Les séniors, trop accros aux écrans ?
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France Inter, France Inter, le téléphone sonne, Christelle Rebière. Ils scrollent, likent et partagent au moins trois heures par jour. Non, on ne parle pas des 18-24 ans, mais des septuagénaires. Plus d'un sur deux passent tout ce temps devant les écrans, d'après le dernier baromètre du numérique de l'ARCEP, comme tout le monde en fait. Le portable et les tablettes se sont installées dans leur vie, mais contrairement aux plus jeunes, personne ne les culpabilise.
La journée peut ressembler à ça, lire les journaux sur une tablette au petit déjeuner, répondre à des messages sur le groupe WhatsApp de la famille ou parler avec des copines du yoga, faire des achats en ligne, après l'heure du déjeuner jouer aux scrables ou aux échecs en ligne, reprendre le pouls du monde via les réseaux sociaux, s'amuser à suivre des influenceurs du même âge, il y en a, regarder les polémiques, visionner des vidéos amusantes venues du bout du monde et chercher l'amour sur des sites de rencontres. Le soir, on peut aussi s'endormir avec des podcasts après une journée bien chargée.
Il n'y a pas d'âge pour devenir des geeks, alors si vous avez succombé aux écrans numériques et à leur flux vertigineux et infini, eh bien témoignez, c'est le téléphone sonne ce soir et il ressemble à un écran de smartphone. Le téléphone sonne, 01-45-24-7000. Bonsoir Renée. Bonsoir Madame. Soyez la bienvenue. Je vous remercie. Renée, je peux donner votre âge ? Oui, oui. Vous avez 80 ans ? C'est ça, oui. Et alors vous êtes devenue une geek ? Non, pas tout à fait.
Mais je n'utilise pas la même utilisation que toutes celles que vous avez énumérées, mais j'utilise avec plaisir mon smartphone. Entre le smartphone d'aujourd'hui et le petit portable que deux meufs m'avaient offert il y a, je ne sais pas, peut-être déjà 30 ans ou 40 ans, il y a un grand progrès. Donc le smartphone, c'est vraiment très utile. À condition évidemment de bien gérer et puis de ne pas se laisser trop absorber, de vivre le temps de la journée.
Alors, qu'est-ce que vous allez y chercher d'abord ?
Eh bien, des compléments d'information.
De l'information d'abord, oui.
Oui. Bon, par exemple, je ne m'en sépare pas. Par exemple, évidemment, on est tous appelés à attendre chez le médecin, que sais-je, et quelque part, dans une zone d'attente. Moi, j'avais toujours de la presse ou un livre dans ma voiture. Maintenant, mon smartphone, je consulte ce que je veux. J'en gênais mes voisins, je ne mets jamais le son pour gêner qui que ce soit.
Oui, c'est comme les jeunes, ça ne vous permet de ne pas vous ennuyer au fond. Dans certains cas. Oui, oui. Dans certains cas, ce n'est pas ma seule distraction. Ce n'est pas ma seule distraction. Mais j'imagine bien. Oui, oui. Et Renée, vous disiez tout à l'heure, à condition de bien le gérer, c'est-à-dire ? Quelles limites vous fixez, vous ?
C'est-à-dire que c'est passionnant. Et en plus, les professionnels qui offrent des informations ou que sais-je, d'autres attraits, ils vous captivent. Donc moi, je me mets aussi des limites. Je me mets des limites de temps. Par exemple ? J'aime être bien informée. Alors, les chaînes de télévision d'abord, et puis après des compléments d'informations, je peux les consulter sur mon portable. Je ne veux pas avoir la télé dans ma chambre, donc je reste dans mon living pour pouvoir consulter mon portable si j'ai besoin de compléments d'informations.
Donc on a bien compris que pour vous, l'information, c'était quelque chose d'important. Alors, pour en parler avec vous... Et autre chose aussi, les découvertes. Et des découvertes. Et oui, c'est une ouverture sur le monde quand même aussi.
Exactement. C'est une fenêtre, oui.
Restez avec nous, Renée. Pour en parler avec vous, Lucie Brice Mansankal. Bonsoir. Bonsoir. Merci d'être dans ce studio. Vous êtes directrice d'études au Credoc, le centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie. Co-autrice de l'édition 2025 du baromètre du numérique du Credoc. On va y venir. Nous sommes en ligne aussi avec Georges Brousse. Bonsoir. Bonsoir. Psychiatre, addictologue, chef du service d'addictologie au CHU de Clermont-Ferrand. Et en ligne aussi avec nous, une influenceuse senior, Nicole Tonnel. Bonsoir. Bonsoir.
Bonsoir à tous les trois.
Soyez la bienvenue. Merci d'être avec nous. Merci. Alors, Renée a la 80 ans, elle s'en sert beaucoup pour s'informer. Est-ce que c'est un cas assez classique, Lucie Brissement-Sankal ?
Alors, oui, c'est assez classique. Maintenant, c'est vrai que les seniors utilisent Internet majoritairement. 77% l'utilisent. Et ils l'utilisent surtout pour des choses de l'ordre de l'organisation. Donc, ils vont s'informer. Ils vont regarder des itinéraires, prendre des rendez-vous en ligne. Ça, ils le font de manière assez semblable au reste des Français, au final.
Et qu'est-ce qu'ils font en plus ? Parce que quand on lit qu'il y a un septuagénaire sur deux qui passe plus de trois heures par jour sur un écran, il fait d'autres choses.
