VŒUX DE MACRON : POURQUOI IL NE FAIT MÊME PLUS SEMBLANT
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Bonjour à toutes et à tous et bonne année 2026 à nos abonnés, nos sociaux, nos téléspectateurs, les viewers et bienvenue pour un nouvel épisode des Indiscrets. Sur le Média, votre rendez-vous hebdomadaire politique avec Niels et grâce à son carnet d'adresses sans égale, Niels nous permet d'arpenter chaque semaine les coulisses de la politique française. Et avouons-le, on adore ça. Au sommaire, les voeux tout pourris d'Emmanuel Macron pour le nouvel an. Le président a fait le service minimum avant sa dernière année à l'Elysée. Niels va décrypter cette allocution qui ressemble à un cri de désespoir.
Le plan de secours de Darmanin, faux populaire mais vrai populiste, le ministre de la Justice a de nouveau soutenu un politicien condamné. Niels a enquêté sur ce que cache ce soutien pas désintéressé. Et Donald Trump va-t-il sauver Marine Le Pen ? Le gouvernement américain multiplie les menaces contre les magistrats qui jugent et parfois condamnent les figures de l'extrême droite en Europe et notamment en France. C'est parti pour les Indiscrets. Bonjour Niels et Meilleurs Vœux pour cette nouvelle année. Bonjour à toutes et à tous. Salut à toi Cyril et puis merci. Je te retourne ses Meilleurs Vœux. Merci, merci beaucoup. Mais toi, tu as commencé l'année avec une espèce de corvée.
C'est toi qui as été chargé d'écouter les vœux d'Emmanuel Macron cette année.
Oui, il en fallait bien un aux médias. Donc cette année, c'est tombé sur moi, journaliste politique. Tu me diras, c'est mon boulot. Cela étant, le président a eu pitié de nous. Pauvre journaliste rincé par presque dix ans de quinquennat macroniste. Peut-être aussi d'ailleurs pour les Français. Il a expédié cette fois son allocution en neuf minutes chrono. Contrairement à 2023, par exemple, le monologue présidentiel avait duré 19 minutes, 14 minutes en 2022, 15 minutes en 2021. Bref, plus le chef de l'État approche de la date fatidique de sa fin de règne et moins il semble avoir à dire aux Français. On pourrait ajouter vice-versa.
Enfin, il a quand même pris le temps d'expliquer une fois de plus aux Français que la France est un grand pays. Écoutons notre président.
Oui, notre pays tient. Fort de ses institutions, de ses services publics, fort de ses armées qui sont les plus efficaces d'Europe par l'engagement de ses soldats. Fort de notre économie où jamais autant de Français n'ont eu un emploi, où la croissance se tient et où notre inflation est l'une des plus faibles de la zone euro. Fort de notre recherche, de notre excellence académique, de nos initiatives diplomatiques aussi, qu'il s'agisse de celles prises pour la paix, le climat ou nos océans.
Une séquence qui rappelle un peu celle de son prédécesseur Ony, François Hollande, qui répétait « ça va mieux en dépit de l'évidence ».
On se demande s'il voit bien, s'il écoute bien, s'il a bien pris conscience des réalités. Eh bien oui, ça va mieux. Eh oui, regardez, que de souvenirs, c'était en 2016. Voilà, donc finalement, le président du Nouveau Monde reprend les vieilles recettes, la méthode Coué. Tout va bien, la France est un grand pays, une grande nation et les Français sont un grand peuple. Bon, enfin, il y a quand même un hiatus entre la teneur de son discours et la manière dont il l'a prononcé, parce qu'il a quand même tiré une tête de 36 pieds de long pendant toute son allocution. Regardez quelques extraits.
Nous assistons au retour des empires, à la remise en cause de l'ordre international, un monde de guerres commerciales, de compétitions technologiques, souvent d'instabilité. Je vois aussi nos propres divisions, nos doutes, la solitude croissante qui existe dans la société, la baisse de notre natalité, l'insécurité, les difficultés de pouvoir d'achat. Je sais toutes les impatiences, parfois les colères qui continuent d'exister dans le pays, et je partage plusieurs d'entre elles. Ces urgences exigent des réponses.
Voilà, donc le président montre une mine affligée, un ton de voix assez défaitiste, presque blasé, alors qu'il a utilisé tout le champ lexical du dynamisme, un optimisme, espoir, chantier. Mais le ton du président était tout sauf joyeux. Alors il faut dire que les trois grands dossiers qu'Emmanuel Macron veut défendre pour la fin de son mandat sont tout sauf gays.
