Israël-Palestine : penser cette "guerre de cent ans" avec Rashid Khalidi
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Bonjour Rachid Khalidi, je dois d'abord vous présenter puisque vous êtes rare en France, vous enseignez à l'université de Columbia autrement dit à New York, vous êtes professeur d'histoire, vous avez été titulaire de la chaire Edouard Saïd et c'est la raison pour laquelle on fait de vous le successeur d'Edouard Saïd. On reviendra là-dessus, Edouard Saïd est l'un des grands intellectuels palestiniens, il avait forgé la notion d'orientalisme, autrement dit ce lien particulier que l'Occident entretient avec l'Orient.
Le point que vous avez en commun avec lui c'est que vous avez travaillé sur la Palestine, vous avez défendu la question palestinienne, ce que vous continuez à faire, vous êtes né en 1948 d'un père palestinien et d'une mère libanaise, les deux étant à l'époque à New York et étant aux Etats-Unis plus précisément.
J'aimerais tout d'abord vous faire réagir à l'actualité Rachid Khalidi puisque j'ai sous les yeux le Figaro du jour qui évoque le sort du Liban avec ces Libanais qui fuient leur village rasé par Dzal dans le sud du pays, c'est le titre de l'article du Figaro, en dépit du cessez-le-feu Israël poursuit la destruction systématique de nombreux villages situés le long de la ligne frontière, votre réaction Rachid Khalidi ?
On ne peut pas réagir sans parler du fait que ce qui se passe a été planifié et annoncé par le gouvernement israélien. Le ministre de défense a dit qu'on va faire au sud du Liban ce qu'on a fait à Gaza et ils le font. Il a évoqué ce qui s'est passé à Khan Yunus où on a presque détruit la ville et c'est exactement ce qui se passe dans la bande frontalière au Liban à côté de la frontière israélienne. Donc ils font ce qu'ils disent vouloir faire.
Quel est l'enjeu selon vous Rachid Khalidi de cette entreprise militaire au sud Liban ?
Je vais poursuivre en anglais. Israël a invahi le Liban à de nombreuses reprises. Ils l'ont fait en 1978. Ils ne sont pas restés. Ils l'ont refait. Je vivais à l'époque au Liban. Ils l'ont refait en 1982. Ils sont restés jusqu'en l'an 2000. Ehud Barak, qui est devenu plus tard premier ministre, a dit que ça n'existait pas quand on est arrivé. C'est nous qui l'avons créé. Et la plupart des historiens, la plupart des Israéliens, tentent de reconsidérer cet épisode comme étant un désastre pour Israël. Bien sûr, c'était un désastre beaucoup plus important pour les Libanais eux-mêmes. Pendant l'invasion de 1982, entre 17 000 et 19 000 personnes ont été tuées, dont la plupart des Palestiniens.
Libanais et Palestiniens. Ce qu'Israël fait maintenant, c'est une autre tentative de faire l'impossible, c'est-à-dire de s'occuper par la force d'un problème qui est essentiellement politique. Et qu'ils ne résoudront pas par la force. Le problème, ce n'est pas simplement la destruction de ces villages, ou l'expulsion et la fuite de milliers de Libanais du Sud-Liban. d'un million, un million, un million de Libanais. Le problème, c'est que Israël et les États-Unis tentent de faire, c'est de créer une guerre civile au Liban. Il serait possible de traiter politiquement de cette affaire entre Israël et le Hezbollah ou au Liban, entre Libanais.
Mais ça signifierait qu'Israël devrait abandonner une approche, l'approche qu'elle a suivie depuis des décennies. La force. Si la force ne réussit pas, utilisez plus de force.
Bon, l'une des différences avec les épisodes passés, Rachid Khalidi, c'est que là, Israël a une politique convergente avec l'Arabie Saoudite, laquelle l'Arabie Saoudite est entièrement alignée sur Washington en matière, donc, de politique libanaise.
