Dominique Blanc, une vie de comédies
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Culture, les matins d'été, Bérangère Bonte.
Une vie de comédie, la 538e sociétaire de la comédie française tourne une page de 10 ans et vient nous la raconter dans les matins d'été. Fèdre, Duras, c'est bientôt Gisèle Pellicot pour la télé, l'actrice révélée par Patrice Chéreau, va aussi nous raconter ses autres rôles. Celle qui rend la Légion d'honneur, celle qui lit pour France Culture, celle qui rêve de réaliser son premier film. Elle est avec nous ce matin et on s'en réjouit. Bonjour Dominique Blanc. Bonjour. Merci infiniment de passer par les matins d'été. On va raconter cette vie de comédie, le théâtre, le cinéma, la littérature.
On va prendre le temps, mais je voudrais commencer par Gisèle Pellicot parce que vous venez tout juste de terminer le tournage de Mandorpa. C'est une mini-série pour TF1, deux épisodes, écrits par Sandrine Grégoire, réalisés par Myriam Binocourt, adaptés du livre de sa fille, Caroline. Comment ça s'est passé ? J'ai envie de vous demander tout simplement.
Alors écoutez, d'abord, en fait c'est un unitaire qui va passer sur TF1 au début de l'année 2027. Quand mon agent m'a téléphoné et proposé le rôle, j'ai éclaté de rire. Il m'a dit « Pourquoi tu rires ? » Et je lui ai dit « Tu sais, des comédiennes entre 70 et 75 ans qui n'ont pas le visage retouché, il n'y en a pas beaucoup. » Donc, je savais que le rôle m'arriverait un jour, mais j'y mets une condition avant de lire quoi que ce soit, c'est que je voudrais rencontrer la mère et la fille. On m'a proposé un café et finalement deux jours après, on m'a proposé un dîner.
Et j'ai eu la chance de dîner avec ces deux femmes absolument incroyables, les deux productrices et la réalisatrice Myriam Venocourt. Vous dire que le scénario est remarquablement écrit, évidemment ça, ça m'a beaucoup, ça m'a importé énormément. Parce que je pense que dans cette affaire, l'affaire Pellicot, qui est d'une grande complexité, il fallait de la précision au niveau du texte. Ça a été adapté à partir des deux livres de Caroline Darien. Voilà. Quand j'ai accepté le rôle, j'ai entrepris une recherche assez, on va dire, gigantesque, c'est-à-dire lire tous les livres qui ont paru sur le sujet, les bandes dessinées, écouter les podcasts, regarder les interviews.
C'est pour moi la première fois que j'incarne un personnage vivant et que j'ai la chance de pouvoir rencontrer. Donc c'est une espèce de, j'aime pas le mot challenge, mais c'est un risque supplémentaire si vous voulez. Pour quelle raison ? Parce qu'on n'a pas envie de décevoir, tout simplement. Donc Gisèle Pellicot est passée sur le tournage, donc on a fini hier soir, elle est passée sur le tournage lundi, et elle m'a dit, Dominique, vous êtes formidable. Elle avait assisté à toute la journée. Mais j'ai dit, Gisèle, vous me direz ça quand le film sera fini, que vous l'aurez vu, et à ce moment-là, vous me direz peut-être ce que vous en pensez.
Quand vous l'avez rencontré la première fois, vous l'avez trouvée, vous l'aviez entendue dans les interviews, on l'avait quand même beaucoup vue suite au procès. Vous avez, qu'est-ce qui vous a frappé ? Elle a été d'une force que tout le monde a notée pendant les procès. Après coup, dans l'intimité d'un dîner, qu'est-ce qui vous a frappé ?
Son sens de l'humour. Gisèle Pellicot est une femme drôlissime, et ça, je ne m'y attendais pas du tout, du tout, du tout. C'est-à-dire que le dîner a été très agréable. Elle avait rencontré la reine Camilia, mais là, elle revenait de Scandinavie, donc elle avait rencontré toutes les têtes couronnées, toujours en compagnie de son nouveau compagnon, Jean-Loup, qui était aussi sur le tournage d'ailleurs. Mais ce qui m'a frappée au dîner, c'est qu'en fait, elle est très drôle. Et je lui ai dit à la fin, mais Gisèle, je ne pouvais pas imaginer que vous soyez si drôle. Elle m'a dit, Dominique, sans ça, je n'aurais jamais tenu le coup.
Voilà. Elle dit parfois d'ailleurs que ce nouveau compagnon a beaucoup joué là-dedans, notamment dans l'humour. Certainement.
