Jérusalem, Téhéran, Washington : l'escalade de la guerre
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France Culture, Affaires étrangères, Christine O'Krent.
Bonjour à tous. Ce matin à l'aube, l'aviation israélienne a frappé une installation nucléaire à Ispahan en Iran et un drone iranien a frappé un immeuble résidentiel au nord d'Israël sans faire de victime. Voilà neuf jours qu'Israël a déclenché au Moyen-Orient une nouvelle guerre en attaquant en Iran plusieurs sites névralgiques et en décapitant l'appareil militaire et informationnel du régime des Mollahs. Une guerre préventive face à une menace existentielle, affirme le Premier ministre israélien, qui bénéficie ainsi du très large soutien de son opinion publique et détourne l'attention de la question des otages et de cette autre guerre qui continue à Gaza.
Jusqu'où Benjamin Netanyahou a-t-il averti ou coordonné une opération d'une telle ampleur avec le grand allié américain ? Aucune des deux parties ne s'en targue. Si l'objectif est de détruire l'essentiel de l'arsenal nucléaire et balistique iranien, il faudra l'implication directe d'avions furtifs américains et de leurs bombes à forte capacité de pénétration. Si l'ambition déclarée est aussi de déclencher dans cet immense pays de 90 millions d'habitants la chute d'une théocratie impopulaire, les réticences sinon l'opposition de Washington sont fort probables, tant la hantise des guerres d'Irak et d'Afghanistan a cimenté l'électorat Maga et alimenté la dernière campagne présidentielle.
Après avoir réclamé la capitulation sans condition de Téhéran, Donald Trump qui se flatte d'aimer prendre ses décisions à la dernière minute a annoncé un délai de deux semaines. S'agit-il de parvenir à un deal, de freiner les ardeurs de Jérusalem, de se concerter avec les partenaires arabes qu'il a tant flattés lors de sa tournée au Moyen-Orient, fût-ce au risque d'offrir une fenêtre au régime iranien pour tenter des représailles ailleurs qu'en Israël ? Si l'ambiguïté du président américain peut être une arme, l'indécision et l'imprévisibilité déstabilisent tous les protagonistes. Les ministres français, britanniques et allemands ont rencontré hier leur homologue iranien.
Les Européens ne servent à rien, a commenté aussitôt Donald Trump. Quels sont donc les scénarios possibles pour Israël et pour l'Iran ? Ni la Chine ni la Turquie n'ont offert leur soutien. La Turquie prévoit une nouvelle vague migratoire. Tout le Moyen-Orient est frappé d'un stade. Dans quelques jours, les Occidentaux doivent se retrouver à l'AE pour le sommet annuel de l'Alliance Atlantique en présence de Donald Trump. Guerre au Moyen-Orient, guerre en Ukraine, sera-t-il plus difficile encore de définir des priorités communes ? En tout cas, seuls les Arabes se font entendre et partout la mort et les souffrances des victimes. Où en est-on ce matin ?
C'est ce que nous allons comprendre grâce à Dorothée Schmitt. Dorothée, vous êtes la responsable du programme Purki Moyen-Orient de l'IFRI. Bruno Tertret, directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique et conseiller géopolitique à l'Institut Montaigne, Martin Cancey, directeur du bureau de Paris du German Marshall Fund, et Clément Therme chargé d'enseignement à l'Université Paul-Valéry de Montpellier et à Sciences Po Paris. Clément, je commence avec vous. Il y a donc eu une attaque israélienne à l'aube ce matin sur un site nucléaire près d'Ispan, ce site magnifique qui est donc au sud-ouest de Téhéran. Un drone iranien a attaqué.
Donc comment comprendre la liste des cibles, d'abord côté israélien ?
Oui, d'abord Christine, les cibles étaient strictement militaires. Il s'agissait d'éviter que la menace balistique iranienne, que la réponse iranienne sur Israël soit rapide et soit plus forte que les signalements stratégiques qui avaient eu lieu lors des opérations que l'Iran appelle promesses véridiques numéro 1 et 2 au mois d'avril et d'octobre 2024. Là, on est du point de vue militaire iranien dans le cadre de l'opération véridique numéro 3. Et donc l'idée d'Israël était d'empêcher que cette opération soit plus meurtrière et que les cibles soient plus élargies en Israël de la part des militaires iraniens.
Donc l'idée, c'était vraiment de cibler les lampes de lancement des missiles, d'éliminer tout le commandement de la force aérospatiale des gardiens de la Révolution qui prend les décisions en termes de lancement de missiles et de drones. Et donc les cibles étaient très claires et en même temps les cibles nucléaires. Donc il s'agissait d'éviter militairement, d'utiliser finalement, de réaliser ce rêve du Premier ministre Netanyahou, d'utiliser l'option militaire pour régler militairement la question nucléaire iranienne puisque dans cette perspective, les missiles peuvent servir à transporter dans l'avenir des ogives nucléaires.
Ensuite, au bout du cinquième jour, on a vu des cibles touchant le secteur énergétique et c'est ça qui est très sensible du point de vue des pays de la région. Là, on a vu le champ gazier de South Pass qui est au sud du pays, qui a été touché, on a vu une raffinerie et également un dépôt de carburant. Et c'est à partir de ce moment-là, notamment le dépôt de carburant, parce que ça, ça peut jouer sur les prix de l'essence. Et lors des dernières grandes manifestations en novembre 2019, c'était ça qui avait causé des troubles, en tout cas du point de vue du régime et de grandes manifestations à l'échelle nationale contre le régime et pour le changement de régime.
Et donc le dernier type de cible, je m'arrête là, c'est l'appareil de sécurité interne. Donc le chef des services de renseignement des gardiens de la Révolution, les locaux de la police qui ont été visés également hier et puis à partir du premier jour, et également le ministère des renseignements, la télévision, puisque la télévision IRIB est liée aux services de sécurité et notamment pratique les confessions forcées. Donc ce n'est pas une télévision indépendante, c'est une télévision liée à l'appareil de sécurité. Donc l'idée, c'était vraiment de cibler la propagande et l'appareil de sécurité.
On sait aussi que le régime iranien, qui tient bon, il ne semble pas qu'il y ait des fractures internes d'ailleurs, le régime a coupé la population du monde. Il n'y a plus du tout d'Internet et il y a eu une grande manifestation de soutien au régime hier à Téhéran, Clément.
