Clash entre Trump et Zelensky, défense européenne... Le "8h30 franceinfo" de Raphaël Glucksmann
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Bonjour Raphaël Glucksmann, bienvenue sur France Info, député européen, co-président de Place Publique, Raphaël Glucksmann, avant de vous faire réagir, on va réécouter un extrait de ce qu'il s'est passé hier à la Maison Blanche à Washington, cette violente altercation, cette scène surréaliste, lunaire, inédite aussi entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky.
Vous, vous êtes en train de jouer avec la vie de millions de personnes, vous êtes en train de faire des paris et vous jouez avec le risque de la troisième guerre mondiale. Ce que vous faites est très irrespectueux envers ce pays.
Vous jouez avec le risque d'une troisième guerre mondiale, c'est ce que dit le président Trump au président Zelensky. Raphaël Glucksmann, est-ce qu'on est à l'aube d'une troisième guerre mondiale ? Est-ce qu'on est à un tournant de notre histoire ?
Celui qui joue avec la troisième guerre mondiale, c'est Vladimir Poutine qui a envahi l'Ukraine et qui détruit ce pays depuis trois ans. Volodymyr Zelensky, lui, il ne joue pas. Lui, il résiste. Lui, il combat. Lui, il est l'honneur de l'Europe et du monde libre. Et ce à quoi on a assisté hier, c'est à une scène absolument insupportable, dégoûtante. On est tous saisis d'effroi, en fait, face au culot, à l'arrogance de ce président américain et de son vice-président qui décide d'attaquer non pas l'agresseur, mais l'agressé. Et oui, nous sommes à une rupture de notre histoire. Une rupture dont on peine aujourd'hui, en France et en Europe, à prendre la mesure.
80 longues années de relations transatlantiques, eh bien, prennent fin sous nos yeux, dans ce spectacle ahurissant, sidérant. Ce à quoi on assiste, c'est à la fin du parapluie américain sur l'Europe. Ce à quoi on assiste, c'est à la grande trahison des États-Unis d'Amérique. Et ce à quoi on assiste, c'est à la nécessité, face à ces images, mais face à la politique de Donald Trump, face à son lâchage, à l'abandon de l'Ukraine et de l'Europe, à la nécessité pour les dirigeants européens de faire face, de tenir tête et d'assumer, de défendre seul l'Europe, ses principes, ses intérêts vitaux. Et ça passe d'abord par l'Ukraine.
Ce que vous nous dites, Raphaël Gluckson, ce matin, c'est que les États-Unis ne sont plus nos alliés, ne sont plus les alliés de la France, des Européens, comme le dit, par exemple, François Hollande, l'ancien président français.
Les États-Unis de Donald Trump ne sont pas nos alliés. Les États-Unis de Donald Trump répètent la propagande de Vladimir Poutine, qui est la principale menace sur la sécurité européenne. Les États-Unis de Donald Trump envoient leur vice-président à Munich pour insulter les démocraties européennes. Ils menacent de mettre 25% de tarifs sur les productions européennes. Les États-Unis de Donald Trump, aujourd'hui, n'ont pas de mots assez gentils pour Vladimir Poutine, et pas de mots assez durs pour l'homme qui est notre première ligne de défense aujourd'hui en Europe, le président ukrainien Zelensky.
Il faut arrêter quasiment de leur parler, en tout cas de les courtiser, de les ménager.
On peut avoir des relations diplomatiques d'extériorité, mais sans aucune illusion. Ce n'est pas parce que vous vous faites des sourires avec Donald Trump que vous allez changer sa position. En réalité, il faut... Donc les déplacements d'Emmanuel Macron ou de Kirstermer sont vains ? Ils peuvent essayer. Moi, je ne suis pas là pour faire de la politique politicienne. Ils peuvent essayer. Mais la vérité, c'est que l'important, ce n'est pas ce qu'on va dire à Washington. L'important, c'est désormais ce qu'on fait en Europe. Et il va falloir plus que des tweets de soutien à Zelensky et à l'Ukraine. Il va falloir désormais des actions, des gestes forts, et pas simplement des mots forts.