Alors, ils sont aussi sur des usages qu'ont les plus jeunes. Ils sont aussi sur les réseaux sociaux. Alors, ils ont des pratiques différentes. Ils y connectent moins fréquemment. Ils sont plus dans la lecture, dans le commentaire occasionnel que dans le partage systématique tous les jours.
Oui, ils ne font pas des postes aussi souvent que les jeunes.
Ils ne font pas aussi souvent, mais ils en font.
Georges Brousse, vous entendiez René à l'instant qui disait « je fais attention quand même, je gère ».
Oui, c'est exemplaire. René, on peut la saluer. Bravo. Elle nous montre tout ce qu'on peut faire. D'ailleurs, elle pourrait dire aux jeunes. Elle pourrait donner des leçons. Comment gérer son Internet. On voit bien l'usage social qu'elle a d'Internet et aussi d'amélioration de ses connaissances et de ses compétences. Et les limites qu'elle met en diversifiant aussi ses activités qui ne sont, d'après ce que j'ai compris, pas simplement que sur Internet.
Donc, c'est important à cet âge-là aussi de se dire « attention, là, j'en fais un peu trop » ou est-ce qu'on se laisse emporter un peu comme, j'ai envie de dire, comme tout le monde ? Il n'y a pas d'âge pour se laisser emporter ?
Oui, c'est la réalité. En fait, ce que les études montrent quand même, c'est que les seniors ont, par rapport aux jeunes, des plus grandes capacités de contrôle sur la capacité de rentrer dans des comportements addictifs à l'égard des écrans. Toutefois, il y a des gens qui sont plus vulnérables chez les seniors comme chez les jeunes. Des vulnérabilités cognitives, c'est-à-dire des gens qui commencent à avoir des difficultés de se représenter les choses, des difficultés de faire attention aux arnaques notamment, ce qui n'est pas le cas de l'année. On voit bien qu'elle a la capacité, on va dire, à trier les choses.
Et plus les gens sont en difficulté, on pourrait imaginer, parce que c'est vrai que les outils améliorent les compétences des personnes, c'est-à-dire si on a des pertes de mémoire, si on commence à oublier des choses, qu'on puisse faire travailler son cerveau grâce aux réseaux sociaux, ce qui est vrai. Malgré tout, quand on est un peu vulnérable, il faut faire attention parce qu'on a moins de capacité à contrôler le temps qu'on y passe. Donc, il faut avoir des techniques quand même de contrôle de temps passé, les noter, avoir des petits agendas de consommation, si je puis dire, d'écran. Et puis aussi, faire attention aux contenus très stressogènes qu'on peut avoir.
Et là, on pourra en reparler, bien évidemment. Tant l'écran, vous en avez parlé, trois heures par jour, on peut passer trois heures par jour. Ça dépend du contenu vers lequel on se tourne. Si c'est un écran devant lequel on est complètement passif, avec des bandes d'informations qui sont extrêmement stressogènes, ce n'est pas la même chose que si on va rechercher de l'information pour savoir à quelle heure quel magasin est ouvert, pour prendre des documents médicaux. Il y a aussi l'accès, il y a des personnes qui n'ont pas accès à Internet parce que c'est difficile d'accès au réseau.
Et puis, on voit bien qu'on a un contraste, évidemment, entre les gens qui peuvent s'en servir, qui arrivent à s'en servir, et des gens qui sont plus en difficulté.
Vous, René, vous n'êtes pas passive dans votre utilisation des réseaux sociaux et d'Internet ?
Non, pas du tout. Puis, j'ai des limites. Bon, j'utilise WhatsApp. Pourquoi ? Parce que WhatsApp, on peut transmettre des vidéos, des images. Mais mes enfants me taquinent. Donc, je suis arrivée à mettre le réveil pour que je ne dépasse pas certaines heures le soir. Parce que je suis du soir, j'ai tendance à consulter mon portable après avoir éteint la télé ou ma tablette. Donc, j'essaye de limiter l'usage. Mais je voulais vous dire que c'est très utile aussi, l'échange. Parce que, par exemple, surtout à nos âges, il est important de communiquer, d'avoir un réseau, d'avoir des amis et de pouvoir échanger avec ses amis ou ses parents.
Et c'est ce que permet le smartphone, malgré les distances. Moi, je ne peux pas aller à des amis ou des parents qui sont à la réunion.
Vous, vous êtes en Guyane, Renée, c'est ça ? Oui, je suis en Guyane, voilà. Et oui, donc l'échange, c'est fondamental, évidemment. Ben oui. Ben oui.
On le dit tout le temps, dans d'autres cas, dans d'autres circonstances, que c'est important que les gens aient des repères et puissent parler à des gens de leur connaissance ou ce qu'ils aiment. C'est fondamental. Et ça, je ne m'en prive pas.
Ben oui, vous avez bien raison. Lucie Brice, merci beaucoup, Renée. Lucie Brice, pensant qu'à l'échange, c'est essentiel, surtout quand on vieillit. Et que parfois, on peut se retrouver isolé.
Oui, c'est vrai qu'on voit souvent le numérique comme un danger, mais ça peut être aussi une opportunité. Quand on pose la question à la population, quel que soit leur âge, ils voient les deux dimensions. On a les deux tiers qui nous disent que ça félicite la vie. Puis les deux tiers qui nous disent aussi, on a quand même des craintes, des inquiétudes, on a peur de se faire arnaquer, de ne pas avoir les compétences, de faire des erreurs. Mais c'est aussi merveilleux. Donc c'est les deux à la fois.