Oui, tout à fait, avec une déclaration très intéressante de l'imam de la prière du vendredi à Téhéran qui disait qu'on ne négocierait pas sous les bombes. Donc c'est très important parce que c'est aussi à ce moment-là que le régime parle à sa clientèle, parle à ses supporters. On estime à 10 à 15% ce soutien, donc entre 8 et 12 millions de personnes qui seraient en soutien au régime. Mais le prix de cette cohésion interne, si vous voulez, c'est d'avoir aussi des problèmes avec l'ensemble de la population, la majorité qui souhaite la paix.
Donc la coupure d'Internet vise la population qui, elle, pourrait être tentée d'identifier des cibles, d'utiliser Internet aussi pour communiquer avec le monde extérieur et qui gênerait finalement le régime dans sa campagne de propagande vis-à-vis de l'Occident notamment. Et on voit que, par contre, ceux de l'intérieur du régime, eux, utilisent Internet. Donc la coupure est totale pour la population, ou quasiment totale, mais pour ceux qui sont à l'intérieur du régime et pour le fonctionnement aussi des organes de l'État, par exemple certains services bancaires, même s'il y a des dysfonctionnements à terrain en ce moment, il y a aussi des possibilités de garder une part d'Internet ouverte.
Donc le régime a perfectionné depuis la dernière coupure en novembre 2019, déjà, lors des manifestations contre le prix de l'essence, à perfectionner sa capacité à moduler, à calibrer ces coupures Internet pour prévenir toute manifestation à l'intérieur du pays, tout en gardant le contrôle du réseau pour eux-mêmes.
Bruno Tertres, cela veut dire évidemment que le régime, a commencé évidemment par le guide suprême, Kamenei, suit à la minute ce qui se passe à Washington, sinon dans l'esprit même du président américain, qui a déclaré avant-hier, personne ne sait ce que je vais faire. Et ça, il s'en flatte, et il a annoncé deux semaines de délai. C'est une plaisanterie qui court à Washington, Bruno, parce que Donald Trump annonce deux semaines de délai sur tous les sujets, sur Gaza, sur l'Ukraine, sur les droits de douane, etc. Donc, comment comprendre ce qui se passe et ce qu'il y aurait quand même en coulisses des négociations entre l'administration Trump et le régime iranien ?
Alors, effectivement, Donald Trump dit toujours deux semaines, deux semaines, mais attention, parfois, ces ultimatums ou ces deadlines, il s'y tient. Ce n'est peut-être pas totalement par hasard que les frappes israéliennes ont commencé 24 heures après l'expiration d'une forme d'ultimatum qui avait été donnée par Donald Trump, c'est-à-dire exactement 60 jours après. Ensuite, sur Trump, il est tout à fait possible que lui-même ne sache pas, et j'en suis pour ma part assez intimement convaincu, ne sache pas encore ce qu'il va faire, ce qu'il veut faire. Avec lui, on ne sait jamais de quel côté la pièce de monnaie va tomber.
Et il s'en réjouit parce qu'il est le centre de l'attention mondiale, mais je ne serais pas surpris qu'il n'ait pas encore pris sa décision d'intervenir ou pas, d'entrer directement dans la bataille ou pas, car il fait face à un dilemme. D'un côté, ce n'est pas un homme de conflit, enfin, en tout cas, de conflit militaire, parce qu'il estime tout simplement que la guerre, c'est moins bon pour le business que la paix, parce qu'il a été élu sur une plateforme qui, en gros, disait « Moi, je ne commencerai pas de nouvelle guerre au Moyen-Orient, et parce qu'il veut, dit-on, le prix Nobel de la paix. » Donc, pour toutes ces raisons, il hésite.
Mais d'un autre côté, eh bien, il peut être tenté d'essayer d'être celui qui a, entre guillemets, « réglé définitivement le problème nucléaire iranien », « fermé les guillemets », et donc d'avoir un rôle historique que, aujourd'hui, alors qu'aujourd'hui, quelque part, Netanyahou lui vole la vedette. J'emploie des expressions assez légères, assez triviales, mais je crains que ce Donald Trump, en fait, fonctionne exactement comme cela. Alors, est-ce qu'il y a des discussions entre les États-Unis et l'Iran ? Je dirais qu'il serait très surprenant qu'il n'y ait pas, via des intermédiaires, des canaux de communication. Mais ça ne veut pas dire une négociation non plus.
Il n'est pas concevable que la tentative, je dis bien la tentative, de reprise de négociations sur le nucléaire qui avait lieu depuis plusieurs semaines, ait encore lieu aujourd'hui. Tout ça pour dire que M. Trump nous réserve des surprises. Alors, ça peut avoir effectivement quelques vertus. Quand on laisse son adversaire potentiel dans l'incertitude, c'est déstabilisant pour lui. Et donc, cela peut avoir encore une fois quelques vertus. Mais aujourd'hui, je crois malheureusement que c'est littéralement une question très personnelle. Il aime être au centre de la tension et il n'a pas encore décidé véritablement ce qu'il veut faire.
Un dernier mot, quand même, parce que ce qu'il doit prendre en compte aussi, c'est l'avis de ces alliés ou de ces quasi-alliés du Golfe Persique. Et on sait tous que certains dirigeants du Golfe se réjouissent de ce qui se passe actuellement en Iran et en même temps sont très ambivalents parce qu'ils ne veulent pas évidemment que le conflit s'étende sur leur territoire.
Dorothée Schmitt, les Européens, Donald Trump, comme vient de le dire Bruno, veut garder la vedette à tel point qu'il a balayé d'un revers de main les tentatives des ministres étrangères français, britanniques, allemands qui ont rencontré hier à Genève leur homologue iranien pour faire pression sur Téhéran de retourner à la table des négociations avec les Etats-Unis et Trump dit l'Iran ne veut pas parler à l'Europe, il ne veut parler à nous. Que faut-il en penser ?
Alors effectivement ce qui est assez préoccupant de mon point de vue c'est de savoir qu'on est dans une phase militaire qui n'a pas de fin avec effectivement aujourd'hui Benyamin Netanyahou qui annonce que lui aussi il pense que les opérations en Iran vont prendre du temps. Donald Trump qui se donne deux semaines alors que du point de vue du fonctionnement de l'ensemble de la région et de l'impact y compris économique qui peut avoir des retombées pour nous la situation est tout à fait catastrophique.
Ce qui m'intéresse c'est de savoir si les Israéliens aujourd'hui ont réussi une sorte de retournement diplomatique puisque le régime iranien n'a pas d'amis c'est ce qu'on voit manifestement est-ce que effectivement les régimes arabes du Golfe se réjouissent de voir tomber ce régime ?
