Macron en mode guerre : sa stratégie pour faire oublier les scandales nationaux | Beligh Nabli
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Pour ne rater aucune de nos vidéos, n'oubliez pas de vous abonner et d'activer la cloche. Je suis toujours en compagnie de Belir Nabli pour sa chronique hebdomadaire. Emmanuel Macron a sonné le toxin de la mobilisation guerrière contre la Russie et il s'active depuis plusieurs jours pour préparer les esprits à un affrontement digne d'une véritable guerre. L'expression « économie de guerre » est d'ailleurs devenue tendance, obligeant en quelque sorte le président de la République à se montrer hyper actif sur les dossiers internationaux et pour le moins transparent, lui qui est pour le moins transparent lorsqu'il s'agit de la politique intérieure.
Malgré l'énorme scandale Bétharam qui vise son premier ministre Emmanuel Macron, tient surtout à renforcer sa stature internationale. Il a d'ailleurs réuni mardi à Paris des chefs d'état-major des armées de l'Union européenne et de l'OTAN « Une rencontre qui a pour but de définir les garanties de sécurité à fournir à l'Ukraine en cas de cesser le feu et renforcer la défense européenne ». Merci de nous rejoindre pour en parler. On en parle avec Belir Nabli qui est toujours avec nous. Belir, les sujets internationaux, c'est tout ce qui intéresse désormais l'Elysée.
Oui. Et en fait, le président Macron profite de son statut de président de la République qui fait que sur la base de la Constitution et d'une tradition sous la Ve République, eh bien c'est le premier responsable des questions internationales. Et en tant que premier responsable des questions internationales, mécaniquement, sa fonction est mise en valeur par le contexte international qu'on connaît bien ici. Et il a su exploiter finalement à la fois le contexte international et les prérogatives que lui reconnaît la Constitution et la pratique traditionnelle de la Ve République pour se remettre en selle dans la vie politique franco-française.
Notamment parce qu'il est forcé de constater que la vie internationale, la situation internationale est devenue un sujet de politique interne. Et donc mécaniquement, le fait qu'il soit valorisé sur la scène internationale, le valorise aussi sur le plan interne. Donc tout cela est presque miraculeux. D'abord pour lui, parce que, comme tu le sais, la séquence qui est née au soir du second tour des élections législatives a été marquée par un affaiblissement du président. La République a perdu la main et depuis, il ne voyait plus de perspective pour sa propre fonction.
Et deuxièmement, pour le Premier ministre lui-même, le Premier ministre Bayrou, qui était englué dans l'affaire Bet-Aram, dont on ne voyait pas non plus de sortie de crise, et qui se voit là grâce à l'écrasement de l'agenda politique interne par l'agenda politique international, une possible sortie de crise également, en tous les cas une tentative d'étouffement de cette affaire, même si je n'y crois pas à terme, parce que le scandale est tel, sa résonance est tellement profonde, que d'une manière ou d'une autre, ça va revenir à l'agenda politique franco-français.
Alors quelque chose pourrait finalement changer la donne, parce qu'au début de cette émission, on a eu cette alerte d'actualité qui nous apprend que Washington va rétablir l'aide militaire à l'Ukraine, faisant d'une certaine façon Emmanuel Macron, qui essayait de se faire passer pour le leader de la contestation, à la fois américaine, mais aussi russe, pour le président du second rôle, en quelque sorte. C'est Washington, finalement, qui dicte le rythme, en fait. Et Emmanuel Macron, malgré le ton martial de ses discos, n'est finalement qu'un second personnage.
Oui, mais bon, je pense qu'il n'est pas dupe non plus. Mais effectivement, tu as raison de souligner qu'on pourrait avoir l'impression que le président Macron joue les premiers rôles, alors que la fonction première, celui qui donne le « là », reste l'hôte de la Maison-Blanche, et non pas celui de l'Élysée. Et ce que tu viens de rappeler, donc, très factuellement, l'illustre. On a des décisions au jour le jour qui donnent le tempo de la situation du conflit en Ukraine. Et ces décisions ne sont pas prises à l'Élysée, mais à Washington.