Il va falloir qu'on saisisse enfin les 209 milliards d'avoir public russe qui sont actuellement gelés dans nos banques et qu'on affecte cet argent à la production ukrainienne, à la défense de l'Ukraine.
Aujourd'hui, on utilise les intérêts, il faut utiliser l'argent lui-même.
L'argent lui-même, et c'est la France qui bloque. Disons les termes, c'est la France aujourd'hui qui fait partie des pays qui ne refusent ce geste. On a 209 milliards d'avoir public russe gelés dans nos banques au moment où on se parle. Et moi, je reviens d'Ukraine. Et j'ai vu les industries ukrainiennes de production de drones, de production d'armes. Elles tournent à plein régime, mais elles pourraient produire beaucoup plus si elles étaient financées. Eh bien, on a, nous, l'argent pour financer cela sans toucher à l'argent des contribuables européens. Parce qu'on a cet argent russe dans nos banques et qu'on refuse de le saisir.
Dans le même temps, vous savez quel est le premier importateur mondial de gaz naturel liquéfié russe ? C'est Total Energy. On finance aujourd'hui, plus la machine de guerre vient nos importations d'énergie, plus la machine de guerre de Poutine, qu'on finance la résistance ukrainienne. Il faut désormais poser des actes forts au-delà de nos mots. C'est un moment historique. Je n'emploie pas ce terme de manière légère. C'est un moment historique. Et si nous ne sommes pas à la hauteur de ce moment, eh bien oui, la paix en Europe ne sera plus garantie. Et nos démocraties seront considérablement affaiblies, et voire pourront tomber.
Raphaël Gulsanne, juste une précision sur ce que vous venez de dire par rapport à Total. Il faut qu'aujourd'hui, Total arrête complètement ses accords avec la Russie.
On rompt totalement. Il faut que nos sanctions soient désormais efficaces. Et il faut qu'on montre que nous ne sommes pas faibles. Pourquoi nous sommes méprisés aujourd'hui, et par Poutine, et par Trump ? Parce qu'ils n'ont que mépris pour les faibles, et qu'ils pensent que l'Union européenne est incapable de décisions fortes. Eh bien là, nous avons quelques heures, quelques jours, pour leur montrer que nous sommes forts, que nous sommes bien plus forts que nous ne le montrons jusqu'à maintenant. Et c'est la fin des tergiversations.
Et donc on a, aujourd'hui, des décisions très concrètes à prendre, qui permettront d'assurer à toutes et tous que nous sommes crédibles, parce que nous sommes capables de prendre des mesures fortes. Et ça commence par les sanctions visant le régime russe, la saisie des avoirs publics russes, la fin des importations de gaz naturel liquéfié, qui sont aujourd'hui le moteur de la guerre de Vladimir Poutine, et qui sont en croissance depuis 2022. C'est ça qui est fou, quand même. Est-ce qu'on peut réaliser ça ?
C'est-à-dire qu'en fait, on importe de plus en plus de gaz naturel liquéfié, et que notre principale entreprise énergétique française, Total Energy, est le premier importateur mondial de gaz naturel liquéfié russe.
Et si on arrêtait de le faire, ça voudrait dire demander un effort de guerre, pour le coup, à la population française, puisque les prix du gaz, aussitôt, décolorés.
On a, aujourd'hui, un président de la République, qui a eu raison, en juin 2022, de déclarer que nous devions passer en mode économie de guerre.
Il l'a déclaré, mais ça ne s'est pas transcrit dans les faits.
Que s'est-il passé depuis ? Est-ce que nos productions ont augmenté de manière suffisante ? Nos productions d'armes, nos productions de défense ? Non, légèrement. Eh bien, c'est fini, la légèreté. Vous savez, on est dans une situation gravissime. On a le chef des services de sécurité allemand, M. Bruno Kahl, qui va devant le Bundestag, et qui déclare qu'il y aura la guerre dans un pays de l'Union européenne avant 2029. Il ne dit pas ça à la légère, lui. Il fonde ça sur ses analyses, sur ses informations. Le chef des services danois dit la même chose.
