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interviewRadio J — L'interview politique· 21 mars 2025 12 min

Karl Olive - Le Barbier du matin du 21/03/25

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:03
Présentateur

Olive, bonjour. Bonjour Christophe Barbier. Et bienvenue, nos auditeurs vous connaissent bien, les français vous connaissent bien, vous êtes député des Yvelines, vous êtes l'ancien maire de Poissy, et sur cette expérience auprès des Pissiaquais, le nom des habitants de votre ville, vous publiez On n'est pas KO chez Fayard, titre à double sens, KO c'est évidemment vos initiales, car l'olive est la méthode KO, on va en parler, et puis on n'est pas KO parce que quand on fait de la politique on prend des coups, il y a des erreurs et des malheurs, des déceptions, des bons moments, et puis on se relève et on continue.

Évidemment je vais commencer par le sport, d'abord parce que c'est aussi votre premier engagement professionnel, mais aussi parce qu'il est dans l'actualité, ce sport fondamental dans votre parcours et dans votre manière de faire de la politique. Le voile dans les compétitions sportives, comment avez-vous vécu ce débat de cette semaine ?

0:50
Karl Olive

Mal, mal Christophe Barbier, parce que je trouve qu'on met une pièce dans le jukebox qui n'a pas lieu d'être. Les signes extérieurs religieux, les signes personnels, les signes politiques n'ont pas lieu d'être dans le sport en général, dans le football en particulier. Le football en particulier, loi de 2004, la laïcité, loi de 2016 dans les règlements internes de la Fédération française de football, confirmée par le Conseil d'État en 2023. Pas de signes extérieurs sur la religion encore une fois, quelles que soient les religions, il n'y a pas de stigmatisation.

Donc non, il n'y a pas besoin de cette nouvelle polémique, c'est pas comme si on a la guerre aux portes de l'Europe, c'est au Moyen-Orient.

1:28
Présentateur

Mais il faut une loi, vous voterez celle qui va arriver du Sénat ?

1:31
Karl Olive

Bien sûr qu'il faut une loi. Et je vais vous dire pourquoi. Parce que parfois, on fait un peu comme l'autruche dans ce pays, c'est-à-dire qu'on met la tête dans le sable. Et on dit, chacun va voir, on va faire de la territorialisation. Moi, pour le coup, je suis contre la territorialisation, c'est-à-dire de dire aux responsables de fédération, ou par exemple aux maires ou aux institutionnels, vous voyez comme vous voulez. Non, il nous faut une loi. Ils sont désarmés, ils sont désemparés. Bien sûr, à l'image d'ailleurs de l'interdiction de la Baya. Il fallait un cadre national. Sinon, on renvoie la patate chaude, c'est insupportable.

2:00
Présentateur

Alors heureusement, il y a beaucoup de bons moments dans le sport et dans votre vie. Vous dites à plusieurs reprises, et c'est vrai, vous aimez les gens. Et cet amour, ils vous le rendent. Est-ce que vous les aimez aujourd'hui plus qu'hier, ou est-ce que vous n'êtes pas quand même un peu découragé par l'évolution de notre population et de notre état d'esprit ? À Poissy, il y a quelques jours, une mère et ses fils sont venus régler des comptes au lycée.

2:20
Karl Olive

Aimer les gens, Christophe Barbier, ça ne s'apprend pas dans le dictionnaire. Moi, j'ai été élevé, je suis fils d'ouvrier, fils d'une maman qui a été très tôt orpheline, à 3 ans et 5 ans. On est 6 enfants dans la famille, j'ai perdu 2 frères. Donc comme je le dis, on a été élevé à la première personne du pluriel, jamais à la première personne du singulier. Moi, j'ai été élevé dans une tour qui faisait 11 étages, dans les années 70, à l'époque où l'amicité, on la trouvait au pied de l'immeuble, voyez-vous. Et ça se passait très très bien. Et je pense qu'aimer les gens, encore une fois, ça ne s'apprend pas dans le dictionnaire.

Et quand vous aimez les gens, vous leur donnez un gramme, les gens vous le rendent en kilos.

2:52
Présentateur

Ce n'est pas être naïf, aimer les gens. Ce n'est pas considérer que tout le monde est beau, tout le monde est gentil. Vous donnez un exemple dans votre livre. Vous demandez, vous, une caution pour les mariages, parce que parfois ça dégénère, il y a des retards, il y a des dégâts. C'est compliqué d'être obligé de demander une caution alors que ça devrait être un moment heureux.