Écoutons-le, écoutons ses priorités. Je veillerai tout particulièrement à ce que plusieurs grands chantiers puissent aboutir. Nous verrons les premiers pas du service national pour l'engagement de nos jeunes, qui renforcera le lien entre nos armées et la nation. Nous protégerons nos enfants et nos adolescents des réseaux sociaux et des écrans. Nous irons enfin au bout du travail législatif sur la question de la fin de vie dans la dignité, sujet sur lequel je m'étais engagé devant vous en 2022.
Voilà Cyril, donc la fin de vie, le service national, l'interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans. Je résume la mort, la guerre et le danger des écrans pour les jeunes. De sa dernière campagne présidentielle, c'est presque tout ce qui lui reste. Ce n'est pas super optimiste. Alors déjà que les Français sont réputés déprimés, regardez cette nouvelle étude exclusive révélée par nos confrères de Ouest France, qui montre que 8 Français sur 10 estiment que l'année qui s'achève, là en 2025, a été mauvaise. Alors notez d'ailleurs qu'Emmanuel Macron n'évoque même plus le référendum, le fameux référendum qu'il nous promet depuis 2017 pour donner la parole au peuple.
Alors évidemment, j'ai posé la question à son entourage, enfin en tout cas à ceux qui acceptent encore de me parler. Un familier de l'Élysée me dit, bah oui, mais il y a quand même des petits soucis politiques. Vous avez remarqué que le président n'a plus de majorité et donc pour lui, c'est compliqué de mettre le monde politique d'accord sur un référendum. Alors c'est un peu facile. Voilà, mais effectivement, Emmanuel Macron n'a plus la main, plus de majorité à l'Assemblée, un monde politique explosé après la dissolution, qu'il a lui-même décidé. Alors pire pour Macron, à peine 8,9 millions de téléspectateurs ont pris le temps d'écouter ses voeux cette fois.
Alors c'est le communiqué laconique de Médiamétrie pour annoncer ses chiffres.
Et c'est justement un chiffre en baisse par rapport à d'autres années ? Comment le Macron de 2025 a été accueilli ?
C'est le plus faible score d'audience du président depuis sa première élection en 2017. En 2024, par exemple, l'allocution de fin d'année d'Emmanuel Macron avait été regardée par 9,7 millions de téléspectateurs. En baisse déjà par rapport à 2023, il y en avait eu 10,2 millions. Et en 2017, on rappelle, il y en avait 11,2. Donc c'est un peu comme le bilan d'Emmanuel Macron. En fait, c'est la chute libre, tout comme sa cote de popularité. Alors même dans son camp, pour être tout à fait honnête, plus personne n'a l'air de croire en son bilan. J'ai posé la question à un ancien ministre qui me dit, « Quand on voit l'État de la France et des Français, c'est un bilan catastrophique.
Ça me fait honte dire qu'on s'était engagé en politique pour changer le monde. » Et oui, la sinistrose a gagné le sommet de l'État. Il n'y a guère que sur ses réseaux sociaux que les communicants du président tentent d'introduire un peu d'humour dans la présidence avec plus ou moins de succès. Jugez-en par vous-même.
Tu vois le film aussi, Brigitte, toi ?
En tout cas, Macron n'aura pas beaucoup d'occasion de rire cette nouvelle année. Seul l'eau de consolation. Le président peut désormais affirmer qu'il va rester jusqu'au bout. Eh oui, écoutez notre président une fois encore.
À la fin de l'année, quand le moment sera venu, s'ouvrira peu à peu la prochaine campagne pour l'élection présidentielle de 2027. La première à laquelle je ne participerai pas depuis dix ans. Pour autant, je serai jusqu'à la dernière seconde au travail, tâchant chaque jour d'être à la hauteur du mandat que vous m'avez confié.
« Je serai jusqu'à la dernière seconde au travail », nous dit Emmanuel Macron. Eh bien, Cyril, j'ai envie de dire, c'est précisément ce qu'une majorité de Français lui reproche aujourd'hui.
On passe maintenant au deuxième sujet avec Gérald Darmanin qui soutient les délinquants, enfin, seulement ceux qui lui sont proches.
