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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 24 mars 2026 24 min

"Aucune alliance" avec LR en 2027 si la ligne est "l'union de la droite et de l'extrême droite", prévient Gabriel Attal

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Dans le grand entretien, nous recevons ce matin le secrétaire général de Renaissance. Venez avec nous, venez participer, chers auditeurs, au 01-45-24-7000 et sur l'application Radio France. Bonjour Gabriel Attal. Bonjour Florence Paracolique. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter pour tirer les enseignements des élections municipales. Quel bilan pour votre parti Renaissance ? Quelles leçons ? À un an de la présidentielle de 2027, vous avez promis une méthode de rassemblement. Vous nous direz de quoi il s'agit, ce que ça signifie. Mais d'abord, Gabriel Attal, la disparition de Lionel Jospin, ancien Premier ministre socialiste entre 1997 et 2002, héros de la gauche pluriel.

Un hommage national lui sera rendu jeudi. Vous qui avez commencé à vous engager politiquement au Parti Socialiste, qu'est-ce qu'il incarnait pour vous, Lionel Jospin ?

0:48
Gabriel Attal

D'abord un homme d'État, un homme d'action, qui a fait beaucoup pour notre pays. Et puis je crois un homme de principe et de valeur. Et c'est vrai que c'est une grande émotion, je pense, pour beaucoup de Français de toute génération. Vous savez, moi, mon premier souvenir politique, c'est en 1995, accompagner mes parents, voter pour Lionel Jospin à l'époque. J'étais très jeune, j'avais six ans, mais je me souviens être entré dans l'isoloir avec mon père pour déposer le bulletin de Lionel Jospin dans l'urne. C'est aussi pour moi, je le dis, l'ancien ministre de l'Éducation nationale à qui je pense. J'ai été ministre de l'Éducation nationale.

Il avait à l'époque permis une revalorisation très importante pour les enseignants, une revalorisation salariale. Et il s'était beaucoup engagé pour l'école. Je crois que ça reste un projet absolument majeur pour le pays. C'est qui les héritiers de Lionel Jospin aujourd'hui ? Vous savez, ce n'est évidemment pas à moi de décerner ça, mais je crois qu'il y avait quand même dans cette gauche des principes, finalement, le refus des extrêmes, bien sûr. Il n'y avait pas le même phénomène qu'aujourd'hui avec la France insoumise, mais je crois profondément qu'il y avait une gauche...

1:53
Invité

Qui était alliée avec le Parti communiste ?

1:55
Gabriel Attal

Oui, c'était la gauche plurielle. Mais je crois que les dérives qu'on constate aujourd'hui avec la France insoumise, on ne les constatait pas à l'époque avec ces partis de gauche. Et puis, il y avait une forme de réalisme quand même. J'ai entendu beaucoup de débats autour de la question des 35 heures. C'est aussi le gouvernement Lionel Jospin, les premiers allègements de charges pour les entreprises, pour favoriser l'emploi. C'est aussi un certain nombre de privatisations. Donc, je pense que c'était aussi une gauche qui, quand même, regardait le réel.

2:21
Présentateur

Parlons des municipales. Gabriel Attal, vous vous félicitez d'avoir remporté un certain nombre de villes, dont Bordeaux et Annecy. Mais la France des communes, elle reste très majoritairement à droite. La droite est l'air et au Parti socialiste. On est frappé, Gabriel Attal, par le peu d'implantations locales de votre parti Renaissance, qui est au pouvoir depuis neuf ans.

2:43
Gabriel Attal

D'abord, on est un jeune parti. Vous savez, il a fallu 20 ans aux gaullistes pour s'implanter localement dans des élections municipales. Le mouvement En Marche a existé à partir de 2017. Mais le parti Renaissance, qui est un vrai parti politique, ça fait quatre ans qu'il existe seulement.

2:56
Invité

Horizon est encore plus jeune que vous. Oui, ils ont le double de maires horizon à la fin de cette élection.

3:02
Gabriel Attal

Mais vous savez, il y a des maires qui étaient déjà élus par d'autres étiquettes, qui ont rejoint ce mouvement à l'époque.

3:07
Invité

C'est pour relativiser l'argument de la jeunesse du mouvement.