Je ne suis pas sûr que ce soit tout à fait vrai. Vous avez raison, l'Arabie Saoudite est très inquiète de l'affluence iranienne au Liban. Et les Saoudiens sont vraiment très intéressés par voir la diminution du pouvoir du Hezbollah au Liban. mais je ne pense pas qu'ils soient en faveur d'une guerre civile au Liban. En fait, je suis certain que ce n'est pas le cas. l'Arabie Saoudite veut la stabilité, veut une solution politique de ces problèmes. Et il est parfaitement clair pour eux, pour tout le monde qui a un sens commun, à part les Etats-Unis et le gouvernement israélien, qu'il y aurait une façon de résoudre certains de ces problèmes.
Le Liban et Israël ont réussi à délimiter la frontière maritime par des négociations. Ils ont pu limiter, mettre des limites, mettre des frontières. Ils ont pu imposer un véritable cessez-le-feu, pas simplement arrêter le Hezbollah, mais aussi arrêter Israël. Les Etats-Unis ne le font pas. Le secrétaire d'État l'autre jour a dit Israël a parfaitement le droit d'autodéfice. Ça veut dire quoi ? Bombarder l'intégralité du Liban ? Ce qu'ils ont fait ces derniers jours. Donc, ce que les Saoudiens aimeraient bien, c'est un véritable cessez-le-feu
et une véritable solution politique. Bon, mais le gouvernement libanais est, semble-t-il, déterminé à limiter, peut-être, je ne sais pas, à bouter le Hezbollah. hors du Liban. Il faut rappeler aussi que toute une partie du territoire israélien est sous le feu du Hezbollah et que celui-ci a dû être évacué, ce qui est inacceptable pour n'importe quel État. Rachid Khalidi. C'est vrai.
Mais il y a eu des années, des années, des années, pendant lesquelles aucune roquette n'était tirée le long de cette frontière. C'était vrai lorsque l'OLP était au sud du Liban. Philippe Habib a négocié de nombreux cessez-le-feu qui ont été utiles pendant des années. Mais vous faites rentrer un diplomate qui tente d'arrêter cela politiquement, ou alors vous utilisez la force pour imposer une solution, ce que les États-Unis tentent de faire.
Quittons le Liban pour la Cisjordanie. Quel est votre regard sur la situation en Cisjordanie aujourd'hui ? Rachid Khalidi. Vous avez une partie de votre famille qui est originaire de Naplouse. C'est vrai.
Je n'ai pas pu aller à Naplouse la dernière fois que j'étais en Palestine, en décembre. J'aurais pu y aller, mais ça aurait pris des heures et des heures aller et retour. en raison des checkpoints. Et parfois, le passage est impossible. Ce que Israël a fait à Gaza, c'est-à-dire détruire à peu près 80% des structures, eh bien, ils l'ont fait maintenant dans trois camps de réfugiés de Cisjordanie. et c'est ce qu'ils font dans les villages frontaliers aussi. Ce n'est pas la première fois qu'Israël le fait, mais comme le ministre de la Défense israélien Elio Katz a dit, c'est une politique annoncée publiquement.
et ils ont dit que les populations du sud du Liban qui ont été évacuées du long de la frontière ne seront pas autorisées à revenir. Et la crainte, c'est que cette politique de nettoyage ethnique sera étendue à plusieurs parties de la Cisjordanie. Il y a des dizaines de communautés de la Cisjordanie qui ont été vidées de leur population par des colons soutenus par l'armée israélienne. Donc, il y a ces camps de réfugiés et il y a ces communautés.
Un autre ministre israélien, Smotrich, ministre des Finances et qui a un portefeuille aussi au ministère de la Défense, a annoncé ce plan il y a plusieurs années qui fondamentalement disait Israël contraindrait les Palestiniens dans des régions de plus en plus réduites de la Cisjordanie. Et c'est exactement ce qu'ils sont en train de faire.