Ah oui, dis donc, on connaissait déjà la grande mensuétude de Darmanin. Il lui a rendu visite à deux reprises après que ce dernier a été déclaré coupable d'association de malfaiteurs par le tribunal correctionnel de Paris dans le dossier libyen. C'était le 25 septembre. Alors, on rappelle que l'ex-président a fait appel, mais il lui a également rendu visite une première fois avant son incarcération, puis une seconde fois à la maison d'arrêt de la santé le 29 octobre. On avait évidemment largement couvert cette actualité sur le média. Vous vous souvenez, il y a deux officiers de sécurité qui sont à proximité de la cellule de Nicolas Sarkozy, qui portent des armes.
À l'intérieur de la détention, c'est quand même assez rare. Il y avait eu aussi une incompréhension de la part des agents pénitentiaires. Donc, cet échange a eu lieu avec Nicolas Sarkozy pendant 45 minutes. Voilà, et cette fois, Darmanin récidive avec un élu local à Lille. Alors, il ne s'agit pas de n'importe qui non plus. C'est le président de la métropole européenne de Lille, Damien Castella. Enfin, l'ancien président plutôt, puisqu'il a été condamné en appel ce 16 décembre à 18 mois de prison avec sursis, deux ans d'inéligibilité avec effet immédiat et à 20 000 euros d'amende pour des faits de détournement de fonds publics et d'abus de confiance. Voilà, c'est quand même pas rien.
Et d'ailleurs, Damien Castellin s'est démis de ses mandats dès le lendemain, comme il en avait l'obligation. C'est une sanction judiciaire très lourde contre cet élu. C'est quand même rare. Oui, c'est pas rien. Alors, il avait d'abord été reconnu coupable de recel, d'abus de confiance, dans une affaire dite des pierres bleues. Alors, c'était des pavés, en fait, d'une valeur de 17 000 euros quand même, livrés gratos par une entreprise de BTP et qui avait servi à bâtir une terrasse à son domicile. Ah oui, c'est pratique. Alors qu'il était seulement vice-président de la métropole de Lille, c'était en 2009-2010. Voilà, c'était nos confrères de médiacité qui avaient révélé cette histoire.
Et puis, une fois devenu président de la métropole, Damien Castellin a également été reconnu coupable de détournement de fonds publics pour avoir fait payer illégalement par la collectivité ses frais d'avocat dans la précédente affaire au titre de la protection fonctionnelle. Il a aussi été condamné pour détournement de fonds publics dans le dossier des frais de représentation, également appelé frais de bouche, toujours révélé par médiacité. Décédemment, nos confrères sont très, très efficaces. C'était en juin 2018. Et ici, effectivement, les juges d'appel ont alourdi considérablement le jugement de première instance qui n'avait retenu que 548 euros de dépenses illégales.
Elles sont évaluées désormais à 10 525 euros. Voilà, il n'y a pas que les prix du quotidien des Français qui subissent une inflation. Les prêts de représentation illégaux de cet ancien élu ont subi aussi une sacrée inflation. Alors, on parle d'un élu quand même qui s'est payé des parfums, des cartes cadeaux, des soins à mames, des cravates aussi, pourquoi pas, mais aussi un usage exclusif d'un véhicule de la métropole et d'un hôtel de luxe à Paris pour assister à des matchs du PSG au Parc des Princes. Alors, évidemment, il n'y avait pas de lien avec ses fonctions. C'est bien ce qui a quand même fait tiquer le procureur de la République.
Et puis, il y a aussi des achats de vêtements au printemps, 2500 euros, des jeans, des chaussettes pour 250 euros pris en charge au titre, cette fois, des frais de représentation. Alors, il a fini par rembourser ses achats, mais un peu tard pour la justice.
Il s'est fait plaisir, en tout cas, cet élu. Et à la métropole, la séance plénière du 19 décembre a donné lieu à un curieux silence élu sur les faits reprochés à Castellin. Oui, alors, bizarrement, tout le monde regarde un petit peu le bout de ses chaussures.
On ne commande pas une décision de justice. C'est ce qu'ont déclaré la majorité des conseillers métropolitains, y compris au PS local. Dis donc, voilà, personne ne se presse. Regardez cette séance qui a été enregistrée. Aussi, je veux vous dire avec calme et sérénité, et pour l'avoir vu travailler au quotidien, que Damien Castellin a porté ses présidences avec force, avec courage et avec engagement total au service du territoire et de ses habitants. Durant ces années, il a exercé une responsabilité particulièrement exigeante à la tête de notre institution, rassemblant 95 communes et plus d'un million d'habitants dans un contexte territorial, économique et politique souvent complexe.