Alors, on a un message qui nous est arrivé via WhatsApp de Laure, qui nous dit, « Veuve, je passe beaucoup trop d'heures sur Internet et les réseaux sociaux. Ce sont souvent les seuls contacts humains que j'ai la journée. J'habite un village de 60 habitants. Ma famille est dispatchée aux quatre coins de France. Je préférerais tellement vivre auprès de mes enfants et petits-enfants. Au lieu de cela, c'est l'EHPAD qui m'attend. Cette civilisation a inventé la solitude et rendu les anciens inutiles à la société.
Et vous qui êtes au Crédoc, Lucie Brice-Mansankal, qu'est-ce que ça dit de nous aussi et de l'état de notre société, le fait que quand on devient très âgé, on a besoin de ce contact-là parce que finalement, on n'en a plus ?
Oui, je pense qu'on en a besoin à tout âge. C'est quelque chose qu'on voit quand on pose la question. Idéalement, les gens préfèreraient faire les choses en physique. Mais ça devient plus pratique de le faire par Internet. On peut réagir avec les gens à des moments qu'on choisit. Et donc, ça individualise un peu les rapports à l'autre. Et ça, c'est quelque chose qu'on explore dans nos recherches en général.
Nicole Tonnel, vous souhaitiez réagir ? Je rappelle que vous êtes influenceuse senior. On va parler avec vous dans une minute. D'accord. Oui, je vous en prie, vous souhaitiez intervenir sur la solitude, là, justement ?
Oui, il y a une grande solitude, effectivement. Moi, depuis 14 ans que je suis sur les réseaux sociaux, je me rends compte que j'ai beaucoup dans mes abonnés des personnes qui n'ont que ça, qui n'ont pas de vraie vie en quelque sorte, parce que la vraie vie, ce n'est quand même pas non plus réseaux sociaux, mais qui ont ça, ou certaines sont très malades, ou il y a des tas de personnes qui sont veuves, etc. Il y a une solitude énorme. Donc, moi, je vois quand même beaucoup, beaucoup, et surtout depuis le confinement, je vois énormément de personnes de plus en plus âgées, effectivement, qui sont sur les réseaux sociaux, sur ma chaîne principalement.
Donc, vous avez une chaîne YouTube, vous êtes sur Insta, vous êtes sur TikTok. Oui. Vous êtes suivie. TikTok, c'est moins sérieux, mais je suis sur YouTube, oui, et Instagram.
Et vous êtes suivie par environ 350 000 personnes, c'est ça ? 450. 450, oui, voilà. Pourquoi est-ce que vous avez eu envie de vous y mettre ? Où est-ce que ça s'est fait finalement tout seul ?
Non, ça ne s'est pas fait tout seul. Quand j'ai fermé mon institut de beauté et parfumerie, mon métier m'a manqué tout de suite. J'adorais donner des conseils, aider les personnes à se sentir mieux. Et je sentais parmi ma clientèle que la retraite était quelque chose qui leur faisait vraiment très, très peur. Parce qu'on ne va plus s'habiller, on va se laisser aller, qu'est-ce qu'on va faire, à part les petits-enfants, on ne sait plus quoi faire, etc. Et je voyais une certaine détresse. Moi, je me disais, mon métier, je vais continuer à le faire. Mais sur les réseaux sociaux, j'étais la pionnière. Il n'y en avait pas à l'époque. Parce que vous vous êtes lancée il y a quoi, il y a 13 ans ?
14 ans. 14 ans déjà, oui.
Oui, oui, au départ, oui, j'imagine. Ah oui, oui, oui.
Il ne devait pas y avoir beaucoup de monde comme vous. Mais non, il y avait les Américaines parce qu'elles sont bien plus vieilles que moi maintenant. Mais je reste encore la plus âgée.
Mais votre âge à ce moment-là, ça a été un handicap ou un atout pour démarrer ?
Ah non, ça a été un atout parce qu'il n'y en avait pas. Donc, je pense que tout de suite, j'ai eu des abonnés parce qu'effectivement, les conseils anti-âge étaient donnés par des jeunes et non pas par des personnes de leur âge. Donc, non, non, j'ai tout de suite eu effectivement des abonnés. Vous avez eu un public captif, si j'ose dire. Oui, j'ai une communauté extraordinaire, oui, ça c'est sûr.
Et aujourd'hui, Nicole, comme toutes les influenceuses, j'imagine que vous êtes très courtisée par les marques ? Oh, pas tellement.
Non, non, pas tellement. Sincèrement, pas tellement parce que oui, oh oui. Alors maintenant, c'est par des marques qui paieraient des prix d'or pour que je parle d'assurance d'essai, si. Ah oui. Mais ça, ça, je ne veux pas. Ah oui, c'est-à-dire le seigneur au sens large, on n'est plus dans l'esthétique. Ah là là, oui, oui. Et puis morose, quoi, carrément, pour vraiment faire le moral à plat à tout le monde. Non, ce n'est pas mon truc. Donc oui, j'en ai quelques-unes quand même de collaboration. Mais ce n'est pas énorme, non, non, non, non. Et je suis ravie de pouvoir dire ce que je pense. Donc je suis un peu tranquille par rapport à ça. Oui, c'est ça, vous pouvez dire.