Alors, il y a un certain nombre d'arguments qui sont invoqués à la fois par le gouvernement de Netanyahou, par l'axe Motrich-Bengvir, autrement dit les suprémacistes juifs pour justifier cette colonisation puisqu'il y a eu 22 nouvelles colonies déposées. Mais, l'un des arguments que j'aimerais vous soumettre, c'est l'incapacité de l'autorité palestinienne de régler la question de la sécurité dans les camps notamment de Djenin et de Tulkarem.
quand vous parlez d'imposer la sécurité, ce que vous voulez dire c'est pour l'autorité palestinienne d'agir comme des harkis, comme des supplétifs de l'armée israélienne et de réprimer la résistance et en fait de faire le boulot des israéliens. Le fait qu'ils ont tenté de mener cette politique c'est qu'ils n'ont plus aucun soutien, ils n'ont plus aucune légitimité auprès des palestiniens. parmi les palestiniens l'idée que quelqu'un abandonne et accepte ce que fait Israël dans les territoires occupés cela est inacceptable.
Cela ne signifie pas qu'ils soutiennent toute forme de résistance du Hamas ou de quiconque mais capituler et permettre aux israéliens de faire ce qu'ils font ce n'est pas acceptable pour l'immense majorité des palestiniens et ça ne devrait pas être acceptable pour qui que ce soit qui comprend ce que c'est qu'une occupation.
Bon mais alors ce que l'on pourrait dire aussi c'est que s'il n'agissait pas vous citez le mot de Harkis s'il n'agissait pas comme des Harkis l'autre volet parce que il n'y a pas 36 parties c'est ou bien le Fatah ou bien le Hamas le Hamas est le meilleur allié de Smotrich et de Bengvir dans la politique qui est menée en Cisjordanie.
je ne le formulerai pas ainsi c'est une façon de le considérer certainement mais je pense que les choix qu'ont les palestiniens ont été réduits par Israël au cours des 20 dernières années depuis le dernier gouvernement qui étaient prêts à négocier soit résister soit capituler et ça c'est la raison pour laquelle Hamas a le soutien des palestiniens j'étais impliqué dans des négociations dans les années 90 et ce qu'on nous offrait à Madrid et à Washington j'en parle dans mon livre était essentiellement l'autonomie la continuation de la colonisation des implantations et une occupation militaire permanente et dans son dernier discours avant d'être assassiné par des gens incités par la droite et par Netanyahou Rabin l'a dit on offre aux palestiniens c'est moins qu'un état et nous maintiendrons un contrôle sécuritaire sur les rives du journal même les premiers ministres Barak et Olmert qui étaient prêts à négocier ne sont jamais allés au-delà de cela donc les palestiniens ont un choix vous restez sous le joug c'est-à-dire un contrôle sécuritaire israélien pas de souveraineté ou alors vous résistez lorsque nous étions à Washington nous avons conseillé nous étions les conseillers de l'OLP on leur a dit que ce n'était pas acceptable il faut avoir un horizon qui mettait un terme à cela et qui terminait par l'autodétermination et la souveraineté je ne pense pas que ça ait été une offre qui ait été faite soit par les Etats-Unis soit par Israël leurs positions étaient et sont identiques donc blâmer le Hamas c'est vraiment condamner le Hamas c'est très facile mais il faut commencer par condamner la plus grande puissance sur Terre et la plus grande puissance au Moyen-Orient plutôt que des gens qui résistent de façon correcte
ou incorrecte on va revenir là-dessus on va rembobiner la séquence à partir du 7 octobre 2023 vous me direz quelle est votre analyse des événements et comment vous jugez aussi ce que le Hamas a fait puisque même s'il y a eu une histoire avant il y a également eu une histoire après c'est celle aussi que vous racontez dans votre livre Rachid Kalidi 100 ans de guerre contre la Palestine une histoire de colonisation et de résistance aux éditions Actes Sud 8h sur France Culture 6h30 9h les matins de France Culture Guillaume Herner nous retrouvons notre invité enseignant aux Etats-Unis professeur d'histoire