Valérie Pécresse s’exprime - C à Vous - 14/11/2019
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 75 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:44OuverteÉludée
Ce livre n'est-il pas celui d'une femme qui ne cache plus ses ambitions présidentielles ?
- 1:41OuverteRéponse partielle
Mais est-ce que vous songez à une candidature présidentielle ?
- 2:41ComplaisanteRéponse directe
Si je vous pose la question, c'est que vous avez reçu un encouragement de poids très symbolique.
- 3:45OuverteRéponse directe
Réduire le décalage entre ce que les gens voient de vous et ce que vous êtes.
- 5:20OuverteRéponse directe
Le sexisme en politique, il occupe plusieurs pages de ce livre, vous en donnez beaucoup d'exemples.
- 6:54RelanceRéponse partielle
Pourquoi n'avez-vous rien dit jusque-là ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:06Invité politiqueFait
« Je veux participer à la reconstruction de la droite. »
- 1:14Invité politiqueFait
« Je pense qu'il y a de la place pour, je vais dire, j'aimerais mieux que ce ne soit pas Marine Le Pen si c'est une femme. »
- 1:26Invité politiqueFait
« Vous avez vu le sondage qu'il y a eu la semaine dernière. Les Français sont résignés à avoir Emmanuel Macron face à Marine Le Pen. »
- 2:09Invité politiqueFait
« Je vois dans cette région, je vois monter la pauvreté. »
- 2:12Invité politiqueFait
« Je vois monter la question sociale. »
- 2:14Invité politiqueFait
« Je vois monter la question écologique. »
- 2:15Invité politiqueChiffre
« J'ai un enfant sur deux qui naît dans ma région, qui est issu de l'immigration. »
- 2:20Invité politiqueChiffre
« Un enfant sur deux qui naît, qui a un parent né à l'étranger. »
- 4:46Invité politiqueFait
« Marine Le Pen, elle dit, le SMIC horaire, c'est 36 euros de l'heure, et ça passe comme une lettre à la poste. »
- 5:02Invité politiqueFait
« Si moi j'avais dit ça, vous pensez que Pécresse-Neuilly, Pécresse-Versailles, ça m'aurait été épargnée ? »
- 13:43Invité politiqueChiffre
« J'ai fait 1,5 milliard d'économies. »
- 14:36Invité politiqueChiffre
« J'ai fait 430 suppressions de postes. »
- 14:43Invité politiqueFait
« Cet argent, j'en ai fait quoi ? J'ai pu donner des ordinateurs à la moitié de mes lycéens. »
- 15:22Invité politiqueFait
« Quand j'ai été ministre du budget, c'est la seule année, en 2011, où le budget de l'État a baissé en valeur. »
- 15:52Invité politiqueChiffre
« Pourquoi on dépense 45% ? Pourquoi il y a 45% de notre richesse qui part en impôts ? Alors que la moyenne de l'Europe, c'est 40. »
- 16:27Invité politiqueChiffre
« C'est 60 000 jeunes, très bons à l'école, qui rentrent en première année de médecine. »
- 16:28Invité politiqueChiffre
« 12 000 euros par jeune. 700 millions le coût de la première année de médecine. »
- 16:32Invité politiqueChiffre
« Il y en a 80% qui vont échouer. »
- 17:45Invité politiqueFait
« Quand je suis arrivé, le RERA ne marchait pas. »
- 17:48Invité politiqueChiffre
« Aujourd'hui, 1,4 million de personnes sur le RERA. »
- 18:04Invité politiqueChiffre
« La ligne 13 est un point noir, on le connaît depuis longtemps. Elle est totalement ponctuelle, cette ligne. Elle est à 92% de ponctualité. »
Temps de parole
- Valérie Pécresse73 %
- Présentateur14 %
- Invité10 %
- Invité 23 %
≈ 2,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Valérie Pécresse, à l'heure des confidences, dans un livre, l'ancienne haut fonctionnaire, conseillée à l'Elysée sous Chirac, députée, plusieurs fois ministre, présidente de la région Île-de-France depuis 2015, veut fendre l'armure, dépoussiérer son image tradique qu'elle trouve injuste, persuadée que les Français la connaissent mal. Valérie Pécresse est ce soir notre invitée. Bonsoir Valérie Pécresse. Bonsoir, Jibeth. Soyez là, bienvenue.