3:05
Karl Olive

Oui, ça devrait être un moment heureux. Jamais je n'imaginais en 2014, lorsque je suis devenu maire Christophe Barbier, de demander une caution mariage pour éviter les incivilités à l'extérieur, à l'intérieur de l'hôtel de ville. Mais de la même manière, jamais Christophe Barbier en 2014, lorsque je suis élu, je le dis avec beaucoup d'émotion, j'aurais imaginé armer ma police nationale. Mais Hervé Gourdel est passé par la décapitation. Le Bataclan est passé par là. Et aujourd'hui, je suis très fier que la police municipale de Poissy soit armée. Ça s'appelle du darwinisme.

Ce que je fais dans ce bouquin, Christophe Barbier, c'est d'abord les 20 idées que je propose pour faire avancer notre beau pays sont toutes validées par le terrain. Je crois au contrat social de Jean-Jacques Rousseau. 1762. Les maisons font la ville, mais les citoyens font la cité. Chacun est à sa place. Et j'en suis ravi. Oui, vous avez raison. Moi, je ne viens pas de la politique, je viens du sport. Et ça ne nous empêche pas d'avoir fait 75% en premier tour en 2020.

3:58
Présentateur

Alors la méthode KO, c'est une méthode fondée sur la confiance. Vous faites confiance et vous voulez qu'on vous fasse confiance. Est-ce qu'aujourd'hui, les Français ne sont pas à la recherche moins de confiance, mais d'autorité ? Un chef et puis chef.

4:09
Karl Olive

Vous avez raison. Je pense qu'on doit avoir un choc d'autorité dans toutes les strates de notre beau pays. Au niveau des policiers, au niveau des pompiers, au niveau des enseignants, au niveau des citoyens, au niveau des sportifs. Bref, je pourrais citer un certain nombre d'exemples. Mais quand on vient du sport, Christophe Barbier, on est imbibé aux règles du jeu. À la minute où vous prenez une licence de patinage artistique ou de football, personne ne viendrait à l'idée de faire du patinage artistique avec des crampons. Personne ne viendrait à l'idée de faire une rentrée de touche au football avec le pied. Sinon, le ballon est à l'adversaire. Donc il y a une sanction.

Encore faut-il, pour répondre à votre question, encore faut-il que tout le monde connaisse les règles. Alors moi, je répète et je rappelle les règles à tous mes administrés lorsque j'étais maire, 40 000 habitants, et à tous mes agents, 1000 agents. Et ensuite, lorsque les règles sont édictées, on est dans le jeu ou en dehors du jeu.

4:56
Présentateur

Et vous l'avez fait. Vous avez sanctionné financièrement les familles quand les enfants font des bêtises. Vous avez été critiqué pour ça. De la droite dure, on vous disait. Vous y croyez encore à cette méthode ?

5:04
Karl Olive

Oui, parce qu'on ne doit pas osciller entre le laxisme et l'impunité. Vous dites que j'ai été critiqué. Oui, j'ai été critiqué, sauf que 82% des administrés étaient d'accord avec cette décision. C'était quoi ? On avait un sujet de pouvoir d'achat. Je proposais aux enfants entre 12 et 17 ans de bénéficier de réduction de 30 euros pour une inscription dans un club sportif, de 50 euros pour, par exemple, aller au conservatoire musical. Encore faut-il avoir simplement un comportement citoyen. Et quand à 2h du matin, Christophe Barbier, un jeune de 12 ans, brise un abribus, que dois-je faire ? J'appelle les parents. À 12 ans, vous êtes dans la rue, sur le domaine public ?

Donc je dis aux parents, qu'est-ce qu'on fait, messieurs-dames ? On suspend ? On supprime ? Les aides non obligatoires ? Eh bien, je peux vous dire que ça reprise le lien. Parce que la menace du portefeuille, c'est quelque chose dans ce pays. Pardon de le dire.

5:48
Présentateur

Vous l'évoquiez, il y a eu beaucoup de deuil dans votre famille, dans votre parcours. La politique, pour vous, c'est aussi une résilience ? C'est rebondir ?

5:54
Karl Olive

Quand vous avez perdu votre maman en 2015, votre frère en 2016, votre père en 2017, votre beau-frère de 49 ans en 2018, je dis « je suis en pute à vie ». Une fois qu'on a dit ça, je peux vous dire que ça relativise toutes les chicaneries qu'on peut entendre au quotidien. Je ne suis pas responsable de l'état d'âme de l'autre. En revanche, je trouve que la vie est belle. Elle est compliquée, elle n'est pas simple. Mais si on pouvait trouver des solutions à chacun des problèmes, plutôt qu'un problème à chaque solution, je peux vous dire qu'on ne serait pas chaos.

