La révolution féministe - #AMFIS2022
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour à toutes et tous, ravie d'être en plus sur un, je ne sais pas comment on appelle ça, ce n'est pas une salle, mais avec Terwine de Méricourt dont j'avais prévu d'ailleurs de vous parler. Et ça fait plaisir qu'on ait de plus en plus maintenant des noms comme ça qui sont donnés, où on rend hommage aux femmes de l'histoire qui ont été quand même gommées de nos manuels scolaires, mais aussi de notre connaissance commune. Je veux vous parler en fait aujourd'hui, donc pendant un long temps, mais peut-être qu'on aura un moment de débat. Je vais essayer de mettre ma montre. Oui, je vois les têtes comme ça. Bon, alors OK, on fait un moment de débat.
Je vais essayer de tenir dans un délai raisonnable. Donc vous racontez un peu l'histoire de l'émancipation des femmes et donc l'histoire du féminisme, mais sa genèse et dans quel contexte, c'est-à-dire qu'est-ce qu'on a dû abattre comme mur, notamment idéologique, pour arriver à former une révolution qui est celle du XXe siècle. Parce que vous le savez, je vais au début pas forcément vous apprendre des choses incroyables, mais c'est important de se le remettre en tête. Les femmes ont vécu pendant des siècles et des siècles sous l'oppression patriarcale. Et je pèse le mot patriarcale. Elles n'étaient pas sujet de leur vie, vous le savez.
Et elles étaient donc tout simplement dominées par les hommes dans tous les aspects de leur vie. Et le XXe siècle a donc marqué, comme je le disais tout à l'heure, une rupture qui est une rupture dont on, je crois, on ne mesure pas tout à fait l'ampleur. C'est-à-dire qu'entre le début du XXe siècle et le début du XXIe siècle, c'est, à l'échelle de l'histoire, un bouleversement d'une ampleur extraordinaire et qui a... Ah ouais, on est en écho, là. On est en écho. C'était comme ça ce matin. Donc il faut vous parler plus fort.
Je disais, oui, voilà, qu'on a eu cette révolution dans les rapports sociaux entre les sexes et que c'est difficile, notamment pour les plus jeunes, je crois, aujourd'hui, de bien mesurer qu'il y a un siècle à peu près, les femmes n'avaient pas le droit de mettre un pantalon, elles n'avaient pas le droit d'ouvrir un compte en banque sans l'autorisation de leur mari, elles n'avaient pas le droit de travailler, elles n'avaient pas le droit de voter, elles n'avaient pas la pilule, elles n'avaient pas l'avortement. Enfin, je veux dire, c'est...
On a, je pense, du mal à se dire que c'est seulement il y a un siècle qu'il y avait tout ça et qu'aujourd'hui, on est dans une situation qui n'est évidemment pas parfaite du point de vue de l'égalité. C'est un euphémisme de le dire comme ça. Mais en même temps, je crois que pour être juste, fort, audible dans le combat féministe qui reste à mener, c'est important de savoir aussi le chemin qui a été parcouru et comment il a été parcouru. Cette révolution, évidemment, elle ne s'est pas faite toute seule. Ça a été le fruit de combats sociaux et de combats politiques très, très, très grands. Et il a fallu au démarrage beaucoup de précurseurs.
Alors, je ne sais pas comment on peut dire précurseurs ou précurseuses, mais de précurseurs aussi masculins, en tout cas des rebelles, des insoumis. Ça prend particulièrement son sens, la notion d'insoumission, je trouve, en matière de féminisme. Et je parlerai pour la France, parce que je ne vais pas vous faire une histoire du féminisme à travers le monde, même s'il y a des échos à chaque fois de chacune des vagues qui, en fait, ont des répliques, en tout cas, en particulier dans le monde occidental. Mais quand on arrive à la vague MeToo, on sait que c'est carrément planétaire.
Mais en tout cas, je veux vous parler en particulier de la France et vous dire d'emblée que ce que je crois aujourd'hui, et ça fera peut-être l'objet d'une discussion, c'est que nous ne sommes plus aujourd'hui en France dans un système patriarcal, même si dans notre... Peut-être je vais faire la provocation et vous vous mettez de côté pour le débat après, mais je le dis d'emblée. Je crois, comme une anthropologue qui s'appelle Nicole-Claude Mathieu, que nous sommes aujourd'hui plutôt dans un système viri-arcal et non plus patriarcal. Et vir, c'est le mari, le héros, le soldat.
Et donc, ça veut dire, ça signifie davantage un système de domination masculine qui est en rupture par rapport à ce qui existait, par exemple, au XIXe siècle, où c'était toute la structure familiale qui était dominée par le père dans la famille. On est passé à autre chose et il me semble que d'acter ce que nous avons gagné en changeant, y compris le terme qui qualifie la réalité dans laquelle nous nous trouvons, c'est une manière de reconnaître ce qu'on a gagné, ce que je disais, et d'être probablement plus juste aussi sur la réalité de ce que nous avons encore à combattre. Donc, moi, je préfère parler aujourd'hui de viri-arcal.
En fait, au XIXe et au XXe siècle, c'est de là que démarrent quand même globalement les choses. C'est grâce aux Leçons des Lumières et aussi à la Révolution française qui, vous le savez, a pourtant méprisé la dimension d'égalité entre les hommes et les femmes. Mais c'est à partir de là qu'on a des femmes et quelques hommes, c'est important de le dire, qui se sont érigées contre l'ordre prétendu naturel des sexes et contre l'idéologie dominante qui confortait la différence et la hiérarchie. Comprenez bien à chaque fois que dans ce qui doit être combattu, c'est les deux choses. Historiquement, c'est à la fois la différence au nom de laquelle on a toujours opprimé.
C'est parce que par nature, j'y reviendrai tout à l'heure, et aussi la hiérarchie, puisqu'il y a une suprématie du masculin sur le féminin. Et donc, c'est contre cette idéologie qu'elles et ils ont défendu l'égalité. Et il y avait un schéma d'organisation de la société assez simple qui a fait qu'on avait la sphère privée, les affaires domestiques dédiées aux femmes, et la sphère publique, c'est ça la répartition, les affaires publiques, qui étaient dédiées aux hommes avec une suprématie du public sur le privé. Vous avez compris, ça fait double dimension. Et c'est cet enfermement-là dans lequel les femmes se trouvaient par une idéologie.
Sans mouvement féministe, sans pensée, vraiment théorie, si j'ose dire, des rapports sociaux entre les sexes, nous n'aurions eu strictement aucune avancée. Or, la lumière, et c'est la réalité, elle a du mal à se faire véritablement sur cette histoire. Il y a eu longtemps, c'est un peu moins vrai aujourd'hui, mais ça reste quand même assez vrai, une chape de plomb sur l'histoire des femmes. Et globalement, on a été gommé. Voilà, on a été gommé. Ça se voit très simplement, par exemple, au Panthéon. Vous savez que devant le Panthéon, il y a marqué aux grands hommes la patrie reconnaissante, et que pendant longtemps, on avait seulement deux femmes qui étaient enterrées au Panthéon.
C'est Marie Curie et Sophie Berthelot, et que depuis, il y en a quelques-unes, Germaine Tillon, Geneviève de Gaulle, c'est la nièce, qui étaient deux résistantes, et puis Simone Veil, et tout récemment, Josephine Baker. Mais enfin, au total, je vous signale que ça fait six femmes sur 75. Pas sur 75, ça fait 75 hommes, plus exactement, et six femmes. Donc on est particulièrement loin du compte, et je trouve que ce Panthéon raconte quelque chose de cette histoire-là. Alors, c'est lié à la fois au fait que... Comment dire ? Il y a un double phénomène.
C'est la mise de côté des femmes dans l'histoire, en règle générale, et aussi un deuxième problème, mais c'est peut-être parce que je suis historienne de formation, mais c'est important de le souligner, c'est que pendant longtemps, l'histoire s'est faite par les grands hommes, en haut en fait. Donc comme elle se fait en haut par les grands hommes, et que les femmes étaient exclues de la possibilité même de faire cette histoire vue comme ça, qu'on ne risquait pas de sortir du lot.
Heureusement, depuis notamment un grand historien qui est Fernand Braudel, maintenant on sait que l'histoire, elle ne se fait pas que par des choses, enfin voilà, des grands hommes, mais qu'elle se fait aussi par des mouvements qui sont des mouvements plus profonds. Mais enfin, moralité des courses pour le grand public. Moi, je dirais que sortie de Simone de Beauvoir et Olympe de Gouges, peut-être Gisèle Halimi, mais voilà, quoi. Enfin, je veux dire, on en est à peu près là. Je ne sais pas qui connaît ici même, Pauline Léon, Jeanne de Rouen, Terwaine de Méricourt, maintenant vous l'avez ici, Hubertine Auclair, Madeleine Pelletier, ce n'est pas évident.