C'est à vous, dans ce livre d'entretien avec l'ancienne journaliste du Monde, Marion Van Reiterken, vous racontez votre parcours, vos choix, le service public au Conseil d'État plutôt que la tentation du privé, votre soutien à Jacques Chirac au plus bas après la dissolution quand tout le monde désertait ou encore votre départ des Républicains en juin dernier. On va y revenir, mais ce livre n'est-il pas celui d'une femme qui ne cache plus ses ambitions présidentielles ? Il ne faut pas le lire entre les lignes. J'ai la politique dans le sang, écrivez-vous.
Je ne veux pas m'arrêter là, affirmant vouloir être utile à votre pays, vous disant prête à vous retrousser les manches et parcourir la France pour construire un projet ambitieux.
C'est vrai que je veux participer à la reconstruction de la droite. Et je veux participer à cette reconstruction parce que je ne me résous pas au face-à-face entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Et je pense qu'il y a de la place pour, je vais dire, j'aimerais mieux que ce ne soit pas Marine Le Pen si c'est une femme. Mais je pense surtout que les Français attendent ça. Vous avez vu le sondage qu'il y a eu la semaine dernière. Les Français sont résignés à avoir Emmanuel Macron face à Marine Le Pen. Mais ils n'ont pas envie d'avoir ça. Ils ont envie qu'on se réveille, nous, les politiques. Et ils ont envie aussi peut-être qu'on trouve des solutions nouvelles à leurs problèmes.
Mais est-ce que vous songez à une candidature présidentielle ? À ce stade, comme je le dis dans le livre, je suis très très prise par ma région. Et je vais faire le boulot jusqu'au bout parce que je pense que c'est pour ça qu'on m'a élue. Et que les Français en ont ras-le-bol des politiques qui pensent toujours à l'étape d'après. Mais c'est vrai que je monte sur le ring. Et je monte sur le ring parce que la droite a besoin que ceux qui peuvent viennent apporter de l'eau à cette reconstruction. Moi, on m'a donné un porte-voix. Ça s'appelle la région. Et je vois dans cette région, je vois monter la pauvreté. Je vois monter la question sociale. Je vois monter la question écologique.
J'ai un enfant sur deux qui naît dans ma région, qui est issu de l'immigration. Un enfant sur deux qui naît, qui a un parent né à l'étranger. Donc, je veux dire, les questions d'intégration, les questions de nation, les questions d'école, d'éducation, de réussite, d'autorité. Toutes ces questions-là sont au cœur de ma vie. Et ça fait un projet politique pour la droite. Et moi, il n'a pas de copyright, ce projet. Si quelqu'un veut copier, si quelqu'un veut reprendre les idées, ils pourront.
Si je vous pose la question, c'est que vous avez reçu un encouragement de poids très symbolique. Le 11 octobre dernier, Nicolas Sarkozy vous a remis la Légion d'honneur en vous disant « Tu rêves grand pour nous, pour notre pays, pour toi. » L'un de vos proches conseillers a confié à France Info que vous étiez scié, que vous aviez prévu un petit discours que vous n'avez pas réussi à faire tellement vous étiez décontenancé sur un petit nuage. Donc même pour faire plaisir à Nicolas Sarkozy, vous ne voulez pas vous lancer.