Voilà, alors, j'ai sollicité l'un de ses élus qui n'a pas souhaité me répondre. Pas de commentaire, là encore, mais en off. Le même me dit, on aimerait bien tourner la page. Ce qu'a fait Damien Castellin n'est pas représentatif du travail quotidien des élus de la métropole. Alors, on veut bien le croire sur parole, mais enfin, quand même, un élu qui est condamné pour des faits aussi graves, ça devrait au moins poser un cas de conscience, sinon avoir des conséquences au niveau de l'organisation de la métropole et puis une sacrée remise en question de la part de ses élus.
Et bien, seuls les communistes et les écolos ont rappelé à l'ordre leurs collègues, mais sans entrer dans les détails regardés. La justice a tranché en toute souveraineté, en toute indépendance. Désormais, cette décision doit être respectée et mise en œuvre, bien sûr, a fortiori par un ministre de la justice, notamment. Un sondage récent indiquait que le niveau de défiance de la population, de nos concitoyens et concitoyennes, à l'endroit des politiques, atteint des sommets jamais atteints. On approche des 80%. Le sujet n'est de ce fait ni l'engagement de Damien Castelin, ni son bilan en tant que président de la métropole. Il est celui de la probité et de l'exemplarité des élus.
L'oublier, ce serait renforcer la défiance des citoyennes et des citoyens à l'égard d'élus qui se défendraient entre eux, qui formeraient une caste éloignée de la réalité des autres judiciables. Voilà, donc c'est un peu circulé, il n'y a rien à voir à la métropole de Lille. En tout cas, Gérald Darmanin, qui fait preuve d'une fermeté sans égale face à la petite et la grande criminalité, et ouvre des prisons à tout va, on en a largement parlé aussi sur le média, se montre d'une grande indulgence envers ce qu'on appelle les délinquants en col blanc.
Petit message de soutien, effectivement, le jour, voilà, quand on a appris la condamnation de Damien Castelin, qui est un élu local que Gérald Darmanin connaît bien.
Mais pourquoi un tel message, alors qu'il est ministre de la Justice et garde des Sceaux ?
C'est vrai que ça a fait scandale, à raison d'ailleurs, c'est pas habituel, disons qu'un ministre de la Justice, garde des Sceaux, qui représente quand même la justice française, les magistrats, etc., publie un tel message de soutien. Déjà, pour Sarkozy, bon, ça avait fait quand même pas mal grincer des dents les syndicats de magistrats, mais alors là, c'est encore plus troublant parce que Nicolas Sarkozy, à la limite, entretenait une longue amitié avec Gérald Darmanin. Il a fait monter Gérald Darmanin en politique. Gérald Darmanin lui doit ses premiers mandats, ses premières responsabilités ministérielles.
On peut comprendre, voilà, que sans excuser évidemment la visite en prison, mais on peut comprendre que Gérald Darmanin lui rende visite avant son incarcération. Bon, là, quand même, un soutien aussi appuyé, en plus, sur un réseau social public, un message officiel, c'est un petit peu plus embêtant. Alors, l'explication, elle se trouve peut-être dans les ambitions locales de Gérald Darmanin. Notre ministre ne saurait pas contreprendre la suite de Castellin à la métropole, dit donc à la présidence. Il l'avait déjà dit lors d'une séance de questions-réponses avec des lecteurs de La Voix du Nord, c'était en avril dernier. Regardez.
Si les élus de la métropole, ou une majorité des élus de la métropole, Damien Castellin en tête, que je soutiens, souhaitent que je m'intéresse davantage au territoire et que je vienne diriger l'avenir du territoire, je répondrai positivement. Je veux aider mon chez-moi, qui a des tas de qualités. Voilà, je pense qu'il y a plein de choses à faire ici. Mais après 8 ans d'expérience gouvernementale, avoir géré les affaires de l'État, je n'irai pas dans un combat politicien où je serai en opposition avec le maire de X et la mairesse d'Y.
Voilà, et confirmation dans La Voix du Nord encore cette semaine, on apprend que Darmanin peut compter sur un soutien de poids. Le clan Muliès, dis donc. Alors pour ceux qui ne connaîtraient pas le clan Muliès, c'est les supermarchés au champ notamment. Donc c'est un grand patron. Et au niveau national, Darmanin a aussi les faveurs de Bernard Arnault, rien de moins que l'homme le plus riche de France et parfois du monde, selon les fluctuations boursières, qui a fait sa connaissance à Bercy, peu après que Macron l'a nommé ministre des Comptes publics. C'était en mai 2017. Et depuis, les échanges entre les deux hommes sont réguliers. Même topo avec Vincent Bolloré.