Peut-être certains noms, et ici, évidemment plus, mais si vous prenez la population, vaste population, enfin franchement, ce sont des noms qui ne parlent à peu près à personne, en dehors, encore une fois, de Simone de Beauvoir et Olympe de Gouges. Et d'ailleurs, parmi ces femmes, il faut savoir que beaucoup, beaucoup ont payé très, très cher, très, très cher de leur vie.
Et puisqu'on est dans la salle, enfin, pas la salle, je ne sais pas quoi, l'espace Terwaine de Méricourt, vous dire un petit mot, vous l'avez peut-être lu, mais il faut savoir que Terwaine de Méricourt, qui, elle, était une des figures de la Révolution française, elle a été fouettée en place publique, parce qu'elle avait un projet qui était quand même vraiment pas possible pour l'époque. Elle voulait inciter à la création, enfin, inciter les femmes à organiser des corps d'armée. Voilà. Donc ça, c'était évidemment inacceptable. Elle était, bon, c'était quand même, à chaque fois, c'est des personnalités, il faut imaginer le truc.
Dans leur époque, elle était habillée, comme on dit, dans des tenues d'Amazon. C'était une des rares femmes, d'ailleurs, dès le démarrage de la Révolution en 1789, parce qu'elle était anti-royaliste et elle était aussi critique de la bourgeoisie Terwaine de Méricourt. C'était quand même un sacré personnage. Et donc, elle était une des rares à fréquenter dès le début l'Assemblée, les débats de l'Assemblée en 1789. Et puis, en 1792, elle prononce un discours qui réclame l'égalité politique qui passe par la participation aux armées.
Et elle dit cette phrase, brisons nos fers, « Il est temps, enfin, que les femmes sortent de leur honteuse nulité, où l'ignorance, l'orgueil et l'injustice des hommes les tiennent asservies depuis si longtemps. » Donc, vous voyez, c'est quand même quelque chose de dire ça à ce moment-là. Et elle a passé 23 années en asile. Madeleine Pelletier, qui est une des grandes féministes du début du XXe siècle, une des plus combattantes, vraiment un personnage très influent et très marquant. Et elle, elle a été arrêtée en 1939 pour avoir pratiqué des avortements clandestins. Et elle était considérée, c'est ce qu'on disait à l'époque, comme un danger pour elle-même, pour autrui et pour l'ordre public.
Et elle aussi a été internée à Saint-Anne. Et donc, je vous prends ces deux exemples, mais il y en a bien d'autres. Il y avait cette idée que ces femmes rebelles étaient des folles. Elles étaient folles, il fallait les enfermer. Et c'est d'ailleurs à Saint-Anne que Mme Pelletier est morte. Et donc, ces féministes, celles, enfin ces féministes, toutes, je ne dirai pas de terroigne de Méricourt qu'elles étaient féministes, mais je reviendrai un peu sur cette appellation. Mais en tout cas, ces femmes rebelles qui ont soit commencé à mettre des brèches dans la domination masculine patriarcale, soit celles qui étaient carrément féministes au sens moderne du terme.
Celles, en tout cas, grâce auxquelles nos vies se conjuguent aujourd'hui avec une large part de liberté, même si elle n'est pas totale et que l'égalité, évidemment, n'existe pas et qu'on a toujours des violences spécifiques persistantes. Je ne vous le dirai pas à chaque fois, on a bien compris. Je ne nie absolument pas la réalité, comme vous l'imaginez, comme féministes. Mais elles ont toujours été perçues de façon très négative. Et tout le temps, de tout le temps. Je veux dire, c'est un truc, c'est une persistante. Donc aujourd'hui encore, quand on voit, même si la situation est différente, puisque une majorité de Français se déclarent aujourd'hui comme féministes.
Donc évidemment, ce n'est plus tout à fait pareil. Mais vous avez toujours un pan des féministes qui va être considéré comme hystérique, de trop, enfin bref, excessive. Voilà, toujours cette idée d'excès, en fait, comme s'il pouvait y avoir un excès dans la revendication d'égalité et mal baisé. C'est aussi presque de tout temps. C'est important de le savoir. Et dans le langage courant, même des termes comme suffragette, à l'époque où MLF, mouvement en libération des femmes, était dans leur temps des mots totalement péjoratifs, absolument pas positifs, mais absolument péjoratifs des épithètes négatifs.
Et pourtant, c'est à toutes ces femmes qu'on doit, aujourd'hui, l'école mixte, qu'on doit le fait qu'on a des centres IVG, même si malheureusement, ils sont en train de fermer et qu'ils sont malmenés, ou qu'on a la reconnaissance du viol comme étant un crime grâce à l'horaire de 1980. Et donc, c'est aussi des historiennes qui se sont battues pour la reconnaissance de cette histoire des femmes, avec, je trouve, deux dates qui sont quand même très intéressantes parce que ça n'a pas été évident, cette reconnaissance aussi, parce que les femmes étaient absentes de la production académique de l'histoire.
La première femme, vous le savez sans doute, et elle, peut-être, vous la connaissez, qui a occupé une chaire de professeur, et de professeur chargé de l'histoire des femmes, c'est Michelle Perrault, qui est vraiment une grande femme, je vous invite à lire si vous vous intéressez à ces sujets. Et elle a organisé un colloque, un colloque en 1973, donc il y a 49 ans, c'est l'année de ma naissance, donc je sais, il y a 49 ans, elle a fait un colloque, une histoire des femmes est-elle possible ? Vous voyez, ça c'était en 1973, la question qui était posée dans le colloque, une histoire des femmes est-elle possible ?
Et vous voyez comme l'histoire a accéléré quand même malgré tout assez rapidement, en 1998, elle refait un colloque et le titre c'est, une histoire sans les femmes est-elle possible ? Et c'est, je trouve, très beau parce que ça raconte ce qui, à ce moment-là, a bougé et continue de bouger et est terriblement encourageant. Première idée que je veux vous dire en introduction, enfin en introduction, ça finit par être au-delà de l'introduction, j'ai déjà parlé un quart d'heure, c'est qu'il y a une idée reçue selon laquelle le féminisme serait un dogme et une idéologie, vous voyez ce que je veux dire, figée, il y a le féminisme.
Moi je mets toujours un S au féminisme parce qu'il n'y a pas un féminisme, c'est pas vrai. Il y a plusieurs manières de prendre le sujet. En même temps, il y a évidemment quelque chose de, comment dire, de commun. Mais peut-être un mot, c'est le cas de lui dire un mot sur le mot parce que le mot est récent. Peut-être tout le monde ne sait pas ici d'où il vient, mais en fait la première fois que le terme est utilisé, c'est un homme qui l'utilise. C'est la plume de Alexandre Dumas, leur fils, pas le Alexandre Dumas qu'on connaît plus, celui qui a écrit La Dame aux Camélias, peut-être ça vous connaissez. Et donc il l'utilise une première fois.
Et en fait, pour lui, ça veut dire un défaut de virilité chez les sujets masculins qui épousent la cause des femmes. C'est ça la première fois qu'on trouve le mot. Et on est quand même assez tard puisqu'on le trouve en 1872. C'est la première fois que le mot apparaît. Et en réalité, la première à s'auto-proclamer féministe dans le sens moderne qu'on lui connaît, c'est... Est-ce que quelqu'un le sait ? Ok, c'est juste pour savoir comment je m'étends, quoi. Bon, très bien. Alors, pas de problème. Non, mais c'est bien de faire une formation sur le sujet. Alors, c'est Hubertine Auclair. Non, c'est pas grave, c'est important. Donc, Hubertine Auclair, c'est important.
Et je vous en reparlerai aussi tout à l'heure. Et c'est seulement en 1882. Donc, on est à la fin du 19e. Donc, c'est vous dire aussi la rapidité. C'est-à-dire que vous voyez le terme qui arrive fin 19e, dans son sens moderne. Et vous voyez tout ce qui a été abattu au 20e siècle. Et donc, moi, aujourd'hui, pour prendre une définition, s'il faut en faire une, je vous donne la mienne. Voilà, c'est des théories et des pratiques qui visent l'émancipation des femmes en droit comme en fait. Ça, c'est à mon avis ce qui relie le féminisme entre guillemets. Mais je dirais que ce qui les relie, c'est ça. C'est de porter la revendication d'égalité entre les femmes et les hommes.