Au moment où je vous parle, il y a des tranchées qui sont creusées dans les pays baltes, et au moment où je vous parle, eh bien, la Finlande se prépare militairement à faire face à une invasion. Donc, en fait, on est dans une situation d'une gravité extrême. Et dans cette situation-là, face à l'hostilité croissante de Vladimir Poutine, nous avons un président des États-Unis qui décide d'abandonner et l'Ukraine, et l'Europe. Et là, pour chacun des dirigeants européens, il y a un moment de vérité. Il faut se hisser au niveau du péril qui nous fait face.
Alors, on va y venir. Justement, je voudrais quand même qu'on revienne sur ce qui s'est passé hier du côté de Washington. Donald Trump a dit très clairement à Volodymyr Zelensky, soit vous trouvez un accord, soit on vous lâche. Quel était l'objectif ? D'humilier le président ukrainien ?
Oui, l'objectif était de contraindre le président ukrainien à la capitulation. Et moi, je dois dire que je suis admiratif. Ce n'est pas fréquent de dire ça d'un homme politique, mais admiratif du calme et de la droiture du président Zelensky, qui refuse de se rendre. Mais vous savez, moi, là, je reviens d'Ukraine. Vous avez une nation qui consent à des sacrifices inimaginables depuis plus de trois ans pour protéger sa liberté et la nôtre. J'ai parlé avec des soldats qui revenaient du front, des soldates aussi qui revenaient du front, des femmes qui ont décidé de s'engager et d'aller combattre. Et chez toutes et tous, il y a ce calme incroyable, cette certitude qu'ils vont résister.
Mais ils ne peuvent pas résister seuls.
Vous pensez qu'il est tombé dans un piège ? Il est tombé dans un piège, en fait, hier, le président ukrainien. On a vu aussi le vice-président américain, G.D. Vance, intervenir assez violemment. Ils étaient un peu à deux, finalement, pour lui faire la leçon. Est-ce qu'il a été piégé ? Est-ce que c'était un traquenard pour Zelensky ?
Quand on regarde les images, moi, je n'ai pas d'informations particulières, mais quand on regarde les images, ça a tout d'un traquenard. Ils ont décidé de se faire Zelensky. Ils ont décidé de le traiter comme un laquais. Ils ont décidé de l'humilier publiquement. Et lui a résisté, et a résisté en montrant qu'il n'était pas du tout un laquais, qu'il était la figure de la résistance. Mais vous imaginez la violence de ces images ? Vous imaginez ce que ça veut dire ?
Vous avez face à vous un président qui mène une résistance héroïque depuis plus de trois ans, qui défend tous les principes pour lesquels on est censé, nous, se battre dans nos démocraties, et qui se fait attaquer, humilié, par le président des États-Unis et son vice-président. Mais c'est comme si Roosevelt avait décidé d'humilier Churchill, qui arrivait à la Maison Blanche. Et d'ailleurs, Churchill, lui, n'avait pas non plus de costume. Il était en habit militaire puisqu'il était en guerre.
Et ça a commencé dès le début de cette séquence lunaire, dès le début, avec la question posée par une espèce de blogueur qui n'a rien d'un journaliste, et qui fait partie du MAGA Make America Great Again, sur sa tenue vestimentaire. Donc tout cela était une offensive coordonnée contre Zelensky. Les États-Unis d'Amérique, la présidence américaine, a décidé que son adversaire, c'était Zelensky, et ce n'était pas Poutine. C'est un changement, mais incroyable,
dans la géopolitique mondiale. Le 8.30 France Info, Antoine Comte, François Geffrier. Raphaël Glussmann, eurodéputé Place Publique, vous êtes toujours avec nous dans le 8.30 France Info ce matin. Emmanuel Macron, le président français, a réagi depuis le Portugal. Il a dit qu'il y a un agresseur qui est la Russie, un peuple agressé qui est l'Ukraine. Je vous propose qu'on l'écoute et on vous fait réagir juste après.