Ce qui n'est pas fait pour surprendre, parce qu'au-delà des discours et des postures, des réunions, etc., reste la réalité des rapports de force, la réalité du poids, de la puissance. Et de ce point de vue-là, qui est un point de vue réaliste, les États-Unis demeurent la première puissance mondiale, celle qui est susceptible de faire basculer le conflit, en tous les cas, ou au moins d'accélérer sa résolution en imposant, finalement, une feuille de route au président Zelensky. Et donc, ça place le président Macron dans une posture de réaction, en fait. Nous, on ne peut que réagir en tentant de colmater les brèches, en tentant de réagir, précisément, aux décisions qui sont prises ailleurs.
Et donc, malgré tout, on est dans un rapport de force défavorable. Et au moins, ça amène les plus volontaristes, notamment le président Macron, à essayer d'incarner quelque chose, notamment à travers la thématique, maintenant, de l'autonomisation des Européens par rapport aux États-Unis, qui a un vrai enjeu, quand même. On ne sait pas... Enfin, l'enjeu étant de savoir ce qu'on va mettre derrière. Est-ce que ça va se traduire par une focalisation autour de la question de la défense européenne et à une forme de désengagement des États par rapport à leurs autres responsabilités, notamment en matière économique et sociale, par rapport à leur population ?
Là, il y a un vrai enjeu, parce que c'est bien beau, les slogans assez... Enfin, enthousiasmant autour de l'autonomie de l'Europe, autour de la défense européenne. Mais l'important, c'est ce qu'on va y mettre concrètement en termes d'engagement financier, en termes de choix politiques, de politique publique. Et là, tu vas voir que ça va être beaucoup plus tendu, ça va être beaucoup plus clivant. Ça l'est déjà. Ça l'est déjà, parce qu'il n'y a pas d'unanimisme. Enfin, il y a un vrai contraste entre une forme de consensus assez fort de la classe politique française autour, finalement, du discours du président de la République.
Et c'est un consensus qui est transpartisan et qui touche certaines franges de la gauche. Et de l'autre, en vérité, une opinion publique qui, elle, est beaucoup plus réservée sur, finalement, cette tonalité discursive, rhétorique, autour de, finalement, la patrie en danger et la nécessité de concevoir, finalement, un engagement beaucoup plus fort dans cette guerre contre la Russie. Donc là, il y a un décalage qui souligne, donc, le vrai défi pour le président Macron et pour tous ceux qui s'alignent, finalement, sur sa position, donc, y compris Raphaël Glucksmann, Olivier Faure et d'autres responsables de gauche, qui sera de convaincre du coût de cet alignement.
Du coup, c'est-à-dire, est-ce qu'on va, effectivement, basculer dans une économie de guerre avec le coût social que cela revêt ?
Mais, justement, le paradoxe de ce poids international extrêmement relatif, on apprend ce soir qu'une proposition de cessez-le-feu a été faite par Washington, qu'elle est acceptée côté ukrainien et qu'on attend encore de savoir ce que le Kremlin en pense. Les propositions de cessez-le-feu, on aurait pu l'attendre de la part aussi des Européens, on aurait pu l'attendre de la part d'Emmanuel Macron. Est-ce que ce poids international très relatif ne montre pas, finalement, qu'Emmanuel Macron, il essaye de se construire une stature, mais, finalement, aux yeux des Français, pas aux yeux de la communauté internationale, mais c'est plus à l'adresse des Français ?
Alors ça, c'est absolument pas nouveau, mais c'est en ce sens que tu as raison aussi. Depuis son entrée en fonction à l'Élysée, le président Macron se caractérise par ce qu'on pourrait vraiment qualifier de gesticulation, on va le dire, positivement, d'un volontarisme politique sur la scène internationale et avec une tonalité plus négative. Je pourrais parler aussi de gesticulation diplomatique. Je me permets l'expression, parce que c'est un aspect qui est aussi critiqué par ses propres homologues. Ils disent que soit il parle trop, soit il en fait trop.
Donc ce n'est pas une critique infondée ou déconnectée de la perception que beaucoup de commentateurs ont, y compris sur la scène diplomatique. Donc il doit faire attention, parce que lorsqu'en plus, les grands discours, les grandes conférences, etc., n'aboutissent pas à un changement tangible du réel, en fait, tu affaiblis ta parole, ta crédibilité, et tu te prends d'une certaine manière le mur du réel, celui du rapport des forces qui n'est pas, logique dans laquelle on n'est pas à l'aise ou dans une zone de confort, en tous les cas.