à l'université de Columbia à New York Rachid Kalidi vous publiez 100 ans de guerre contre la Palestine une histoire de colonisation et de résistance aux éditions Actes Sud nous avons évoqué avec vous la situation au Liban puisque je le rappelle votre mère est libanaise et votre père palestinien vous nous avez expliqué en quoi il y avait selon vous une volonté délibérée d'Israël de faire plonger le Liban dans la guerre civile en quoi il y avait là aussi une volonté délibérée de faire du nettoyage ethnique en Cisjordanie j'aimerais qu'on reprenne le fil du 7 octobre comment voyez-vous cette date Rachid Kalidi comment l'inscrivez-vous dans cette guerre contre cette guerre israélo-palestinienne là en l'occurrence cette offensive menée par le Hamas contre Israël et puis la suite des événements
c'est une rupture et une continuité le nombre de civils israéliens tués le 7 octobre est plus important que n'importe quel événement depuis 1948 le nombre de palestiniens qui ont été assassinés depuis le 7 octobre c'est le chiffre le plus important de l'histoire palestinienne entre ceux qui ont été tués et blessés peut-être 11% de la population de Gaza a été atteinte dans tous les sens dans tous les sens du terme c'est une rupture et c'est une continuité dans le sens où le remplacement l'élimination des palestiniens a toujours été nécessaire pour la création d'un état juif majoritaire dans un pays ou à majorité arabe et il y a un sens de continuité aussi dans ce que Israël a fait en vidant une grande partie de la moitié de Gaza de sa population et en les entassant dans une région beaucoup plus réduite entre 48 et 50% de la bande de Gaza c'est exactement ce qu'Israël a fait depuis le début donc sur plusieurs niveaux c'est à nouveau ce qu'on a vu pendant la Nakba la catastrophe en 48 et dans le même temps la résistance des palestiniens n'a pas réussi les palestiniens font face à une situation où ils n'ont pas le droit de négocier leurs droits nationaux et où la résistance c'est contre les américains vous savez ça c'est pas une guerre entre israéliens et palestiniens c'est une guerre entre des puissances beaucoup plus importantes bon mais il y a eu
une histoire avant le 7 octobre 2023 mais la décision du 7 octobre 2023 et le 7 octobre soir vous moi beaucoup de gens qui connaissent la région savaient que la réponse d'Israël allait être celle-là et donc le Hamas savait aussi que la réponse allait être celle-là pourquoi dans ces conditions se lancer dans une opération de ce type
c'est une question c'est une question à laquelle les historiens ne pourront pas répondre parce que virtuellement chaque personne qui a pris cette décision est morte Yahya Sinwar Yahya Sinwar Ahmed Sinwar Ahmed Leib Haniyye et je pourrais continuer la liste tout niveau de direction du Hamas qui après cette décision est mort ils ont été assassinés ou tués autrement donc c'est une question impossible à répondre ils savaient qu'il y aurait une réponse féroce et peut-être qu'ils l'attendaient pour déranger l'équilibre régional si c'était leur attente ils ont réussi mais le coût est quelque chose que beaucoup de palestiniens regrettent profondément désormais le coût pour les palestiniens et je ne pense pas qu'on soit capable aujourd'hui de déterminer comment ça va affecter la pensée et la réflexion des palestiniens à l'avenir ou comment ça va affecter la région je crois que la réaction israélienne a produit une réaction en Israël ou une réaction envers Israël c'est à dire probablement ce que attendait les dirigeants de Hamas mais on ne peut pas y répondre c'est une question à laquelle on ne peut pas répondre
on peut formuler des hypothèses sur le 11 septembre 2001 même si Ben Laden est mort moi je vais vous formuler une hypothèse sur le 7 octobre il y a une dimension millénariste dans la décision du Hamas ils savaient qu'ils allaient engendrer un apocalypse et il y a une forme de système entre les décisions du Hamas et la frange la plus extrémiste de l'extrême droite juive Smotrich Benckvir qui considère que effectivement nous sommes dans des temps messianiques