Mais cette façon de la porter peut diverger, notamment sur un sujet qui est assez nodal et dont on parlera peut-être aussi dans le débat et dont je vous parlerai à la fin, qui est la question de comment, de qu'est-ce qu'on fait avec la différence des sexes, en fait, du rapport similitude-différence. Vous avez vu tous les débats et on y reviendra tout à l'heure sur le genre. Voilà, donc il y a des débats qui sont très importants autour de la différence des sexes qui peuvent apporter des nuances. Mais comme vous allez le voir quand je vais retracer l'époque, il y a plein d'autres sujets. Le rapport au socialisme, le rapport à l'écoféminisme tel qu'il a, voilà, nouveau terme.
Enfin, il y a plein, plein de manières de faire vivre son féminisme. Et donc, ce n'est pas du tout un truc fermé. C'est au contraire quelque chose de très vaste. Il y a un féminisme radical, il y a un féminisme plus modéré. Et ça, on le retrouve à chaque période de l'histoire. Alors, de manière anachronique, et j'insiste sur ça, on dit parfois que Christine de Pizan ou François Poulain de Labarre sont féministes. Donc, alors là, c'est totalement anachronique. Je préfère qu'on se dise les choses très franchement. Alors, Christine de Pizan, vous en avez peut-être entendu parler.
D'ailleurs, même Jean-Luc a évoqué son nom et a raison, parce que c'est vrai que c'est un personnage qui a marqué cette histoire-là. C'est une femme qui est restée, alors on est au Moyen Âge, vous voyez. Donc, voilà, on est quand même au 14e siècle. Et donc, c'est une femme qui a écrit un livre, qui est restée connue pour un livre qu'elle a écrit, notamment. Enfin, elle en a fait plusieurs, mais un qui est notamment resté célèbre, qui est la Cité des Dames. Mais on est, donc, je vous dis vraiment au 14e siècle.
Et donc, on est dans la phase des précurseurs, c'est-à-dire de personnalités un peu étranges, qui d'un seul coup défrichent, vous voyez ce que je veux dire, un bout du truc, mais de façon très étonnante. Donc, c'est une femme qui a reçu d'abord une éducation, ce qui n'est pas toujours évident à l'époque, une éducation assez solide, qui s'est mariée de façon heureuse, ce qui n'est aussi pas toujours évident au 14e siècle, si vous voyez ce que je veux dire. Et elle était avec un notaire qui était secrétaire du roi. À l'époque, c'était Charles V. Elle a trois enfants, mais son mari meurt très vite.
Et elle se retrouve hyper malheureuse parce que son mari est mort, et toute seule avec trois enfants. Et elle a beaucoup de difficultés, vous imaginez bien. Et pourtant, elle se remet à étudier et à écrire. Et elle essaie de faire des romans. Et donc, elle a publié quand même une quinzaine d'ouvrages, ce qui est énorme pour l'époque. Et donc, cette fameuse cité des dames. Puis, il y a un autre aussi qui s'appelle le livre des trois vertus. Et alors, elle, en fait, c'est pour ça que ce n'est pas féministe, mais ce qu'elle fait est déjà quand même intéressant, c'est qu'elle se bat contre la dévalorisation des femmes.
Puisqu'à l'époque, vous le savez, les femmes sont vraiment source de tous les mots. C'est l'époque des sorcières, c'est des tentatrices, etc. Donc, voilà, c'est une femme qui a lutté contre ce dénigrement des femmes et qui a valorisé déjà à l'époque, c'est marrant, la sororité. Le fait que les femmes doivent... Ce n'est pas le mot qu'elle utilise, mais c'est une forme de sororité. Et elle veut l'éducation pour les femmes. Donc, il n'y a pas du tout de bouleversement de l'ordre social dans ce qu'elle propose. C'est dans ce sens-là qu'on ne peut pas dire qu'elle est féministe, parce qu'elle ne propose pas un bouleversement de l'ordre social. Mais en revanche, elle veut que ça bouge.
Et elle dit cette phrase que je trouve intéressante. « Si la coutume était de mettre les petites filles à l'école et que communément on les fit apprendre les sciences comme on fait aux fils, qu'elles apprendraient aussi parfaitement et entendraient les subtilités de toutes les arts et sciences comme ils font. » Et c'est d'une modernité déjà quand même assez incroyable à cette époque-là de penser que finalement, si les femmes ont l'air d'être des ignorantes, c'est juste parce qu'on ne les met pas à l'école comme les autres et que si elles y allaient, évidemment, tout irait bien.
Ensuite, on a un deuxième personnage très, très marquant qui, moi, quand je l'ai lu, j'ai trouvé ça vraiment très puissant. C'est François Poulain de Labarre. François Poulain de Labarre qui est l'auteur, alors lui, on est au XVIIe siècle, fin du XVIIe siècle, donc en 1673. Il écrit un livre qui ne fait absolument pas, comment dire, sensation à l'époque. Contrairement à Christine de Pizan, parce que Christine de Pizan, il faut savoir qu'elle s'est engueulée avec l'auteur du nom de La Rose. Je ne sais pas si vous connaissez. Le roman de La Rose, pardon. Je ne dis pas le nom de La Rose, ce n'est pas Umberto Eco. Non, non. Le roman de La Rose.
Et qui était, en fait, un truc, une espèce de livre pas génial pour les femmes. Et donc, en fait, elle s'engueule avec lui. Donc, il y a une polémique et elle est en polémique avec lui. Et donc, ça a quand même de l'écho. Alors que François Poulain de Labarre, il est un peu tout seul avec son bouquin qui fait globalement un floc et qui est redécouvert au moment de la Révolution française et au XIXe siècle. Et qui est, je crois, en épitaphe, si ma mémoire est bonne, du deuxième sexe de Simone de Beauvoir. Il me semble, oui, c'est ça. Avec cette phrase absolument sublime, vraiment sublime. L'esprit n'a point de sexe.
L'esprit n'a point de sexe qui est quand même vraiment un épitaphe, pour le coup, puisque là, c'est Simone de Beauvoir qui le reprend, mais qui dit quelque chose qui va être très contagieux et très prolixe d'un point de vue intellectuel. Donc, lui, c'est un disciple de Descartes parce qu'il a une pensée, voilà, il essaie d'avoir une pensée rationnelle. Il essaie d'avoir une pensée rationnelle et c'est par cet esprit de rationalité, d'observation du réel et de dire, finalement, c'est comme ça, mais pourquoi ça ne pourrait pas être autrement qu'il arrive à décrire des situations incroyables.
Alors, c'est amusant à lire parce que, par exemple, à un moment, il dit, oui, je sais, ça paraît complètement fou et drôle parce qu'il y a souvent cette notion de rire. Vous avez remarqué, d'ailleurs, que c'est un sujet, c'est Judith Butler qui le dit souvent. En fait, quand on trouble le genre, pour reprendre le titre de Butler, mais quand on fait un trouble dans le genre, en fait, ça fait rire. Vous avez remarqué ça ? Si un homme se comporte comme une femme, ce que ça suscite, c'est le rire, ou inversement. Et lui, déjà, utilise d'une certaine manière ce rire puisqu'il dit, bon, je sais, imaginez qu'il y ait des femmes qui soient magistrates, qui soient policiers.
Bon, c'est complètement, j'entends bien. Mais en même temps, si on raisonne, on se dit, pourquoi pas, quoi ? Finalement, pourquoi elle ne pourrait pas le faire ? Donc, c'est terriblement, terriblement puissant. Qu'est-ce que, oui, je vous disais. Et donc, voilà. Donc, ça n'a pas d'écho, et c'est au 19e que ça ressort. Et donc, dès le démarrage, ce à quoi se sont, en fait, attaqués ces penseurs de l'égalité entre les sexes, c'est d'abord la légitimation idéologique de la différence et de la hiérarchie, ce que je vous disais tout à l'heure. Et en fait, à chaque époque de notre histoire, on a des intellectuels qui ont développé des arguments pour asseoir la domination.
Cette domination, il a fallu à chaque fois l'outiller, et à chaque période, de façon différente. Ne croyez pas qu'il y a eu un seul discours qui, pendant, vous voyez ce que je veux dire, des siècles et des siècles, a tenu de la même manière. Toujours la même idéologie au fond, il s'agit quand même d'une hiérarchie et d'une différence, mais on essaye à chaque fois d'adapter. Donc, quand je vous dis adapter, je vais prendre deux exemples, parce qu'on pense que c'est linéaire, vous voyez, que les femmes étaient opprimées, et puis qu'il y a eu un processus comme ça. En fait, c'est plutôt comme ça, l'histoire.