3:09
Gabriel Attal

Il y en a qui nous ont rejoint aussi à l'époque. On progresse partout. On progresse partout. On a plus de 200 maires qui ont été élus sous les couleurs de Renaissance. À Nevers, à Bayonne, à Coulomiers, à Tarbes, à Rodez. Dans beaucoup de villes dites moyennes, je n'aime pas beaucoup ce terme, mais en tout cas de 10, 20, 30, 40 000 habitants. Ce qui vient démentir aussi le fait que notre parti serait un parti des grandes métropoles, des grands centres urbains. Et, fait nouveau pour nous, deux villes de plus de 100 000 habitants ont été gagnées par des maires Renaissance. Annecy avec Antoine Armand et Bordeaux, capitale régionale, avec Thomas Cazenave.

3:43
Présentateur

Mais quand on présente 360 listes seulement sur plus de 35 000 communes, on ne prend quand même pas beaucoup de risques. C'est pas plus ambitieux.

3:51
Gabriel Attal

Mais d'abord, vous savez, regardez, tous les candidats, quels que soient leurs partis politiques, la plupart d'entre eux ont déposé des listes diverses droites, diverses centres, parce qu'ils font des très larges rassemblements. Et si vous regardez pour des partis, y compris LR et Parti Socialiste, le nombre de listes officielles qui ont été déposées est très nettement inférieur à ce que représentent ces partis. Donc, la réalité, c'est que ce sont des élections locales et que partout en France, vous avez des rassemblements très larges qui sont organisés à l'initiative des candidats avec des personnes qui viennent d'horizons très différents.

Et ceux qui gagnent sont ceux qui arrivent à faire le rassemblement derrière eux. Je me réjouis qu'on fasse plus que doubler notre nombre de maires et notre nombre d'élus locaux partout en France.

4:26
Invité

Donc, Gabriel Attal, si je vous entends bien, en fait, on continue dans la lignée de ce qu'on entend depuis dimanche soir, c'est-à-dire que chaque parti qu'on reçoit à ce micro considère qu'il est le grand triomphateur de ces élections municipales.

4:36
Gabriel Attal

Je ne sais pas ce que j'ai dit. Vous avez écouté depuis le début de cette interview à Benjamin Duhamel. Je ne suis pas là. Encore une fois, je suis très modeste et humble. J'ai dit que notre parti était jeune. J'ai assumé qu'on avait moins d'élus que les autres. Mais on progresse fortement. Je ne vais pas le cacher. Surtout que j'ai entendu des commentaires pendant toute cette campagne des municipales expliquant qu'on les enjambait, que finalement, ils ne nous intéressaient pas.

4:53
Invité

Vous n'avez pas été d'une présence dans cette campagne absolument ? J'ai été toutes les semaines. Il nous a peut-être davantage vu faire une tournée européenne pour aller rencontrer des leaders plutôt que sur le terrain, non ?

5:04
Gabriel Attal

J'ai été toutes les semaines sur le terrain en soutien de nos candidats. J'ai fait plus d'une trentaine de déplacements pendant cette campagne des municipales pour aller soutenir nos candidats. Et je me réjouis, encore une fois, qu'on progresse partout en France. Encore une fois, c'est une élection locale. On démarre dans ces élections. Mais on va aujourd'hui pouvoir s'implanter dans énormément de territoires.

5:21
Invité

Il faut qu'on parle, Gabriel Attal, de deux villes qui ont symbolisé vos difficultés. D'abord, ce qui s'est passé à Paris avec la lourde défaite de Rachida Dati face à Emmanuel Grégoire. Je rappelle que votre candidat, c'était Pierre-Yves Bournazel, avant que sa liste ne fusionne au second toit avec celle de Rachida Dati. Et on a entendu la candidate à l'air dimanche soir qui a mis en avant le poison de la division qui aurait produit ses effets. Donc, en fait, c'est de votre faute si Rachida Dati a perdu.

5:44
Gabriel Attal

On a fait le choix de soutenir Pierre-Yves Bournazel et c'était un choix collectif de nos cadres, des représentants de nos adhérents à Paris, de nos élus à Paris, qui ont fait le choix de soutenir cette candidature parce qu'elle était celle qui était la plus proche de nos valeurs, celle dont on considérait qu'elle avait le projet le plus rassembleur pour la capitale. C'est le choix qu'on a fait. Malheureusement, on n'a pas réussi à convaincre avec Pierre-Yves Bournazel au premier tour. Il n'a pas maintenu sa liste au deuxième tour. Il a fait le choix de fusionner sa liste avec celle de Rachida Dati. Après, on voit le résultat.

L'écart est tel qu'il est difficile d'imputer la défaite au fait qu'il y ait eu plusieurs listes au premier tour. Pour savoir rassembler une victoire, elle ne se décrète pas, elle se construit.