C'est plus compliqué que ça puisqu'ils étaient en pleine réconciliation ou tentative de réintégration de l'Iran évidemment c'est ce qui fait le plus peur aux Saoudiens c'est de se retrouver en guerre avec les Iraniens c'est d'ailleurs la raison pour laquelle ils ne rejoignaient pas ce fameux accord d'Abraham qui était cette tentative de normalisation entre Israël et les pays du Golfe et finalement aujourd'hui la diplomatie elle avait été prise en otage je dirais par Donald Trump il ne faut pas oublier que la négociation avec l'Iran au départ c'était un format multilatéral ce qui avait fonctionné quand on a eu un accord sur le nucléaire iranien en 2015 c'était un format où on avait effectivement les américains les trois européens qu'on voit encore aujourd'hui en liste donc Allemagne France et Royaume-Uni et puis on avait aussi les russes et les chinois et aujourd'hui ce cadre multilatéral il a volé en éclat c'est Trump qui a choisi de tuer cet accord une fois qu'il est arrivé aux affaires aux Etats-Unis et ensuite la diplomatie américaine a voulu recommencer à négocier en bilatéral avec l'Iran et là on est dans une impasse alors les européens arrivent et disent on va essayer de limiter les dégâts donc on va se poser un peu en intermédiaire potentiel ce que vous venez de dire Christine extrêmement intéressant parce qu'ils se sont quand même coordonnés avec Marco Rubio avant de parler avec le ministre iranien des affaires étrangères et les Iraniens sont sortis de la réunion en disant qu'ils étaient prêts à reprendre les négociations avec ces européens mais qu'ils étaient prêts à les prendre s'il y avait un arrêt des frappes israéliennes
pardon je vous interromps oui enfin les Iraniens disent ce qui est assez logique qu'ils ne veulent pas reprendre les négociations tant qu'Israël poursuit ces attaques je signale d'ailleurs en passant qu'Israël a aussi frappé une cellule du Hezbollah au sud Liban et affirme ce matin avoir éliminé le commandant iranien chargé de la coordination avec le Hamas à Gaza Martin Kassé on suit évidemment aussi ce qui se passe dans l'entourage de Donald Trump Donald Trump qui semble-t-il a exclu de la réflexion sur la réponse à donner à cette guerre Israël-Iran il en a exclu semble-t-il le patron du Pentagone excède il en a exclu aussi la dame qui coiffe tout le renseignement américain qui elle avait dit en gros en mars dernier que l'Iran n'était pas prêt en fait de fabriquer véritablement des armes nucléaires qu'est-ce que l'on sait de ce qui se passe dans l'entourage de Trump
Petit groupe qui semble aujourd'hui le plus influent autour de Donald Trump sur le sujet inclut le vice-président J.D.
Vance le secrétaire d'état Marco Rubio le chef d'état-major des armées américaines Dan Cain et le directeur de la CIA John Ratcliffe qui par ailleurs s'est plus ou moins opposé à certaines déclarations de Tulsi Gabbard donc cette personne qui dirige qui est à la tête du renseignement national aux Etats-Unis pour Donald Trump je pense qu'il ne faut pas sous-estimer la dimension aussi opportuniste de son approche lorsque au lendemain des attaques israéliennes le premier communiqué américain qui était publié par le secrétariat d'état insistait sur la nature unilatérale des attaques israéliennes et le fait que les Etats-Unis n'étaient absolument pas impliqués dans cette attaque on sentait bien que l'administration vendredi dernier souhaitait prendre une certaine distance pour voir ce qui pouvait ensuite arriver et à mesure que l'opération israélienne parvenait à atteindre un certain nombre d'objectifs et s'avérait un succès militaire on a vu Donald Trump prendre la parole de plus en plus fréquemment pour dire non seulement j'ai coordonné cette attaque mais j'ai moi-même donné le feu vert aux Israéliens cette semaine il a même dit nous avons aujourd'hui la domination aérienne au-dessus du ciel iranien donc il s'implique de plus en plus à mesure qu'il lui paraît qu'un succès est possible la deuxième dimension c'est qu'il est toujours très attentif au sondage et aux vibrations de sa base électorale là-dessus je pense qu'il faut faire un point rapide parce que on voit notamment sur les réseaux sociaux autour d'un certain nombre d'influenceurs de la branche MAGA des divisions au sein du parti républicain on les voit autour de Tucker Carlson donc notamment mais quand on regarde les sondages qui ont été publiés cette semaine on a une très large majorité républicaine plus de 80% qui reste absolument opposée à l'idée que l'Iran puisse acquérir une arme nucléaire et on a plus de 65% des républicains qui soutiennent une frappe américaine pour empêcher l'Iran d'acquérir cette arme donc je pense que la division du parti républicain sur ce sujet ne doit pas non plus être exagérée à ce stade les choses peuvent évidemment évoluer moi je suis intéressé de voir si Donald Trump prend bien deux semaines pour prendre une décision si le débat américain peut évoluer dans un sens ou dans l'autre mais je pense qu'il faut noter que les sondages pour le moment sont plutôt alignés avec la position de Donald Trump donc de refuser un Iran nucléaire et le dernier point c'est que Donald Trump a dû réconcilier deux aspects dans son identité politique le premier c'est comme ce qui a été dit précédemment il a voulu être le candidat de la paix durant l'élection présidentielle celui qui allait empêcher la troisième guerre mondiale mais d'un autre côté il l'a rappelé le vice-président l'a aussi rappelé c'est quelqu'un qui s'est toujours opposé à avoir un Iran nucléaire et aujourd'hui la communication de la Maison-Blanche met en avant la cohérence de la position de Donald Trump sur le sujet déjà sous sa première administration mais même avant où il était très critique des négociations de l'administration Obama je pense que la dernière chose qu'il faut avoir en tête c'est que il s'est à plusieurs reprises opposé à ce que Tulsi Gabbard donc la directrice des renseignements nationaux a avancé en mars et puis plus récemment l'idée que l'Iran ne serait pas prêt d'acquérir l'arme nucléaire lui a déclaré publiquement que c'est une question de semaine et que Tulsi Gabbard a tort de prendre cette position
oui il a même dit ce qu'elle dit mais complètement égal Clément Therme du régime iranien en fait le régime qui est au pouvoir il faut le rappeler depuis 1979 est pris au piège de ses propres ambitions nucléaires après avoir pendant toutes les années assumer une stratégie ni guerre ni paix en renaçant d'abord ses voisins ses voisins sunnites en cultivant l'obsession de détruire Israël et en édifiant ce qu'on a appelé l'axe de la résistance donc avec ces milices du Ebola le régime syrien le Hamas donc ce régime est acculé maintenant