Au Moyen-Âge, par exemple, les femmes, avant qu'il y ait justement les corporations, finalement, elles participaient au travail, qui est une part de ce qu'on peut appeler la vie publique, de façon beaucoup plus grande. Quand se créent les corporations, les corporations excluent les femmes. Donc, il y a un recul, d'une certaine manière, et on argumente différemment. Autre exemple, à un moment donné, il y a une rébellion des femmes, un petit peu sur la façon dont les hommes la traitent, un peu comme Christine de Pizan le disait. Et là naît l'amour courtois et la logique de la galanterie.
Et la galanterie, elle a été une réponse, en fait, à la rébellion des dames, mais quelque part pour mieux aussi asseoir la domination. Donc, c'est pour ça que souvent, vous voyez des féministes qui râlent après la galanterie. Très souvent, moi, je suis la première, j'ai horreur de ça. Tu me tiens la porte, t'es sympa, c'est bien, mais pas par galanterie, parce que t'es sympa, mais pas parce que t'es galant. Parce que cette galanterie a été une réponse qui faisait, en fait, vous voyez ce que je veux dire, à conforter un certain rapport. Et donc, au total, on a le fil à plomb, qui est le rapport de domination, mais toujours différent.
Donc, je vais faire quelques éclairages comme ça, de ce qu'on a connu comme manière de faire, mais on part de Platon, par exemple. Platon, c'est moins pire, d'une certaine manière, que ce qu'on peut trouver parfois ailleurs. Bon, c'est pas un féministe du tout. C'est quand même le premier penseur de la métaphysique occidentale, l'auteur de La République, vous le connaissez. Et les choses sont, en réalité, avec lui, plutôt en demi-teinte, on va dire, en demi-teinte, parce qu'il pense, lui, la suppression de la partition privée-publique. Ce qui est déjà, vous voyez, pas ce qu'on trouve après, ou au contraire, après, c'est très, très conforté, cette partition entre le privé et le public.
Et pour lui, on élève les enfants en commun. Les femmes ont les mêmes charges publiques que les hommes. Donc, c'est, voilà, c'est pas... À ce moment-là, c'est pas si pire, comme dirait l'autre. Mais la réincarnation des femmes, là, par contre, c'est une catastrophe. D'ailleurs, c'est tellement une catastrophe que quand vous êtes un homme et que vous avez déconné, vous êtes réincarné en femme. C'est la logique de la punition. C'est la punition. C'est pour votre deuxième vie, voilà, si vous vous avez pas bien comporté, si vous êtes un homme lâche, un homme vil, vous finissez en femme après, c'est dire s'il faut pas le faire.
Ensuite, chez Platon, évidemment, il remet pas en cause la subordination des femmes aux hommes. Et il acte même l'infériorité de l'âme des femmes. Mais en même temps, dans La République, qui est un de ses ouvrages, il postule qu'elles ont les mêmes capacités. Donc, c'est un peu ambivalent, même si, si on fait l'addition de tout, évidemment, les références, ce qui est valorisé, et les grandes références, elles restent profondément masculines. Chez Aristote, qui est un disciple de Platon, alors, lui, il a fait un travail considérable puisqu'il a armé les textes de la scolastique chrétienne et musulmane. Et alors, lui, bon, l'infériorité des femmes est beaucoup plus claire que chez Platon.
Donc, vous voyez, c'est pour vous dire que c'est pas linéaire, c'est que lui, il y va quand même beaucoup plus franco. Donc, même si les femmes, elles appartiennent, dans son univers, à la population libre, contrairement aux esclaves, donc c'est pas le même statut, vous voyez, à l'époque, il y a les esclaves et puis il y a les femmes qui sont quand même libres, mais elles sont rangées dans la catégorie des censités, parce qu'elles ne sont pas citoyennes, ça veut dire qu'elles ne peuvent être ni gouvernantes, elles ne peuvent pas gouverner, mais ni gouvernantes, ni gouvernées, quoi, si j'ose dire.
Et elles sont aux limites de la cité, en réalité, et pour une raison qui est quand même assez intéressante, c'est parce que si elles viennent, ça va créer le désordre, en fait. Ça va créer de la sauvagerie. Ben oui, c'est ça, c'est quand même un vrai problème. Il ne faut pas trop leur laisser de place parce qu'elles sont une menace pour l'harmonie de la cité. Donc, il faut les exclure, mais c'est vraiment au nom de la paix civile. Et du calme général, parce qu'elles sont encore plus menaçantes même que les esclaves. Elles sont plus menaçantes parce qu'elles sont... Voilà.
Il ne faut pas trop leur laisser de place parce qu'il faut faire attention qu'elles ne prennent pas l'autorité, y compris dans le foyer. C'est assez dangereux. Donc, voilà. Et il dit clairement, les femmes sont naturellement faites pour obéir. Et chez lui, on trouve très clairement ce qu'on retrouve ensuite longtemps. Je ne sais pas si vous connaissez ce terme, mais en fait, c'est une supériorité masculine qui est ontologique, c'est-à-dire qui est d'essence, qui est naturel. C'est ça. C'est le caractère ontologique à chaque fois de cette histoire-là. C'est par des faits de nature. Et c'est tout aussi naturellement qu'il y a l'existence d'hommes et de femmes.
Il y a une raison évidente à cela puisque c'est ce qui permet de procréer. Et donc, c'est tout aussi naturellement que puisqu'il y a cette partition des rôles, au fond, on a ceux qui sont faits pour commander et ceux qui sont faits pour être commandés. C'est la même logique. Et il dit que c'est pareil que l'intérêt du maître et de l'esclave parce qu'en même temps, ils ont un intérêt commun. Si chacun est à sa place, tout se passe bien. La cité est harmonieuse. Et il dit que le mâle et la femelle se caractérisent par une certaine puissance ou un certain manque de puissance. Ça, c'est très intéressant. Ça vient de loin.
C'est juste pour dire que ça vient quand même sacrément de loin, toutes ces histoires-là. Alors après, on continue. Des fois, à chaque fois que je lis ces trucs-là, je me dis finalement que ça aggrave au fur et à mesure. Là, on arrive au 1er siècle après Jésus-Christ. Et je prends, je choisis, évidemment, je ne vais pas tout vous faire, mais c'est assez intéressant. Paul, je ne sais pas si vous connaissez Paul, qui est quand même considéré comme le père fondateur de la morale conjugale et sexuelle chrétienne. Et lui, il a carrément théorisé le message inégalitaire de Dieu. Donc, il l'a posé. Et puis ensuite, les générations après ont appliqué. Donc, la place inférieure de la femme provient.
Là, je trouve qu'on touche à un truc très fort. C'est le péché originel. Ça, c'est clair. Le péché originel, franchement, on paye. Ça, il ne fallait pas faire. Il ne fallait pas manger la pomme. Et de considérations qui sont liées à la nature. La sexualité, c'est lui qui dit que la sexualité est un mâle. C'est vraiment un mâle. Et ça n'a pas d'autre objectif que de permettre de procréer. Et donc, il ne faut pas transgresser tout ça, parce que sinon, ce sont des manquements à Dieu. Il prône de façon très forte le port du voile. C'est bien de s'en rappeler. Parce que l'homme est l'image et la gloire de Dieu. Et que la femme est la gloire de l'homme. Voilà. Je pense que les choses sont claires.
Et donc, les femmes ne doivent pas parler dans les églises. Elles n'ont pas le droit d'enseigner. Elles n'ont pas le droit de commander. Et elles ne doivent pas être tentatrices. Ce qui est souvent ce qu'on leur reproche. Mais ça, c'est le péché originel. Le péché de démarrage, c'est d'être des tentatrices. Et elles doivent développer la pudeur, la modestie, la chasteté. Et je dis ça parce qu'en fait, de tout ça, on voit que des siècles et des siècles après, il reste des choses dans la façon dont nos consciences, nos habitudes, nos représentations restent terriblement façonnées. Mais elles ont quand même une planche de salut.
C'est qu'en fait, les femmes de tout ce qu'elles ont hérité de terrible par nature, elles peuvent quand même, en enfantant, se racheter quand même et faire œuvre de salut public. Donc, à chaque fois, on voit que les grands philosophes en fourchent le pas de la légitimation, de la domination et qu'au commencement, elle va pêcher, elle a mangé la pomme et le mythe fondateur, soyez soumis les uns aux autres, c'est ce que dit le testament, qui ajoute que les femmes le soient à leur mari comme au Seigneur. Donc, vous voyez, on est vraiment dans cet état d'esprit. Il y a une puissance absolue du mari qui est soulignée par toutes les autorités ecclésiastiques.