encore une fois ils sont tous morts on ne peut pas le dire personnellement je ne pense pas que ce soit ça qui les a motivés ben là en fait on est au doigt mouillé en fait ils étaient beaucoup plus motivés probablement par la transition lente des gouvernements arabes vers l'acceptation du contrôle permanent des israéliens sur les palestiniens et vers la normalisation des relations avec israël je suis certain qu'il y a des millénaristes au sein du Hamas je peux vous donner des exemples mais je pense aussi que je pense je ne sais pas je pense je crois que leurs décisions étaient fondées sur des sujets tels que cela mais aussi ils ont été enfermés dans une boîte par Netanyahou séparés de la Cisjordanie on leur a autorisé de neutralisation de recevoir de l'argent de Bahreïn par Netanyahou ils ont été neutralisés et ils voulaient sortir de cette boîte je ne sais pas je mettrais le millénarisme en dernier de la liste après plusieurs considérations
alors j'élargis mon hypothèse cette région qui est l'une des régions les plus explosives au monde où chaque pierre raconte une histoire un symbole etc et une région qui malheureusement de part et d'autre a une gouvernance extrêmement médiocre
c'est un des grands problèmes du monde arabe par particulier Israël a un gouvernement semi-démocratique et qui régit la vie de 6 millions de palestiniens sans aucun droit pour les juifs israéliens il y a des droits différents des palestiniens oui mais l'Iran a un gouvernement démocratique religieux principalement religieux et militaire mais il y a des élections la Turquie c'est pareil il y a beaucoup de pays par contraste qui n'ont même pas ça il y a des monarchies sans élections qui font passer Louis XIV pour un libéral il y a des dictatures militaristes militaires l'Algérie l'Egypte etc et il y a des gouvernements qui ne représentent pas leur population qui n'ont aucune légitimité aucune légitimité démocratique je veux dire et qui dépendent des états étrangers de pouvoirs étrangers pour leur sécurité intérieure et étrangère donc ils sont faibles et dépendent je parle des états du Golfe en particulier ils dépendent des Etats-Unis et ils ne représentent pas ce que désirent leur peuple donc ils ne sont pas simplement médiocres ils sont aussi non démocratiques et autoritaires je vous propose
d'écouter Yasser Arafat donc le grand leader de l'OLP est lorsqu'il s'exprimait au sujet de la notion de sémite et de sionisme
il est étonnant que les sionistes prétendent que cette terre est la leur moi je ne vois pas comment puisque nous avons été chassés de cette terre à la suite d'une opération de pératerie qui a eu lieu en 48 c'est par conséquent notre peuple palestinien qui a vécu pendant des milliers d'années sur ces terres ce peuple pacifique fut contraint de payer les factures du nazisme ces factures que le nazisme a contracté à l'endroit des juifs notre peuple est obligé de les régler en d'autres termes d'en payer le prix notre peuple pacifique n'a jamais nuit ni aux juifs ni à d'autres peuples par contre nous avons vécu pendant des centaines d'années avec les juifs comme de véritables cousins n'oublions pas que nous sommes tous des sémites
votre commentaire sur Arafat qu'est-ce que ça suscite
il a tout à fait raison on se conserve l'idée que c'est un conflit qui remonte à des millénaires il n'y a jamais eu de conflit entre les arabes et les juifs en Palestine jamais il y a un conflit pendant les croisades lorsque les musulmans les juifs et les chrétiens orthodoxes ont été massacrés par les croisés mais il n'y a pas eu de pogroms en Palestine jamais il n'y a pas eu de Shoah en Palestine et fondamentalement il a raison c'est un conflit qui s'est développé avec la montée du nationalisme moderne juifs sionistes et arabes et les grandes puissances impérialistes il a raison aussi dans le sens où les palestiniens on leur demande de payer pour les crimes de l'Allemagne nazie tout a changé en 1933 en Palestine il y a des milliers de gens qui ont fui le nazisme qui sont arrivés en Palestine la population en juillet est passée de 17% à 33% en 5 ans ça change tout et c'est encore avant le Shoah donc sur l'analyse historique ces éléments là