oui il est dans une impasse mais ça ne veut pas dire que le changement de régime serait aussi décisif en termes de modification des ambitions nucléaires iraniennes il faut se rappeler que c'est l'ancien régime de Mohamed Reza par la vie qui a accéléré le programme nucléaire après le choc pétrolier de 1973 et notamment après l'essai indien de 1974 et déjà à l'époque en 1975 les renseignements américains disaient que l'Iran est un état du seuil et que s'ils le décident ils pourraient se doter de systèmes d'armes nucléaires par contre pour Israël un régime qui serait moins hostile à ses intérêts qui émergerait de cette guerre serait un résultat politique positif puisque à l'époque du chat d'Iran Israël n'était pas préoccupé particulièrement par ce programme nucléaire là qui pourtant avait aussi un périmètre qui était peut-être pas uniquement civil donc le régime est acculé aujourd'hui mais il a encore quand même cette base il a l'utilisation aussi des armes la violence à l'intérieur du pays il n'a pas encore perdu le contrôle du territoire et les alternatives le scénario du pire c'est le chaos on a tous en tête les références historiques de l'Irak ou aussi de la Syrie mais il faut quand même dire que l'Iran est une société différente et qu'il y a aussi une société civile qui est structurée et que les alternatives dans la société iranienne existent donc il n'y a pas forcément un scénario du pire qu'il faut anticiper en tout cas la question c'est pour Israël je pense aujourd'hui comment obtenir par la force ce qui n'a pas pu être obtenu par la diplomatie et donc les Européens et c'est ça qui est intéressant ont évolué dans leur position par rapport à l'accord de 2015 et aujourd'hui ont accepté finalement les paramètres de Trump même numéro 1 comme ça a été évoqué précédemment qui voulaient un accord élargi donc la question nucléaire contrôle du programme balistique et fin du soutien aux groupes non étatiques dans la région comme le Hezbollah le Hamas ou les Houthis au Yémen et donc les Européens ont présenté cette feuille de route à la République islamique alors est-ce que le guide suprême peut accepter cette proposition je dirais oui si la survie du régime est en jeu à ce moment là il y a une forme de pragmatisme réactif qui se met en place dans la prise de décision à Téhéran plutôt que de tout perdre ils préfèrent sacrifier leurs idéaux entre guillemets hérités de l'ayatollah Rouménie pour survivre mais en même temps une fuite en avant sécuritaire n'est pas à exclure c'est à dire que plus la République islamique est acculée plus le risque de contagion régional existe donc on pense à des tirs parce que le stock de missiles n'est pas épuisé pour les missiles à courte portée et ces missiles là sont en grand nombre en tout cas avant les frappes israéliennes dans les réserves dans les stockages iraniens et donc ils pourraient cibler les bases militaires américaines dans la région et là ça pourrait changer la perception de l'opinion publique américaine à ce moment là et l'autre option c'est le détroit d'Hormuz même si pour l'instant les capacités d'exportation de pétrole iraniennes n'ont pas été touchées à ma connaissance par les frappes militaires israéliennes mais si c'était le cas là ça serait aussi un tournant puisque l'Iran à ce moment là frapperait aussi les infrastructures de la région donc le potentiel pour une escalade existe également
Dorothée Schmitt ce potentiel pour une escalade il suffit de regarder une carte ce qu'on ne peut évidemment pas faire à la radio mais on voit qu'il y a des bases militaires occidentales y compris françaises dans tout le Moyen-Orient il y a 48 soldats américains dont 2500 en Irak et on a vu Donald Trump le mois dernier faire cette tournée triomphale au Moyen-Orient qui était en même temps une levée de fonds pour les Etats-Unis et il faut bien le dire aussi pour sa famille mais ça se plaît au dur et en fait une nouvelle ère des rapports avec le monde sunnite surtout l'Arabie Saoudite les Émirats donc comment le soutien de l'administration américaine à Israël peut-il être interprété ce matin ?
Oui c'est très intéressant que vous pointiez cette contradiction puisque finalement on peut avoir une vision aussi enfin on pouvait avoir avant cette extension des fronts d'Israël une vision optimiste de l'avenir du Moyen-Orient si on écoutait simplement Donald Trump le prince héritier d'Arabie Saoudite Mohammed bin Salman qui ont signé des contrats pour 600 millions de dollars alors l'Arabie Saoudite c'est le premier pays où Trump s'est rendu après sa réélection ces annonces un peu un peu lunaires sur l'idée de la rivière Gazaoui donc on a une façon de voir l'avenir du Moyen-Orient qui pourrait être une sorte de grande zone de développement de consommation un vaste Dubaï et puis la réalité c'est quand même une réalité de guerre généralisée et aujourd'hui une inquiétude extrême de tous les pays qui se situent entre Israël et l'Iran les espaces aériens qui sont soit fermés soit perturbés entre le Liban la Syrie et l'Irak et donc l'idée d'une suspension complète du sort de la région tant que on ne sait pas exactement comment va finir cette opération israélienne et ce qui est assez intéressant dans ce contexte c'est de s'interroger sur ces objectifs d'Israël qui évoluent de la même manière que Martin a décrit tout à l'heure ce qu'il pensait être l'espèce de dialectique interne du système américain ou de ce que pense Trump lui-même donc si on se limite à la géopolitique en excluant la question de la survie personnelle de Benyamin Netanyahou survie politique on a d'abord cet objectif d'assurer la sécurité d'Israël après le 7 octobre donc 7 octobre trauma fondateur et là on a cette guerre qui commence contre le Hamas le Hezbollah donc guerre asymétrique contre des acteurs non étatiques et c'est une guerre qui est menée à Gaza qui est menée au Liban qui est menée en Syrie et il y a encore des frappes israéliennes en Syrie très régulièrement ces derniers mois et l'ouverture aujourd'hui du 4ème fonds
je vous interromps mais pardon je vous interromps vous parlez de la Syrie il est intéressant de voir que le nouveau maître de la Syrie n'a pas condamné la guerre lancée il y a deux jours
le seul pays arabe qui n'a pas condamné les frappes israéliennes parce que c'est un pays qui sort d'un moment extrêmement long de soumission aux visées politiques de l'Iran et que ce nouveau régime est un régime sunnite qui est un régime qui aujourd'hui veut essayer de remettre en place une forme de territoire unifié qui soit en paix avec ses voisins et donc c'est un régime qui alors qu'il est dirigé par un ancien dihadiste qui aujourd'hui se montre comme une sorte de nationaliste un peu consensuel je sais que ça semble très bizarre d'entendre ça mais enfin c'est quand même Ahmed Chara l'actuel dirigeant syrien a dit qu'il était prêt à envisager la normalisation avec Israël mais si je reviens aux objectifs israéliens donc assurer la sécurité ouverture des quatre fronts détruire le programme nucléaire donc ça c'est un objectif qui est très connu aujourd'hui la question c'est celle du changement de régime avec quand même quelque chose qui est sans arrêt évoqué par Netanyahou cette espèce de rêve un peu fou que ce soit Israël qui fasse changer le régime iranien et au-delà de ça l'idée de remodeler le Moyen-Orient qui est quelque chose que Netanyahou également évoque très régulièrement et là on a quand même un édito dans le Jerusalem Post cet quotidien conservateur qui il y a quelques jours appelle les Etats-Unis à organiser la partition de l'Iran donc on a une sorte de politique du fait accompli israélien qui jusqu'à présent se limitait un petit peu autour de ses frontières mais qui aujourd'hui va très loin dans la projection d'un Moyen-Orient territorialement complètement différent politiquement différent mais est-ce que l'horizon aujourd'hui c'est la démocratie qui était le slogan affiché par les Etats-Unis en 2003 quand ils sont allés en Irak non même pas donc il n'y a pas de projet politique très clair et pour le moment il est évident que tous les pays qui sont situés encore une fois entre Israël et l'Iran se demandent jusqu'à quel point le chaos peut se répandre