Ça, c'est un bon produit ou ça, ça ne l'est pas, c'est ça ? C'est ça. Et puis en plus, j'ai une communauté qui me suit depuis 14 ans. Je n'ai pas du tout envie. Vous savez, quand j'avais mon institut, je préférais envoyer dans une parfumerie si je n'avais pas une marque. Et je pense que c'est comme ça, quoi. Je veux être honnête le plus possible pour garder ma communauté.
Est-ce qu'il y a beaucoup d'influenceurs seniors comme vous aujourd'hui, Nicole ?
Pas énormément. Il y en a beaucoup maintenant de 60 ans ou 55 ans. Oui, ça, il y en a beaucoup. Mais de mon âge, nous, on n'est pas nombreux. Vous avez plus de 70 ans. J'ai 74 ans, oui.
Et vous comptez continuer longtemps comme ça ? Écoutez, jusqu'à ce que je puisse. Mais vous prenez ça comme un jeu, au fond, où cette interaction avec les autres, elle remplit aussi votre vie à vous, Nicole ?
Ah, mais exactement. Moi, elle m'apporte énormément. Je leur apporte, mais elle m'apporte. Ce sont des échanges entre nous. Donc, non, non, non, non. Elle m'apporte beaucoup. Par contre, moi, je ne suis pas du tout réseau social. Je suis réseau social parce que c'est mon job. Oui. Mais une fois que j'ai fermé ma boutique, en quelque sorte, moi, je ne suis pas accro, quoi. Vous, vous n'allez pas vous informer, par exemple ? Pas tellement. Non, peut-être pas assez, d'ailleurs. Mais pas tellement. Non, je suis mon petit chemin. Et puis, tant que ça plaît, je pense que c'est ça qui est important. Tant que je plaît à ma communauté et tant que j'ai une passion pour le faire.
Eh bien, restez avec nous, Nicole. Évidemment, vous intervenez dans cette conversation quand vous le souhaitez. Bonsoir, Guy. Oui, bonsoir. Je suis un jeune homme de 83 ans. J'en ai pas un, j'en suis fier. Des réseaux. Oui. Je ne suis pas accroché au réseau du tout, du tout. Par contre, la radio, et surtout la radio, France Inter, surtout parce qu'il y a des flashs, qui est passionnant des intervenants, me rapproche un peu d'une vie que j'avais avant, normalement, très trépidante, avec des relations, etc. C'est un moyen de se tenir au courant, la culture, la politique, l'état du monde. Alors, il ne faut pas utiliser des seniors qui, parce qu'ils sont tout seuls.
Regardez dans tous les épreuves, parce que vous voyez des personnes dans les fauteuils roulants, il y a un écran de télé qui les garde. Oui, oui, c'est vrai. Donc, ils sont arrivés, vous voyez vous, et ce qu'il faut, l'intervention qui pourrait être faite quand même, c'est au niveau des autres. Parce que là, il faut effectivement réduire le temps de passer devant des écrans, parce qu'après l'habitude, la radio, à l'époque, j'étais policien, mon prof d'allemand me dit aussi. Mais Guy, vous, vous n'êtes pas tombé dans le piège des réseaux sociaux, vous ? Non. Ah ben, vous êtes fort. En luttant, quand même, il y a des fois. Ah, quand même, il y a eu un petit combat.
Oui, un petit combat, mais je pense que je sens gagnant. Et alors, comment vous avez fait pour résister à la tentation ? Ah ben, j'ai fermé le bouton. Vous savez, la liberté de Dieu nous a fait une main, nous a fait des doigts, et on peut tourner un bouton. Bon, ben, restez avec nous, quand même. Merci d'avoir témoigné, Guy. Georges Brousse, vous qui êtes psychiatre, addictologue, bon, Guy, évidemment, il dit qu'il faut faire attention aux enfants, il ne faut pas qu'ils tombent là-dedans. On en a fait des dizaines d'émissions sur le danger des réseaux sociaux pour les jeunes. Mais pour les personnes les plus âgées, quels sont les dangers réellement ? Quel est l'impact sur le cerveau ?
Est-ce que c'est exactement la même chose ?
Oui, alors, c'est un peu la même chose. Si vous me permettez, je voudrais juste rebondir juste avant sur le témoignage de Laure, parce qu'il m'a profondément touché, cette personne isolée, socialement.
Voilà, qui disait, ce sont mes seuls contacts humains, elle disait.
Voilà, je me permets de revenir sur ce, je reviendrai sur la question que vous me posiez par rapport au témoignage de Guy, mais ce que disait Laure tout à l'heure, ça nous renvoie quand même, en effet, sur la question du fait qu'il y a de très nombreux personnes âgées qui sont seules, 2 millions de personnes âgées en France qui sont seules, 500 000 qu'on considère en état de, ce qu'on dit de mort sociale, c'est-à-dire qu'elles ont des contacts avec personne.
Et ces isolements-là sont en faveur, de façon très importante, d'augmentation des dépressions du sujet âgé, de 20 à 30 % d'augmentation des dépressions des personnes âgées, qui sont sous-diagnostiquées, il faut le rappeler, c'est-à-dire que les personnes âgées déprimées sont moins bien traitées. Donc, évidemment, il faut être extrêmement vigilant à cet aspect-là, malgré tout.
La mort sociale, pardon, elle est liée à l'âge, elle commence quand on arrive à la retraite ?