sont corrects si on voulait donner une idée schématique du peuplement juif dans la région on dirait qu'il y a eu trois vagues la première vague la communauté originelle des terres qui bien souvent ont été achetées aux palestiniens 15% des terres achetées aux palestiniens about 7% 7% deuxième vague de peuplement après la Shoah troisième vague de peuplement des juifs chassés du monde arabe oui
chassés du monde arabe seulement après la montée du sionisme seulement après l'expulsion des palestiniens réaction tragique à ce qui s'était passé en Palestine dans certains cas soutenu par les gouvernements vous savez la communauté juive yéménite a été expédiée hors du Yémen par l'imam du Yémen qui a été payé pour cela par des américains ça a été évacué les juifs du Yémen étaient dans une situation
absolument terrible
des avions américains terrible oui c'est vrai mais ils ne seraient pas partis probablement ils n'avaient pas
les moyens c'était des gens qui vivaient dans l'extrême pauvreté
en Irak en Irak par exemple le livre d'Avi Shlaim l'israélien documenté ce qui s'est passé à Bagdad livre extrêmement
extrêmement polémique très controversé je le qualifierais de complotiste
non mais parce qu'il est controversé parce que les gens ne veulent pas entendre la vérité pas grave soyons clairs est-ce qu'il y a eu des pogroms à Bagdad avec des utiles en Bagdad en 1948
en 1951
vous avez oublié celui de 1941
mais là on ne peut pas accuser ce sont des réactions tout ça c'est pas que j'ai je n'ai pas oublié on ne peut pas l'imputer à Israël en 1941 mais on peut blâmer
les britanniques mais à nouveau la montée du sionisme la montée du nationalisme arabe le contrôle de cette région par les britanniques c'est ce qui a créé ce problème ce n'est pas un problème arabe ce n'est pas un problème musulman revenez avant le sionisme
il n'y avait pas ce problème je vous entends mais ces juifs ne voulaient pas quitter les juifs marocains ne voulaient pas quitter le Maroc les juifs algériens ne voulaient pas quitter l'Algérie je parle de l'Algérie en 1962
la communauté juive algérienne qui est devenue française appelée le gré crémieux a été privée de sa citoyenneté par le gouvernement de Vichy et aurait été massacrée avec les autres juifs européens s'il n'y avait pas eu les alliés qui contrôlaient la Méditerranée et ils ont été contraints de quitter l'Algérie avec les autres citoyens français après la guerre de libération algérienne
ça n'a rien à voir avec la Palestine vous connaissez comme moi l'histoire des pieds rouges c'est à dire de ces français français juifs français chrétiens qui sont restés en Algérie après 1962 et qui ont été obligés de quitter
je ne vois vraiment pas ce que ça a à voir avec cette question
ce que je veux dire vous avez raison je vais reformuler Rachid Khalidi ce que je veux dire c'est que les juifs ces trois vagues d'immigration il fallait trouver une terre pour ces juifs il fallait la trouver y compris pour ces juifs qui ont été chassés du monde arabe et donc le monde arabe à l'époque aurait pu c'est l'hypothèse que je vous soumets comprendre qu'il fallait les loger mais revenons au début
d'où Herzl tire-t-il cette idée que les juifs ne peuvent pas vivre parmi les goïs parmi les goïs les nations il arrive dans une ville et il suit il arrive ici à Paris et il suit le procès Dreyfus et il arrive à cette conclusion l'antisémitisme européen produit le sionisme c'est pas le nationalisme arabe qui a produit le sionisme il y a un clash entre le sionisme et le nationalisme arabe il y a un élément qui meut ces populations qui pendant des siècles ils ont crié les juifs ont quitté l'Europe ont quitté les Spagnies pour aller où ?