En réalité, j'ai été scié que Nicolas me connaisse aussi bien. Parce qu'en fait, il a parlé de moi, mais il a parlé de moi vraiment, effectivement, en connaissance de cause. Il a parlé de la femme. Et effectivement, il a dit « Tu t'es construit une carapace. » Laisse-toi aller. « Tu t'es construit une carapace pour te protéger. » « Je sais que c'est pour te protéger, mais montre-toi tel que tu es. »
J'ai connu la bonne élève, c'est ça qu'il a dit. J'ai connu la bonne élève au gouvernement et ça me rassurait. Mais il faut aller plus loin. Il faut dépasser le stade de la bonne élève, c'est ça.
Oui, il m'a dit, il a dit « Montre-toi tel que tu es et les Français t'aimons. »
Ça tombe bien parce que c'est tout l'objet de ce livre. Réduire le décalage entre ce que les gens voient de vous et ce que vous êtes. C'est un décalage dont vous dites souffrir, notamment de l'image de Pécresse Neuilly, Pécresse Versailles, la candidate des serre-têtes et des jupes plissées pour reprendre l'expression acide de votre adversaire Claude Bartholone aux régionales de 2015. Vous dites « On me reproche d'avoir vécu à Neuilly, mais ce reproche, on ne le fait pas à François Hollande ou à Dominique Choscan. »
Qui ont grandi à Neuilly comme moi, effectivement. Non, mais la vérité, c'est qu'on a toujours besoin de caricaturer l'adversaire en politique. En particulier quand c'est une femme ? Alors, en particulier quand c'est une femme, sauf Marine Le Pen. Alors là, je m'aperçois, en écrivant ce livre, je me suis aperçue que finalement, des erreurs qu'on n'avait pas pardonnées à des femmes politiques, je pense à la bravitude de Ségolène Royal, je pense au ticket de métro de Nathalie Kosciusko-Morizet, c'est des erreurs qu'on pardonnait aux hommes, parce que mon adversaire Jean-Paul Luchon...
On appelait ça des bourdes.
Voilà, il ne savait pas non plus le prix du ticket de métro, mais comme c'était un homme de gauche, c'était forcément près du peuple. Mais il y en a une à qui on pardonne tout, c'est Marine Le Pen. Marine Le Pen, elle dit, le SMIC horaire, c'est 36 euros de l'heure, et ça passe comme une lettre à la poste. Alors Marine Le Pen, elle représente le peuple, elle défend le peuple, et elle dit que le SMIC est à 36 euros de l'heure, pardon de lui dire que c'est 10 euros et quelques, 10,20 euros. Voilà, et ben si moi j'avais dit ça, vous pensez que Pécresse-Neuilly, Pécresse-Versailles, ça m'aurait été épargnée ?
Bon, donc je pense qu'aujourd'hui, il y a un problème de compétence en politique, et il y a un problème de sérieux, et on ne peut pas faire confiance à quelqu'un qui ne sait pas aujourd'hui du tout comment vivent les Français.
Le sexisme en politique, il occupe plusieurs pages de ce livre, vous en donnez beaucoup d'exemples, édifiant notamment qu'aujourd'hui encore, alors que vous êtes présidente de la région Île-de-France, on vous appelle Madame la vice-présidente, vous appelez ça l'école du vice ?
Oui, j'appelle ça l'école du vice parce que les femmes sont toujours vice, quelque chose. Mais ça ne colle pas à une femme présidente ? Non, et alors le pire, c'est que c'est des femmes de gauche, des féministes, qui quelquefois, c'est un lapsus, elles ne le font pas exprès, ce n'est pas du tout pour me charler. C'est intégré, c'est ce que vous dites.
C'est qu'une femme présidente, ça ne le fait pas. Vous racontez également votre entretien d'embauche au gouvernement face à Dominique de Villepin qui vous explique que vous ne devez ce poste...
Chez Chirac, chez Chirac.
Non, non, c'est chez Chirac, comme conseiller. Qu'au fait d'être femme ?