En parlant de grands discours, on va écouter un extrait de son allocution du 5 mars dernier, ce discours, comme je le disais, sur le ton relativement martial et qui voulait donner le ton d'un président à l'avant-leader de cette guerre contre la Russie. On écoute.
Cela passera à coup sûr par un soutien à l'armée ukrainienne dans la durée. Cela passera aussi peut-être par le déploiement de forces européennes. Celles-ci n'iraient pas se battre aujourd'hui. Elles n'iraient pas se battre sur la ligne de front. Mais elles seraient là, au contraire, une fois la paix signée, pour en garantir le plein respect. Dès la semaine prochaine, nous réunirons à Paris les chefs d'état-major des pays qui souhaitent prendre leurs responsabilités à cet égard.
C'est ainsi un plan pour une paix solide, durable, vérifiable que nous avons préparée avec les Ukrainiens et plusieurs autres partenaires européens et que j'ai été défendre aux États-Unis il y a 15 jours et à travers l'Europe. Et je veux croire que les États-Unis resteront à nos côtés. Mais il nous faut être prêts si tel n'était pas le cas.
Alors, Bélir, il y a une représentation nationale en France. Pourquoi, dans une décision aussi importante qui suppose peut-être un engagement militaire accru vis-à-vis de l'Ukraine, pourquoi la représentation nationale n'est pas consultée par l'exécutif ?
D'abord, parce qu'effectivement, tout ce qui a trait à la politique internationale est concentré aux mains des autorités exécutives, donc Premier ministre compris en fait, mais en pratique, c'est surtout à l'Élysée que cela se fait. Et ce, de plus en plus, il y a une hypertrophie des questions de politique étrangère aux mains du président de la République. Alors, même quand il est en situation inconfortable du point de vue interne, parce qu'il est affaibli, mais ça n'a pas remis en cause son primat en matière internationale. Et donc, il y a une marginalisation du Parlement, alors même que celui-ci se trouvait revalorisé par la configuration politique interne.
Tu vois, donc il y a eu effectivement un choc entre deux, j'allais dire, deux espaces-temps, en tout cas, deux sphères, mais il n'empêche, il n'empêche, le débat, il doit avoir lieu. Là où tu as raison, c'est que il ne prend pas le chemin ce débat des assemblées ou du Parlement, parce que même lorsque la question est à l'ordre du jour, elle ne suscite pas de mobilisation pour différentes raisons, notamment parce que certains responsables ne sont pas à l'aise, en vérité. Ils n'ont pas de ligne claire ou ils n'ont pas envie d'apparaître comme alignés sur la position du président de la République, à droite comme à gauche, en vérité.
Donc, ils n'ont pas forcément intérêt à jouer carte sur table en affichant une position claire sur les propositions notamment d'Emmanuel Macron. Donc, comment ça va se dessiner ? Je pense que c'est une question qui va prendre de l'importance dans le débat public. Et d'ailleurs, tu as un rendez-vous médiatique important. Malheureusement, il n'aura pas lieu aux médias. mais sur France 2, je pense demain soir, il y a Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann, le ministre de la Défense et une autre personnalité qui vont précisément opposer leur point de vue sur cette question des modalités d'un engagement plus fort de la France dans la résolution du conflit en Ukraine.
Intéressant, parce que tu vois bien que derrière, tu as la question des divisions à gauche, notamment, qui va être revigorée plus que jamais par les prises d'opposition des uns et des autres sur cette question qui est internationale. Et ça va être, finalement, une dynamique nourrie et qui s'inscrira à la suite d'une autre question internationale qui a nourri les divisions à gauche, la guerre, en tous les cas, plutôt l'offensive israélienne à Gaza.