Alors le milliardaire d'extrême droite n'a jamais eu les honneurs d'une visite au ministère. Ça aurait été un peu voyant, sachant que Bolloré sent le souffre pour toutes les raisons que l'on connaît. Mais effectivement, que ce soit au compte public et à l'intérieur ensuite, Darmanin a profité de ses deux ministères régaliens pour soigner ses relations avec les grands patrons.
Mais Nils, la question que je me pose, moi, ça apporte quoi finalement de connaître un ministre de l'Intérieur quand on est un grand patron ou quand on est un élu local ?
Oui, j'ai demandé à un ancien conseiller ministériel à l'intérieur qui connaît bien les coulisses, qui me dit avoir un ministre de l'Intérieur dans sa poche, c'est toujours pratique. Il peut régler un souci de passeport à la dernière minute, de faire vérifier les antécédents d'un employé ou donner des conseils de sécurité. Voilà les grands patrons effectivement qui craignent pour leur sécurité. Parfois d'ailleurs à juste titre, on l'a vu avec la crypto-monnaie, avec effectivement les patrons de crypto-monnaie récemment. Voilà, c'est toujours pratique en tout cas d'avoir un contact aussi haut placé au gouvernement.
Et Gérald Darmanin connaît bien les muliaises et notamment Barthélémy Guislain qui est président de l'association familiale muliaise. Effectivement, je l'ai dit, qui contrôle de nombreux florons du commerce français. Alors il y avait Auchan que j'ai cité, il y a aussi Décathlon, Leroy Merlin, la liste est longue. Et c'est d'ailleurs ce personnage incontournable qui pousse pour sa candidature à la métropole de Lille. Le monde est petit, Cyril, tu vois quand même.
Effectivement, c'est tout petit ce monde-là et encore plus dans le nord de la France, je vois que les liens et les réseaux sont actifs. Oui, exactement.
Et puis Darmanin sait aussi parler le langage des grands patrons, notamment sur la délinquance financière. Il est en campagne pour 2027. Alors bon, c'est encore discret parce qu'il n'a pas non plus une base d'électeurs au niveau national telle que pourrait l'avoir un Édouard Philippe, par exemple. Mais on sent que ce ministre, cet ambitieux ministre, est toujours en campagne. Et récemment, il s'est montré, là encore, très indulgent pour les auteurs de délits financiers, pour leur éviter la prison. Lui préférerait que la délinquance financière se règle à coups d'amende.
Alors officiellement, des principes vertueux, Cyril, il s'agit de désengorger les prisons et d'améliorer le fonctionnement de la justice. Je cite son ministère. En réalité, il faut surtout éviter l'humiliation de la tôle aux grands politiciens et aux grands patrons. Il y avait Nicolas Sarkozy, mais enfin, la liste d'incarcérés va peut-être s'allonger ces prochaines années ou ces prochains mois. Le ministère de la Justice m'explique, Gérald Darmanin a donné comme priorité la lutte contre la criminalité organisée et les atteintes aux personnes, sous-entendu les voleurs du quotidien et puis effectivement le narcotrafic.
Alors bon, au ministère, on m'explique quand même que les auteurs des infractions financières n'échapperaient pas à l'incarcération en cas de récidive. Mais le message un peu subliminal, plus ou moins subtil d'ailleurs derrière, c'est pourquoi embêter une personnalité éminente comme un Nicolas Sarkozy avec un bracelet électronique quand des milliers de personnes condamnées pour des délits comme le trafic de drogue, comprendre des délits du quotidien qui empoisonnent les Français, doivent patienter pour purger leur peine
faute de moyens. Oui, mais est-ce que finalement, ce que nous dit Gérald Darmanin, c'est un discours qui tient sur la longueur et est-ce que finalement, les Français sont de l'avis de Gérald Darmanin ?
Le problème, en fait, c'est que oui, désengorger les prisons, effectivement améliorer l'efficacité des peines pour des délits comme du narcotrafic, y compris d'ailleurs des petits délits de narcotrafic. Si c'est une politique sécuritaire qui est agréée aux Français, bon, pourquoi pas ? Mais simplement, le souci là-dedans, c'est que la délinquance financière, ce n'est pas une petite délinquance. Quelle que soit la somme, d'ailleurs, quand ce sont des élus, quand ce sont des patrons, etc., c'est de l'argent qui échappe au fisc, qui échappe de fait au fonctionnement tout simplement du pays. Ce sont des routes à construire en moins, des places, des lits d'hôpitaux en moins.