Oui, alors il me reçoit la première fois, il me dit, est-ce que vous avez bien conscience que vous êtes favorite pour le poste uniquement parce que vous êtes une femme ? Oui, et il continue. Alors je lui ai dit, écoutez, de toute la façon, ce sera un très bon choix, je ne me laisse pas désarçonner, mais après il continue. Et là, pour le coup, il m'a désarçonnée. Il m'a dit, mais de toute la façon, vous êtes une femme normale, vous avez un mari, vous avez des enfants, donc vous ne ferez jamais de politique. Il n'y a pas de femme normale en politique, il n'y a que des névrosés.
Elle est absolument dingue, cette anecdote. Mais elle est tellement lui.
Pour ceux qui le connaissent. Non, mais c'était de la provocation. C'était pour me dire, finalement, vous n'avez pas votre place ici, parce que quand on veut faire de la politique, il faut tout perdre. Il faut perdre son mari, il ne faut pas avoir d'enfant. Les femmes ne peuvent pas vivre dans ce monde d'hommes.
Je vous crois sincèrement aujourd'hui, féministe Valérie Pécresse, mais je me demande pourquoi vous n'avez rien dit jusque-là. Beaucoup vous reprochent de prendre aujourd'hui la défense de Ségolène Royal, pour regarder sur sa bravitude alors qu'à l'époque, vous n'avez pas fait preuve d'une grande solidarité féminine, ni à son égard, ni à celui de Martine Aubry. Regardez.
Définir un projet pour eux, c'est un véritable défi. D'ailleurs, on le voit, Martine Aubry en a perdu son latin, enfin plutôt son français, en nous dégoûtant, en nous dégotant, pardon, l'absence révélateur, la société du cœur. La société du cœur, personne ne sait ce que ça veut dire. Elle non plus d'ailleurs. Mais peu importe, pour masquer le vide des idées, autant créer son propre vol à puque. Alors à ma gauche, il y a le cœur, à ma droite, il y a la bravitude. On comprend que dans ce contexte, Dominique Strauss-Kahn préfère se taire. Et au nom de tous les amis de la langue française, nous lui disons merci. Vous étiez un peu moins féministe à l'époque.
Mais attendez, attendez, être féministe, ça ne veut pas... Quand les femmes disent des bêtises, c'est pas ne pas dire qu'elles le disent. Pardon de vous dire, la société du cœur de Martine Aubry, elle-même, n'arrivait pas à définir le concept. Mais la bravitude ? La bravitude, c'était pour faire rire. Et quant à Strauss-Kahn qui ne dit rien, c'est plus méchant de dire de Strauss-Kahn qui ne dit rien, que de dire de Ségolène Royal qu'elle dit la bravitude. Parce que la vérité, c'est que celui qui ne dit rien, c'est celui qui n'a rien à dire.
C'était extrêmement sexiste comme attaque à l'époque pour Ségolène Royal.
Non, non, non, non. Alors là, quand vous faites ça, vous faites du sexisme à l'envers. Quand une femme... C'est ce que Ségolène Royal a expliqué.
C'est ce qu'elle a beaucoup dit, elle.
Qu'elle avait été victime de sexisme. C'était sexiste. Non, mais elle a été victime d'énormément de sexisme. Et ce que je dis sur la... Non, pas du tout. Mais je ne participais pas. Elle était... Ah non. Là, je vous demande d'arrêter tout de suite de... On a le droit d'attaquer une femme. Quand elle dit une bêtise, le problème, ce n'est pas ça. Le problème, ce n'est pas qu'elle ait été attaquée pour la bravitude. Le problème, c'est que quand un homme fait une faute de français, et les hommes en font toute la journée, les hommes politiques, ils font des fautes de français toute la journée, personne ne les attaque. C'est ça, le sexisme.
Pardon de dire, si votre adversaire est une femme, ce n'est pas parce que c'est une femme que je ne vais pas dire que je ne suis pas d'accord avec elle. Ça, c'est un faux procès. C'est comme quand on vous dit, vous n'avez pas le droit d'attaquer quelqu'un parce qu'il est ceci, mais ceci.