Et c'est intéressant parce que tu as déjà eu des épisodes dans l'histoire de France, dans l'histoire de la France contemporaine où les questions internationales ont divisé la gauche, notamment la guerre d'Espagne où le gouvernement du Front populaire incarné par Léon Blum est apparu trop timoré, il n'a pas voulu s'engager dans la guerre alors que tu avais des forces de gauche qui voulaient, qui souhaitaient un engagement plus fort, y compris sur le plan militaire. Bon, aujourd'hui, on revit aussi cette séquence-là.
tu as eu aussi l'intervention à Suez où les socialistes de la SFIO étaient aux manettes et soutenaient donc cette expédition militaire en Égypte avec les Anglais et les Israéliens alors que les communistes français, en particulier, étaient contre. Donc, tu as une vraie page de l'histoire de la gauche française qui se joue aujourd'hui à travers des questions internationales.
malheureusement, on voudrait idéalement être unis autour de principes clairs, cohérents et efficaces, mais en fait, incontestablement, la division règne et risque de se creuser parce que certains des acteurs de cette séquence y trouvent finalement un intérêt à pouvoir se démarquer finalement de ses adversaires, même si, apparemment, on appartient à la même famille.
Alors, on a un président de la République qui ne s'intéresse plus qu'à l'international, l'international sur lequel il n'a pas tant de crédibilité que ça. On a un Premier ministre embourbé dans un scandale gravissime d'agression sexuelle qu'il aurait ignoré, du moins qu'il aurait su et menti devant le Parlement et un ministre de l'Intérêt, on le sait, qui ne s'intéresse aussi plus qu'au quotidien des influenceurs algériens. Ça laisse quand même une impression de vide dans les institutions.
Incontestablement, à titre personnel, je n'ai aucun souvenir de cette nature. C'est un souvenir d'un sentiment de vide politique. On a l'impression que la France n'est pas gouvernée tout simplement. Non seulement parce que le président de la République est complètement impliqué dans des affaires internationales dont on a l'impression qu'elle le dépasse en partie, et de l'autre, un Premier ministre qui, lui, n'est toujours pas au clair avec ce qu'il veut faire, n'est toujours pas au clair avec qui travailler, c'est-à-dire avec quel soutien politique, et qui n'a toujours pas de feuille de route digne de ce nom.
Alors, on n'est toujours pas sorti de sa déclaration de politique générale sans précédent, d'une confusion sans nom. et donc, on est là avec un gouvernement qui, en plus, ne donne pas l'impression d'être véritablement gouverné lui-même. C'est-à-dire que le Premier ministre manque d'autorité par rapport à ses propres ministres. Alors, ces deux ministres régaliens à l'intérieur et donc, il y a Darmanin et Retailleau. Donc, c'est le duo, mais parfois, je les assimile, je les fusionne, mais ils sont bien distincts. Ils ont deux portefeuilles distincts, mais qui sont complètement autonomes, en fait, de facto. Ils mènent leur politique librement, je dirais.
On se demande même s'ils sont sous le contrôle au moins indirect du Premier ministre. Et puis même, au-delà, les autres ministres semblent vivre leur vie avec une feuille de route propre qu'ils dessinent eux-mêmes sans autorité du Premier ministre à leur égard. On a vu, notamment, à travers la lecture d'un article paru dans Le Monde, que le Premier ministre Bayrou a découvert le voyage de Mme Dati, ministre de la Culture, au Maroc, dans un contexte que personne n'ignore aujourd'hui, dans les relations bilatérales et dans les relations avec le Maghreb en général, particulièrement tendu, qui demande d'être suivi.
Et lui, découvre à postériori un tel voyage d'une ministre aussi sulfureuse que Rachida Dati. Donc, il y a un sentiment de vide politique. On ne sait pas ce qui nous attend. Parmi les grands chantiers qui avaient été annoncés au départ, notamment la question de la retraite, de la réforme de la retraite et son avenir, on apprend parallèlement que finalement, eu égard à la nouvelle configuration.
Sacrifié sur l'autel de la guerre.
Exactement. Donc, vraiment, ce sentiment de vide est vraiment remarquable et ne pourra, à terme, que nourrir un peu plus l'angoisse des Français.
Merci beaucoup, Bélir, pour cette nouvelle chronique et merci à vous de nous avoir suivis et d'avoir regardé cette émission au cœur de l'actu sur votre Freebox, sur le Molotov, sur notre chaîne YouTube, le Média 24-7 et sur le Média TV.fr. Dites-nous ce que vous en avez pensé par message, en commentaire YouTube ou via notre adresse e-mail contactaobasemediatv.fr. Si vous nous avez regardé à la télévision, si vous le pouvez, bien entendu, soutenez-nous, soutenez le travail de nos journalistes indépendants, indépendants des pouvoirs politiques et de l'argent en allant sur lemediatv.fr. Sous-titrage Société Radio-Canada
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