6:22
Présentateur

On sent bien, Gabriel Attal, que vous n'aviez pas du tout envie de soutenir Rachida Dati, à l'inverse du président de la République.

6:28
Gabriel Attal

En tout cas, je vous confirme qu'on n'a pas soutenu Rachida Dati au premier tour de ses élections et qu'on a fait le choix de soutenir Pierre-Yves Bournazel.

6:33
Présentateur

Mais enfin, ni au second. La fusion des listes, vous ne l'avez pas tellement appuyée.

6:37
Gabriel Attal

Il y a une fusion des listes qui a été décidée par Pierre-Yves Bournazel.

6:40
Présentateur

Enfin, par Pierre-Yves Bournazel, sous pression d'Edouard Philippe et du président, manifestement.

6:48
Gabriel Attal

En tout cas, moi, je suis en pragmatique. Il y avait des candidats renaissants sur la liste de Pierre-Yves Bournazel. Il a fusionné sa liste avec celle de Rachida Dati. Nos candidats renaissants se sont retrouvés sur la liste de Rachida Dati. Je me réjouis qu'un certain nombre d'entre eux soient élus aujourd'hui au Conseil de Paris et vont pouvoir travailler pour construire l'avenir et surtout pour agir pour les Parisiens.

7:04
Invité

Est-ce que c'est un problème de campagne ? Est-ce que c'est un problème de candidate ? Vous aviez eu des mots assez sévères. Vous repreniez au fond ce que disait Pierre-Yves Bournazel sur ce que pouvait incarner Rachida Dati, sur la façon de faire de la politique. Est-ce que c'était la bonne candidate ?

7:17
Gabriel Attal

Encore une fois, si j'avais pensé que c'était la meilleure candidate, je l'aurais soutenue, on l'aurait soutenue dès le premier tour. Ce n'était pas le cas. Encore une fois, ce que je crois, c'est que le rassemblement que proposait Pierre-Yves Bournazel, le sérieux de son travail, lui permettait, lui aurait permis de rassembler largement au deuxième tour. Ça n'a pas été le cas dès le premier tour, donc je n'ai pas à dire qu'on avait raison sur tout.

7:36
Présentateur

Vous avez compris qu'Emmanuel Macron, lui, la soutienne depuis le début ?

7:39
Gabriel Attal

C'est le choix du président de la République, effectivement. Il a fait le choix d'apporter son soutien à Rachida Dati depuis le début. Il l'a exprimé, d'ailleurs, compris quand elle a quitté le gouvernement. C'est son choix. Moi, je suis à la tête d'un parti politique, Renaissance, on prend des décisions collectivement.

7:52
Invité

Et vous n'avez pas pris la même décision que le président de la République ?

7:55
Gabriel Attal

Non, parce que j'ai pris une décision collective avec nos adhérents, avec nos élus, avec nos cadres.

7:59
Invité

Encore un mot sur Paris. Si vous aviez été électeur à Paris, entre Emmanuel Grégoire et Rachida Dati, vous auriez voté pour qui ?

8:04
Gabriel Attal

D'abord, merci de dire que je ne suis pas élu électeur à Paris. Je suis électeur avant. Je suis élu local depuis 12 ans maintenant. Et je vais continuer à l'être avec Bernard Gauduchot. Nous avons été réélus à l'occasion de ces élections municipales. Ensuite, je vous ai raconté ce qui s'est passé à l'occasion de ces élections municipales. On a choisi de soutenir Pierre-Yves Bournazel au premier tour. Au deuxième tour, on croit que c'est clair. Mais on a été clair, Renaissance l'a dit, dès lors que nos candidats figuraient sur la liste de Rachida Dati, Renaissance a fait un communiqué très clair pour appeler à élire nos candidats qui étaient sur la liste de Rachida Dati.

Mais encore une fois, vous parlez d'enthousiasme, on ne soutenait pas cette candidature au premier tour. Mais au deuxième tour, on a pris une position très claire.

8:42
Présentateur

C'est ce que n'ont pas fait bon nombre de vos électeurs qui n'ont pas suivi non plus la fusion. Il y a Lyon. Il faut qu'on parle de Lyon, Gabriel Attal. Votre candidat, c'était Jean-Michel Aulas, que tout le monde donnait vainqueur face au maire écologiste sortant. Puis ça ne s'est pas passé comme prévu. C'est Grégory Doucet qui a gagné. Qu'est-ce qui s'est passé là ? C'était une bonne candidature, Jean-Michel Aulas ? Pourquoi est-ce que vous l'avez soutenu ?