Et au Moyen-Âge, les femmes adultères, vous le savez sans doute, sont soumises à la peine de mort. Donc, on ne rigole pas du tout. On est quand même, c'est... Voilà, ce sont des choses extrêmement sérieuses. Et elles sont exclues des affaires publiques et elles n'ont même pas le droit de comparaître devant un tribunal si elles font quelque chose qui ne va pas. À la fin du Moyen-Âge, je saute, je vais très, très vite, mais il y a un autre théoricien important qui est Thomas d'Aquin. Donc là, on est au XIIIe siècle. Et lui, il a soit une philosophie catholique qui essaye d'accorder davantage la foi et la raison. Il essaye d'accorder un peu les deux.
Et il veut faciliter les choses pour que chacun puisse accomplir ses vertus. Donc, il apparaît plus ouvert, plus libéral que les autres. Et il admet, ce qui est quand même déjà pas mal, que le plaisir n'est pas que concupiscence. Donc, on commence à avoir le droit au plaisir, ce qui est quand même une avancée importante. et c'est des effets qui sont plutôt favorables pour le traitement des femmes qui, du coup, maintenant, deviennent autorisées à séduire. Alors, séduire, soit pour trouver un mari, soit à séduire leur mari pour garder leur mari et pour éviter l'adultère, parce que l'adultère, tout ça, c'est tout ça pas bien.
Et donc, certains ont vu en lui un féministe au sens où, justement, la théorie qui développe permet quand même un peu un moment de libération. Bon, évidemment, c'est pas du tout ça. Thomas d'Aquin, il est attaché à la subordination originelle qui est à la fois, évidemment, voulue par Dieu et fondée en nature. Et il reprend l'idée d'Aristote que la femme et l'homme s'opposent de la même façon que la forme et la matière. C'est, vous voyez ce que je dirais, quelque chose d'évident, d'absolu, de logique, d'incontestable, avec un truc qui, moi, m'a toujours fait beaucoup rire. Et c'est vous dire comment les arguments avancent.
Il dit qu'en fait, quand vous êtes enceinte, en fait, ce qui a permis la création d'un individu, c'est le caractère actif du sperme. Pardon. Du sperme, j'ai mon truc qui se barre. C'est le caractère, c'est assez drôle. C'est le caractère actif du sperme, parce qu'en fait, nous, avec les menstruations et tout le bazar, nous ne sommes que des êtres morts, en fait. C'est hyper glauque. Et donc, heureusement, il y a la dimension active du sperme qui, lui, comme il est actif, vient féconder et donner la vie et donc permettre quand même, voilà, de créer quelque chose de vivant, alors que nous, nous n'avons qu'un matériau inerte en nous.
Donc, la femme est perçue comme une sorte de réceptacle, vous voyez, de réceptacle. Et parce que, bon, voilà, on a une infériorité qui est à la fois physique et intellectuelle et qu'il n'y a pas de doute là-dessus. Et il considère, d'ailleurs, Christine de Pizan qui l'a lue comme une folle. Il le dit clairement qu'elle est complètement folle. Et il écrit, toujours ce Thomas d'Aquin, « L'homme est largement pourvu de discernement de la raison, contrairement aux femmes. » Donc, les hommes sont raisonnables et nous, nous sommes complètement cinglés. Donc, ensuite... Ben oui, non, mais je veux dire, c'est assez simple. Je veux dire, voilà.
Donc, après, ça ne va pas tellement mieux parce que, bon, prenons Machiavel. Là, on se dit, bon, on avance quand même, normalement, ça devrait être bien. Machiavel, le prince, tout ça. Bon, il a une conception moderne de la politique, mais les femmes, ce n'est pas mieux. Alors, il a beaucoup de mépris pour les femmes qui sont des sottes, des peureuses, des faibles. Ça aussi, c'est très bien. Des êtres instables. Ça, c'est souvent quelque chose qui revient. Nous sommes instables. Les ragnagnas, non, mais on pense même aujourd'hui à la batata et ragnagna. Enfin, bon, bref, toujours pareil, quoi. Et, évidemment, dépendante.
Et le problème qu'on retrouve là aussi encore, c'est la quête de séduction qui amène le désordre. Ce n'est pas ce qu'on veut séduire que, du coup, on amène le bazar. Et le sujet agissant, c'est l'homme. Donc, il y a la dimension passive des unes et la dimension active des autres qui va structurer durablement la pensée des sexes, des relations entre les sexes. Donc, après, quand vous avez un peu ce panorama vitement brossé, vous vous rendez compte que les personnages dont je vous parlais tout à l'heure, j'ai dit Christine de Pizan et François Poulin de Labarre, mais il y en a eu quelques autres comme ça, mais qui sont, du coup, des espèces d'ovnis. Vous voyez ce que je veux dire ?
C'est des ovnis dans cet univers-là. Et ce sont des personnages qui sont isolés, en fait. Ce n'est pas des mouvements, c'est des personnages qui sont isolés. On trouve des femmes d'exception. Je vous en cite une autre, mais je pourrais... Bon, il n'y en a pas 150 000 en même temps. Marie de Gournay. Vous avez peut-être déjà entendu parler de Marie de Gournay. Il y a son petit livre, Le Grief des Dames, qui a été publié aux éditions Mille et une Nuit. Donc, elle aussi, c'est une femme assez exceptionnelle qui a lu Montaigne. Elle a écrit un autre livre aussi qui s'appelle L'égalité des hommes et des femmes. Elle a refusé le mariage. Elle vit, elle aussi, de sa plume.
Donc, ce sont souvent des femmes qui sont des femmes qui ont quand même des capacités, de la chance de pouvoir étudier. Et dans ses écrits, elle commence un de ses écrits. Elle dit « Bienheureux lecteurs si tu n'es point de ce sexe ». Ce qui est quand même assez désespérant, mais en même temps assez joli. Et c'est une époque où, évidemment, elle, son livre fait complètement un bide. Et ce qui marche à l'époque de Marie de Gournay, c'est les précieuses ridicules de Molière. Ça, ça fait terriblement rire, Marie de Gournay à côté. Donc, en réalité, et j'arrive au cœur du sujet, d'une certaine manière, c'est la Révolution française qui ouvre une brèche.
C'est peut-être pas évident à comprendre comme ça, parce qu'on a tous en tête le fait que la Révolution française a, au contraire, refermé. Elle a refermé, puisque le suffrage universel est un suffrage universel masculin. Mais on ne comprend rien à l'histoire si on ne voit pas que tout l'appareillage intellectuel, politique de ce moment-là permet, en réalité, de faire entrer la question de l'égalité entre les hommes et les femmes.
Et donc, c'est bien à partir de cette brèche que constitue la Révolution française que vont commencer à émerger des femmes et des groupes de femmes qui vont contester la place qui leur est faite et qui vont commencer progressivement tout au long du XIXe siècle à ce qu'un tournant s'opère. D'abord, dès le début de la Révolution, les femmes investissent l'espace public. On a tous les images. On les voit arriver. Quand il y a la rébellion, on voit bien que c'est des femmes. Elles viennent, elles veulent le pain, elles s'en prennent au roi. Elles sont présentes, actives et sur la scène publique.
On a des clubs féminins qui se forment à ce moment-là et on a aussi des cahiers de doléances qu'on peut lire. Moi, j'en ai lu des passages de femmes qui se plaignent de leurs conditions. Donc, c'est quand même assez intéressant. On a retenu, évidemment, Olympe de Gouges avec sa déclaration de la femme et de la citoyenne en 1791. Je fais juste une précision parce qu'il y a souvent une confusion. Olympe de Gouges n'a pas été, vous savez, elle dit cette phrase « Les femmes ont le droit de monter à l'échafaud, elles doivent avoir aussi celui de monter à la tribune ». Et on termine toujours en disant « Eh bien, elle, elle a fini sur l'échafaud ».
Sachez qu'elle n'a pas fini sur l'échafaud pour ce qu'elle avait écrit sur les femmes. Ce n'est pas ces histoires-là qui ont été réglées. C'est plutôt les histoires internes à ceux qui avaient fait la révolution entre ceux qui étaient censés être fidèles et ceux qui n'étaient censés ne pas être fidèles. L'esprit révolutionnaire, mais ce n'est pas lié à sa prise de position sur les femmes. Mais on en a d'autres qui sont tout à fait actives depuis le début de la révolution. Il y a Pauline Léon qui est l'une des grandes figures féministes de la révolution.
