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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 23 septembre 2017 8 min

Clémentine Autain : "Tout se fait de façon autoritaire et avec un double discours"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Clémentine Autain, députée de la France Insoumise en Seine-Saint-Denis, journée de mobilisation de la France Insoumise aujourd'hui contre ce que vous appelez le coup d'état social que représente cette réforme du code du travail. Il se situe où le coup d'état ?

0:16
Clémentine Autain

Le coup d'état c'est la méthode, une méthode qui consiste à imposer aux français une loi dont ils ne veulent pas puisqu'ils ne voulaient pas déjà de la loi dite El Khomri qui avait déjà porté un coup sévère au code du travail et aujourd'hui quand vous regardez les enquêtes d'opinion, ils ne veulent pas non plus de ce grand cocktail explosif de précarité, de flexibilité accrue dans lequel vous allez voir que la pelleté de mesures qui favorisent les licenciements et l'inversion de l'ordre social qui signifie tout simplement qu'un accord d'entreprise va prévaloir sur des questions très importantes.

On a beaucoup parlé des primes sur l'accord de branche mais je veux pointer un exemple précis sur le congé de maternité par exemple. Vous allez pouvoir négocier la durée, le montant de ce congé de maternité dans l'entreprise et non plus dans la branche. Donc c'est un grand moins-disant social qui s'organise et qui va aboutir à une paupérisation des salariés et à une mise en cause de leurs droits et d'un siècle d'une certaine manière de conquête sociale.

Or sur la méthode, le gouvernement, et c'est pour cela que nous parlons de coup d'état, c'est que le gouvernement a choisi d'avancer en force et il a bien raison d'ailleurs parce que s'il permet le débat démocratique, s'il donne du temps par rapport à ces questions-là, alors il risque d'avoir une contestation bien plus grande que s'il avance très vite avec ses ordonnances.

Soit qu'il prend un risque parce qu'à force de berner les français et d'agir avec un autoritarisme comme il le fait et pas simplement sur les ordonnances de la loi travail, vous savez que cette semaine est entré en vigueur le CETA qui est un traité de libre-échange et tout cela se fait de façon autoritaire et avec du double discours.

2:02
Présentateur

Cela dit, on ne peut pas lui reprocher, Emmanuel Macron avait annoncé la couleur pendant la campagne électorale.

2:07
Clémentine Autain

Je pense que ce qu'il avait annoncé surtout, c'était l'idée qu'on allait en finir avec le PS et l'UMP et qu'une nouvelle politique allait être mise en œuvre, son profil, le renouvellement des personnes. Je crois que c'est sur ça que les français ont sans doute accroché avec Emmanuel Macron et au deuxième tour, ils ont voté Macron parce qu'ils ne voulaient pas de Marine Le Pen. Donc la légitimité du président de la République est engagée aujourd'hui. Et je ne crois pas qu'il y ait en France...

2:33
Présentateur

La légitimité est vraiment engagée, vous le pensez ?

2:34
Clémentine Autain

La légitimité de la politique qu'il mène, oui, je ne crois pas qu'il ait de majorité sociale dans le pays pour mener un tel travail de casse sociale, un tel bond en arrière. Vous savez, ça fait 30 ou 40 ans qu'en Europe, pas simplement en France, on mène des politiques de ce type, depuis Blair, Schröder, avec les désastres sociaux et environnementaux que nous connaissons. Les Etats-Unis, on a un petit peu de recul. Vous savez que le salaire médian aux Etats-Unis, entre 1999 et 2014, il a baissé de 10% aux Etats-Unis.

3:05
Présentateur

Vous n'êtes pas en train de comparer tout de même le modèle français et le modèle américain ?

3:08
Clémentine Autain

Si, je suis en train de comparer les modèles néolibéraux, les modèles productivistes. Et je vous dis très sincèrement que ce sont des modèles qui produisent des inégalités, qui blessent et abîment considérablement l'écosystème et qui font que la majorité, aujourd'hui, pense que nos enfants vont vivre moins bien que nous. Alors, nous, nous sommes ceux et celles qui représentons un autre monde. Celui qui n'est pas arrivé sur, vous voyez, la course folle au profit, à la compétitivité, mais qui veut permettre le progrès humain et relancer l'idéal d'émancipation humaine. Ces deux mondes, je vous assure, ces deux mondes.

3:43
Présentateur

Jeudi dernier, dans toute la France, il n'y avait que 132 000 manifestants contre la loi travail et l'appel des syndicats et de la CGT en particulier. Ce sont les chiffres de la police. Reconnaissez-vous qu'il y a comme une sorte d'essoufflement de la mobilisation contre cette réforme ?