Alors, moi, ma Bible, si vous voulez, bien sûr, j'ai lu les deux livres de Caroline, qui était au dîner et qui est venu aussi sur le tournage. Sur le tournage, j'ai rencontré en fait les trois enfants, Gisèle et Jean-Loup. Mais ma Bible, ce qui a été mon livre de chevet que je lisais et relisais quasiment toutes les nuits avant de tourner, c'est le livre de Gisèle Pellicot, traduit dans 35 langues, best-seller absolu, qu'elle a écrit en compagnie de Judith Pérignon dans sa maison en Ré, puisqu'elle a demandé à Judith Pérignon de venir vivre avec elle, en fait. Et toutes les deux, pendant dix mois, elles ont écrit ce livre que moi, je trouve particulièrement impressionnant.
Dans l'histoire du féminisme, vous diriez qu'elle va garder quelle place, Gisèle Pellicot, parce qu'elle en a une singulière, nécessairement ?
Oui. Je pense qu'à travers le procès, elle est devenue une icône, mais une icône internationale. Parce que ce qui s'est passé, ces deux sont viols, et je ne détaille pas. Je pense que, et ça a eu un écho, bien évidemment, dans la presse internationale, et je pense qu'elle devient, elle est, déjà une grande figure féministe, évidemment.
Mais elle montre parfois, on a le sentiment que la douleur n'apparaît jamais, et c'est toute sa dignité, c'est assez admirable, mais dans l'intimité de cet échange, vous, j'imagine que, notamment pour incarner ce rôle, vous aviez besoin d'avoir quelque chose d'un peu plus sans protection, quoi. Est-ce que vous avez pu avoir ce genre d'échange ?
Alors, ce qui est frappant dans le livre, c'est que, enfin, vous l'avez lu, évidemment, il n'y a pas de haine et il n'y a pas de colère. Et quand vous dînez avec elle, ou qu'elle est sur le tournage et qu'on discute, il n'y a jamais de haine et il n'y a jamais de colère. Je lui ai demandé, Gisèle, vous allez aller en prison rencontrer Dominique Pellicot ? Elle m'a dit oui, s'il souhaite me voir, parce qu'évidemment, il peut refuser. Mais elle m'a dit oui, oui, je veux aller le voir et je veux parler avec lui et je veux avoir des réponses. Je pense que c'est le cas de toute la famille, avoir des réponses et avoir la vérité.
Et sa fille, Caroline Darian, le rôle est tenu par Lola Desvers. Caroline Darian qui est dans une quête qui, elle, n'est pas aboutie. Oh non, pas du tout. Comment vous l'avez trouvée ? Qui est persuadée d'avoir aussi été endormie et agressée par Dominique Pellicot, qui s'est lancée dans un combat contre la soumission chimique et pour démasquer aussi ce prédateur. Comment vous la sentez ?
Alors, si vous voulez, autant Gisèle est, comment dire, très douce, très humble et très drôle. Caroline est un volcan. Caroline, c'est une femme extrêmement passionnée, pleine, remplie de forces vives, mais remplie de colère. De colère parce que, est-ce qu'elle aura un jour la réponse de l'inceste par rapport à son père ? Nous n'en savons rien. Mais comme elle le dit elle-même au procès, elle est la fille du bourreau et elle est la fille de la victime. C'est une situation de tragédie. C'est une héroïne tragique. Gisèle aussi, mais Gisèle a envie de clôturer la chose et Gisèle est repartie dans la vie.
Alors que Caroline Darian, moi j'ai le sentiment qu'elle est en quête, en recherche et qu'elle n'a pas le même âge non plus, elle a 45 ans. La diffusion est prévue quand ?
Début janvier 2027 au TF1. Alors Dominique Blanc, la comédie française, ça s'est arrêté en mars ? Oui c'est ça.
En fait, si vous voulez, j'avais été engagée par Eric Ruff et j'ai signé mon contrat le 16 mars 2016. Et j'ai quitté la comédie française en mars 2026, fin mars en fait, à la fin du mois de mars.
Vous avez arrêté, vous l'avez dit, pour vous occuper de votre amoureux. Quel sentiment vous avez au moment de quitter cette maison, c'est encore tout frais aussi, que vous avez rejointe il y a 10 ans ? Il reste quoi en fait ? C'est toujours difficile de faire le tri dans les souvenirs. Non, non, pas du tout.
Alors d'abord, retrouver sa liberté à 70 ans, c'est juste extraordinaire. Parce que tout d'un coup, plus personne ne décide de mes journées. Donc, c'est tout à fait enivrant.
Vous avez redécouvert quoi dans la liberté de séjourner ?
Comment dire ? Ne plus obéir. Je suis enfin devenue rebelle à 70 ans, c'est extraordinaire. Mais ces 10 années au français, je dis toujours qu'à ce jour, ce sont les 10 plus belles années de ma vie. Pourquoi ? Parce que je répétais toutes les après-midi de 13h à 17h. Je jouais tous les soirs en alternance, donc jamais la même pièce. Je jouais le samedi à 14h, le soir aussi, le dimanche pareil.