au Maroc le problème c'est pas ce qui se passe en 1941 ou 48 le problème c'est je reviens à ce qu'a dit Arafat les palestiniens payent le prix de ce que l'antisémitisme européen a créé
Rachid Khalidi qu'est-ce qu'on peut faire maintenant on a entendu Arafat Arafat il y a eu les accords d'Oslo à cette époque malheureusement les moins de 20 ans n'ont pas connu on expliquait que Gaza allait devenir Singapour malheureusement l'histoire a été différente qu'est-ce que l'on peut imaginer aujourd'hui ? qu'est-ce qu'on peut imaginer aujourd'hui ?
je peux parler des accords d'Oslo qui étaient une catastrophe pour les palestiniens je peux parler de ce que les palestiniens pensaient obtenir d'Oslo qui était l'autodétermination
je voulais pas parler nécessairement d'Oslo mais Oslo a chopé sur le statut de Jérusalem-Est est-ce que ce qui s'est passé ensuite méritait je veux dire est-ce qu'il y avait une proportion entre le statut de Jérusalem-Est et la catastrophe qui a suivi l'échec des accords d'Oslo
c'est pas juste Jérusalem c'était un des problèmes principaux Jérusalem les réfugiés la souveraineté la colonisation l'occupation c'était ça les problèmes auxquels Oslo l'a pas répondu l'occupation a été plus intense Jérusalem a été coupée du reste de la Cisjordanie ce qui a suivi l'échec de créer ce Singapour sur la Méditerranée c'est le résultat d'Oslo c'est le résultat d'une décision israélo-américaine de ne pas accepter l'autodétermination pour les palestiniens point final
qu'est-ce qu'on peut faire maintenant Rachid Khalidi si vous voulez
résoudre la question vous acceptez l'idée que ça doit être basé sur une égalité totale absolue et sur la justice on ne peut pas avoir un peuple qui contrôle un territoire entier de la rivière à la mer un gouvernement basé sur le parti Likud sur les principes qui disent qu'entre la Méditerranée et la rivière Jourdain il n'y aura qu'une souveraineté c'est la souveraineté juive pardon israélienne ce n'est pas une base pour une résolution on ne peut pas avoir la suprématie d'un peuple sur un autre régler cette question confédération fédération binationalité deux états trois états aucune importance mettez un terme à la suprématie d'un groupe sur l'autre établissez une solution basée sur une égalité absolue individuelle et nationale
et la justice le problème c'est que depuis le moment d'Oslo depuis le discours d'Arafat le discours d'Arafat il datait de 1974 mais la population de part et d'autre les gouvernants de part et d'autre se sont radicalisés Arafat était un socialiste laïque maintenant on a affaire de part et d'autre à des religieux et souvent des religieux ou bien millénaristes ou bien messianiques c'est à dire qu'un homme comme vous est aujourd'hui bon isolé pas du tout je ne vous souhaite pas d'être isolé mais vous avez un discours rationnel qui n'est pas un discours de religieux
je représente probablement une grande majorité des palestiniens je parlais des gouvernants nous avons des dirigeants horribles Israël a des dirigeants encore pires ils mènent Israël vers l'abîme les palestiniens les dirigeants palestiniens est affreuse on ne peut pas être en désaccord avec ça mais le jour où les palestiniens auront la permission de s'exprimer démocratiquement vous aurez des dirigeants intelligents
merci rachid kalidi donc j'incite les auditeurs à lire votre livre 100 ans de guerre contre la palestine une histoire de colonisation et de résistance c'est aux éditions actes sud merci à maître Zlotowski qui a été votre voix durant cette matinale dans quelques instants Lucille Comeau François Saltiel et le 8h45 de notre camarade Anne-Laure Chouin