3:57
Clémentine Autain

Non, je ne reconnais rien de tout ça. Absolument pas. Je pense que nous sommes, au contraire, dans un début de mobilisation avec une grande combativité. Et par ailleurs, vous allez voir cet après-midi, je crois qu'il y aura beaucoup de monde à l'appel de la France Insoumise, mais rassemblant plus largement.

4:13
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon promet un déferlement du peuple à Paris. À partir de combien de manifestants penserez-vous que votre message a été entendu ?

4:19
Clémentine Autain

Ça ne fonctionne pas au nombre, vous savez, c'est un enjeu de dynamique. Ce qui se joue cet après-midi, c'est la contestation de la loi travail, mais c'est bien plus que cela. C'est tout simplement faire nombre dans la rue pour dire qu'une autre politique est possible.

4:33
Présentateur

Mais faire nombre, c'est à partir de combien ? Faire nombre des dizaines de milliers.

4:36
Clémentine Autain

Des dizaines de milliers, il n'y a pas de limite. Plus des dizaines de milliers, peut-être.

4:40
Présentateur

Vous savez bien qu'il y a une fourchette à partir de laquelle on pensera que c'est plutôt un échec ou plutôt un soutien à Jean-Luc Mélenchon à la France Insoumise.

4:46
Clémentine Autain

Je ne suis pas sûre qu'on ait les mêmes fourchettes par ailleurs, parce qu'en général, les grands médias ont tendance à minorer, à nous expliquer que ça va vite s'essouffler, que tout ça n'est pas sérieux. Je vous réponds. J'invite d'ailleurs les auditeurs et auditrices qui, cette semaine encore, ont pu lire dans la presse à quelle sauce ils allaient être mangés. Parce que je vais vous dire, les raisons de la colère, il y en a un paquet. Il y en a vraiment un paquet. Je vous parlais du CETA, ce traité de libre-échange, c'est important quand même, parce que c'est un traité qui va impacter notre vie quotidienne, sur la santé, sur l'environnement, y compris les services publics. Qui en parle ?

Personne. Il l'a fait en catimini. Il l'applique. Il l'applique, là, ça s'applique. Qui en parle ?

5:24
Présentateur

Tous les médias parlent du CETA. Oh, vous n'êtes un peu pas très indulgente avec les médias. Il y a eu beaucoup d'articles dans la presse pour dire les limites de ce CETA.

5:32
Clémentine Autain

Mais ce que les Français ont, en revanche, fort bien compris cet été, c'est que nous avons un gouvernement au service des plus riches. D'un côté, 5 euros d'APL supprimés pour le grand nombre, et en particulier pour des personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Et de l'autre côté, 5 milliards, 5 milliards qui ont été donnés aux plus riches par le biais de la réforme de l'ISF ou de niches fiscales nouvellement accordées pour les plus riches. Voilà une politique qui apparaît au grand jour aux Français comme inacceptable, insupportable. Donc, le défi auquel nous sommes confrontés, et cet après-midi, c'est ce qui se joue aussi.

Parce que c'est inédit qu'une force politique appelle à manifester dans la rue. D'habitude, vous avez des partis politiques qui travaillent dans le champ institutionnel, qui sont dans le débat public, et puis les mouvements sociaux, les syndicats qui font leur travail dans la rue. Là, une force politique, la France insoumise, elle ne sera pas seule. Et je suis très heureuse de savoir que Benoît Hamon sera présent, que le parti communiste envoie une délégation, que d'autres courants politiques de gauche seront présents cet après-midi, et surtout des personnes qui s'engagent pour la première fois.

Ce qui se joue cet après-midi, c'est notre capacité à convaincre qu'il y a leur monde, celui de l'argent, celui qui court après les profits, celui qui crée du moindisant social et environnemental, celui qui aime le consumérisme, qui pense que les jeunes doivent devenir milliardaires, et notre monde, qui est la véritable alternative au sens d'un autre chemin que nous voulons tracer, et qui doit permettre tout simplement de consolider les droits. Puisqu'on nous dit que nous sommes des fainéants, ça m'amuse beaucoup, parce que nous, nous sommes pour la valorisation du travail contre le capital. C'est quand même assez important.

Et aussi de répondre aux défis climatiques, aux défis environnementaux. On va parler de tout ça. C'est un tout autre projet, c'est un tout autre projet que nous défendons, et ce que nous recherchons aujourd'hui, c'est à poser des pierres qui permettent de fédérer, d'engranger, pour conquérir demain des majorités sur une tout autre politique, celle du progrès humain et de l'émancipation.

7:25
Présentateur

Clémentine Autain, on va reprendre cette interview après la revue de presse, ce sera dans quelques minutes. Et les questions des auditeurs, vous pouvez appeler vos questions à Clémentine Autain ce matin. Vous appelez au standard 01 45 24 7000. A tout de suite !

Clémentine Autain : "Tout se fait de façon autoritaire et avec un double discours" — Clémentine Autain · Pourquijevote