Bruno Tertré ce que l'on vérifie c'est le renforcement de la présence militaire américaine dans cette très vaste région il y a un porte-avions de plus qui est en route et en fait si Donald Trump donne son feu vert à Benjamin Netanyahou pour véritablement frapper en particulier le site nucléaire iranien de Fordo qui est une installation d'après ce que j'ai compris qui est profondément enfouie une installation souterraine Israël a besoin des avions furtifs américains qui sont basés à Diego Garcia dans l'océan indien c'est une base britannique en fait et ce sont ces avions-là qui peuvent transporter ce que les militaires appellent le Big One donc une énorme bombe qui je crois d'ailleurs n'a jamais été testée
oui alors tout le monde fantasme beaucoup sur la oui j'écoute
sur la Big One oui
alors tout le monde fantasme beaucoup sur la destruction par les bombes américaines de cette fameuse installation enterrée souterraine de Fordo qui avait d'ailleurs été découverte en partie par le renseignement français en 2008 bon je dis que c'est un peu fantasmatique parce que ça fait un petit peu penser au film Top Gun Navric dans lequel on imagine que la clé c'est la destruction de cette fameuse installation d'enrichissement bon en fait évidemment les Israéliens ne peuvent pas détruire seuls par des bombardements cette installation clé est-ce qu'ils ont et s'ils sont absolument impuissants non il y a d'autres moyens d'endommager cette installation est-ce que les américains peuvent le faire en un seul raid certainement pas est-ce que le programme nucléaire iranien resterait non touché par demeurerait si cette installation n'est pas touchée oui donc cette installation est très importante mais il ne faudra pas non plus en faire le centre de tout l'idée israélienne c'est de détruire pièce par pièce tous les petits composants du programme y compris les scientifiques juste quelques points par rapport à ce qui a été dit sur les européens les européens essayent de reprendre la main comme ils l'ont fait en 2013 où il y avait une négociation américano-iranienne et les européens ont essayé d'ajouter leur grain de sel les conditions aujourd'hui que mettent les européens pour l'Iran ce sont à peu près les mêmes que celles que la position est à peu près la même que celle d'Emmanuel Macron en 2018 avec une grande différence c'est que désormais les européens disent oui mais alors le droit à l'enrichissement de l'uranium c'est terminé et donc là quelque part ils rejoignent la position américaine parce qu'ils estiment que de toute façon les raids israéliens ont tout changé juste un mot également sur l'escalade sur le détroit d'Hormuz alors là encore c'est très fantasmatique dans chaque guerre au Moyen-Orient ça serait quand même je ne dis pas que les iraniens ne le feront pas mais ça serait quand même pour eux se tirer une gigantesque balle dans le pied risquer de perdre le soutien le soutien chinois de perdre une artère clé pour leur propre économie il faut quand même rappeler aussi que la marine américaine s'entraîne depuis 40 ans à rouvrir le détroit d'Hormuz en quelques petites un petit nombre de semaines donc quelque part ça forcerait l'implication américaine enfin un tout dernier mot si vous le permettez à propos de ce qui a été dit sur le chat et l'arme nucléaire il faut quand même rappeler que le chat après avoir beaucoup hésité avait abandonné toute ambition militaire il n'avait jamais conduit d'activité secrète à vocation militaire donc c'est bel et bien le régime actuel qui après à cause de la guerre iran-Irak essentiellement avait commencé ses activités dites duales c'est-à-dire civilo-militaire et plus tard et plus tard militaire
Martin Quincey on en revient donc à cette divergence d'appréciation sur le cas d'avancement de l'enrichissement d'uranium par l'Iran là le chef d'état-major israélien s'est exprimé hier pour annoncer une guerre longue pour prévenir ses compatriotes que davantage de souffrance serait à affronter et un autre expert israélien d'après ce que j'ai lu estime qu'Israël a déjà réussi à faire reculer de deux ans le seuil nucléaire iranien comment mesurer ce ce calorier
alors la question de la guerre longue est intéressante aussi à lire à travers le débat américain parce que tout de suite la référence historique à l'Irak revient et c'est un point clé des critiques de l'opération israélienne aux Etats-Unis et des gens autour de Donald Trump qui alertent contre une attaque américaine je pense qu'il faut faire attention néanmoins déjà parce que de manière générale les références historiques ne nous aident pas vraiment à comprendre je pense la situation actuelle et la deuxième chose c'est que on est dans une situation tout à fait différente où il ne s'agit pas d'invasion il ne s'agit pas comme il a été dit tout à l'heure d'une pensée de démocratisation à travers la force de cette manière donc je resterai un petit peu sceptique quant à cette référence de l'Irak qui est utilisée toujours et notamment aux Etats-Unis sur la capacité finalement des Etats-Unis à se mettre d'accord sur ce débat quant au renseignement israélien et au renseignement américain je pense qu'il y a deux choses à distinguer ce que Tel Sigabard a mis en avant en mars et encore en mai ce sont des renseignements qui considèrent que l'arsenalisation et la miniaturisation de l'uranium n'a pas eu lieu enfin des capacités nucléaires iraniennes n'a pas eu lieu et donc que l'Iran n'est pas encore au stade où une bombe est accessible néanmoins il y a un consensus sur le programme d'enrichissement de cet uranium et c'est là où j'en parlais tout à l'heure le directeur de la CIA John Ratcliffe s'est un petit peu opposé à ce qu'a pu dire Tel Sigabard en disant ne nous trompons pas sur ce qu'il se passe en Iran dire que l'Iran ne cherche pas à avoir la bombe c'est comme dire et là très américain j'utilise une métaphore sportive c'est comme dire que le joueur de football américain est à un mètre de la ligne de touchdown mais ne veut pas marquer de points oui enfin
les règles du football américain sont encore plus incompréhensibles que la stratégie des différents régimes du Moyen-Orient mais