6:20
Présentateur

Alors, dans votre parcours, vous mettez aussi l'accent sur votre indépendance. Fidèle à des personnalités, dites-vous, Pierre Bédié, Emmanuel Macron, pas fidèle, pas embrigadé dans des partis UMP. Est-ce que c'est praticable par tout le monde ? Il faut bien des gens quand même qui sont dans des partis.

6:34
Karl Olive

Oui, quand moi je vous propose de faire une loi transpartisane sur le gaspillage alimentaire, je ne vois pas où est la politique dans ce sujet. Et quant à l'Assemblée nationale, on me dit « on ne peut pas vous suivre parce que vous êtes partie de la majorité présidentielle ». Je leur dis « vous êtes des cons ». Parce que ce n'est pas ça faire de la politique. Faire de la politique, c'est, dans le sens noble du terme, c'est agréger des belles et des bonnes idées. Pardon de le dire, mais si Mme Le Pen me dit que le soleil est jaune, je ne vais pas lui dire que le soleil est bleu.

Quand Raquel Garrido nous dit que l'instruction des jeunes ne se fait pas au pied des immeubles, mais à l'université, Raquel Garrido, ancien député, elle est fille. Je dis « elle a raison Raquel Garrido ». Et donc, on peut trouver des bonnes idées à gauche comme à droite. D'ailleurs, comme le font au quotidien Christophe Barbier, les maires de France. C'est pour ça que vous avez créé Génération Terrain ? C'est quoi, un syndicat d'élus, un club ? Ce n'est pas un syndicat, c'est une association transpartisane de maires de gauche comme de droite qui disent les choses sans compter.

2018, lorsque le président de la République m'appelle et qu'il me dit comment ça se passe, je lui dis « président, ça se passe très mal parce que vous faites n'importe quoi ». Et notamment l'idée de mettre des policiers dans les classes pour surveiller les enseignants, pour humilier les quartiers, déboussoler les profs et perdre les policiers, il n'y avait pas mieux. Et donc, nous sommes allés voir le président de la République avec Génération Terrain. Enfin, ce qui en est ressorti, les débats nationaux. Le grand débat. Et puis que le président, pardonne-moi l'expression, aille enfin sentir le cul des vaches.

Je le dis en Bretagne, c'est aller tout simplement prendre la température du terrain.

7:55
Présentateur

Il est essayé de se mettre dans un café à Chaumont.

7:57
Karl Olive

Eh bien voilà, je suis content qu'il nous ait écoutés, non pas en mono mais en stéréo.

8:00
Présentateur

Mais tout ça, le métier de maire, vous calculez, vu le nombre d'heures passées, 10 euros de l'heure pour un maire d'une ville comme celle de Poissy, une ville avec des difficultés. Et on méprise nos élus dans ce pays, on les maltraite ?

8:11
Karl Olive

Je ne dis pas ça. Je ne dis pas ça, Christophe Barbier. Je dis simplement qu'il faut absolument que les élus soient considérés comme tels. Et que, loin de moi, l'idée parfois de ces raccourcis, encore une fois en stéréo, d'entendre que tous les élus politiques sont pourris, c'est faux. Les élus qui s'engagent sont des formidables personnes. Et il faut s'engager. Et il faut alerter dès qu'il y a un sujet. Moi, je vais vous dire, je gagnais 4 fois plus lorsque j'étais patron des sports de Canal+. Je suis très heureux comme cela. Parce que j'aime être acteur de ma vie et pas spectateur de celle des autres.

8:39
Présentateur

La crise du mandat de maire, c'est aussi les agressions, c'est aussi les menaces. Vous craignez une grande démission des maires en 2026, puisqu'il y aura des municipales l'an prochain ?

8:47
Karl Olive

Oui, parce qu'aujourd'hui, on a 1600 maires depuis 2-3 ans qui, malheureusement, durent rendre leur écharpe. Moi-même, j'ai été menacé 4 fois de menaces de mort, y compris devant chez moi avec des armes blanches. On aimerait que la justice soit bien plus célétère et puis, je ne dis pas efficace du tout, mais je dis simplement à la hauteur du délit qu'on peut avoir. Je note que depuis quelques mois maintenant, c'est le cas et je crois qu'il faut s'en féliciter. Je l'ai vécu pour moi, mais moi, je ne veux pas être un exemple parmi les autres. Je suis un citoyen lambda et je pense que tout citoyen mérite pareil traitement.

