pas quelque chose d'humain.

Donc, je vous remercie beaucoup de nous avoir édifié à ce sujet. Merci. Juste pour dire les choses, euh il y aura toujours le désir de l'art et de la beauté qui, encore une fois, me semble-t-il, définit l'humanité.

Ça ça existera toujours. Mais ce qui là où où je pense que oui, la traduction est en danger et d'une façon structurelle à cause de la facilité avec laquelle les techniques nouvelles peuvent remplacer les intermédiaires. Et ça et c'est là je pense que le législateur peut intervenir, je peux pas dire doit mais peut intervenir pour non pas aider les traducteurs mais aider nos concitoyens.

Voilà. D'autre part, on n pas parlé de la traduction de la poésie et c'est la même chose. Vous comprenez quand la la synthèse artificielle ne peut pas prendre en compte la forme, la rime, le rythme.

Euh et j'ai demandé en venant, j'ai demandé là encore à GPT ou à ou Google les versions les plus basiques, les plus gres de traduire une strongin. [soupir] Его пример другим наука. Ну, боже мой, какая скока с больным сидеть день, не отходя ша.

Ça continue comme ça. Et voilà ce que c'est pour Google. Mon oncle, homme au principe les plus intègres, quand il tomba gravement malade, il inspira le respect et n'aurait pu trouver de meilleures solutions.

Son exemple est une leçon pour tous, mais mon Dieu, quel ennui de veiller sur un malade jour et nuit. C'est même pas le mot à mot. Mon oncle, un homme de morale quand il sentit qu'il trépassait, força l'estime générale et se tailla un franc succès.

L'exemple certes nous inspire, mais quel ennui peut-être pire que de rester des nuits du rang à [rires] tendre au chevet d'un mourant. Ça c'est c'est vous comptez et mais voilà c'est ça. Après il y a beaucoup de traduction en France qui qui ne respecte pas la forme et qui finalement reste du domaine du mot à mot pour d'autres raisons.

La traduction c'est ça que je voudrais dire. La traduction c'est la poétique de l'accueil. Ce qui m'intéresse moi dans la traduction, c'est le [rires] fait de que la la langue française comme la nation française doit être accueillante et elle est accueillante et large et libre.

Et ce qui est intéressant chez un auteur étranger, c'est justement qu'il est étranger. C'est-à-dire que par sa traduction, on peut avoir accès, on peut élargir le champ du possible de la littérature française. C'est ça qui était intéressant pour moi dans enfin dans Dostoevski et pas simplement dans dans pas simplement évidemment le Dostoevski lui-même, mais aussi ça.

C'est-à-dire que et c'est pour ça que la le travail de traduction est un travail de création et d'ouverture de de de oui ouvrir les champs du possible de la langue. Évidemment la synthèse artificielle ne peut que restreindre n'a aucune idée de ça. Or il y a plein de littératures en Europe. la littérature allemande, la littérature russe, plein d'autres littératures qui se sont construites sur les formes étrangères.

La l'Allemagne est née des traductions de Shakespeare, du fait de traduire Shakespeare mais bien sûr au 18e siècle. Mais bien sûr. Et ça, tous ces enjeux-là qui sont des enjeux réellement de l'humanité même de la civilisation peuvent être par la masse et par l'immédiateté noyé.

C'est ça le danger. C'est pas la disparition, c'est le fait d'être noyé dans la masse. Et on ne peut exister, me semble-t-il, que dans des petites niches où personne ne viendra.

Mais on ne peut exister que soi par les très grands et les tout petits. Je prends toujours l'exemple des mammifères et des et des comment et des dinosaures. En il y a 66 millions d'années, tous les dinosaures ont disparu et n'ont survécu que les petits animaux, vous voyez, de les petites souris, quoi.

Et ben, c'est un peu ça qui nous menace. Je pense que vous avez raison. Le danger, c'est la facilité, l'immédiaté et l'apparence de l'humanité.

Quand on pense par exemple aux agents conversationnels hein, que certains adolescents utilise maintenant pratiquement comme une comme des nounous affectives, le danger est là effectivement. Mais vous avez raison, les petites niches, les petits animaux survivront. Merci beaucoup.