9:07
Gabriel Attal

C'est tellement facile, après les élections, quand il y a des défaites, de critiquer, de tirer sur ceux qui ont perdu. En expliquant que c'est de leur faute, etc. Lyon, c'est une ville où le vote pour la gauche a très fortement progressé ces dernières années. Regardez ce qui s'est passé aux élections européennes. Les deux listes en tête, c'est la liste du Parti Socialiste, la liste de la France Insoumise. Il n'y a que des députés du nouveau Front Populaire à Lyon désormais. Donc c'était déjà très difficile au départ. Et s'il y en a un, j'en suis convaincu, qui pouvait l'emporter, c'était Jean-Michel Aulas. Il a fait une bonne campagne ou pas ?

Il a réussi à rassembler derrière lui l'ensemble des partis politiques, de ce qu'on appelle le socle commun, avec Horizon, le Modem, les LR, Renaissance. Il a fait une campagne.

9:45
Invité

Ah oui, il a fait une campagne, ça c'est sûr. Mais est-ce qu'il a fait une bonne campagne ? Il a refusé de débattre la plupart du temps. On a vu un certain nombre d'approximations. Là, maintenant, il en est à contester le résultat en voulant faire un recours devant la préfecture. Est-ce que, là encore, vous avez été fier de la campagne qu'il a faite ?

9:58
Gabriel Attal

C'est trop facile, Benjamin Duhamel, d'aller critiquer les candidats quand ils ont perdu. Parce qu'en général, on se dit que s'ils avaient gagné, tout le monde expliquerait que ça a été formidable.

10:06
Invité

Si on veut citer Lionel Jospin, parfois faire un droit d'inventaire des campagnes qui ont été menées, ça peut servir.

10:10
Gabriel Attal

Il a perdu avec une très faible marge. Il a perdu. Grégory Doucet a été réélu, mais encore une fois, il y a eu un rassemblement autour de lui.

10:17
Présentateur

Mais en fait, ce qui se passe, c'est que du coup, vous vous retrouvez à endosser des défaites de candidats qui n'y sont pas allés sous vos couleurs.

10:24
Gabriel Attal

Oui, mais vous savez, moi j'ai assumé Florence Paracuelos. La première chose que j'ai dite, quand on s'est lancé dans cette campagne des municipales, c'est qu'on n'allait pas présenter Renaissance des candidats partout sous notre étiquette pour le plaisir de présenter des candidats sous notre étiquette. Parce que ça évite la casse, de fait. Surtout parce que je ne crois pas que c'est ce que les gens attendent. Vous savez, les Français ont dit, 9 Français sur 10 sont déclarés dans de très nombreux sondages qui se décidaient avant tout pour des considérations locales.

Donc, partout où il y avait des candidats qui défendaient un projet proche d'une autre et qui partageaient les mêmes valeurs que nous, c'est vrai qu'on a cherché à faire des alliances avec eux. Et j'ai envie de vous dire, tant mieux, moi je pense que c'est ce qu'il y a à faire. En revanche, dans d'autres communes où ça n'était pas le cas, on a assumé de se présenter sous nos propres couleurs et dans un certain nombre de communes, 200 communes, on l'a emporté et je m'en réjouis.

11:03
Invité

Gabriel Attal, pour continuer de tirer les enseignements de ce qui s'est passé et en perspective de la suite, il y a eu un fait de campagne dans cet entre-deux-tours, c'est ce qui s'est passé à Nice. Vous avez un parti, Les Républicains, qui était votre partenaire, qui était censé soutenir Christian Estrosi. Bruno Retailleau, le patron des Républicains, qui a renvoyé dos à dos, Éric Ciotti et Christian Estrosi, jugeant que la campagne était délétère et que c'était maintenant aux Niçois et aux Niçoises de choisir. Est-ce que vous considérez qu'une ligne rouge a été franchie par Bruno Retailleau dans cet entre-deux-tours ?

Est-ce que ça pose la question aussi de futures alliances, échanges avec le parti des Républicains ?

11:36
Gabriel Attal

Je considère que c'est grave et je considère qu'il y a urgence à clarifier. Effectivement, vous avez Bruno Retailleau qui est à la tête de LR et des responsables qui ont des postes importants chez LR, je pense à François-Xavier Bellamy, qui très clairement ont refusé d'appeler à battre l'extrême-droite à Nice, en plus pour un candidat de la droite, ce qui est quand même totalement incompréhensible et objectivement très choquant. Donc il y a un besoin de clarification maintenant. Parce que chez LR, je le dis aussi, vous avez des personnalités qui sont extrêmement claires sur cette question de l'extrême-droite.