Toute cette délinquance financière, toute cette corruption financière, nuit évidemment au fonctionnement normal du pays. Et donc, cette volonté finalement d'éviter la prison au col blanc, sous prétexte d'efficacité, ça tranche avec le discours officiel du ministre, l'ancien maire de Tourcoing, Gérald Darmanin, il se présente volontiers comme le porte-voix des petites gens. D'ailleurs, il ne rate jamais une occasion de rappeler que sa propre maman est femme de ménage. Alors, à la Banque de France, certes, mais voilà, femme de ménage, effectivement, et qui vient d'un milieu modeste. Alors, ça, c'est vrai.
Il a même fondé son propre mouvement, qu'il a baptisé « Populaire » en septembre 2024, avec en ligne de mire, évidemment, 2027. 2027, il souhaite incarner la droite sociale. Alors, ça, tous les dimanches, on a droit au grand discours sur la droite gaulliste. Mais enfin, il multiplie quand même au parallèle les signaux envers les grands patrons avant, effectivement, 2027. Regardez-le, par exemple, « S'inquiéter pour Bernard Arnault », dis donc, c'était en février dernier.
– Mais il me semble qu'on doit plutôt les remercier, les patrons, et les écouter, qu'ils soient le plus petit patron qui nous écoutent jusqu'à Bernard Arnault. Si on veut une France souveraine, il faut des grandes entreprises françaises avec des grands capitaines d'industrie. Bernard Arnault, Vincent Bolloré, Rodolphe Saadé, ou les Mulliers, on peut multiplier les... Moi, j'ai l'action nulle part. Tout le monde peut regarder mon patron. Je n'ai aucune action.
– Je précise que BFFTV appartient à Rodolphe Saadé.
– Et comment Darmalin justifie-t-il ce grand écart entre ses discours sur les petites gens ? Tu le rappelles, il nous rappelle régulièrement que sa maman était ou est femme de ménage. Et les grands patrons, cet écart entre ses discours, comment ils le justifient ?
– Alors, j'ai contacté l'un de ses proches qui me dit, bon, évidemment, Gérald Darmalin n'est pas de gauche. Voilà, bon, ça, on s'en doutait un peu. Et il m'explique, la droite sociale, ce n'est pas un mouvement anti-patronat. Ce que répète Gérald, c'est qu'il faut produire plus, mais avec une juste répartition des richesses, voilà, avec les travailleurs. Bon, alors, chacun s'offre à son idée, alors que la corruption est quand même endémique en France et en hausse, que les magistrats sont de plus en plus attaqués. On va en parler dans le troisième sujet de l'émission. En tout cas, pour le moment, le cabinet de Gérald Darmalin affirme que le ministre est à la tâche et pas sur la métropole.
Mais tout le monde a compris que l'ambitieux ministre cherche une voie de repli avant 2027, quitte à faire scandale dans ses propos.
– Effectivement. Et en parlant d'attaque contre les juges, il y a Trump qui semble s'intéresser de près aux magistrats français qui vont juger Marine Le Pen. Quelles indiscrétions as-tu à nous donner aujourd'hui, Nielsen ?
– C'est le Spiegel, effectivement. C'est l'un des médias de référence allemand qui sonne l'alarme. L'administration Trump étudie la possibilité de sanctionner des juges ou des responsables politiques ou des responsables de la sécurité si des mesures venaient à frapper ces protégés européens. Par exemple, l'AFD en Allemagne ou le Rassemblement national en France, dit donc, selon l'hebdomadaire. Alors, je suis moi-même à moitié allemand, pour ceux qui ignoraient cette info. Et donc, j'ai lu, effectivement, l'enquête du Spiegel et c'est assez effarant, ce qu'on apprend. Et alors, évidemment, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères américain a été sollicité par le Spiegel.
Il n'a pas démenti ces informations et il renvoie à la déclaration publiée par Marco Rubio. Alors, c'est ce qu'on appelle le secrétaire d'État des États-Unis. C'est l'équivalent de notre ministre des Affaires étrangères. Et alors, sur X, en fait, ce ministre, enfin, l'équivalent de notre ministre des Affaires étrangères, avait qualifié de tyrannie déguisée la décision d'un office fédéral allemand des services de renseignement de classer l'AFD, qui est l'alternative pour l'Allemagne en français, comme partie d'extrême droite. Et donc, effectivement, le gouvernement américain s'est officiellement ému que des responsables...