Tout à fait, oui, on dit 60 ans et plus, c'est pas âgé, 60 ans, mais c'est au-delà de 70 ans, quand on ne voit plus les enfants, un certain nombre de personnes âgées, un sur trois, un sur quatre, ne voient pas leurs petits-enfants, sont coupés de leur famille, donc évidemment, pas de contact avec la famille, dans des villages où on n'a plus de contact avec les commerçants qui passaient dans le temps, ou les facteurs, ou donc un isolement où on ne voit plus personne. Ceci dit, les réseaux sociaux favorisent, et le travail que fait Nicole, justement, c'est de proposer aux personnes de rétablir du lien social.
Alors, peut-être, évidemment, on peut le voir de façon négative, parce que ce lien social-là, qui est construit de façon un petit peu, on va dire, artificielle, est peut-être moins bien que ne l'était le passage du facteur et du commerçant il y a 50 ans, mais malgré tout, ça apporte quand même du lien social, et ça recrée des conditions d'un lien social nouveau, moderne, parce qu'au fond, le lien social, depuis la nuit des temps, il a changé, il n'a jamais été comme avec des commerçants qui passaient dans les villages il y a 200 ans, c'était autre chose.
Alors, peut-être qu'évidemment, il y a un travail de l'évolution du lien social, et on doit travailler nous-mêmes sur la façon dont on prend soin des personnes seules, c'est ça que ça veut dire, c'est comment nous, on crée les conditions de la détection de l'isolement social, de la dépression des personnes âgées, et comment le lien social peut être construit.
Alors, attendez, attendez, parce qu'on va rester là-dessus un petit peu, parce que je trouve ça très intéressant. Lucie Brice Mansankal, est-ce que c'est quelque chose, vous, vous travaillez au Credoc, est-ce que cette question du lien social, elle apparaît dans vos études là-dessus ?
Tout à fait, sur le lien social et le numérique, et la présence de personnes en physique, c'est des thématiques qu'on a explorées, notamment pour la Fondation de France.
C'est vrai que le numérique, c'est à double tranchant, mais ça permet aussi de maintenir un lien, parfois, après des passages dans la vie, où on peut se retrouver sans les collègues de travail, ou après des accidents de vie, pas forcément seulement dans le grand âge, mais on peut se retrouver seul, ça peut permettre, à un moment, de se constituer une communauté, peut-être même de trouver, nous disaient des gens, son environnement, les gens qui sont les plus proches de soi, sa communauté affinitaire, si on est fan des produits de beauté, par exemple, de se trouver des passions avec des gens qui sont peut-être loin, et pas vraiment accessibles physiquement.
Oui, c'est ça, même si ce lien, finalement, il est très particulier, il est virtuel, au fond. Est-ce qu'on n'a pas peur, aussi, parfois, que ce lien virtuel, il ne remplace pas le lien réel ? Est-ce qu'on ne se raconte pas des histoires, aussi, à travers un lien virtuel comme celui-là ? Est-ce qu'il n'y a pas un risque, aussi, Georges Brousse, par rapport à ça ? À l'inverse, ça rétablit un lien, mais qu'il y ait un lien un peu faussé, quand même, non ?
Oui, c'est une vraie question. On se la pose, par exemple, dans le cadre des consultations, des téléconsultations, moi, j'ai des patients que je vois en téléconsultation, parce qu'ils n'ont pas les moyens de se déplacer, pas la possibilité de venir me consulter. Malgré tout, je les vois en visio, en téléconsultation, et il y a un lien. Alors, ça, tout le monde n'est pas d'accord là-dessus. Moi, je trouve qu'il y a quand même une possibilité de maintenir un lien. Alors, c'est toujours mieux quand les gens viennent, évidemment. C'est toujours mieux quand on a une présence, qu'on est en face de la personne.
Mais malgré tout, quand la personne ne peut pas venir, c'est une façon aussi de continuer à préserver une relation. Ce n'est pas complètement virtuel, virtuel au sens où on n'est pas des personnalités, c'est pas de l'intelligence artificielle qui parlent de l'intelligence artificielle.
Oui, mais vous, ce n'est pas pareil, parce que vous, c'est de la téléconsultation, quand même, M. Brousse. Vous êtes en visio, quand même.
Oui, oui.
Il y a quand même une proximité.
J'entends, mais quand Nicole parle, elle parle, c'est la vraie Nicole qui parle. Elle n'est pas artificielle, donc elle leur dit des choses.
Justement, Nicole, vous avez des choses à dire là-dessus. Oui, justement, c'est intéressant, cette conversation, Nicole.
Oui, c'est très intéressant. Mais écoutez, évidemment, c'est du virtuel. C'est sûr que c'est du virtuel. Mais moi, je pense aussi qu'il y a un message aussi à faire passer. Moi, je suis triste de les voir toujours trop sur les... Donc, je les indique, je leur indique d'aller peut-être... Ce n'est pas la vraie vie. C'est vrai que ce n'est pas la vraie vie. Donc, elles n'ont peut-être pas de choix. Il y a des personnes qui sont handicapées, qui ne peuvent pas sortir, etc. Mais il faut qu'on leur conseille aussi de faire autre chose, d'aller voir dehors, de rencontrer des gens. Mais vous faites ça, vous, parfois, Nicole ? On en parle beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup.
C'est-à-dire, vous parlez parfois en message privé avec ces...
Ah oui, là, je reçois tellement de messages privés.
Et alors, ça dit quoi, en général ?