Je pense à Jean-François Copé, à Valérie Pécresse, à Xavier Bertrand, à Gérard Larcher. Donc il y a urgence à clarifier.

12:13
Invité

Demander une clarification, ça veut dire quoi ? Et si cette clarification n'advient pas, quelle leçon est-ce que vous en tirerez ?

12:18
Gabriel Attal

Si cette clarification n'advient pas ou si la ligne de LR, c'est désormais de faire ce qu'on appelle l'union des droites, mais en réalité c'est l'union de la droite et de l'extrême-droite, évidemment qu'on ne partage absolument rien avec ça. Et que pour ce qui est de la construction de l'avenir, puisque c'est la question que vous posez, j'imagine que vous pensez à l'élection présidentielle de 2027, ça ne peut pas faire partie d'une alliance avec nous, bien sûr. Mais il n'y a pas d'ores et déjà un problème de valeur commune avec Bruno Rotaillot ? On a des différences très profondes sur un certain nombre de principes.

Sur l'Europe, moi je suis résolument pro-européen, je constate que la ligne de LR aujourd'hui n'est plus une ligne pro-européenne et qu'il y a au Parlement européen une forme d'alliance qui se dessine entre les députés européens LR et l'extrême-droite au Parlement européen qui votent ensemble sur un certain nombre de sujets, voire construisent des mesures ensemble. Sur la question de l'état de droit, j'ai des différences de principe, là aussi avec les LR de Bruno Rotaillot. Sur la question de l'écologie, de l'énergie, j'ai aussi des différences profondes. C'est une réalité. Et donc sur tous ces sujets-là aussi, je pense que la clarification est nécessaire.

Et pourtant, ça fait beaucoup du coup. Oui, je vous confie.

13:15
Présentateur

C'est-à-dire pour une alliance de la droite et du centre

13:18
Gabriel Attal

en vue d'une élection présidentielle, ça va être compliqué. Moi ce que je souhaite, c'est qu'il y ait une alliance des démocrates pour un projet puissant, pour la jeunesse, pour l'éducation, pour l'ascenseur social dans notre pays, face à ce que beaucoup appellent l'union des droites, mais encore une fois l'extrême-droite. Et ça, ça se construit. Mais encore une fois, c'est aux partis politiques de clarifier leur ligne. C'est pas à moi de la clarifier à leur place. Et nous, on cherchera toujours à rassembler ceux qui partagent nos priorités, qui partagent nos valeurs.

13:40
Invité

Et on va parler dans un instant de 2027, juste d'un mot rapidement aussi sur la gauche et ce qui s'est passé à gauche. Ces alliances qui parfois n'ont pas fonctionné. Aussi ce concept de nouvelle France qui est utilisée par Jean-Luc Mélenchon. Il y a quelques instants, j'interrogeais David Guiraud, le nouveau maire de Roubaix, à ce sujet. Comment est-ce que vous comprenez cette nouvelle France qui obtient un certain nombre de victoires ? Il y a Roubaix, il y a des mairies en petite couronne. Ça fonctionne, cette nouvelle France à laquelle s'adresse Jean-Luc Mélenchon ?

14:07
Gabriel Attal

D'abord, le premier point que vous avez évoqué, celui des alliances entre le Parti Socialiste et la France Insoumise. Moi, je veux dire qu'il y a un dégoût d'un très grand nombre d'électeurs de gauche, d'une gauche républicaine, sociale-démocrate, c'est-à-dire certains, en tout cas républicaines, laïques, qui ont été, là aussi, meurtris par la négation de la parole donnée. On a quand même entendu le chef du Parti Socialiste, Olivier Faure, pendant des semaines, expliquer qu'il n'y aurait pas d'alliance avec la France Insoumise à l'occasion de ces élections municipales.

Et on a vu, dans l'entre-deux-tours, ce spectacle affligeant d'un Parti Socialiste qui s'est soumis à la France Insoumise dans l'essentiel des villes, dans le but de sauver des sièges, reniant leurs principes, en tout cas ceux qu'ils ont affirmés. Et donc moi, je m'adresse aussi, évidemment, à ces électeurs-là, parce que ces Français qui, encore une fois, croient dans des valeurs qui sont extrêmement importantes, de justice sociale, d'écologie, ne se retrouvent pas dans ces alliances contre nature. Et d'ailleurs, on a vu que les villes que le Parti Socialiste a remportées, en tout cas la plupart d'entre elles, l'ont été parce qu'il y a eu une clarté vis-à-vis de la France Insoumise.