Mais pourquoi n'avez-vous rien dit jusque-là ? C'est tout ce que vous racontez qui est absolument édifiant dans ce livre.
Alors, je demande quand même à tout de suite rectifier. Moi, j'ai toujours pris la défense des femmes quand elles étaient attaquées. Yamina Benghigi, qui bégayait tellement les machos lui hurlaient dessus dans l'hémicycle, je lui ai envoyé un petit mot tout de suite en lui disant, ne t'inquiète pas, parle dans le micro, sois sereine, etc. J'ai toujours été en solidarité féminine. En revanche, quand c'est un adversaire politique, c'est un adversaire politique. Mais pour moi, Ségolène Royal n'est pas plus une femme ou un homme. C'est un adversaire politique. En l'occurrence, c'était l'élection présidentielle et nous voulions l'élection de Nicolas Sarkozy.
Mais j'aurais eu en face de moi un homme politique, d'ailleurs Strauss-Kahn, qui aurait dit des bêtises. Je peux vous dire que je n'aurais pas hésité non plus. Ça s'appelle la politique. Donc, je ne dis pas que je n'ai jamais donné de coups. Dans la vie politique, on donne des coups. Mais moi, je ne les ai jamais donnés en dessous de la ceinture. Et le problème de ce que ce livre montre, c'est qu'en réalité, des coups en dessous de la ceinture, la politique en regorge. Et quand on est une femme, c'est encore plus facile de vous en donner. Parce que vous êtes une maman. Donc, on peut vous attaquer sur vos enfants. Vous êtes une épouse. On peut vous attaquer sur votre mari.
Justement. Votre conjoint. Dans ce livre, puisque vous en parlez, vous racontez l'importance de votre famille, qui est une source d'équilibre indispensable pour supporter la violence de ce milieu. Vous racontez n'avoir jamais voulu exposer cette famille. Pas de photos de grossesse, pas de photos d'enfants dans les bras. Quitte à passer, dites-vous, pour quelqu'un de froid, de désincarner. Malgré cela...
C'est bignon quand même un bébé. Demandez. Demandez à tous les hommes politiques qui n'hésitent pas.
Malgré cela, la politique a bien failli briser votre famille. Comme vous l'avez évoqué sur France Inter, notamment quand une nuit, vous recevez des appels malveillants chez vous d'une soi-disant maîtresse de votre mari. Vous savez donc qui était à l'origine de ces appels.
En fait, c'était pendant une campagne électorale. Et effectivement, mon mari a eu le bon réflexe. Parce que moi, ça m'a complètement perturbée. Ces appels, ce très mauvais canular téléphonique, entre 2h, 3h, 4h du matin, coup de fil. Ce n'est pas parce que ta femme fait de la politique que tu as le droit de me larguer. Enfin, voilà, ce genre de situation. Et le lendemain, mon mari est allé porter plainte. Et là, j'avoue, j'ai eu de la chance. C'est comme j'étais une femme politique. Il y a eu une enquête. Si c'était arrivé à n'importe lequel d'entre vous, peut-être qu'il n'y aurait pas eu d'enquête. Mais moi, il y a eu une enquête. On est remonté sur les jeunes qui avaient fait ça.
Et effectivement, c'était des jeunes militants socialistes qui avaient voulu me déstabiliser.
Et depuis, vous n'avez plus de téléphone fixe ?
Ah ben, ça fait 10 ans que je n'ai plus de numéro de téléphone fixe. Ben non, parce que quand ça vous arrive une fois... Et alors, il faut vraiment vous dire, mettez-vous à ma place. Il faut avoir vraiment confiance dans son conjoint quand ça vous arrive, ce genre de choses. Et l'objectif, c'est de vous déstabiliser. J'ai eu plein d'autres coups fourrés. Un jour, on m'a dénoncée pour un accident de voiture avec des litres de fuite. Un jour, j'étais dans ma voiture et on m'appelle et on me dit, il y a le juge Courrois qui enquête sur toi. Tu as eu un accident de voiture et tu t'es enfui. Je me dis, peut-être Kennedy, vous voyez, ma carrière est terminée.
Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Je savais que je n'avais pas eu d'accident de voiture. Je me dis, si, si, si, tu fonçais avec une voiture officielle, vitre fumée, pimpon et tu as provoqué un accident. Tu ne t'en es pas aperçu, tu t'es enfui. Je me dis, c'est juste pas possible parce que d'abord, ça ne m'arrive pas. Et en fait, heureusement que je suis dans un monde d'hommes parce qu'ils se sont trompés de jour. Ils ont pris un jour qui était le lundi des vacances de la Toussaint. Vous étiez avec vos enfants. Et j'étais partie en vacances de la Toussaint avec mes enfants. Parce que comme je suis dans un monde d'hommes, ils ne connaissent pas les dates des vacances. C'est dommage.
Mais il faut avoir de la chance, voyez, en politique. Parce que quand on vous monte un coup pareil, si jamais j'avais été là, c'était sur mon chemin, sur mon trajet. Donc si j'avais été là, il y aurait eu cette rumeur, il y aurait eu cette fake news. Et peut-être que je ne m'en serais pas sortie. Patrick.
Alors vous défendez une droite moderne face à la droite conservatrice de LR pour ne pas laisser à Emmanuel Macron le monopole de la modernité, dites-vous. Mais j'ai bien regardé vos positions et vos propositions, qui occupent à peu près un tiers de votre livre. Et j'y ai vu un équilibre très macronien sur beaucoup de sujets. Est-ce que vous avez un exemple, un seul, d'une idée qui serait radicalement différente de la politique suivie actuellement ?
D'abord, je baisserais radicalement toutes les dépenses de l'État. Et cet argent, je le rendrais aux Français. C'est ce que je fais aujourd'hui dans ma région. J'ai fait 1,5 milliard d'économies. Non, mais c'est important, M. Cohen, parce que je vous vois arriver. Vous allez me dire, ça c'est du comptable, c'est de la gestion. Non, ce n'est pas comptable. La question du pouvoir d'achat...
Dans une région, ce n'est pas aussi simple de le faire à l'échelle nationale. C'est beaucoup simple. Vous voyez, vous allez avoir tout à l'heure des interlocuteurs qui vont vous réclamer de l'argent, justement, pour l'hôpital.
Mais M. Cohen, ça c'est un faux argument. Parce que dans ma région aussi, on me réclame de l'argent. Vous croyez qu'on ne me réclame pas de l'argent pour faire circuler le transport ? Vous croyez qu'on ne me réclame pas de l'argent pour rénover 200 lycées vétustes ? Vous croyez que je n'ai pas des urgences sociales ? Simplement, j'avais dans ma région une quinzaine de structures qui servaient très marginalement. Et dedans, il y avait effectivement du personnel, mais qui n'avait pas beaucoup de choses à faire, qui observaient, qui faisaient des notes, qui faisaient de l'administratif. Et ces structures, ces 15 structures, je les ai fermées une par une. Ça n'a pas été facile.
J'ai reconverti toutes les personnes qui étaient dedans. J'ai fait 430 suppressions de postes. Et j'ai réorganisé les services. Et j'ai économisé 1,5 milliard. Cet argent, j'en ai fait quoi ? J'ai pu donner des ordinateurs à la moitié de mes lycéens, des ordinateurs pour rompre la fracture numérique des lycéens qui n'arrivent pas à avoir accès au numérique. J'ai rénové... Mais fois 5 ? Mais bien sûr...
Je suis vraiment déstructueux.