Et d'ailleurs, si ça vous intéresse, dans le livre d'Alexis Corbière sur les Jacobins, il y a quelques femmes dedans et il y a notamment un portrait de Pauline Léon qui est tout à fait intéressante. C'est elle qui a créé le Club des citoyennes républicaines et révolutionnaires qui est le plus influent de l'époque. Elle appartient au monde des sans-culottes. C'est vraiment une figure quand même assez impressionnante. Il paraît qu'elle avait une manière d'arranguer les foules qui était tout à fait performante. Elle était avec son alter ego qui s'appelait Claire Lacombe. Bref, très présente sur les barricades, des personnages vraiment haut en couleur.
Et pendant la révolution française, je vous ai parlé de ces femmes, je vais vite parler de ces femmes, mais il y a aussi, je crois, un intellectuel, un penseur, un politique très important. c'est évidemment Condorcet avec son livre sur l'admission des... Comment il s'appelle ? C'est génial ? Oui, c'est ça, sur l'admission des femmes au droit de cité qui est à ce moment-là une audace très grande puisqu'il, lui, défend l'universel... l'universel pas masculin, enfin, il s'en prend à l'universel masculin et il veut à ce moment-là que les femmes aient... Droits de cité, c'est quand même pas rien et donc c'est un point d'appui qui est un point d'appui tout à fait formidable.
Donc, j'insiste sur cette brèche parce que tu as toute l'armature intellectuelle qui est développée avec l'esprit des Lumières, donc la raison, etc., qui fait revoir intégralement les choses puisque la nature n'est plus le point de référence, puisque l'égalité doit être postulée. Donc, si vous brisez toute une série de rapports de domination, pourquoi celui-ci doit-il perdurer ? Et c'est parce que la raison prend le dessus qu'à ce moment-là, tous les arguments de nature peuvent progressivement tomber et mettre à mal le système patriarcal. Et l'égalité est un maître mot. Enfin, je veux dire, la Révolution française nous apporte ce mot-là comme étant une référence et donc on peut la décliner.
Bon, on le sait, la parenthèse se referme vite de la Révolution française puisqu'on a le code napoléonien qui arrive et quand on relit la phrase « Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari », article 213, on se dit que, voilà, on voit bien là, j'ai passé vite, mais enfin, on était tout à l'heure avec Aristote, etc. Et puis, on arrive là et finalement, il y a une continuité qui est une continuité évidente. On a des lois en 1820 qui sont aussi très, très violentes contre les femmes, enfin, autour de la maternité. Bref.
Et tout au long du 19e siècle, donc c'est un siècle où ça commence à se faire et ça se fait à chaque fois dans les poussées révolutionnaires, c'est-à-dire les clubs de femmes qui se forment, les journaux féminins qui émergent, les contestations avec des textes théoriques qui commencent à pointer du doigt le problème. Eh bien, à chaque fois, il y a une poussée quand il y a un moment révolutionnaire. Donc, il y a les journées de 1830, allez hop, ça y va. 1848, il y a ce qu'on appelle les femmes de 1848 qui sont agissantes, râlent, on monte d'un cran.
Et 1870, la commune, évidemment, et à chaque fois, vous voyez ce que je veux dire, à chaque fois qu'il y a une poussée en fait de ce type, est adossée des pionnières qui sont de moins en moins isolés et qui commencent, je dirais, à construire un discours politique. Je prends en 1830 des figures comme Jeanne de Rouen ou Eugénie Niboyer. Ça ne vous dit rien, tout ça. Je vous parle chinois, mais ce n'est pas grave, vous allez peut-être retenir comme ça un peu des noms. C'est des femmes, c'est les femmes de 48. Alors, il y en a une, Jeanne de Rouen, elle est ouvrière, lingère, autodidacte. Donc, c'est quand même des personnages qui sont absolument incroyables.
Et elle obtient le brevet d'institutrice et elle rédige en 1831 un plaidoyer contre la soumission des femmes. Mais à l'époque, il faut mesurer aussi le niveau d'argumentation qui n'est pas du tout celui de notre modernité. Par exemple, Jeanne de Rouen, elle dit, c'est comme chrétienne, comme citoyenne et comme mère que les femmes doivent réclamer le rang qui leur appartient dans le temple, dans l'État et dans la famille.
Mais c'est surtout cette sainte fonction de mère que l'on oppose comme incompatible avec l'exercice des droits de citoyenne qui impose à la femme le devoir de veiller sur ses enfants et lui donne le droit d'intervenir dans tous les aspects de la vie civile mais aussi dans tous les aspects de la vie politique.
Et donc ça, c'est quelque chose qui au moins pendant un gros siècle, on retrouve de façon assez forte, c'est-à-dire que ces premières femmes qui se rebellent, vous voyez bien que ce n'est pas tout à fait dans le sens moderne du féministe, c'est-à-dire qu'elles ne contestent pas véritablement l'ordre social, elles ne contestent pas vraiment la place qui leur est assignée, mais elles posent deux premiers jalons pour... Voilà, pour... Bon.
Mais c'est quand même elle, cette Jeanne de Rouen qui est la première à parler de suffrage universel masculin, c'est elle qui dit ça, qu'il y a un suffrage universel masculin, ce qui n'est pas formulé comme ça évidemment quand il est fait, il va de soi, et elle est candidate aux législatives en 1849 et elle demande au mouvement socialiste de le suivre en estimant que le combat pour le peuple et pour les femmes est le même et c'est l'occasion donc pour une femme qui est totalement inconnue, elle a 26 ans, c'est quand même hallucinant, de se lancer dans la bataille électorale et elle écrit « Liberté, égalité, fraternité, c'est au nom de ces principes qui n'admettent pas l'exclusion que je me présente comme candidate à l'Assemblée législative, autant vous dire qu'elle n'est pas élue, mais c'est un acte de subversion qui nous en tant qu'insoumis raisonne quand même de faire un geste comme ça, on se dit on s'inscrit quand même dans cette histoire de faire un truc comme ça.
Georges Sand ne la suit pas parce que souvent on dit « Ah, Georges Sand, etc. » Non, Georges Sand, non. Je vous lis un passage de Georges Sand. « Les femmes doivent-elles participer un jour à la vie politique ? » Oui, un jour. Je le crois avec vous. Mais ce jour est-il proche ? Non, je ne le crois pas. Et pour que la condition des femmes soit ainsi transformée, il faut que la société soit transformée radicalement.
La femme étant sous la tutelle et dans la dépendance de l'homme par le mariage, il est absolument impossible qu'elle présente des garanties d'indépendance politique à moins de briser individuellement et au mépris des lois et des mœurs cette tutelle que les mœurs et les lois consacrent. Je vous lis Georges Sand en 1948. Donc c'est vous dire que le débat fait quand même rage et que tout ça ne va pas de soi. Voilà. Je vais vite. Donc sous la Troisième République, on a ce qu'on appelle, donc la Troisième, c'est bon, vous suivez, le XIXe est très mal enseigné, donc souvent, mais ça va. Bon, alors super.
Donc sous la Troisième République, là, c'est là où, vous avez compris, il y avait des pionniers et pionnières, ça a commencé avec des clubs un peu féminins, etc. Et là, sous la Troisième République, on entre dans une logique de masse, c'est-à-dire qu'on a des mouvements qui sont des mouvements de masse. Le terme féminisme émerge, je vous ai parlé tout à l'heure d'Hubertine Auclair et d'autres, et donc ça veut dire que vous avez des clubs, c'est des centaines de milliers de femmes qui sont dedans, vous avez des journaux féminins qui sont lus, qui sont tirés à des centaines de milliers d'examplaires.
Donc on passe à une toute autre échelle et c'est ce qu'on appelle l'âge d'or du féminisme, c'est sous la Troisième République, contrairement peut-être à l'idée qu'on a. Et c'est à ce moment-là aussi que l'une des batailles centrales, on va dire, c'est la question des suffragettes, c'est-à-dire l'accès aux droits de vote et aux droits civils.
Et évidemment que ça émerge à la faveur à la fois de l'industrialisation et de ce que ça apporte, et aussi du progrès de l'instruction des femmes, puisque les femmes ont quand même réussi à gagner un certain nombre de choses déjà à ce moment-là, et notamment l'école pour les femmes en 1880, puisqu'elles obtiennent des choses, c'est la loi Camissé en 1880, qui ouvre l'enseignement secondaire aux filles, même s'il y a des disparités à l'époque, elles n'ont pas le droit au grec, au latin, à la philo, mais elles ont quand même accès à l'éducation, donc évidemment, cet accès à l'éducation accélère aussi la possibilité d'une prise de conscience et de ce phénomène de masse.