Il y a un agresseur qui est la Russie. Il y a un peuple agressé qui est l'Ukraine. Je pense que nous avons tous su raison d'aider l'Ukraine et de sanctionner la Russie il y a trois ans et de continuer à le faire. Et quand je dis nous, ce sont les États-Unis d'Amérique, les Européens, les Canadiens, les Japonais et plusieurs autres.
Raphaël Glussmann, est-ce qu'il a raison de dire ça, le président français Emmanuel Macron ?
Vous vous rendez compte qu'on est obligé, après trois ans de guerre, quand on est président de la France, de répéter qu'il y a un agresseur la Russie et un agressé l'Ukraine. Donc oui, évidemment, il a raison. Comme ont raison tous les dirigeants européens qui ont apporté leur soutien à Zelensky après la scène hallucinante d'hier. Et maintenant, il faut que ces mots débouchent sur des actes. Il faut convoquer d'urgence, après la réunion de Londres de demain, un conseil européen pour prendre des décisions. Pas simplement faire des déclarations, mais prendre des décisions.
Sur lesquelles ? Quelles décisions concrètement il faut prendre en urgence ?
La première des choses, c'est de saisir les avoirs publics russes gelés dans nos banques. 209 milliards qui sont gelés et que l'on doit affecter à l'aide à la résistance ukrainienne. La deuxième décision, c'est de mettre fin aux trous dans nos sanctions, notamment sur les questions énergétiques et sur le gaz naturel liquéfié. La troisième décision, c'est d'augmenter drastiquement nos livraisons d'armes à la résistance ukrainienne pour suppléer au vide laissé par les États-Unis d'Amérique. Mais avec quel argent ? Comment vous financez ça ? Déjà, vous le financez avec les 209 milliards d'avoirs publics russes qui sont dans nos banques.
On a de l'argent russe qu'on peut saisir au Parlement européen. Nous le demandons depuis des mois qu'on peut saisir et qui peuvent financer l'aide à l'Ukraine pendant toute l'année qui vient et au-delà. Donc on les utilise, pour être sûr de la proposition que vous faites,
pour l'industrie européenne de défense et l'industrie ukraine ? Pas pour envoyer directement à l'Ukraine cet argent ?
J'ai été en Ukraine et j'ai visité des industries qui fonctionnent selon ce qu'on appelle le modèle danois. Ce sont les Danois qui ont inventé ce modèle, c'est-à-dire qu'ils financent directement la production ukrainienne en disant « Mais les productions européennes sont trop lentes, alors qu'en Ukraine on peut produire beaucoup plus rapidement et des biens qui sont nécessaires sur le terrain. » Donc ce qu'il faut, c'est généraliser ce modèle et il faut que le Conseil européen d'urgence qui doit être convoqué acte cela. Mais ce n'est pas fini. On doit lancer aussi un grand emprunt européen pour financer la construction d'une défense européenne autonome.
Vous savez, en fait, jusqu'ici, on n'a pas les moyens de se défendre tout seul. On a délégué nos fonctions de sécurité et de souveraineté aux États-Unis d'Amérique à une capitale étrangère. On s'est rendu dépendant des électrices et des électeurs du Michigan pour savoir si Varsovie, si Berlin étaient défendus. Ça doit prendre fin. Et donc ce qu'il faut faire là, c'est lancer cet emprunt de 500 milliards. Nous savons, nous avons les expertises qui nous disent combien on a besoin pour assurer une défense autonome européenne, un emprunt de 500 milliards. Ce qu'on a fait face à une pandémie, eh bien nous pouvons et nous devons le faire face à la guerre en Europe.
Ce que nous avons fait pour les vaccins, nous devons pouvoir le faire pour l'industrie de défense européenne. Aujourd'hui, on a des armées européennes qui sont en état de sous-investissement et qui en plus ont acheté des produits américains qui peuvent être désactivés à distance. Quand vous avez des F-35 américains et que vous vous retrouvez dans une situation de conflictualité, eh bien à Washington, on peut décider que vous n'avez pas le droit d'utiliser les armes que les Américains vous demandent. Donc désormais, il faudra non seulement lever ces fonds, mais acter une priorité européenne qui vise à réserver les fonds européens aux industries de défense européennes.