Alors, je te passe évidemment tout ce qu'ont pu sortir, les responsables de l'AFD, mais c'est un peu l'équivalent du RN en France. C'est raciste, antisémite, anti-migrant. Enfin, c'est absolument ignoble. Et donc, effectivement, les services de renseignement allemands préconisent de placer sous surveillance ces responsables, qui, effectivement, multiplient les atteintes démocratiques et qui tiennent des discours illégaux. Et donc, le département américain... Le département d'État américain explique que c'est de la tyrannie déguisée.
Alors, en France, plus spécifiquement, l'article du Spiegel évoque les trois juges qui ont condamné Marine Le Pen pour détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires européens du RN, ou plutôt à l'époque du FN, pardon. Et notamment, la juge Bénédicte de Pertuis, qui a été visée par des menaces depuis le verdict qu'elle a rendu. Verdict collégial. Là, on l'a dit, il y avait trois juges en tout. Et alors, j'avais révélé à l'époque avec d'autres confrères qu'elle avait été placée sous protection après le verdict. Regardez ce qu'en disait d'ailleurs Marine Le Pen.
Parce que j'ai parfaitement compris ce que la présidente expliquait, à savoir qu'elle était en train de rendre une décision qui était une décision politique. la magistrate a assumé très clairement de mettre en œuvre l'exécution provisoire de l'inéligibilité, c'est-à-dire en réalité de rendre mon appel inutile sur ce sujet pour m'empêcher de me présenter et d'être élue, dit-elle, à l'élection présidentielle.
Voilà, Marine Le Pen, qui à l'époque, n'hésitait pas effectivement à jeter en peinture cette magistrate, voilà, sous couvert effectivement de se défendre. C'était un petit peu choquant. Et cette chasse à l'homme lancée par l'administration Trump, elle arrive alors que les États-Unis ont déjà commencé cette politique de sanction contre des figures européennes qui tentent de contenir les ingérences de l'extrême droite américain. Et notamment Thierry Breton, ancien ministre chiracien, qui a été aussi commissaire européen, voilà, et qui se retrouve effectivement notamment privé de visa. C'est quand même un peu embêtant s'il a des conférences pour aller aux États-Unis.
Mais le poids est surtout évidemment symbolique. ça vise à frapper les esprits. Le message envoyé par les États-Unis, et c'est ce que me disait une source en fait au sein des ministères des Affaires étrangères, c'est si quelqu'un comme Thierry Breton, un ancien ministre, un ancien commissaire européen, avec tout le poids politique, le passif politique qu'il incarne peut être visé par des sanctions, ben en fait, personne n'est en sécurité. Et regardez ce qu'en pense Thierry Breton lui-même. Il était sur TF1 après Noël le 28 décembre.
Non seulement on a eu le fait qu'un commissaire qui avait fait son travail est banni des États-Unis tout simplement parce qu'il a fait son travail. Nous avons également le vice-président des États-Unis qui commence à dire que peut-être qu'il faudrait confisquer l'usage de l'arme nucléaire aux Français et aux Anglais parce que c'est peut-être dangereux de leur laisser. Nous avons la tentative d'OPA hostile sur le Groenland, tout ça en une semaine. Ça nous dit quoi ?
Ça nous dit qu'il faut effectivement résister, être beaucoup plus dur et effectivement, peut-être se servir de ce signal et pour peut-être avoir une note plus positive pour dire que toutes celles et tous ceux qui se sont sentis humiliés, blessés, se lèvent et disent non. Maintenant, dans cette sorte d'union sacrée, nous devons résister parce que c'est dans notre destin qu'il s'agit. C'est existentiel pour nos Européens.
Voilà, donc quoi que l'on pense de tirer le ton politiquement, c'est une sanction tout à fait inacceptable et ne croyez pas que ces sanctions se limitent à l'interdiction de visa et de venir en Amérique, enfin aux États-Unis. Six juges et trois procureurs de la Cour pénale internationale ont été placés sous sanction par l'administration Trump pour avoir émis des mandats d'arrêt contre le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou qui est un grand ami de Donald Trump et sa vie est devenue un enfer à cause de ces sanctions pour avoir simplement fait son travail de magistrat. Il a donné un entretien au monde c'était en novembre.