Et en 1909, elles obtiennent le congé de maternité, qui n'est pas rémunéré, mais qui est quand même un congé de maternité de 8 semaines, ce qui est quand même tout à fait quelque chose. La question du suffragisme, c'est autour de 1900 qu'elle devient assez centrale et que des députés, y compris masculins, le défendent à l'Assemblée avec le succès que vous connaissez. Je ne vous fais pas une histoire là-dessus, mais vous savez que la France est en retard, que ça a été déposé, retoqué, etc., et que finalement, on s'en sort qu'en 1944, mais en tout cas, la bataille se fait. Et notre Hubertine Auclair, elle, elle est quand même assez incroyable.
Donc, elle, à un moment donné, elle est tellement énervée. Donc, Hubertine Auclair, c'est une socialiste. qui d'ailleurs fait un discours magnifique dans un congrès socialiste à Marseille. Un jour, elle arrive et elle leur fait un plaidoyer sublime pour expliquer pourquoi, elle, en tant que femme devant un parterre de mecs, elle fait un plaidoyer absolument pour expliquer pourquoi les femmes doivent pouvoir avoir le droit de vote. Et dans les trucs spectaculaires qui ressemblent à nos trucs d'insoumis, un jour, elle va et elle prend une urne et elle la renverse. Et il y a une image dans la presse où on voit Hubertine Auclair avec l'urne qu'elle est en train de renverser.
Donc, c'est le happening tel que nous, on le connaît. C'est la force déjà de l'image dans les journaux de l'époque où elle renverse et elle est là. Donc, c'est un personnage absolument extraordinaire. Voilà. Et qui est là. Donc, cet âge d'or du féminisme, il est marqué, je vous la fais bref là aussi, mais il est marqué par deux grands courants. C'est assez intéressant. Il y a un courant, donc Hubertine Auclair et d'autres qui sont liés à la tradition socialiste. En fait, ça s'ancre dans le mouvement ouvrier, si vous voulez, avec tous les débats qu'il peut y avoir dans le mouvement ouvrier.
Et il y a un autre courant qui est notamment incarné par Maria de Rheim, Léon Richer et d'autres, bref, qui viennent de la franc-maçonnerie, très marqué par la franc-maçonnerie et qui est un courant plus modéré. Et en fait, celui qui a évidemment le plus le vent en poupe, c'est ce courant plus modéré et qui participe considérablement à le phénomène de masse dont je vous parlais, de la prise de conscience de ces femmes. Voilà. Donc, ça, c'est vraiment important de l'avoir en tête que c'est... Voilà. Et on entre dans un phénomène de masse pour vous donner un chiffre. En 1929, il y a 250 000 adhérents au Conseil national des femmes françaises. C'est beaucoup, quoi. 250 000, c'est... Voilà.
Donc, on est dans une autre échelle avec encore des personnages qui se présentent aux élections législatives. Je vous l'ai dit, ou Bertine Auclair, ou une autre femme que vous connaissez peut-être qui est Marguerite Durand, qui a créé un journal qui s'appelle La Fronde et dont le nom est le nom de la bibliothèque. Je vous l'ai dit pour ceux qui sont curieux ou curieuses de ce truc-là. C'est le nom de la bibliothèque à Paris qui est la bibliothèque dédiée à l'histoire des femmes dans la bibliothèque Marguerite Durand qui est en face de Tolbiac et qui est un magnifique lieu.
Donc, il y a tout ça et on obtient à la fin de cette séquence le droit de vote des femmes et puis le droit civil, le droit d'ouvrir un compte en banque, le droit d'avoir sa pièce d'identité, blablabla, plus le droit de vote. Donc, d'une certaine manière, comprenez bien ça et retenez bien ça, toute cette première phase, cette première vague féministe, c'est celle qui s'attaque à la sphère publique.
Je vous ai expliqué la répartition au départ, sphère publique, sphère privée et donc, le premier axe, c'est les femmes entrent dans la sphère publique et donc, ce que sera, j'y viens, le mouvement de libération des femmes après la deuxième vague, la deuxième vague, elle va s'attaquer à la sphère privée avec mon corps m'appartient et donc, vous là, vous tenez en fourche si vous voulez, les deux aspects mais ça se fait par vagues.
Donc, première vague, voilà, on veut être dans la sphère publique puis, il y a le fameux creux de la vague, ce qu'on appelle le creux de la vague à partir de, après la seconde guerre mondiale et avant les années 68, je parle des années 68, je dis à tout le monde, c'est pas que je, c'est un concept auquel je tiens parce que 68, c'est pas juste 1968, les journées de mai, 68, c'est avant, ça monte en puissance et après, ça continue. Donc, c'est une séquence c'est une séquence historique et donc, je préfère parler des années 68.
Donc, voilà, donc, les années 68 et entre les deux, il y a le creux de la vague avec quand même quelque chose de très important après 45, ouais, j'ai dit, donc voilà, 44, 1944, les femmes obtiennent la loi pour voter et elles votent pour la première fois en 1945 mais après, il y a quand même un pavé dans la mare important. Oh non, c'est bien après, ok, alors, c'est pas grave. En 1949 est publié Le Deuxième Sexe.
Donc, c'est un creux de la vague dans lequel il y a quand même un petit événement qui est Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir qui est horriblement accueilli, affreusement accueilli, c'est-à-dire que là, vraiment, c'est un déchaînement contre ce truc qui parle du vagin des femmes, enfin, qui est vraiment insupportable, absolument insupportable et qui commence d'ailleurs par Simone de Beauvoir qui pense que la querelle féministe est derrière nous, c'est assez rigolo et bon, pour ce, sans doute, certains d'entre vous l'ont peut-être lu, d'autres ne l'ont pas lu, donc je vous dis juste deux mots du Deuxième Sexe.
Il y a deux tomes, donc il y a un premier tome qui est très théorique, qui a, à mon sens, très mal vieilli, je ne vous recommande pas spécialement, où justement, elle parle un peu des théories qui préexistent, etc., qui est assez court et il y a un deuxième tome qui est beaucoup plus long, qui a, par nature, vieilli, mais je trouve beaucoup moins et qui décrit, en fait, qui décrit la vie des femmes de la naissance jusqu'à la vieillesse et la mort et qui, à chaque étape de la vie, montre comment les femmes sont emprisonnées dans des schémas qui les empêchent d'être des femmes libres. Voilà.
Et elle critique, alors après, il y a tout un débat autour de cette œuvre-là parce que tous les courants féministes se revendiquent de Simone de Beauvoir et veulent attraper dans Simone de Beauvoir ce qui les intéresse, et notamment sur la question de la différence des sexes. Donc, je ne vais pas échapper à ça. Moi, je pense que Simone de Beauvoir critiquait considérablement la dimension essentialiste des rapports hommes-femmes et de la conception de la féminité. Mais ça mériterait peut-être débat et peut-être dans cette salle aussi.
Mais en tout cas, c'est important de savoir qu'en 1949, il y a quand même ce pavé dans la mare qui est produit avec une réception qui est une réception extrêmement négative. Puis, dans les années 1970, se forme à ce moment-là le mouvement de libération des femmes. Alors, comme on est plus proche, je pense que vous connaissez un peu mieux. Je vais dire de tête, je ne sais plus ce que j'ai fichu de ma fiche. Si, je ne sais plus. Bon, ce n'est pas très grave. Je vais vous dire plusieurs choses sur le mouvement de libération des femmes parce que je pense qu'on le connaît un peu. Mais d'abord, il y a eu une grosse bataille historique pour savoir comment est né ce MLF.
Alors, moi, quand j'ai commencé à militer, je vais vous raconter une histoire. J'arrive dans une salle. J'étais toute jeune. J'étais militante féministe. J'avais la vingtaine. Et puis, il y avait un grand machin du collectif national des droits des femmes. Et puis, j'étais assise là. Et puis, d'un seul coup, il y a une espèce de bronca. Il y a des femmes qui hurlent et qui disent « Rendez-nous le sigle ! Rendez-nous le sigle ! » Etc. Je débarque. Je dis « Mais de quoi elle parle ? Qu'est-ce que c'est que ce délire ? » En fait, on était quand même dans les années 90. Et en fait, ça faisait référence à 68, à cette bataille-là. Parce qu'il y a eu différents courants qui se sont...
Et Antoinette Fouque, Antoinette Fouque, qui est un personnage féministe que vous connaissez, peut-être, et qui, elle, a été vraiment une des chevilles ouvrières de tout le courant qu'on appelait psychépo à l'époque, psychanalyse et politique, et qui était un courant essentialiste, donc qui valorisait la dimension nature des femmes. Et puis, d'autres courants. Et en fait, elles ne se sont jamais réconciliées parce qu'Antoinette Fouque a voulu raconter l'histoire du féministe comme étant... C'est en fait dans sa cuisine, en fait. C'est dans sa cuisine que le MLF serait né. La réalité n'est pas celle-là. Je ne nie pas qu'il y a eu des choses dans sa cuisine qui se sont discutées.