C'est l'honneur de la France, et je tiens à le dire ici, c'est l'honneur de la France d'avoir défendu et d'avoir assuré qu'on a une industrie de défense autonome des Etats-Unis d'Amérique et d'avoir, grâce au général de Gaulle, une dissuasion qui elle-même est autonome vis-à-vis des Etats-Unis d'Amérique.
Ce que vous nous dites ce matin, c'est que vous êtes pour la création aussi d'une flotte militaire européenne. On sait que le Royaume-Uni et la France y travaillent. Est-ce que vous êtes aussi pour l'envoi de troupes si cette paix venait être signée pour s'assurer du maintien de la paix en Ukraine ?
Vu que les Etats-Unis d'Amérique bloqueront, c'est désormais ultra clair, l'entrée de l'Ukraine dans l'OTAN, la seule garantie de sécurité que nous pouvons offrir aux Ukrainiens et la seule garantie de paix que nous pouvons produire, c'est l'envoi de troupes dans un cadre d'accord de cesser le feu en Ukraine sur le terrain. Donc là, le président de la République a raison, le premier ministre anglais a raison et il faudra qu'il y ait une présence physique des Français, des Anglais, des Polonais.
On entend 30 000 militaires,
je ne sais pas si le chiffre est vérifié ou vérifiable. Là, les plans ne sont absolument pas préparés et la vérité, c'est qu'on a des capacités de projection malheureusement extrêmement faibles. Mais il faut lever ce tabou et moi, vous savez, je ne ferai jamais de jeu politique sur une situation aussi grave que la guerre ou la paix en Europe. Et donc, quand le président de la République dit quelque chose qui est juste, eh bien, je le dirai sans calcul politicien d'hier. Donc là, il y a un enjeu fondamental. Comment on offre des garanties de sécurité et comment on fait en sorte qu'un hypothétique cessez-le-feu soit respecté ?
La seule manière de faire, puisqu'il n'y pourra pas y avoir à l'OTAN, c'est la présence sur le terrain.
Et comment vous l'imaginez concrètement ? Est-ce que ce sont des troupes sous bannière, sous drapeau européen ? Est-ce que ce sont des troupes britanniques d'un côté, françaises de l'autre, polonaises d'un troisième, qui combattent ensemble ? Il y a une question aussi de leadership, de fonctionnement entre eux. Et d'autant qu'on parle notamment de l'armée britannique qui n'est plus membre de l'Union européenne. Donc, il ne peut pas y avoir
de leadership de l'Union européenne là-dedans. Ça veut bien dire que la base de défense industrielle, la base industrielle de défense européenne, c'est le rôle de l'Union européenne de la développer, de centraliser les investissements, de les coordonner, de faire en sorte qu'on puisse produire ce dont on a besoin pour se défendre soi-même. Mais derrière, les initiatives qui vont être prises, elles seront prises par une coalition de pays volontaires. De toute façon, sinon tout ça sera encore une fois, comme à chaque fois, bloqué par la Hongrie de Orban ou la Slovaquie de Filsau.
Donc, ce qu'il faut, c'est associer l'Angleterre, associer le Canada, associer la Norvège, les pays non membres de l'Union européenne mais qui sont des démocraties convaincues qu'il faut défendre une architecture de sécurité puissante en Europe et travailler avec les pays volontaires. C'est le sens de la réunion qui a lieu à Londres. Elle doit déboucher sur des décisions concrètes. Il ne faut pas que ce soit juste une série de posts sur X ou sur Facebook. Il faut que ce soit concret, qu'il y ait des décisions qui soient prises pas dans 5 jours, pas dans 20 jours mais demain à Londres.
Le 8.30 France Info, Antoine Comte, François Geffrier. Raphaël Luxman, vous êtes toujours avec nous dans le 8.30 France Info. On parlait à l'instant de votre souhait d'envoyer des troupes militaires européennes pour garantir la paix en Ukraine. Emmanuel Macron s'est aussi exprimé hier sur la dissuasion nucléaire européenne. Il est prêt à rouvrir la discussion. C'est ce qu'il dit. Est-ce que vous y êtes favorable, vous aussi ?