on entend on entend depuis une semaine l'idée que le renseignement américain ne croit pas que l'Iran va vers la bombe je crois que c'est beaucoup plus compliqué que ça et il ne faut pas il faut comprendre la nuance des déclarations de Tulsi Gabbard et du directeur de la CIA sur ce point
en tout cas Martin Benjamin Netanyahou qui poursuit la même obsession il est au pouvoir depuis 18 ans et le 7 octobre on le disait ça a été véritablement une rupture en fond d'intime dans le psyché israélien israélien et donc Benjamin Netanyahou se sert si j'ose dire pour poursuivre son obsession qui est partagée aussi par l'appareil militaire israélien mais cela veut dire aussi que cette notion de guerre préventive qui n'existe pas dans le droit international c'est donc une guerre illégale comme la guerre américaine en Irak en 2003 et cela veut dire Martin qu'on plus que jamais et on le vérifie avec l'Ukraine maintenant depuis trop longtemps on est dans une une ère de rapport de force qui au Moyen-Orient en tout cas évolue en faveur d'Israël à court terme
oui alors l'histoire du Moyen-Orient post 7 octobre est encore à écrire je ne sais pas néanmoins si on peut considérer que la guerre entre Israël et l'Iran a seulement commencé vendredi dernier dans la nuit jeudi vendredi comme il a été dit précédemment il y a déjà eu des tirs iraniens vers Israël vers Israël en avril et à l'automne 2024 on a donc une série d'événements qui ont eu lieu et même si pour le moment l'escalade que l'on voit depuis 10 jours est tout à fait spécifique je ne pense pas qu'on puisse complètement décorréler le 7 octobre et ce qu'on voit ici plus largement je pense que pour la position américaine j'insiste sur l'aspect aussi opportuniste ce que l'on voit depuis Washington ce sont aussi des succès militaires et opérationnels israéliens ce sont une capacité à détruire les capacités iraniennes à très fortement affaiblir le Hezbollah et sur la base de ces succès la politique américaine se crée les Etats-Unis finalement attendent de voir aussi s'il est dans leur intérêt de s'aligner ou en tout cas de se coordonner davantage avec les Israéliens ou si à l'inverse il est plutôt dans leur intérêt de mettre un coup de frein c'est pour ça qu'il y a une forme d'imprévisibilité mais je pense qu'on oublie parfois dans le débat européen à quel point les résultats militaires guident aussi les décisions politiques que l'on voit à Washington
Dorothée Schmitt parmi les dirigeants de cette immense région le plus inquiet semble être le président turc Erdogan qui ce matin encore accuse Israël de plonger la région dans un désastre total c'est l'expression qu'il emploie évidemment la Turquie a une frontière avec l'Iran et le président turc insiste aussi auprès des Européens sur le risque d'une nouvelle vague migratoire
oui donc ça ça fait partie des effets pas seulement possibles mais en fait prévisibles de ces opérations en Iran dont on est en train de dire qu'on ne voit pas ni la fin ni le résultat politique pour le moment on a une vague migratoire qui se dessine qui part sur toutes les frontières de l'Iran et notamment en Turquie et Taïb Erdogan a dit aux Européens qu'il ne comptait pas arrêter cette vague migratoire alors que vous savez qu'il a fait ce fameux accord avec l'Union Européenne pour traiter la question des réfugiés syriens en retenant environ 4 millions de réfugiés syriens sur son sol dont maintenant il espère relocaliser en Syrie donc ça c'est un des effets potentiellement catastrophiques pour toute la région parce que la crise des réfugiés syriens elle a vraiment pour moi vraiment changé complètement le visage du Moyen-Orient et aussi le rapport de l'Union Européenne à la région en fait on a importé les conflits du Moyen-Orient à travers cette migration dans nos systèmes domestiques finalement ce qui inquiète également beaucoup les Turcs je pense et la façon dont ils voient eux cette question c'est que la Turquie en fait à part Israël c'est le seul acteur militaire qui ait un peu de corps et qui soit reconnu comme une puissance effective dans la région or ils ne souhaitent pas du tout entrer en conflit avec Israël un pilier de l'OTAN il faut le signaler au passage c'est un membre de l'OTAN mais alors là je vous renvoie à un papier très intéressant qu'on a publié à l'IFRI juste en cette fin de semaine écrit par un très bon analyste turc qui nous dit qu'il pense que l'OTAN en cas d'attaque contre un de ses membres ne viendra plus à la défense des membres c'est-à-dire que les Turcs ne croient plus à l'OTAN comme alliance militaire qui protège ses membres donc les Turcs sont vraiment en pleine réflexion sur l'autonomie stratégique et cette autonomie stratégique c'est la réflexion de toute la région c'est aussi la réflexion des Saoudiens parce qu'ils ne pensent pas que leur pacte de sécurité avec les Américains sera valable pour les siècles ils savent très bien que Trump et ça n'a peut-être pas encore été évoqué dans tout ce qu'on a dit Trump est quelqu'un qui veut faire payer la sécurité payer la sécurité régionale donc ça ça va être un des sujets avec Israël cette guerre elle est extrêmement coûteuse aussi tout simplement en termes d'équipement militaire et puis il y a toutes ces retombées qui sont très importantes sur on l'a dit les cours du pétrole qui après avoir un peu monté puissent être stabilisés sont en train de monter à nouveau les routes du pétrole le fret en général les russies il y a une semaine ont dit qu'ils allaient à nouveau s'attaquer à Israël et ont lancé un missile sur Jaffa donc les routes le fret mondial également est sous la menace à nouveau d'énormes coûts d'assurance et puis à plus long terme il y a un sujet extrêmement intéressant qui est celui des fonds souverains du Golfe ces énormes cagnottes qui financent beaucoup d'investissements à l'étranger et notamment aux Etats-Unis et c'est sur ça que repose cette fameuse nouvelle idée d'un Moyen-Orient prospère entre Trump et Mohammed Ben Salman c'est les investissements saoudiens aux Etats-Unis or là si on rentre dans une phase d'instabilité politique durable il est évident que ces pays comme ils l'ont déjà fait au moment de la crise financière de 2008 vont devoir réorienter une bonne partie de ces financements sur la stabilisation de leur propre pays donc il y a vraiment des effets à moyen long terme qui sont très très larges beaucoup plus larges que ce dont cette espèce de focale un peu étroite qu'on a aujourd'hui sur le face-à-face entre Israël et l'Iran
Bruno Tertresse face-à-face entre Israël et l'Iran il y a deux grandes puissances qui se contentent d'être spectatrices il s'agit de la Russie Vladimir Poutine qui vient de clore les rencontres économiques annuelles à Saint-Pétersbourg a dit ah Téhéran ne nous a pas demandé de coopération militaire et donc son soutien verbal est vraiment minimal et puis la Chine de Xi Jinping la Chine qui est le premier client du pétrole iranien et ces trois pays Iran Chine Russie avaient conduit au printemps dernier des exercices militaires conjoints donc comment expliquer cette sorte de neutralité ?