Le mot athlète que vous avez beaucoup utilisé pour qualifier le boulot des sociétaires, il n'est pas usurpé quoi.
Ah non, non, je pensais…
10 ans de haute compétition, en fait, ce que vous venez de vivre.
Tout à fait. Je pensais, avant de rentrer, je disais, ce sont de grands sportifs. Mais je le pense encore plus, désormais.
Et on tient à l'adrénaline, à l'émotion ? Enfin, physiquement, c'est quand même une épreuve ? Physiquement, c'est très fatigant, c'est sûr.
Mais si vous voulez, on tient parce qu'on rencontre des artistes extraordinaires, des metteurs en scène extraordinaires, des metteuses en scène extraordinaires, des partenaires merveilleux. Et ça crée une espèce de… Comment dire ? Enfin, chez moi, ça a créé une espèce d'ivresse, en fait. Par le fait que jouer. Vous répétez l'après-midi, vous jouez le soir. Mais vous êtes toujours dans le jeu, vous n'êtes jamais dans la vie. Donc, l'imagination fonctionne à fond. Et vous êtes toujours dans l'invention et dans la création. C'est extraordinaire.
La comédie française, c'est un rêve pour une gamine, une ado qui rêve de théâtre, un peu comme un coureur cycliste doit absolument faire le Tour de France ?
J'imagine. Pour vous, c'était le cas ? Non, j'étais passée devant… La première fois que je suis venue à Paris, quand j'avais 10 ans, mes parents m'ont montré la comédie française. Comme ça, c'était un petit rêve furtif, vous voyez. Puis après, je n'y ai plus du tout pensé. Quand j'ai raté le conservatoire un certain nombre de fois, je me suis dit, bon, c'est mort et ça n'a aucune importance.
J'ai compris que vos parents n'étaient pas franchement emballés au début, comme beaucoup de parents dans ces cas-là. C'était quoi ? C'était un métier sans avenir, au départ en tout cas ? Moi, j'étais très brillante dans les études, très scientifique.
J'avais fait deux années d'école d'architecture. Donc, je pense qu'ils souhaitaient que je continue. Et ils avaient peur, ils avaient peur pour moi que je mange de la vache enragée, que je ne puisse pas gagner ma vie, que ça ne marche pas. Vous voyez, que ce soit la misère. Voilà, je crois qu'ils avaient peur de ça.
Le dégagement d'Éric sur la main est un tout petit peu petit. Le mouvement, il est minuscule. C'est un tout petit peu plus grand.
Mais est-ce que moi, je touche plus la main ?
Je ne sais pas, j'étais de l'autre côté. Je n'ai pas vu.
Parce que j'ai fleur. De plus en plus, je touche de moins en moins.
Tu peux toucher un peu. Par contre, ce qui est lié, pour les gens de l'autre côté, comme j'étais l'autre jour, c'est parce que ta main est restée comme ça qu'on a compris ce que tu avais fait. Tu vois, parce que je ne le vois pas, le geste, il est pour celui-ci.
Oui, parce que je la retire tout de suite.
Oui, tu l'as laissé comme ça. Non, on ne la retire pas.
Ah, je ne la retire pas.
Non. Et tu disais mais non, c'est ça ? Oui. Oui, non, on ne la retire pas.
D'accord, d'accord.
On ne la retire pas, c'est-à-dire que tu es là, tu dis, ben oui, je fais ce geste.
Oui.
Tiens.
D'accord.
Ça m'est venu.
Pour en développer l'embarras. On aura reconnu évidemment Patrice Chéreau,
cet homme si important pour vous dans votre parcours de comédienne et de femme. Vous avez ri en entendant cet échange, mais lors d'une précision chirurgicale.
Ah oui, mais Patrice, c'est comme ça.
Répétition de Phèdre, on est en 2003.
Tout à fait. C'est-à-dire que corporellement, si vous voulez, entre Hippolyte, Éric Ruff et Phèdre, moi-même, s'il y a contact physique, ça ne peut être que d'une précision extrême. Et pour ça, Patrice l'était, il l'était toujours dans son travail, au théâtre comme au cinéma, toujours très, très précis. C'est d'ailleurs ce qui est très agréable, c'est quand les gens sont précis.
Qu'est-ce qui vous a apporté d'autres mille choses, évidemment, mais Chéreau et son théâtre et sa mise en scène ?
Le rencontré sur Pergunte, qui était un spectacle de huit heures, où le rôle était tenu par Gérard de Sarthe, me trouvait pendant un an avec les meilleurs acteurs de cette époque-là, qui sont encore ici, je vous rassure, Didier Sandre, Nada Strancart et d'autres. Comme formation, c'était extraordinaire. Pour moi, c'était mille fois mieux que le conservatoire. Patrice Chéreau, c'est d'abord une intelligence extrême. Je pense ne pas, enfin, j'utilise le mot génie très peu, mais là, je pense qu'on peut parler de ça pour ses mises en scène d'opéra, de cinéma, de théâtre.