Beaucoup de solitude, beaucoup de solitude. C'est ce que je reçois le plus, des gens qui sont... Donc, quelquefois, moi, je ne suis pas médecin, je ne suis pas sœur. Donc, c'est essayer de leur dire d'aller chercher de l'aide sur certains. C'est important. Mais en même temps, un petit mot, quelquefois, j'en ai qui viennent me dire bonjour tous les matins. Quelquefois, je me dis, oui, mon Dieu, je passe mon temps à répondre aux commentaires. Mais en même temps, c'est tellement important. Parce que, bon, c'est virtuel, c'est vrai. Il n'y a pas eu que du virtuel, là. Parce qu'avant, je faisais beaucoup de rencontres où je rencontrais mes abonnés de ville en ville.
Là, je le fais beaucoup moins parce que je vieillis aussi. Donc, je n'ai pas envie de faire autant que je le faisais avant le confinement. Mais j'en vois quand même certaines. Et puis, s'il y a un problème, je réponds, effectivement, à tous les commentaires. Mais, effectivement, c'est du virtuel. Ce ne sont pas des amis réels. Et ça, les gens, quelquefois, font l'amalgame. En disant, mais je suis déçue. Tu es mon amie. Et puis, tu as fait tes cheveux gris. Alors, je t'ai dit que je voulais que tu restes blonde. Je vous dis n'importe quoi. Mais tu es mon amie. Et j'ai besoin de te le dire. Mais moi, dans ma tête, je me dis, mais non, non, non, non.
S'il était en face, ça ne me dirait peut-être pas. Et bon, en même temps, nous ne sommes pas des vrais amis. Mais ça, je le dis de temps en temps, quand même. Ça, vous arrivez à le leur dire parfois ? Ah oui, oui, oui. Elles sont très importantes pour moi. Mais ce sont des amis virtuels. Virtuels. Oui, oui, oui.
Il faut vraiment faire la différence. Absolument, Georges Brousse. Parfois, c'est compliqué quand même. On sent que la ligne est ténue.
Complètement. Ça fait penser au fait que, de plus en plus, il y a des théories qui montrent qu'on se sent de plus en plus en proximité avec les personnes des écrans. Ou des écrans, que ce soit des écrans des réseaux sociaux ou de la télévision. ou une espèce de sentiment de connaître la personne. Alors qu'on ne la connaît pas, comme dit Nicole, on ne les connaît pas vraiment. Mais en même temps, quand on s'expose aux personnes et comme ça, on leur donne des conseils, qu'on est très présents, au fond, on donne une part de soi. Donc, c'est fatal. Les gens s'accrochent et ils vous considèrent un peu comme une personne qui fait partie de leur environnement.
Elle est un peu psy aussi, Nicole, apparemment, de temps en temps.
De toute façon, certainement. Mais en tout cas, elle leur apporte quelque chose. Et ça, c'est important. Ce n'est pas négligeable. Je trouve que c'est ce qu'on fait tous. C'est ce qu'il faut. Tout ce qu'on fasse, c'est apporter du soutien social et du lien social aux personnes qui sont isolées. Et on a à notre main, si je puis dire, différents moyens d'apporter du lien social. On peut aller à la rencontre des personnes. On peut les appeler. On peut les contacter via les réseaux. Et on a un certain nombre d'outils qui évoluent au cours du temps et que la technologie nous amène. Il faut savoir s'en servir pour renforcer les liens sociaux et non pas, évidemment, les détricoter.
Le risque, il est toujours pareil. Dans les nouvelles technologies, il y a une part positive qui est la capacité que ça a de créer du lien, apporter de l'information. C'est quand même ce que nous disait notre première... Oui, c'était René qui nous disait ça au début.
René qui disait ça, voilà, tout à fait.
Et donc, on a tous ces éléments-là. C'est l'accélération de la connaissance. Et puis, bon, il y a une régulation nécessaire. Et la régulation, c'est pas y passer trop de temps, pas faire que ça, pas s'enfermer sur ces réseaux parce qu'il faut avoir une activité physique parce que c'est bon pour la santé de marcher, de faire des choses, d'aller voir des gens. Donc, il faut avoir une activité physique. Il faut sortir de chez soi. Il ne faut pas être collé au réseau. Il faut en faire une partie de, on va dire, de l'ensemble des activités qu'on a dans une journée. Mais c'est un complément intéressant pour des personnes qui sont isolées, peut-être dans des villages qui ne voient personne.
Ça leur crée un lien avec l'extérieur. Mais ils doivent toujours... C'est ça qui est important. C'est la capacité qu'on a à se représenter, à se rendre compte que ça reste quand même virtuel, qu'il faut faire autre chose de sa vie, qu'il faut sortir, qu'il faut avoir une activité.
Mais ça, en fait, les seniors, ils le comprennent mieux que les jeunes, ça.
C'est ce qu'ils... Oui, c'est ce que montrent les études. Quand même, on dit que les seniors, ils sont globalement plus capables... C'est ce que disait Guy. C'est pour ça qu'on les culpabilise pas trop. Je crois qu'en fait, ils se disent qu'ils s'en fichent
et qu'ils font ce qu'ils veulent à leur âge.