Oui. Et il faut entendre aussi ce qu'a dit le futur chancelier allemand, M. Merz. Il est allé à la télévision et il a dit cette chose qui est une révolution en Allemagne. Il faut saisir l'ampleur de ce changement. Il a dit je ne pensais pas dire cela un jour à la télévision mais désormais il va falloir travailler sans les Etats-Unis d'Amérique et donc ouvrir la question de la dissuasion nucléaire avec la France et le Royaume-Uni. C'est un changement immense. Vous savez, en Allemagne, vous apprenez dès l'école que vous êtes allemand, démocrate et que donc vous avez une alliance mais absolue avec les Etats-Unis d'Amérique. Vital. Vital. Parce que c'est consubstantiel à la démocratie allemande.
Donc là, c'est un vrai changement de paradigme. Et là, c'est un changement de paradigme incroyable ce qui se passe en Allemagne. Et il faut saisir cette opportunité, oui, et ouvrir le débat. Ça ne veut pas dire qu'il y aura 27 personnes qui appuieront sur un bouton ou qui devront se mettre d'accord pour appuyer sur un bouton parce que ça ne fonctionnerait pas. Mais ça veut dire que et le Royaume-Uni et la France qui sont les seules puissances dotées du continent européen doivent discuter de l'extension de la protection et du parapluie au reste de l'Union européenne et du continent européen. C'est une discussion fondamentale.
Mais ça veut dire que vous vous rendez compte des questions vertigineuses auxquelles nous devons répondre dans les jours et les semaines qui viennent. Finalement, ce qui se passe aux Etats-Unis d'Amérique, c'est une bascule dans un autre monde. Et si nous ne sommes pas à l'auteur, nous serons dévorés. Nous serons dévorés en Europe. Et donc là, l'enjeu, c'est un enjeu immense. Il faut qu'il y ait une réflexion profonde dans l'ensemble des forces politiques en France et en Europe pour pouvoir construire un consensus autour de cette bascule. Parce qu'en fait, le monde là dans lequel on va évoluer n'a plus rien à voir avec le monde dans lequel nous sommes nés.
On n'a pas vécu de bascule aussi importante depuis que nous sommes nés en fait, en réalité. Nous sommes nés dans un monde où nous avions la protection américaine. C'était à la fois une protection et une vassalisation. Mais c'était assez confortable pour les sociétés européennes. Vous avez écarté toutes les questions de paix ou de guerre, de vie ou de mort et vous avez délégué ça à un oncle américain. Et bien l'oncle américain aujourd'hui s'est cassé, il s'est barré et nous, nous sommes seuls. Et vous parlez de question vertigineuse. Est-ce que nous sommes prêts à assumer cette solitude ou est-ce que nous voulons un destin de serpillère et de vassaux ?
Moi, je ne veux pas ça pour l'Europe et je suis convaincu qu'il y a plus en nous. Nous sommes un continent riche, développé, encore relativement stable. Nous avons les moyens d'être à la hauteur de ce péril. Mais pour cela, il faut de la volonté et du courage politique. J'espère que nous serons capables d'en faire preuve.
Et cela pose des questions vertigines aussi sur la façon de changer cette doctrine de l'emploi de la banque nucléaire puisque vous l'évoquiez, la décision revient au président de la République en France et à lui seul puisqu'il faut réagir aussi rapidement. Donc comment partager cette décision ? Ce sont des questions que tous les experts militaires nous disent qu'elles sont impossibles à trancher. Je voudrais qu'on aborde un point puisque la plupart des pays européens sont totalement unis dans leur discours face à ce qui se passe en Ukraine et face au revirement total des Etats-Unis. La plupart, sauf notamment la Hongrie de Viktor Orban.
Comment fait-on dans ces cas-là avec ce sommet européen du 6 mars qui arrive ?