Et ensuite, sur la question de ce que vous appelez la Nouvelle France...

15:12
Invité

Ce que j'appelle, ce que Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis appellent la Nouvelle France.

15:15
Gabriel Attal

C'est la négation de la France. C'est la négation de la France parce que c'est la dissolution de la République. C'est la dissolution, c'est la négation de tous les principes pour lesquels tant de femmes et d'hommes se sont battus.

15:26
Invité

Pourquoi la négation de la France ? Qu'est-ce que vous entendez quand il dit Nouvelle France qui ressemble à la négation de la France ?

15:30
Gabriel Attal

Il y a l'idée que chacun doit être renvoyé avant tout à ses origines, à sa couleur de peau. Une ethnicisation, comme on dit, du débat public. Et je le dis aussi, c'est un carburant, c'est un tract pour le Rassemblement National. Parce que ces propos-là, qu'est-ce qu'ils font ? Ils viennent finalement alimenter cette idée qu'avance, que brandit le Rassemblement National de grands remplacements. La France Insoumise et le Rassemblement National, on le voit aujourd'hui, s'alimentent l'un et l'autre parce qu'ils considèrent que c'est dans leur intérêt.

Vous avez une de vos consoeurs qui a fait une enquête récemment et qui disait que, en off, comme on dit, en tout cas de manière confidentielle, en dehors des micros, les responsables du Rassemblement National disaient qu'il fallait s'attaquer à la France Insoumise, mais pas trop, pour garantir que la France Insoumise puisse être au deuxième tour de l'élection présidentielle pour que le Rassemblement National puisse gagner. Et du côté de la France Insoumise, il y a évidemment aussi une stratégie visant à renforcer et faire monter le Rassemblement National.

16:16
Présentateur

Donc ça veut dire que vous appelez les électeurs de la social-démocratie, de la gauche modérée, potentiellement à vous rejoindre ?

16:22
Gabriel Attal

Non, mais en tout cas, vous savez, je crois que ces électeurs-là, ils ont déjà affirmé clairement qu'ils refusaient ces alliances. Regardez dans les villes où le Parti Socialiste s'est soumis à la France Insoumise, à l'exception de Nantes, je crois, vous avez des électeurs qui, très clairement, ont dit qu'ils ne suivaient pas.

16:37
Invité

Gabriel Attal, il faut qu'on parle de 2027 et notamment que vous précisiez cette initiative de rassemblement que vous avez évoquée. D'abord, Édouard Philippe, candidat déclaré à l'élection présidentielle, a été largement réélu au Havre. Est-ce que ça fait de lui le candidat naturel de votre famille politique avec la dynamique qui a été la sienne dans la foulée de cette élection ?

16:55
Gabriel Attal

D'abord, moi, je me réjouis qu'il ait été réélu au Havre, une ville qu'il dirige depuis un certain nombre d'années maintenant. Ensuite, encore une fois, vous avez une élection municipale. Maintenant, vous allez avoir progressivement une campagne présidentielle qui va s'installer. Vous allez avoir

17:08
Invité

plusieurs projets qui vont se présenter. Édouard Philippe, aujourd'hui, quand on regarde les sondages, il y a cette relégitimation par les électeurs et par les Havre. Est-ce que vous reconnaissez à minima que c'est le mieux placé aujourd'hui ?

17:18
Gabriel Attal

Je vais vous répondre très clairement, Benjamin Duhamel. Si on veut empêcher le Rassemblement national de l'emporter en 2027, ce qui, aujourd'hui, quand même, est le résultat de tous les sondages qui sont donnés. Aujourd'hui, aucun candidat, Rassemblement national dans les sondages, aujourd'hui. Édouard Philippe,

17:35
Invité

dans le dernier sondage, il est qualifié au second tour.