Mais enfin, pourquoi moi, j'y arriverais et pas l'État ? Vous croyez vraiment qu'il n'y a pas des doublons dans l'État ? Vous ne croyez pas qu'on fait tous exactement la même chose ? Je vais vous donner un exemple.
Non, mais toutes les présidents de région disent ça. Pardon, j'ai entendu Laurent Wauquiez pendant 2 ans dire « Regardez, moi, ce que j'ai fait au niveau de Ronald-Pauvergne, je peux le faire au niveau de l'État. » La même chose. J'ai fait des économies et on peut le faire au niveau de l'État. Vous pensez vraiment que c'est plus simple que ça ?
Quand j'ai été ministre du budget, c'est la seule année, en 2011, où le budget de l'État a baissé en valeur. Donc oui, c'est possible de baisser les dépenses de l'État. Le sujet, c'est qu'il faut avoir le courage, c'est compliqué, de fermer des structures, de les fermer complètement.
Et donc de supprimer des postes et de licencier du personnel ?
Non, on licenciera jamais un fonctionnaire, M. Cohen. Ça, ça n'existe pas. Alors comment on fait les économies ? On redéploie sur les départs en retraite. On le redéploie. Vous savez, tout le monde vous dira que c'est impossible. Pourquoi on dépense 45% ? Pourquoi il y a 45% de notre richesse qui part en impôts ? Alors que la moyenne de l'Europe, c'est 40. Est-ce que vous pensez vraiment qu'on est moins bien soigné en Allemagne qu'en France ? Est-ce que vous pensez vraiment qu'on a des moins bonnes écoles en Hollande qu'en France ? Non, le sujet, c'est qu'on gaspille. Et là, je vais vous donner un exemple. On va en parler avec nos amis médecins. La première année de médecine.
Première année de médecine. Alors il y a une réforme en cours, il faut aller encore plus loin. C'est 60 000 jeunes, très bons à l'école, qui rentrent en première année de médecine. D'accord ? 12 000 euros par jeune. 700 millions le coût de la première année de médecine. Il y en a 80% qui vont échouer. 600 millions de coûts. Et le coût humain, il est de combien ? Et le coût pour les familles qui donnent des petits cours à leurs enfants pour qu'ils puissent passer les QCM de la première année de médecine. 600 millions d'euros. Et bien je vais vous dire, on en prend 300, on les donne à l'université française qui en a besoin, on en prend 300, on les donne à l'hôpital public, et là, 600 millions.
Vous êtes sur le ring, comme vous l'avez dit tout à l'heure, à Babette à une question sur la présidentielle. Avant la présidentielle de 2022...
Vous savez le pouvoir d'achat ? Le pouvoir d'achat, c'est un sujet que je crois que le gouvernement n'a pas pris conscience de la paupérisation aujourd'hui.
Je vais vous parler de transport. C'est important les transports. Absolument. Avant la présidentielle de 2022, il y aura les régionales en 2021. Mais avant les régionales, il y aura l'enfer du 5 décembre prochain et des jours suivants pour les usagers des transports parisiens. Mais avant le 5 décembre, vous savez que pour beaucoup d'usagers, c'est l'enfer tous les jours. On a là des images de la ligne 13, souvent citées, 4 personnes par mètre carré. Je pourrais vous parler des rames bondées aux heures creuses, l'après-midi ou même le soir. Des métros qui n'arrivent plus, sans explication ni excuse. Pourquoi ça marche aussi mal ?
Alors, sur la ligne 13, je rectifie... Pas seulement sur la ligne. Non, non, non, mais si, d'abord, ça ne marche pas aussi mal que ça. La situation est très contrastée. Pardon de vous dire que quand je suis arrivé, le RERA ne marchait pas. Aujourd'hui, 1,4 million de personnes sur le RERA. Et à part sur la branche de CRJ, ça se passe très bien à l'île demandée aux personnes qui prennent le RERA. La vérité, c'est qu'il faut s'attaquer à chaque ligne. Pour ne pas faire une généralisation comme vous le faites, ça ne marche pas comme ça. Non, il y a des points noirs. La ligne 13 est un point noir, on le connaît depuis longtemps. Elle est totalement ponctuelle, cette ligne.