Oui c'est assez simple tenir des exercices militaires conjoints ça ne veut pas dire qu'on est alliés or ni la Chine la Russie et l'Iran ne sont pas les alliés au sens des alliés de l'OTAN par exemple ils ne se sont jamais engagés à se secourir l'un l'autre comme l'a fait la Corée du Nord vis-à-vis de la Russie donc c'est pas une alliance militaire formelle mais ce qui se passe depuis dix jours est extrêmement ennuyeux pour la Russie et pour la Chine d'abord pour la Russie parce que ça veut dire qu'à court terme elle reçoit moins de coopération iranienne dans le domaine des drones même si les Iraniens sont déjà bien installés en Russie pour aider Moscou à en fabriquer j'allais dire à l'appel et surtout à moyen terme la Russie voit le risque d'avoir un de ses grands amis dans la région après la Syrie le régime de la République Islamique lui échapper tout simplement donc c'est véritablement un problème majeur pour la Russie pour la Chine vous l'avez dit c'est évidemment une question de liberté d'accès au pétrole qui est en cause donc j'allais dire que l'intérêt tout d'abord est essentiellement économique enfin les deux ont vaguement proposé de servir de médiateur à un moment à un autre ça n'a évidemment aucune crédibilité puisque ces deux pays qui avaient en tout cas pour la Russie des relations relativement bonnes avec Israël il y a une dizaine d'années ce sont tout de même très clairement du point de vue des Israéliens ce sont désormais rangés j'allais dire de l'autre côté donc c'est un conflit qui n'est une bonne nouvelle entre guillemets pour aucune des grandes puissances en tout cas à ce stade
et d'ailleurs Donald Trump pour une fois un peu un peu piquant un peu ironique par rapport à Vladimir Poutine qu'il continue d'émerger outrageusement dès qu'il s'agit de l'Ukraine Donald Trump a fait un de ses messages sur un réseau social comme il aime en faire plusieurs par nuit et il a dit à Vladimir Poutine occupe-toi plutôt de ta propre médiation tu n'as rien à faire à intervenir entre Israël et l'Iran Martin Quincé Dorothée y a fait allusion le sommet de l'OTAN a lieu à l'AE mardi et mercredi prochains Donald Trump a déjà insisté sur le fait que selon lui il n'y a aucune raison que les Etats-Unis eux consacrent 5% de leur PIB aux dépenses militaires on peut évidemment faire valoir que c'est aussi ce qui permet à l'industrie militaire américaine d'être la plus piquée en du monde mais bon on a guère le temps ce matin d'entrer dans les détails si j'ose dire donc ce sommet de l'OTAN il va se dérouler en présence de Donald Trump à la haie en principe à l'ombre de cette guerre au Moyen-Orient
Martin oui vous m'entendez oui absolument même si aujourd'hui le sujet européen pour Donald Trump est tout à fait décorrélé de ce qui se passe au Moyen-Orient vous l'aviez souligné au début lorsqu'ils disent que les Européens n'ont aucun rôle à jouer dans la question donc s'il y a bien eu coordination avec Marco Rubio avant la réunion d'hier Donald Trump lui-même ne semble pas donner beaucoup de crédit aux Européens quant à leur capacité à être des vrais acteurs dans la région et par ailleurs je comprends aussi de cette manière sa réponse à Vladimir Poutine en considérant que cette question israélo-iranienne est une question que les Etats-Unis doivent gérer et il n'a pas besoin d'aide de la Russie sur le sommet de l'OTAN les priorités sont évidemment d'abord des priorités liées à l'alliance transatlantique elle-même l'unité de cette alliance sous l'administration Trump qui remet en question un certain nombre de la solidarité transatlantique la question des dépenses dans la défense avec un engagement qui pourrait aller à 5% du PIB alors qu'il serait probablement divisé entre 3,5% du PIB pour la défense directement et 1,5% pour des projets d'infrastructures qui contribuent à l'effort de défense et de sécurité ça ce sont des engagements qui doivent pour les Européens dépasser finalement les demandes de Donald Trump ce sont des engagements qui doivent être faits à l'aune de nos propres intérêts de sécurité et non pas pour répondre à une demande de Washington le troisième point c'est que ce sommet de l'OTAN est avant tout aussi une opportunité pour parler d'Ukraine donc si le sujet Moyen-Oriental fait ombre sur la rencontre c'est d'abord l'Ukraine qui doit être au coeur de ces discussions
Bruno Tertré est-ce que l'on sait à ce stade si Volodymyr Zelensky participera ou sera pour le moins invité à l'AE la semaine prochaine
Alors il a été invité aux deux précédents sommets donc il le sera pour celui-ci la question est de savoir à mon sens quelle va être surtout l'attitude personnelle de Donald Trump pendant ce sommet et tous les Européens auront les yeux rivés aux moindres faits et gestes du président américain c'est en cela que c'est un sommet important bien sûr il va être paradité d'une certaine manière par le Moyen-Orient mais les Européens sont pour la plupart d'entre eux notamment ceux du centre et de l'est essentiellement et c'est bien normal concernés par ce qui se passe en Ukraine est-ce que Donald Trump va continuer à avoir une attitude relativement raisonnable vis-à-vis de ses alliés à savoir si vous y pensez plus je resterai moi l'Amérique un membre le leader de l'OTAN même à condition que vous en fassiez plus pour votre propre défense et que nous soyons nous désormais américains un peu plus en deuxième ligne si c'est cela ça se passera bien le problème c'est que Donald Trump il est on le sait capable de tout et il peut aussi bien quitter la table au bout de quelques heures et dire je rentre chez moi je ne vous protège plus c'est ça le problème je ne crois pas que ce soit le scénario le plus probable mais avec Donald Trump on est obligé de prendre en compte ce scénario qui serait véritablement un choc dramatique pour tous les pays européens