Eh bien, la Hongrie qui bloque l'ensemble des initiatives les plus importantes des dirigeants européens doit être mise de côté. Nous avons demandé l'activation de l'article 7 au sein du Parlement européen c'est-à-dire le fait de mettre la Hongrie de côté et de supprimer son droit de vote. Donc en fait on a là un cheval de droit C'est une grande majorité du Parlement européen déjà droite et gauche confondus sur la question hongroise. Et donc nous avons besoin de lever le blocage Orban. Nous avons besoin de pouvoir avancer même si la Hongrie qui est un cheval de droit aujourd'hui de la Russie en Europe n'est pas d'accord.
Mais au-delà de cela ce que nous devons faire c'est de permettre aux pays les plus allants de pouvoir avancer en Europe. Sur la question des sanctions ou sur la question des envois d'armes ce ne sont pas des décisions nécessairement qui doivent se prendre au consensus des 27. D'autant plus qu'il faut y aller avec le Royaume-Uni encore une fois qui n'est plus dans l'Union.
Il faut y aller avec le Royaume-Uni il faut y aller avec le Canada il faut redéfinir le périmètre des actions des alliances pour agir et il faut sortir des déclarations générales parce qu'en réalité aujourd'hui la grande question que tout le monde me pose quand je suis à Kiev tout le monde me pose la même question est-ce que l'Europe est capable de faire face à son destin nous nous allons résister disent les Ukrainiens mais vous vous êtes la question vous les Européens est-ce que vous serez capables de nous aider et est-ce que vous serez capables de vous défendre maintenant qu'on sait que les Etats-Unis d'Amérique ne seront plus là pour le faire et bien cette question elle nous est posée à nous c'est une question mais vous savez c'est la question de Hamlet c'est être ou ne pas être c'est une question de ce niveau-là est-ce que nous avons la volonté en nous d'être quelque chose ou pas mais ça ça interroge les dirigeants européens mais ça interroge aussi chacune et chacun d'entre nous quel destin nous voulons pour notre continent quel type de nation nous voulons léguer à nos enfants nous avons hérité de nations libres et d'un continent en paix est-ce que nous serons au niveau pour maintenir cette paix et pour construire cette liberté et bien cela c'est une question qui reste ouverte aujourd'hui nous avons très peu de temps pour y répondre
vous parlez de destin justement quel est le destin du monde de l'Europe de la France et bien sûr de l'Ukraine est-ce que vous pensez qu'un accord de paix est encore possible finalement parce que depuis avec ce qui s'est passé hier l'accord sur les minerais qui n'a donc pas été signé qui était l'une des premières conditions est-ce que vous avez quand même de l'espoir de voir la paix un jour revenir en Ukraine ?
la paix n'est pas la capitulation et la seule manière d'obtenir la paix c'est de renforcer l'Ukraine de la mettre en position de force de montrer à Vladimir Poutine que nous pouvons l'arrêter une capitulation ce serait la promesse d'une guerre qui se déplacerait ensuite ailleurs qu'en Ukraine c'est cela que je veux qu'on comprenne que tous les gens qui nous écoutent comprennent c'est pas simplement par solidarité envers un peuple héroïque qui est le peuple ukrainien que nous devons aider l'Ukraine à arrêter Vladimir Poutine c'est par égoïsme aussi c'est pas simplement par générosité c'est par égoïsme aussi c'est parce que nos intérêts vitaux sont menacés et c'est précisément pour éviter qu'un jour la guerre aille sur le territoire de l'Union Européenne que nous devons aujourd'hui soutenir l'Ukraine c'est pas de l'internationalisme béat et naïf c'est au contraire la conscience aiguë de nos intérêts vitaux de la sécurité de nos concitoyennes et de nos concitoyens c'est pour la France que nous devons aider l'Ukraine et la France a un rôle immense à jouer parce qu'elle est la seule puissance dotée de l'arme nucléaire de l'Union Européenne parce qu'elle a une industrie de défense puissante parce qu'elle n'a jamais méprisé les questions de sécurité et de défense donc la France doit être la locomotive de cette Europe qui résiste à Vladimir Poutine et qui ne cède pas aux injonctions de Donald Trump
Merci Raphaël Glucksmann député européen coprésident de Place Publique
Raphaël Glucksmann