C'est une très, très grande intelligence, dotée d'une extrême sensibilité aussi, qui fait qu'il peut diriger les comédiens et les comédiennes et les emmener absolument là où il veut. Et ça, ça relève, non pas de l'hypnose, mais ça relève de sa force de séduction et de sa force d'intelligence.
Dans vos grands rôles, il y a donc cette immense phèdre de Patrice Chéreau, il y a Agrippine dans Britannicus chez Racine, vous avez été Varvara Petrovna dans Les démons de Dostoyevski, vous avez été Dorine dans Le Tartuffe de Molière. C'est quoi un grand rôle, Dominique Blanc ?
Un petit rôle, peut-être un grand rôle. C'est-à-dire que tout dépend de la qualité du texte, ça c'est la première chose. Si le texte, par exemple, comme dans Les démons, le texte est russe, si la traduction n'est pas bonne, si la dramaturgie n'est pas bonne, le grand rôle, ça ne sert absolument à rien. Il faut vraiment d'abord que le texte soit excellent, et le petit rôle peut devenir un grand rôle si l'accord est parfait entre la mise en scène et moi-même. Par exemple, Les démons, ça a été pour moi une rencontre extraordinaire, et qui n'est pas finie d'ailleurs, avec Guy Kassir, qui est flamand.
C'est un homme qui ne travaille que dans l'empathie la plus grande avec les comédiens et avec les techniciens, ce qui n'est pas si courant à la comédie française, et qui travaille aussi beaucoup dans l'humour. Et ce rôle de Varvara Petrovna est exceptionnel. Guy avait envie que ça aille très loin. Vous ne pouvez pas aller très loin tout seul, il faut des partenaires exceptionnels et aussi investis que vous l'êtes et que l'est le maître en scène. Et ça a été le cas. Ça a été un très grand succès. Et quand la guerre s'est déclarée, enfin quand l'Ukraine a été envahie par la Russie, le spectacle a été reprogrammé sans que ça n'ait de lien.
Et le public est venu encore plus nombreux parce qu'il était friand de culture russe. Et Les Démons, c'est un roman très vaste, mais c'est surtout la naissance du terrorisme aussi. Donc voilà, un petit rôle, si vous voulez un petit rôle dans Les Démons, avec Guy Cassir, s'il n'y a pas de petit rôle.
Oui, c'est joli ça. Mais on peut poser la question dans l'autre sens. Est-ce qu'il y a des rôles que vous avez acceptés, dont vous vous êtes dit que c'est une erreur, mais finalement, la grande actrice, c'est aussi celle qui, je ne sais pas, trouve une solution ? Il y a des souvenirs comme ça. Forcément, en 40 ans, il y a des moments où vous vous êtes embarquée dans un rôle qui...
Alors, je vais vous dire, j'ai eu beaucoup de chance. Je touche du bois. À la comédie française, ça n'est absolument jamais arrivé. Ça ne m'est jamais arrivé. Au théâtre, ça m'est, d'une façon générale, jamais arrivé non plus. Ça ne m'est pas arrivé à la télévision, ça m'est arrivé au cinéma, oui.
Donc ? Alors là, je vous le dis à la prescription, peut-être ?
Non, non, vous me prenez coût. Disons qu'il y a eu des rôles, le rôle était très, très beau, mais l'atmosphère était très violente et les partenaires très névrosés. Alors, un exemple, bien sûr, vous voulez un exemple. La reine Margot.
Oui.
Voilà. Parce que... C'est toujours Chéreau, mais... Patrice, qui est aussi un homme d'une extrême perversité, ne détestait pas du tout que les partenaires entre eux se haïssent. Pourquoi ? Parce que ça servait l'histoire. Ça servait la Saint-Barthélemy, ça servait la haine entre les catholiques et les protestants, ça servait son film. Donc, c'est une aventure où moi, je me suis sentie extrêmement seule. S'il n'y avait pas eu l'affection que j'avais et la confiance que j'avais avec Patrice.
Et le génie, voilà un autre génie, directeur de la photographie, Philippe Rousselot, la costumière, Moïd Le Bickel et Kounou Schlegelmich, qui a eu cette idée géniale de la perruque rousse pour Henriette de Levers. Ben voilà, je n'y serais pas parvenue, vous voyez.
Mais vous avez songé à... On songe à quitter un tournage dans ces cas-là ? Vous lui en avez parlé, j'imagine ? Non, quitter un tournage,
ça, je ne l'ai jamais fait, je ne le ferai jamais. Mais j'ai songé plusieurs fois à arrêter le métier, oui.