mais cela veut dire aussi Bruno que ce fameux système des deux semaines deux semaines pour tous les sujets que le président américain se fait de régler le sommet de l'OTAN est inclus si j'ose dire dans ce calendrier des deux semaines
oui mais en même temps le sort de l'OTAN ne dépend pas mécaniquement de ce qui va se passer au Moyen-Orient elle ne dépend pas mécaniquement de l'implication ou non directe des Etats-Unis dans les opérations offensives sur l'Iran moi je crois qu'il y a une autre échéance dont on parle peu mais qui est à mon sens tout aussi importante pour les Européens c'est l'autre deadline l'autre date butoir qui est celle du 8 juillet pour la conclusion d'un deal de négociation commerciale entre l'Union Européenne et les Etats-Unis et quelque part je crois que ce qui se passe dans le domaine de la défense encore une fois du fait des incertitudes sur l'attitude personnelle de Donald Trump c'est cela aussi qui peut impacter sur l'avenir des relations transatlantiques on est encore en discussion pour un règlement du différent commercial ou pour un tentatif de deal avec Donald Trump sur les questions commerciales je crois qu'il ne faut pas être trop optimiste sur ce sujet mais vous voyez il y a aussi un autre agenda qui est un agenda européen et celui-ci il ne s'arrête pas au sommet de l'OTAN il dure jusqu'à jusqu'à début juillet donc la séquence est particulièrement complexe
la séquence est complexe Bruno et on se demande toujours et c'est évidemment là aussi c'est une plaisanterie ce sont des ricanements sur les réseaux sociaux avec toutes sortes de caricatures de Donald Trump en poulet néanmoins sur le moyen réunion comme sur l'OTAN est-ce que on va vivre le moment tacos
c'est-à-dire expliquez-nous ce que c'est alors le taco qui est évidemment une spécialité Tex-Mex de culinaire mais c'est aussi Trump always chickens out c'est-à-dire on se moque de plus en plus de Donald Trump et à mon avis il ne doit pas aimer ça pour dire en gros Trump a fini toujours par se défiler alors d'abord je crois que ce n'est pas toujours vrai mais je pense aussi que si ça vient à ses oreilles ça va commencer à l'agacer et qu'il ne se défile pas toujours mais effectivement il pourrait très bien décider finalement je me lave les mains du Moyen-Orient je me lave les mains de l'Europe cette attitude est toujours possible j'en doute mais c'est un scénario effectivement possible
Et toute dernière question à vous Bruno est-ce qu'il peut dire aux Européens à la haie mardi et mercredi prochain en supposant qu'il reste les deux jours venez nous aider à soutenir Israël au Moyen-Orient est-ce qu'il peut lier les enjeux ?
Alors je pense qu'il peut lier les enjeux mais ça serait surtout de manière négative à savoir ne vous mêlez pas de ces affaires-là notamment en message à Emmanuel Macron et aux autres grands leaders européens il ne demandera pas d'aide militaire parce que ça serait une complication plutôt qu'un atout pour lui donc je pense que l'aide qu'il demanderait dans ce scénario est essentiellement politique à mon sens il ne demandera pas d'aide militaire il ne dira pas le Moyen-Orient c'est plus votre problème d'européens que nous notre problème américain
et donc il dira le Moyen-Orient je suis le maître du monde et donc je vais moi régler le problème du Moyen-Orient
ce serait ça ? On en revient au cœur de la discussion qu'on a eue à savoir qu'il a deux attitudes possibles qui sont toutes les deux possibles pour un Donald Trump à savoir soit je m'en lave les mains je ne suis pas un homme de guerre Israël fait ce qu'il a à faire et il satisfait sa base la base Maga soit au contraire je vous êtes le roi du monde celui qui a définitivement entre guillemets réglé le problème iranien et donc je m'implique totalement ce qui le rendrait peut-être populaire non pas auprès de sa base pas du tout mais auprès de la majorité de l'électorat républicain et on ne sait pas de quel côté la pièce de monnaie va tomber
et comme je le rappelais au début de cette conversation Donald Trump dit personne ne sait ce que je vais décider et peut-être lui non plus ce qui a été en fait évoqué dès le début de cette conversation et bien écoutez merci merci à vous quatre je rappelle quand même que dans la prison d'Evin près de Téhéran il y a toujours depuis trois ans deux otages français Cécile Collère et Jacques Paris et bien évidemment on s'inquiète sur leur sort au moment où Téhéran continue d'être bombardé par l'aviation israélienne donc merci merci à vous Dorothée merci pour votre contribution excellente au rapport annuel de l'IFRI donc le Ramsès 2025 entre puissance et impuissance avec une analyse particulièrement fine concernant les anticipations dans cette partie de bon vous avez publié plusieurs ouvrages la question israélienne c'est une réédition de l'observatoire en février de cette année et une réédition de la guerre des mondes en poche chez les alphas Martin Cancey vous signez plusieurs papiers sur le site du German Marshall Fund dont un rapport en anglais qui sera publié la semaine prochaine sur la manière de relancer les relations transatlantiques Clément Terme vous allez publier donc au mois d'août au cavalier bleu idée reçue sur l'Iran et vous aviez publié aussi sur les relations terrain Washington aux éditions Hémisphère en septembre dernier voilà à la réalisation ce matin Luc Jean Reynaud bien sûr Anthony Thomasson à la technique Laura Duteche-Pérez et Patricia Miura de la documentation de Radio France Montédé à préparer cette émission et il est temps maintenant de passer l'antenne à Marina Carrère dans cause pour ses carnets de santé très bon week-end et à samedi prochain