9:20
Présentateur

Parmi les 20 idées que vous proposez pour faire avancer la France, issue de votre expérience, il y a un plan de départ volontaire. Vous l'avez pratiqué à la mairie de Poissy. Pensez qu'on pourrait réformer l'État de cette manière-là ?

9:30
Karl Olive

Évidemment. Le plan de départ volontaire que j'ai connu, que vous avez peut-être connu dans une autre vie, dans l'entreprise et moi, par exemple, à Canal+, par exemple, je me suis dit qu'au niveau public, ça devait pouvoir exister. On l'a mis en place, ça a apporté quelques fruits, pas suffisants, mais quelques fruits. Mais c'est un outil dans une grande boîte où on peut améliorer, faciliter les choses. De la même manière, j'ai amélioré les conditions de travail et fait baisser l'absentéisme. Et on a un million d'économies aujourd'hui à Poissy en sept ans d'expérience. Vous savez comment ? En faisant du sport.

En donnant deux heures de sport aux agents par semaine dans le cadre du temps de travail. Ils sont moins absents. Qu'est-ce que j'ai entendu à l'époque en disant que les fonctionnaires ne foutaient rien, etc. ? Grâce aux fonctionnaires, grâce aux agents de la ville de Poissy, on a pu baisser le budget de fonctionnement de 25%. On a pu baisser l'absentisme en un an de 750 jours. On est passé de 20 jours par an par agent à 15 jours par an par agent. Quasiment les premiers de la classe aujourd'hui.

10:23
Présentateur

Alors vous avez aussi mis sur place une réserve citoyenne pour des actions d'intérêt général locaux. Est-ce que c'est un modèle qu'on pourrait étendre à une défense civile ou militaire nationale dans la période qu'on traverse ?

10:34
Karl Olive

Alors je dirais que chaque jour suffit sa peine et qu'il ne faut pas comparer ce qui n'est pas comparable. Moi je suis très heureux que cette réserve citoyenne et bénévole confiée à Raymond Letellier à Poissy ait fait ses preuves. Notamment pendant le Covid. Pendant le Covid, aucun lien social, personne ne pouvait sortir CQFD avec le confinement. Et bien on a vu déployer cette toile d'araignée sur la place de la République, la grande place de la ville de Poissy, avec des gilets jaunes qui étaient la réserve citoyenne qui allaient faire les courses pour ces personnes-là.

De la même manière, lorsqu'il y a des crues à Poissy, on a la Seine qui traverse la ville de Poissy, et bien ces gens-là apportent leur contribution bénévole. De la même manière pour déneiger. Voyez-vous, ce sont des petites idées. Popac qui disait il n'y a pas de petites économies, il n'y a pas de petites et il n'y a pas de grandes idées, il y a de belles idées. Encore faut-il aimer les gens. Et ça, ça ne prend pas dans le dictionnaire.

11:18
Présentateur

Dans deux ans, Emmanuel Macron s'en va. Avec qui travaillerez-vous ? A qui serez-vous aussi fidèle que vous l'avez été à lui ?

11:24
Karl Olive

Écoutez, moi, je cautionne ce que fait aujourd'hui Bruno Retailleau à l'intérieur, Gérald Darmanin, place Vendôme à la justice. Je vois bien l'approche charismatique que peut avoir quelqu'un comme Rachida Dati. Les belles idées d'Edouard Philippe et de Gabriel Attal, ce n'est pas de la naïveté. Ce n'est pas de la naïveté. Je pense que dans une équipe, on peut avoir plusieurs caractères différents. L'important, c'est de ne pas se tromper de camp. Sinon, d'un côté, on a l'extrême droite, de l'autre côté, on a l'extrême gauche.

11:52
Présentateur

Il faudra un capitaine quand même pour cette équipe.

11:54
Karl Olive

Il faudra un capitaine. Eh bien, le capitaine, le moment venu, s'il faut une primaire, il faudra une primaire.

11:57
Présentateur

C'est le moyen de le choisir, que les Français le choisissent.

12:00
Karl Olive

Je pense que c'est le moyen de choisir et c'est le moyen peut-être de s'assurer une place au deuxième tour, sans quoi on pourra aller cueillir des trèfles à cinq feuilles.

12:08
Présentateur

La méthode Carl Olive, elle est chez Fayard dans On n'est pas KO.

12:11
Karl Olive

Carl Olive, merci, bonne journée. Merci Christophe Barbier. Sous-titrage Société Radio-Canada

12:14
Locuteur

Sous-titrage Société Radio-Canada