17:38
Gabriel Attal

Je peux vous commenter les sondages, on peut regarder les sondages de deuxième tour. On voit, malheureusement, que Jordan Bardella ou Marine Le Pen l'emportent aujourd'hui dans les sondages. Comment on fait pour empêcher ça ? Moi, ma préoccupation, c'est comment on fait pour empêcher un second tour mortifère entre le Rassemblement national et la France insoumise ? Est-ce que vous imaginez, pour la France, si le deuxième tour de l'élection présidentielle, c'est Jean-Luc Mélenchon face à Jordan Bardella ou Marine Le Pen ? Moi, je crois que notre pays ne s'en remettrait pas. Je le dis sincèrement, je crois que l'Europe ne s'en remettrait pas non plus. C'est deux parties qui sont anti-européens.

C'est deux parties qui alimentent la haine et la division dans notre pays. Moi, je n'ai pas envie de voir l'ultra-gauche et l'ultra-droite qui viennent s'affronter à l'occasion de ce deuxième tour dans nos rues et qui, ensuite, potentiellement, créent du débordement dans le pays. Donc, il faut l'empêcher.

18:20
Présentateur

Donc, il faut l'empêcher et pour ce faire, vous avez une méthode de rassemblement dont vous n'avez pas encore donné le détail. Donc, de quoi s'agit-il ? Comment vous organisez le rassemblement de votre famille politique ?

18:31
Gabriel Attal

Je vais vous dire, il y a deux choses pour l'empêcher. La première chose, c'est une vraie campagne présidentielle. On a vu en 2022 ce que ça donnait l'absence de campagne présidentielle. Il n'y a pas eu de vraie campagne en 2022 parce qu'il y a eu, évidemment, la guerre en Ukraine, la situation internationale, parce que le président de la République a fait le choix d'annoncer sa candidature à sa réélection très, très tard. Il n'y a pas eu de campagne. Et le résultat, c'est qu'il y a eu une grande frustration de beaucoup d'électeurs.

18:51
Présentateur

Mais là, il y aura une campagne. Là, personne ne se représente. Mais pour qu'il y ait une vraie campagne,

18:54
Gabriel Attal

d'abord, il faut assumer que vous ayez différents candidats, différents partis politiques qui présentent des projets politiques pour le pays et qui confrontent démocratiquement ces projets tout au long de l'année 2026. Sauf que là,

19:05
Invité

il s'agit bien d'une méthode de rassemblement pour des candidats qui partagent les mêmes valeurs. Qu'est-ce que ça veut dire ?

19:10
Gabriel Attal

Et ensuite, je crois qu'à l'issue de cette campagne et au début de l'année 2027 ou à la fin de l'année 2026, il faudra effectivement qu'il y ait un rassemblement de ceux qui partagent un projet qui est très proche et ceux qui ont les mêmes valeurs. Et pour ça, il faut évidemment l'organiser.

19:25
Invité

Donc, ça veut dire l'organiser, c'est quoi ? Ça veut dire faire une primaire ? Ça veut dire regarder qui est le mieux placé dans les sondages et que les autres se retirent ?

19:33
Gabriel Attal

Moi, je n'exclus aucune possibilité. Ça peut être la primaire, ça peut être des sondages, ça peut être une autre méthode. Donc, il n'y a pas de méthode qu'il faut qu'on s'en parle entre partis politiques. Et ce qu'on va proposer avec Renaissance, c'est qu'on puisse réunir une forme de comité de liaison avec Renaissance, Horizon, le Modem, qui sont trois partis qui ont gouverné ensemble entre 2017 et 2024. Donc, il y a une forme de naturel à ce qu'on se parle pour regarder comment est-ce qu'on pourrait organiser un rassemblement le moment où une fois...

20:00
Invité

Vous parlez de 2026, organiser une primaire en janvier 2027, ça a du sens. Au moment où tous les partis politiques seront en ordre de bataille, vous allez, vous, finis-le-même, avoir un seul et unique candidat quatre mois avant l'élection présidentielle. Je vais vous dire,

20:11
Gabriel Attal

Benjamin Duhamel, moi, ce que je ne veux pas, c'est que le premier tour de l'élection présidentielle soit une primaire. Parce que là, évidemment, si vous avez plusieurs candidats qui ont le même projet et les mêmes valeurs, vous vous retrouvez, si c'est la primaire, le premier tour, avec le risque que le second tour, ce soit Jean-Luc Mélenchon face à Jordan Bardella ou Marine Le Pen. Moi, je cherche des solutions. Voilà.

20:29
Invité

Ce que je veux, c'est qu'on trouve des solutions pour y arriver. Parce qu'Edouard Philippe, lui, continue de dire, moi, une primaire, pas question. Vous, vous n'y êtes pas au style.