Elle est à 92% de ponctualité, donc pratiquement ponctuelle. Le problème, c'est sa saturation. Il y a trop de noms. Et pour enlever cette saturation, il faut faire la ligne 14. La ligne 14, elle a tapé dans la nappe phréatique, M. Cohen. Elle a pris un an de retard. Elle a pris un an de retard. Non, mais vous voyez, les transports, ce n'est pas du simplisme. Les transports, ce n'est pas juste « Ah, il faudrait des transports ». Non, les transports, c'est beaucoup de méthodes. Et c'est aussi travailler sur les comportements. Moi, depuis que je suis arrivé, je ne suis pas contenté de mettre des nouveaux trains, d'acheter 700 rames neuves. J'ai aussi changé les comportements.
Télétravail, décalage des heures de pointe, les bus, le vélo électrique. 500 euros pour acheter des vélos électriques, pour essayer de prendre moins le métro.
Je vous assure que ça marche beaucoup plus mal que ce que vous dites pour les usagers du quotidien.
Non, non, M. Cohen, c'est très contrasté. Le RER B ne marche pas, le RER D ne marche pas, le RER C ne marche pas. Ça fait beaucoup de lignes.
Ça fait beaucoup et il y a des horaires de métro. Il ne reste que de lignes. Les rames bondées aux heures creuses parce que le cadencement est ralenti. Les gens ne comprennent pas sur le quai pourquoi les rames s'espacent de 5, 6, 7 minutes aux heures creuses, l'après-midi et même le soir.
Alors, je vous explique une chose. Pourquoi aujourd'hui on a une saturation qui est conjoncturelle des métros en ce moment ? C'est parce que les bus ne roulent plus. Il y a trop de chantiers dans Paris. La vitesse des bus aujourd'hui dans Paris avec les chantiers est tombée en dessous de 6 km heure. Donc, évidemment, quand certains bus roulent moins vite que quand on marche, les personnes descendent dans le métro. C'est la faute de Nidalgo ? Non, mais ce que je voulais vous dire, ce n'est pas ça. C'est que quand on veut faire un diagnostic, il faut le faire avec exactitude. Et puis, moi, je résous chaque problème ligne par ligne parce que chaque ligne est différente.
Et dire les transports, ça ne marche pas. Il y a plus de 14% de personnes dans les transports en commun depuis 3 ans. Oui, mais ça veut dire qu'ils sont quand même heureux de les prendre. Sinon, ils ne les prendraient pas forcément. Contraints de les prendre. En tout cas, plutôt qu'heureux. Je vais vous dire, il y a les deux. Il y a ceux qui ont eu des nouveaux trains, qui sont heureux des nouveaux trains. Il y a ceux qui ne les ont pas eus et qui sont malheureux. Je ne nie pas qu'il y a des millions de personnes malheureuses dans les transports en commun en Ile-de-France. C'est mon combat de tous les jours. Ce que je dis, c'est que ligne par ligne, on peut l'améliorer.
En septembre, quand la ligne 14 arrivera, la ligne 13 sera désaturée de 25%. Très régulière, normalement, ça devrait aller mieux. Mais on fera plus de vélos. Mais vous croisez les doigts quand même. Vous en êtes là à croiser les doigts. Mais attendez, les transports, c'est très très dur. Il y a 30 ans sous investissement. Et moi, je suis là depuis 3 ans. Vous vous rendez compte de l'énergie que j'ai mis dans le système ? Quatre ?
Il faut malheureusement qu'on avance et qu'on passe au sujet suivant. Et c'est cela qui change à tout. C'est chez Robert Laffont. Merci beaucoup. Vous restez avec nous pour parler de ce mouvement inédit.
Valérie Pécresse