Et Patrice Chérault, là, dans le cas présent, vous lui dites, Patrice, ce n'est pas possible. Vous comprenez tout de suite, vous-même, à quel point il a besoin de cette conflictualité, finalement ?
Oui, parce que je le connais, je le connais bien et je le connais depuis longtemps. Non, non, je ne lui dis rien, il n'est pas au courant. Et je ne lui dis rien, il a besoin de faire son film, c'est un tournage de six mois. Je veux dire, je ne vais pas l'encombrer avec ça. Mais il y a eu plusieurs fois dans ma vie, et ça a toujours été au cinéma, où je me suis dit, je vais arrêter. Et puisque vous êtes en... vous cherchez une confidence, ça m'est arrivé encore l'année dernière, j'ai téléphoné à mon agent et je lui ai dit, c'est terminé, j'arrête, je ne ferai plus que du théâtre.
Eh bien, vous allez nous détailler ça, c'est parfait. Si vous, vous avez la gentillesse de rester avec nous, parce qu'on va se retrouver après le journal de 8h pour parler de cinéma et pour parler de tous vos projets et de la citoyenne aussi.
Et on retrouve Dominique Blanc,
10 ans de comédie française, 40 ans de carrière et évidemment toute la suite qu'on va évoquer. Vous nous disiez juste avant le journal de 8h que vous aviez menacé de tout arrêter.
Oui, ce n'est pas des menaces, c'est juste, si vous voulez, à un moment, vous travaillez avec des gens qui ne sont pas compétents, donc vous êtes malheureuse, vous essayez de vous battre et au cinéma, ça ne sert à rien de se battre parce que de toute façon, tout est fait au montage. Voilà, donc il n'y a pas de menace, il y a juste un état de fait qui fait qu'au bout d'un moment, la vie est courte et il faut s'arrêter si les gens ne comprennent pas votre façon de jouer.
Comment vous en êtes venue au cinéma ? Cette bascule du théâtre au cinéma et finalement la double carrière, le fait de mener les deux de front, ça c'est quand même une complémentarité qui vous convenait bien jusque récemment en fait. Comment c'est venu ? Oui, écoutez,
le cinéma est venu un peu par hasard. Moi, j'ai fait pas mal de figurations basiques, enfin, la figuration.
Et puis... Ça allait au début pour gagner votre vie même, des petits rôles, des petites... Quand vous faisiez du théâtre, quoi.
C'est ça, la figuration pour le cinéma. Et puis, la première rencontre, ça a été Régis Varnier pour La Femme de ma vie. Il avait vu Terre étrangère, un anterre, mis en scène par Luc Bondy avec Michel Piccoli. Et il pensait que j'étais une comédienne de 45 ans. Et quand il m'a rencontrée à la production, il m'a dit « Oh là là, vous êtes beaucoup trop jeune. Mais bon, puisque vous êtes là, je vous raconte le film. » Et il aime à dire qu'à force de raconter le film, au bout d'une heure, j'étais devenue le personnage. Donc, le rôle de Sylvia, qui est une jeune femme alcoolique, qui finira par se suicider. La Femme de ma vie, c'était avec Trintignan, Christophe Malavoie et Jane Berkey.
On va écouter quelqu'un qui connaît bien le cinéma et le théâtre et qui a des mots. C'était sur France Culture en 1966. Allez, je vous laisse l'entendre.
La conception d'une pièce dans votre processus personnel de création est-elle très différente de la conception d'un film ?
Bien entendu. Vous êtes gêné au théâtre du fait du plateau, enfin, de la scène, de l'existence de la coulisse invisible. Et d'un décor unique. Et d'un décor unique ou bien même cinéma unique, même s'il y en a trois, c'est quand même une limitation terrible. Parlons du cinéma parlant, si vous voulez. Bon, je peux dire en gros que lorsque la parole intervient au cinéma. Elle intervient après l'image, n'est-ce pas ? On vous présente un personnage et ensuite, ce personnage se met à parler. J'ai toujours éprouvé une sorte d'insatisfaction au moment de la prise de parole du protagoniste au cinéma. Je pense qu'il y a là un divorce qui n'est pas encore résolu.
La violence de l'image, la puissance d'un visage au cinéma est toujours plus grande que la parole qui en sort, vous voyez ? C'est une chose dont je ne souffre pas du tout au théâtre.
Est-ce que vous êtes d'accord avec ça ? Marguerite Duras interviewée par Roger Réjean, c'est donc l'émission Cinéma Vérité sur France Culture, 13 mars 1966. La force du visage, la puissance du visage qui prend le dessus finalement sur les mots.
Mais bien sûr, la puissance du visage, j'écoute Duras, et en l'écoutant, je vois immédiatement le visage de Falconetti. Oui, bien sûr, bien sûr. Mais il y a quand même au cinéma de très grands scénaristes et de très grands dialoguistes. Mais la puissance d'un visage, c'est irremplaçable, évidemment.