Tout à fait. Mais c'est ce que nous disent nos ados. Et nos ados, ils n'ont peut-être pas tort non plus. Parce qu'en fait, au fond, ils ont aussi à apprendre ça. Et peut-être, on est un peu... Parfois, on veut un peu te redire à nos ados ce qu'ils ont à faire. Et ce n'est pas prudent parce que interdire les choses, ce n'est pas comme ça que ça marche. Ce n'est pas en interdisant aux lycéens d'avoir accès aux écrans qu'on va résoudre le problème des écrans. Enfin, si on pense ça, alors qu'il faut quand même un peu... C'est comme si on disait au seigneur, vous avez trop de risques d'être des réseaux sociaux, on va vous les interdire. Oui, oui, bien sûr. Ils diraient non et ils auraient raison.
Donc, en fait, il faut savoir réguler. La prévention, c'est des messages d'éducation, c'est des messages d'information et c'est des messages d'aide à la régulation. Tant qu'on a la capacité d'aider les personnes à réguler, il y a des personnes plus vulnérables. Chez les sujets âgés aussi, les personnes en dépression, on l'a dit, des personnes qui ont des altérations cognitives parce que là, ça va avec le vieillissement. Le vieillissement, le cerveau vieillit. Chez certaines personnes, quand le cerveau vieillit, on a des altérations qu'on appelle cognitives et des difficultés à faire la part des choses.
Donc, être plus sensible aux arnaques, plus sensible à un certain nombre de messages auxquels on est vulnérable. Et ça, il faut vraiment alerter.
On parle souvent des dégâts que ça fait sur le cerveau pour les jeunes et notamment en termes d'attention. Est-ce que ça fait aussi des dégâts, entre guillemets, sur le cerveau des personnes plus âgées ?
Alors, ce qui est intéressant, c'est que les études qui ont été faites, alors peut-être elles ont été faites en faveur des réseaux sociaux, si je puis dire, les études montrent quand même que globalement, chez les sujets âgés, quand ils utilisent Internet, c'est une amélioration globalement de leurs compétences. C'est-à-dire que ça améliore la mémoire, ça améliore leurs compétences visuospatiales, c'est-à-dire la façon dont on se situe dans l'espace.
Ça améliore leur fluence verbale, c'est-à-dire la façon dont ils vont pouvoir aussi parler, utilisant leur langage, avoir accès à des mots, donc des ressources langagières de mots qu'ils peuvent utiliser, parce que peut-être ils entendent beaucoup de mots et donc ça favorise comme ça, on va dire le maintien de la langue et du langage et de la mémoire et ça stimule la mémoire. Mais ça, c'est des études qui sont faites chez des personnes qui ont une utilisation raisonnée, donc pas une utilisation trop importante. Et des personnes, alors là où c'est plus complexe, c'est les personnes qui ont des altérations cognitives dont je parlais tout à l'heure.
C'est-à-dire des gens qui commencent à avoir des troubles de la mémoire, des troubles de l'attention, qui ne se rappellent pas de choses. Donc on dit, faites des mots croisés ou faites des exercices pour entraîner votre cerveau. Beaucoup de personnes âgées sont sensibles à ça et c'est vrai que c'est bien qu'elles le fassent. Pour l'instant, dans les réseaux sociaux, il y a une capacité à entraîner son cerveau, à le maintenir en activité, en état d'éveil et les contacts sociaux qu'on peut avoir, suivre Nicole sur son réseau, par exemple, et ainsi de suite, ça veut dire que c'est une capacité qu'on a à faire travailler son cerveau.
Sauf que certaines personnes, parfois, il faut faire attention, c'est la surcharge. C'est quand on fait trop les choses, mais comme chez les ados. C'est-à-dire que si on ne se limite pas, si on le fait dix heures par jour au lieu de le faire une heure ou deux heures, le cerveau se met en surchauffe et quand le cerveau se met en surchauffe, si on voulait l'entraîner, mais c'est comme si on fait faire de la kiné à quelqu'un qui vient d'avoir une fracture, si on fait de la kiné, on le fait doucement, on le fait de façon raisonnée, surtout quand on prend de l'âge, on sait bien, si on fait de la kiné, c'est de façon raisonnée.
Et pour le cerveau, c'est la même chose, c'est-à-dire qu'il faut le faire doucement. Si on le fait trop, le cerveau se met en surchauffe et là, c'est excessif et ça nuit. Et là, on perd les capacités et ce n'est pas bon pour la mémoire et ce n'est pas bon pour le langage parce que ça épuise les gens.
Donc, il faut arriver à s'autoréguler. Allez, on repart au standard. Il y a Catherine qui nous appelle de Nantes. Bonsoir Catherine. Oui, bonsoir. Nous vous écoutons.
Alors, j'appelle, c'est un peu humus forcément. Je vous appelle parce que j'ai une maman qui a 96 ans. Oui. 96 ans, c'est pas rien. Donc, elle a pué son compagnon il y a 7 ans et elle m'a demandé à aller acheter un téléphone avec un iPhone et elle se sentait vraiment très très seule et très perdue. Je l'ai formée sur Facebook, WhatsApp, Instagram. Elle va maintenant sur YouTube toute seule. Voilà, elle a appris petit à petit. Elle a son identité sur Facebook. Elle communique avec plein d'amis, enfin plein d'amis, des gens qu'elle connaissait déjà. Donc, elle a dit c'est un réseau. Elle a eu une curiosité insatiable.
elle va donc, elle se cultive, elle continue de se cultiver parce qu'elle a beaucoup de centres d'intérêt aussi bien à la culture en général mais bien sûr la couture, la cuisine, le voyage, tout est bon pour aller chez elle.