Ces sanctions touchent l'ensemble des actes de ma vie quotidienne. Elles interdisent à toute personne physique ou morale américain, tout individu ou toute entreprise ainsi que leur filiale à l'étranger de me fournir des services. C'est ce qu'expliquait Nicolas Guyou au Monde.
C'était le 19 novembre. Quel est le sens que Trump donne à tout ça en fait ? Pourquoi il s'en prend à des juges ou à Thierry Breton ?
Ça fait quand même depuis sa réélection en fait, avant sa réélection, pendant sa campagne, il avait promis qu'il se vengerait contre tous ceux qu'il estimait en fait déloyaux. Alors ça, c'était effectivement aux États-Unis, c'est-à-dire c'était une affaire interne. Mais en même temps, il avait annoncé ses alliés, notamment je pense à Vance, qui est son vice-président, il avait annoncé qu'il allait faire campagne pour imposer les idées MAGA. MAGA, c'est son mouvement effectivement qui a supplanté les républicains en fait, qui a vampirisé les républicains.
Il avait annoncé qu'il allait soutenir effectivement des partis qui lui étaient proches idéologiquement et notamment sur le continent européen. On l'a vu notamment, alors à l'époque, c'était Elon Musk. Elon Musk effectivement
qui avait dit
qu'il s'était rendu au Royaume-Uni pour soutenir une personnalité raciste pour préparer une campagne électorale. Ça avait d'ailleurs donné lieu à des manifestations avec des slogans ultra racistes, ultra violents au Royaume-Uni. En Allemagne, l'AFD, ce parti d'extrême droite qui est effectivement en hausse sur le territoire depuis maintenant 10 ans et qui poursuit sa mue politique dans les urnes, sans changer d'ailleurs le fond de son discours, effectivement, bénéficie de protection et on sait qu'il y a des responsables de l'AFD qui ont rencontré des membres du ministère des Affaires étrangères américains, donc de l'administration Trump ces derniers mois.
Donc, c'est quand même assez inquiétant. Et puis, sur les conséquences, en tout cas, qui touchent en fait ces magistrats, ces personnalités antifascistes, outre les magistrats, il y a aussi des personnalités considérées comme antifa parce qu'elles luttent contre les discours de haine qui ont été effectivement visés par des sanctions. Par exemple, du jour au lendemain, tous vos comptes auprès d'entreprises américaines sont fermés. Amazon, R&B, Paypal, etc. Alors, il y a des banques, même sans être américaines, qui ferment des comptes de personnes sanctionnées.
Toute transaction bancaire effectuée avec une personne physique ou morale américaine qui se fait en dollars ou par une monnaie qui utilise le dollar pour la conversion est interdite. Et donc, effectivement, le magistrat Nicolas Guillaume explique qu'il est interdit bancaire sur une bonne partie de la planète. Il faut savoir aussi que ces mesures, elles peuvent être maintenues pendant plus d'une décennie, voire plus.
Donc, placer des personnes sous sanction, ce n'est pas uniquement symbolique, ce n'est pas uniquement effectivement être privé de visa pour aller aux États-Unis, c'est aussi être plongé dans une forme d'inquiétude et puis d'impuissance permanente pour les décourager de faire leur travail correctement. Alors, il y a un espoir quand même, peut-être que les attaques et les menaces de l'administration Trump et ses alliés contre les juges européens, contre certaines personnalités européennes, vont pousser la Commission européenne, nos dirigeants aussi en France, à revoir notre dépendance au service américain à l'avenir. On dirait qu'il y a urgence.
En tout cas, hâte, Nils, de te retrouver très bientôt pour savoir un peu la suite de tout ça, qu'est-ce que la France va faire justement pour contrer un peu ce que Trump est en train de créer. Merci beaucoup, Nils. Saint, c'est la fin de cette émission. Et ce programme n'existe que grâce à vos dons. Notre campagne de dons a dépassé les 200 000 euros. Donc, un grand merci à vous car notre avenir dépend de vous et de votre générosité. On n'a pas de milliardaires qui nous financent. Alors, si vous en avez marre de pro et de toute sa clique, payé grassement par notre grand ami Vincent Bolloré, c'est ici que ça se passe. et je vous dis, si ce ne sera pas moi, ce sera peut-être ma collègue Amira.
À la semaine prochaine pour Les Indiscrets avec Nils Wilke.
Emmanuel Macron