La douleur, qui est une pièce qui compte beaucoup dans votre parcours, vous avez dit c'est le texte de ma vie. Expliquez-nous pourquoi.
D'abord, chez Duras, il faut tout lire, mais il faut surtout lire chez Paul les cahiers de la guerre. Et il faut lire aussi la douleur qui est parue en poche. qui paraît très tard,
il faut l'expliquer. C'est écrit entre 1944 et 1946 quand son mari Robert Antelme, résistant, est déporté au camp de Brunval et de Dachau. Et pendant de longs mois, Marguerite Duras écrit sur des cahiers une sorte de journal de guerre, mais qu'elle ne publiera qu'en 1985.
Tout à fait. Alors là, si vous voulez, en fait, disons qu'après la trilogie de Lucas Bellevaux et après avoir joué Phèdre pendant six mois, évidemment, la dépression sévère s'est annoncée pour en sortir. La seule personne qui pouvait m'en sortir, c'était Chéreau. Quand je l'ai vu, il m'a dit écoute, je te propose qu'on fasse une lecture à deux. Thierry Thieu Nyang sera le regard extérieur. On va lire tous les trois des choses. Thierry adore Duras proposer la douleur et Chéreau a fait un montage.
On était deux à faire la lecture et un jour, je lui ai dit mais Patrice, l'histoire de cette femme en avril 1945, toute seule, chez elle, est-ce que tu accepterais de la mettre en scène mais ne me réponds pas tout de suite. Et quelques jours après, il m'a envoyé un mail en me disant oui, je suis d'accord. Voilà, donc je l'ai joué pendant trois ans. C'est au départ pas du tout une pièce de théâtre mais Patrice et Thierry en ont fait la mise en scène. Patrice a fait donc le montage, il a fait aussi le dispositif scénique, il a fait aussi la lumière et puis je suis repartie vers d'autres aventures et puis je l'ai repris et puis je le jouerai jusqu'au bout de ma vie.
il n'y a pas d'autres options ?
Quelles options ?
D'autres options de mise en scène ?
Non, non, non, non, non, non, non, non, c'est un spectacle qui nous appartient à tous les trois et il restera tel.
Marguerite Duras, vous ne l'avez pas connue ? Non. Vous avez, comme pour tous vos travaux, enquêté sur elle, creusé ? Vous parliez tout à l'heure du travail sur Gisèle Pellicot mais je crois comprendre que c'est un peu votre façon de travailler tout le temps ? Oui,
si vous voulez, moi la Seconde Guerre mondiale est quelque chose qui m'a toujours passionnée parce que mes parents étaient entre l'enfance et l'adolescence à ce moment-là donc j'ai toujours beaucoup lu mais le fait d'incarner la douleur fait que oui, bien sûr, j'ai essayé de lire énormément de choses sur la Shoah, bien sûr, et sur tout ce qui s'est passé en France au niveau de la collaboration, etc.
Dominique Blanc, vous avez aujourd'hui très envie de réaliser, si j'ai bien compris, du long métrage parce que vous avez fait déjà, je crois, un documentaire et puis un court métrage. Racontez-nous, alors j'ai lu dans une interview à Écran Noir que vous avez donnée l'année dernière, une espèce d'adoubement de Clint Eastwood qui vous avait dit que vous vouliez donc réaliser un film et dites-nous ce qu'il vous répond parce que je vous laisse le dire.
Ah ouais, non, mais c'était merveilleux. C'était la première année du Festival Lumière, donc c'était un petit peu bordélique et moi je suis lyonnaise comme Thierry Frémont et donc on arrive après la grande projection et il se trouve que je dîne à sa droite. Donc bon, c'est quand même, c'est quelque chose, c'est quelqu'un que j'ai toujours aimé et admiré aussi dans ses réalisations, évidemment. donc lui, ce qu'il m'a dit, c'est un comédien ou une comédienne a toujours tourné beaucoup plus de films qu'un cinéaste ou une cinéaste. Donc, il sait très bien ou elle sait très bien où mettre la caméra. Donc, si tu veux réaliser, il faut le faire.
C'était en 2011, vous voyez, donc on peut dire que je ne suis pas quelqu'un de rapide.
C'est une sacrée rampe de lancement ça, en termes de confiance, en termes de légitimité.
C'est surtout si vous voulez que je lui ai dit est-ce que je peux venir sur le tournage, il m'a dit mais il n'y a aucun problème, tu viens à la cantine. En fait, Clint Eastwood, sur ses tournages, voyage toujours avec ses copains d'enfance, donc je suis arrivée à la cantine. Clint n'était pas là, alors j'ai dit pourrais-je savoir où se trouve la table de Clint ? Et là, il y avait Michael, il y avait Roger, je ne sais pas quoi, il était tellement sacré. Et on a déjeuné et j'ai passé tout mon après-midi sur le tournage. C'était absolument passionnant. Non, je pense, Chekhov dit toujours qu'il faut vivre de ses rêves, donc voilà, j'ai le rêve de réaliser un long-métrage.