Oui, c'est-à-dire, j'imagine qu'elle n'est pas très très mobile votre maman à l'âge qu'elle a. Voilà. Mais ça lui permet d'avoir accès au monde en fait. Voilà, exactement. Et garder toujours une grande fraîcheur. Voilà. Et elle a eu le courage de s'y mettre parce que ce n'est pas facile pour sa génération de s'y mettre à ces outils-là.
Ma mère est une femme extrêmement dynamique, très courageuse et bon, ça correspond tout à fait à son tempérament. Et elle est vraiment extrêmement étonnante. Et comme le téléphone est en panne, dernièrement, le câble de recharge était en panne, il a fallu vraiment que je revienne très très vite parce qu'elle est exigeante. Il faut vraiment que ça soit dépané tout de suite. Maintenant, c'est un outil pour elle. C'est un outil
qui est devenu essentiel à sa vie en fait parce que c'est un lieu d'ouverture. Vous confirmez, Lucie Brice-Mansankal, c'est souvent le cas en fait dans les études que vous faites.
Oui, oui. On a demandé combien de temps on pouvait se passer d'Internet et les plus âgés nous disent qu'au bout d'une journée, ils seraient perdus. En fait, ça leur manquerait. Ils ont l'habitude.
Alors après, on va venir au fond de ce qu'on regarde. Beaucoup parlent d'informations et on a ce message d'Hélène, on en a plusieurs qui vont à peu près dans le même sens. Elle dit, ma mère a 84 ans, elle passe des heures et des heures par jour à visionner des vidéos sur YouTube, vidéos complotistes, pseudo-professionnelles de la santé, vidéos truquées. Elle se fait arnaquer en achetant des produits miracles. Nous avons dû intervenir auprès de la banque pour bloquer tout achat sur le web. Elle est seule, sa santé est fragile, elle n'a pas d'activité extérieure. Ça, c'est le risque.
C'est-à-dire que parfois, les personnes très âgées n'arrivent pas forcément à faire la différence entre une fake news et une vraie information.
Je pense que c'est la vulnérabilité. Alors, il y a l'âge qui joue à partir d'un moment, le déclin cognitif, mais la vulnérabilité à tout âge et l'exposition. Plus on s'expose, plus on est à risque. Et si on est vulnérable à ce moment-là, même si on est jeune, on est en détresse. Mais c'est vrai qu'il y a une crainte spécifique des personnes âgées sur le fait de se faire escroquer. Il y a les arnaques, mais il y a aussi tous les discours complets. Voilà, c'est ça,
tous les discours complotistes. Est-ce que c'est lié, Georges Brousse, effectivement, à notre façon de comprendre le monde qui n'est pas la même quand on devient très âgé ?
Oui, malheureusement, j'aurais tendance à dire que le discours complotiste n'est pas que le fait d'une séduction pour les sujets âgés. Je veux dire, c'est un peu l'air du temps aussi parce qu'il est largement diffusé. C'est aussi la question de l'émission. Ce n'est pas que la question du récepteur. Le récepteur, c'est le sujet âgé. Je suis d'accord avec Lucie Brice. Il y a la vulnérabilité des individus. À tout âge, on peut être vulnérable parce qu'on traverse des épisodes où on est en difficulté. On peut être déprimé. On peut être isolé. Ça peut arriver à toute époque de la vie. Et des difficultés de la vie peuvent amener les personnes à être très vulnérables et donc être plus sensibles.
On voit de tout temps la sensibilité au secte, à des personnes qui peuvent avoir de l'emprise sur les personnes vulnérables. Ça a existé de tout temps. Aujourd'hui, la question n'est pas tant du récepteur, elle est tant de l'émetteur. C'est-à-dire qu'on a une quantité astronomique de personnes qui émettent des messages de nature, on va dire, complotiste, de nature extrêmement anxiogène, stressiogène en permanence. Il n'y a pas de régulation. Donc, soit on considère que c'est le récepteur lui-même qui fait comme Guy, qui coupe quand il a envie l'émission parce qu'il trouve que ça ne supporte pas.
Soit la personne est vulnérable, elle n'a pas les capacités et elle trouve un discours qui peut-être la séduit parce qu'en fait, il lui raconte des choses qu'elle a envie d'entendre comme les personnes. Moi, j'ai des personnes âgées qui ont été prises dans des phénomènes de voyance où elles n'arrivaient pas à décrocher, elles se sont fait arnaquer comme ça des milliers d'euros parce qu'elles n'arrivaient pas à décrocher dans des situations comme ça. Donc, en effet, notre question, c'est déjà la régulation de l'émission et réguler tous ces... Je pense qu'il y a un gros travail à faire sur tout ça mais c'est vrai que c'est extrêmement difficile à faire.
Donc, il y a des personnes vulnérables, l'emploi familial et là aussi également pour aider les personnes en donner habité.
Absolument. Je voudrais juste finir sur le message de Hirsch sur WhatsApp qui dit j'étais instituteur à la retraite et je suis en lien avec 200 anciens élèves sur Facebook. Ça m'a permis de savoir ce qu'ils deviennent et parfois de les conseiller et ça, je trouve que c'est assez formidable. J'avais envie qu'on finisse cette émission là-dessus. Merci à vous tous d'avoir participé à cette émission. Merci à vous, Nicole Tonnel et continuez à bien vous occuper de vos abonnés sur les réseaux sociaux. Merci Lucie Brice Mansankal du Credoc et Georges Brousse qui est psychiatre et addictologue. Bonne soirée à vous tous.