20:34
Gabriel Attal

Moi, je n'ai jamais rien écarté, par principe. Mais encore une fois, ce qu'il faut, c'est que des partis politiques pour lesquels il y a une cohérence parce qu'ils ont gouverné ensemble de 2017 à 2024 puissent se parler avec des responsables de ces partis qui puissent échanger pour réfléchir ensemble et regarder, étudier les conditions d'un rassemblement. Peut-être qu'à la fin, on constatera que ce n'est pas possible parce que certains partis politiques, vous l'avez évoqué, diront, nous, on refuse, on refuse cette méthode. Mais au moins, on aura essayé.

20:58
Présentateur

Donc, renaissance, modem, horizon, ça exclut les LR. Il y aura un candidat LR. Vous serez, enfin, votre famille aura face à elle un candidat LR.

21:05
Gabriel Attal

Moi, je vous dis, on est trois partis politiques qui ont gouverné ensemble entre 2017 et 2024 qui, a priori, quand même, partagent un grand nombre d'idées, de valeurs, même si on attend encore de voir les projets pour l'élection.

21:15
Présentateur

Pourquoi vous ne dites pas oui à un candidat LR face à nous ?

21:17
Gabriel Attal

Encore une fois, on attend de voir les projets de chacun pendant cette campagne et je pense que c'est ça qui permettra ou non un rassemblement aussi. Ensuite, la deuxième chose, je vous ai dit tout à l'heure qu'il y avait un besoin de clarification. Moi, je ne ferme la porte à personne. Je ne suis pas sectaire, je suis pragmatique. Regardez, on a parlé tout à l'heure d'Annecy et de Bordeaux, on a gagné ses villes, y compris en étant soutenus par les LR. On a soutenu Mme Trottmann à Strasbourg qui vient du Parti Socialiste qui est une gauche, encore une fois, qui clairement a mis une digue avec les extrêmes et avec la France insoumise.

Donc, je ne suis pas sectaire mais c'est à ces partis de clarifier leur ligne. Effectivement, si la ligne de LR, c'est de dire on glisse vers l'extrême droite et vers le Rassemblement national et vers une union des droites comme c'est le cas aujourd'hui au Parlement européen, comme on l'a vu dans certains choix aux élections municipales, on ne pourra pas avancer avec eux et de la même manière pour la gauche, si la ligne, c'est la soumission à la France insoumise comme ça a été le cas dans ces élections municipales, on ne pourra pas avancer avec eux. Mais ce n'est pas à moi de clarifier à la place des autres.

22:11
Invité

Donc, c'est important ce que vous nous annoncez ce matin. Un comité de liaison et en janvier, un mode de sélection qui n'est pas tout à fait déterminée. Un tout dernier mot, Gabriel Attal, l'éléphant dans la pièce, c'est quand même votre candidature. Vous allez publier un livre le mois prochain. Edouard Philippe, il est candidat déclaré. Vous, c'est quasiment tout comme. Ça n'irait pas plus vite, ce ne serait pas plus simple de nous dire ce matin que vous allez être candidat ?

22:31
Gabriel Attal

Ce n'est pas une décision que vous annoncez ou que vous prenez à la légère quand même. Heureusement, j'ai envie de dire. On parle de la présidence de la République, c'est un projet, c'est une décision qu'il faut mûrir et ensuite que vous annoncez plutôt d'ailleurs aux Français le plus directement possible. Donc, voilà, moi, vous savez, je ne suis pas là à me cacher derrière mon petit doigt. Je suis à la tête de Renaissance. Tout le travail que j'ai engagé avec Renaissance, on propose des idées, on a fait un programme, on a présenté un certain nombre de mesures sur les questions de sécurité, sur les questions climatiques, sur les questions économiques, sur un nouveau système de retraite.

Tout ce travail, on ne le fait pas pour rien, Benjamin Duhamel.

23:04
Présentateur

Donc, vous attendez le bon moment pour annoncer votre candidature ?

23:06
Gabriel Attal

Il y a un temps pour tout. Encore une fois, ce qui m'importe aujourd'hui, c'est qu'on y voit clair sur la manière dont les choses vont se dérouler. Je pense qu'il faut une vraie campagne et qu'il peut y avoir plusieurs projets dans cette campagne. Je pense d'ailleurs que c'est nécessaire pour rassembler le pays. Et ensuite, il faudra évidemment les conditions d'un rassemblement et je suis prêt à les étudier avec les partis politiques que j'ai évoqués.

23:25
Présentateur

Merci, Gabriel Attal. Merci à vous.