Peut-être que je ferai un AVC avant ça, je n'en sais rien, mais c'est une idée qui est dans ma tête depuis longtemps.
Avec des débuts d'idées, des pistes, des ouvrages ?
Il y a eu plusieurs synopsis que j'ai abandonnés et je continue de réfléchir et d'écrire. Vous savez, j'ai écrit Chantier Jeux puisque j'ai eu la chance d'être au programme du bac 2024-2025 pour les lycéens qui choisissaient la spécialité théâtre. Oui. Chaque année, j'ai été vendue à 200 000 exemplaires, c'est inouïe, mais surtout, ils continuent de se vendre et du coup, ça m'a donné l'envie d'écrire la suite donc je suis en train d'écrire la suite aussi.
C'est un récit de carrière qui est une façon de transmettre aussi puisque c'est intéressant cette histoire de bac. Je ne sais pas si vous avez pu lire des copies.
Non, mais vous savez, il n'y a que la transmission qui est intéressante quand on a 70 ans. Donc, j'avais indiqué trois pièces, Le mariage de Figaro, le rôle de Suzanne quand j'étais jeune femme, Fèdre, La passion à 40 ans et Angels in America où j'incarne trois hommes et trois femmes et donc les lycéens et les lycéennes se sont emparés de toutes les pièces mais surtout d'Angels in America et ils ont fait des spectacles que j'ai vus pendant deux ans qui étaient absolument bouleversants mais vraiment bouleversants. C'est-à-dire que j'ai eu la chair de poule, j'ai pleuré.
Par exemple, une jeune fille, les parents étaient invités en même temps que moi, une jeune fille voulait annoncer à ses parents qu'elle aimait les femmes et elle a choisi le rôle principal d'Angels in America quand il appelle sa mère et qu'il lui dit qu'il est homosexuel et donc elle a choisi cette scène pour annoncer à ses parents qu'elle aimait les femmes et c'était magnifique. J'ai regretté
de ne pas avoir filmé tout ça. Vous avez pu échanger avec eux et quand vous parlez de transmission, vous avez le sentiment de leur passer quel genre de flambeau, quel genre de technique, de message ?
En 24-25, j'ai beaucoup fait de tournées avec Tartuffe, avec la douleur, bien sûr. Donc, chaque fois que j'allais dans les villes, j'étais contactée par les enseignants. J'invitais les lycéens à voir le spectacle et le lendemain, je les invitais pendant deux heures au théâtre le matin et toutes les questions étaient autorisées. Je leur disais toujours vous pouvez tout demander, tout est possible. Pour certains, beaucoup en province, 90% n'étaient jamais entrés dans un théâtre. Donc, c'est de la transmission pure. C'est en direct. Ils ont des micros et ils posent toutes les questions sans aucune appréhension.
Dominique Blanc, question à la citoyenne et aussi à la femme de théâtre et à l'artiste. Vous avez rendu votre Légion d'honneur l'an dernier, reçu en 2014. Ça ne devait pas être la première fois que vous étiez agacée par des décisions politiques. Là, en l'occurrence, c'était contre la nomination de Rachida Dati au ministère de la Culture. Pourquoi cette fois-là, particulièrement ?
Non, alors je vais vous dire dans l'ordre. J'ai été faite chevalier par le directeur du CNC il y a un certain temps. Ça m'allait très bien que ça s'arrête à ce grade-là. Et puis, quand j'ai fait la douleur pendant trois ans, je ne pense pas que ce soit Nicolas Sarkozy, je pense que c'est Carla Bruni qui l'a influencé. on m'a demandé de devenir officier de la Légion d'honneur. Je ne le souhaitais pas. Mais ma mère, qui était en vie à ce moment-là, m'a dit écoute, tu as un oncle qui a quand même été tué par les Allemands, il a eu la croix de guerre, tu ne peux pas refuser, donc j'ai accepté. Voilà.
Et puis ensuite, Rachida Dati, très proche du couple présidentiel, a été nommée une première fois ministre de la Culture, puis une seconde fois. Et ce que j'ai écrit au président de la République, Emmanuel Macron, c'est qu'étant donné le nombre d'affaires dans lesquelles il semblerait qu'elles soient impliquées, il me semblait qu'à la seconde nomination, elle aurait dû se retirer et refuser par respect pour tous les gens qui travaillent dans la culture, les intermittents du spectacle, enfin tout le monde. Et non, elle ne l'a pas fait. Donc moi, je n'avais plus aucune raison d'avoir cette Légion d'honneur. Et vous a répondu le président ?
Alors le président ne m'a pas répondu, mais le général en chef de l'ordre de la Légion d'honneur m'a répondu en me disant nous avons beaucoup parlé avec Monsieur le Président qui bien sûr n'a que ça à faire.
La Légion d'honneur de Dominique Blanc c'est important pardon mais... Oui enfin
avec l'Ukraine je pense que l'Ukraine est plus important et il m'a dit on ne peut pas quitter l'ordre de la Légion d'honneur c'est tout à fait impossible. On peut en être comment dire on peut en être retiré ce qui est arrivé à Sarkozy d'ailleurs mais on ne peut pas partir quand on veut. Donc la petite boîte en cuir m'est revenue. Ah oui. Donc vous en avez fait quoi ? Elle est à la maison et voilà je suis toujours officielle la Légion d'honneur.
Mais vous avez votre conscience pour vous sur ce coup-là. La question que je me posais moi c'était comment toute cette douceur qui se dégage de vous cohabite avec la colère. Vous êtes une femme en colère ? Disons que
la colère ça ne sert absolument à rien. Donc je l'ai expérimenté beaucoup dans ma vie. C'est tout à fait inefficace. Donc quand je suis en colère j'essaye de la faire passer dans mes rôles. C'est beaucoup plus intéressant que dans la vie. Parce que dans la vie si vous voulez oui non ça ne sert à rien à la colère. Et puis quand on peut parce que tout d'un coup on est en position de pouvoir du fait d'avoir la Légion d'honneur quand on peut utiliser cette position de pouvoir pour faire passer quelque chose on le fait. Et c'est vrai que j'ai été très comment dire félicitée complimentée par des gens qui n'étaient pas du tout de la profession parce que de la profession personne ne m'a rien dit.
Mais du public des gens d'origine souvent très modestes m'ont dit bravo bravo pour ce que vous avez fait. Si on avait pu le faire on l'aurait fait nous-mêmes. Voilà. Donc dans ces cas là il ne faut pas hésiter.
Vous vouliez parler de l'Ukraine ça fait partie des sujets qui vous mettent en colère ?
Si vous voulez je pense que comme tout le monde quand la Russie a envahi l'Ukraine donc il y a quatre ans mon compagnon m'a dit on est en guerre. Et il y en a qui ont mis plus de temps à le comprendre. je suis je pense comme des millions de Français je suis dans l'admiration totale du courage du peuple ukrainien. Voilà.
Il y avait une soirée qui avait été organisée au Théâtre de la Ville où était présente d'ailleurs Madame Zelensky et il y avait une une visio avec deux poètes une jeune femme de 22 ans qui était sur le front donc en tenue de guerre et de combat et à côté de l'écran enfin en double vision un jeune poète je pense que lui en avait 23 ou 24 il était aussi sur le front pas le même mais sur le front les poèmes qu'ils écrivaient extraordinaires voilà je suis pleine d'admiration pour ces gens-là vraiment donc j'avais j'avais l'envie et j'espère que je pourrais le faire cet automne d'aller là-bas pour aller dans oui voilà pour aller dans les facultés pour lire René Char qui bien sûr a été traduit en ukrainien pour jouer la douleur si c'est possible et pour lire des textes d'Annie Ernaud qui comme vous le savez est une grande autrice notre prix Nobel
absolument il nous reste quelques secondes vraiment mais juste je voulais qu'on parle des échéances électorales je sais qu'elles comptent aussi pour vous mais dites-nous déjà vous allez voter en prochain
oui bien sûr je vais voter dans la petite ville où je vis bien sûr l'extrême droite est présente je suis allée sur les marchés pour distribuer vous savez des prospectus et le fait que la France puisse être gouvernée par l'extrême droite enfin si ça devait arriver pour moi c'est véritablement une grande tragédie je sais que vos auditeurs auditrices sont peut-être déjà convaincus mais oui ça serait catastrophique pour le pays catastrophique pour la culture où ça l'est déjà puisque tous les budgets de toute façon sont réduits et tout est fait pour que la culture s'efface totalement je pense qu'à France Culture vous en savez quelque chose d'ailleurs donc voilà j'écoute les candidats à la présidentielle
je crois qu'ils sont 30 maintenant on doit à peu près être là-dedans ça peut aussi se décanter d'ici là merci beaucoup Dominique Blanc merci pour pour cet échange merci pour votre votre générosité on va regarder on va attendre avec impatience donc le le film où vous incarnez Gisèle Pellico M'endort pas donc c'est vous nous avez dit l'année prochaine sur TF1
alors c'est début janvier et je vous recommande à l'automne un film qui s'appelle Jupiter où je suis ministre des affaires étrangères ça se passe en pleine guerre d'Ukraine et le film va au festival de Venise au mois de septembre très bonne journée merci à vous merci à vous