C'est fort probable. Mais après, elle a non seulement raconté cette histoire, mais elle a déposé à l'INPI le sigle, le point dans l'ovule, qui était quelque chose qui n'appartenait à personne. C'est comme si vous déposiez... Moi, je ne sais pas qu'est-ce qu'on pourrait avoir d'équivalent, mais des choses que vous voyez dans la rue et qui n'appartiennent strictement à personne dans le moment où il y a un mouvement social. Et elle, en 1980, elle va à l'INPI, elle le dépose comme une marque. Et donc, c'est elle qui touche des royalties après sur le fait que le point et l'ovule lui appartiendraient.
Donc, il y a une espèce d'accaparement, si vous voulez, de l'histoire et dont il reste encore des traces. Donc, ce n'est pas comme ça, évidemment, que ça s'est tout à fait passé. Et ça a été des petits groupes. Bon, je ne vais pas vous faire toute l'histoire, je vais vous en berlificoter. Mais en gros, l'acte de naissance, on va dire davantage que ce sont ces neuf femmes qui, en août 70, sont arrivées sous l'arc de Triomphe et ont déposé une chair, une gerbe à la femme du soldat inconnu en disant plus inconnu que le soldat inconnu, sa femme. Oui, plus inconnu que sa femme. Donc, elles sont arrivées. Alors, là aussi, logique d'happening. Moi, doute, les journalistes s'emmerdent.
Elles, elles se disent tiens, qu'est-ce qu'on pourrait faire ? Et elles arrivent et elles font typiquement la force de l'image et de l'événement au bon moment, etc. Et donc, elles y vont et elles font ce truc. Et à ce moment-là, on dit le mouvement de libération des femmes est né. Est né de cet acte qui est un premier acte. Et donc, c'est dans la foulée du bouillonnement de 68. C'est-à-dire qu'en fait, en 68, les hommes ont été quand même beaucoup devant mais les femmes étaient très investies dans le mouvement et en avaient ras-le-cul de faire les sandwiches pendant que les mecs prenaient la parole. Exactement ce qui s'est passé.
Donc, elles se sont aussi auto-organisées en disant ça suffit et nous, et blabla, et blabla. Et elles se sont auto-organisées dans la non-mixité. Ce qui est une des caractéristiques du mouvement de libération des femmes, c'est cette non-mixité. Et qui vient en 68 parce que notamment, elles sont dans ces luttes de 68 et qu'elles s'y sentent mal. Et donc, elles disent il y en a ras-le-bol et elles se mettent ensemble et elles se mettent à se raconter leur vie. C'est comme ça que ça se fait. Elles se racontent leur vie et elles se disent mais ah bon, mais toi aussi, c'est comme ça chez toi. Bon, ton mec, il ne fait jamais la vaisselle. Ah bah moi non plus.
Puis toi aussi, tu es sorti dans la rue et un mec qui t'a mis la main. Ah bah moi aussi. Vous voyez ce que je veux dire ? Et c'est un partage d'expérience en fait. Ça naît de ce partage d'expérience. Et il y a un numéro de partisans en 1970 qui est un journal bref de l'époque de cette ambiance-là qui titre Mouvement de libération des femmes année zéro. 1970, année zéro. C'est-à-dire qu'elles sont parties de leur réunion non mixte, de leur vie quotidienne, de ce partage d'un savoir qui est le savoir de l'expérience pour construire un discours politique dans la négation totale de ce qui avait pu avoir lieu avant en pensant qu'elles étaient, qu'il n'y avait rien avant quoi en fait.
Strictement rien avant et que voilà, elles découvraient littéralement tout ce qui est assez intéressant. Sauf que de leur expérience vécue et de ce privé, de cette partie privée, elles ont fait, vous connaissez le slogan de 68, le privé est politique. Là aussi, c'est un peu comme en 1789 avec ce que je vous disais sur la brèche. C'est-à-dire que finalement, elles ont utilisé ce slogan, elles ont été matricées par ce slogan. Elles ont dit, bah ouais, c'est ça, le privé est politique. Et bien, notre privé aussi, il est politique. Et donc, ce qui nous arrive, le fait qu'à la maison, c'est nous qui faisons tout et qui fait la vaisselle, etc., et bien, c'est une question politique.
Ce n'est pas une question que chacune doit régler dans sa sphère privée, dans son lieu domestique, parce que c'est insoluble. Et donc, il y a bien un système, un système patriarcal qui crée de l'oppression, qui fait qu'on n'est pas libre, qu'on n'a pas le droit d'un un, qu'on ne peut pas s'exprimer, enfin bref, tout ce que vous connaissez. Et donc, elles ont fait une fabrique comme ça, mais sur la partie, qui est la partie privée, avec des résultats assez forts, puisqu'elles ont, par des mobilisations, dont je ne sais pas si vous avez les images en tête, mais elles font des trucs quand même assez déconnants.
Elles vont, à un moment donné, parce qu'il y a des courants d'extrême droite, donc il y a notamment un mouvement, à l'époque, qui s'appelle Laissez-les-vivre, qui se bat contre le droit à l'avortement, et elles arrivent et elles jettent du mou de veau dans la gueule des mecs. Voilà, mais elles font des tas de trucs. Évidemment, on se souvient toujours, elles n'ont jamais brûlé de soutien-gorge à ma connaissance, ça c'est un mythe total, mais par contre, elles ont fait beaucoup, beaucoup d'actions en essayant souvent de le faire avec de l'humour.
C'est aussi bien dans les slogans que dans les formes, mais en fait, c'est un mouvement qui est très joyeux, qui est très drôle, qui a beaucoup d'humour. Non, mais on dit souvent qu'on n'a pas d'humour dans les féministes. Je trouve ça incroyable quand on étudie l'histoire du féminisme, c'est plutôt un truc très drôle et très déconnant. Et les journaux de l'époque sont assez drôles, se moquent des situations de façon extrêmement drôle. Avec, comme vous connaissez aussi, le Manifeste des 343, dont Charlie Hebdo a dit le Manifeste des 343 salopes. Donc c'est en 1971, mais rendez-vous compte, c'est 343 femmes qui disent avoir avorté alors que c'est interdit.
Le problème, c'est comme il y a des personnalités, des artistes, des... Enfin bref, il y a Simone de Beauvoir d'ailleurs dedans, mais il y a, je ne sais pas, Françoise Sagan, je ne vais pas faire tous les noms, mais il y a en fait des femmes qui comptent, le gouvernement est complètement dans la merde, puisqu'il est incapable à ce moment-là de pouvoir faire quelque chose. Il ne va pas mettre en prison toutes ses grandes personnalités. Et donc, en fait, elle crée, avec les manifestants monstres, un rapport de force qui fait que, en 1975, on obtient la loi de libéralisation de l'avortement.
Mais alors, retenez bien une chose, c'est que, certes, Simone Veil a été appelée par Giscard d'Estaing parce que c'était le bordel, et j'insiste là-dessus, s'il n'y avait pas eu une telle mobilisation féministe, jamais Giscard d'Estaing et Simone Veil n'auraient fait la loi sur l'avortement.
Donc, cette idée qu'aujourd'hui, la droite, parce que c'est devenue, enfin, la droite, je ne sais pas, la droite, je m'entends, pas l'extrême droite et pas les droites, vous voyez ce que je veux dire, mais certains courants plus modérés nous expliquent qu'ils n'ont pas de leçons à recevoir parce que Simone Veil, Simone Veil a été courageuse, Simone Veil a défendu cet aspect-là, mais la loi a été votée parce que la gauche a voté, elle n'avait pas de majorité, sans la gauche, la loi n'était pas adoptée, mais surtout, sans tout le bazar mis par le mouvement de libération des femmes, jamais vous n'auriez eu à l'ordre du jour la loi sur l'avortement.
Donc, c'est une conquête qui est une conquête du mouvement de libération des femmes de la même manière, ensuite, que la loi sur le viol en 1980, alors, c'est peut-être un peu technique, mais sachez qu'en fait, le viol était un crime avant. En fait, le viol était un crime avant 1980, déjà. Le seul problème, c'est qu'il n'était pas défini. Donc, la loi disait, le viol est un crime, mais sauf qu'il n'y avait pas de définition du viol. Donc, du coup, voilà. Et donc, en fait, ce qui se passe en 1980, c'est qu'on obtient une définition, tout acte de pénétration de quelque nature qu'il soit, est un viol. Et donc, voilà.
Alors, après, on peut avoir plein de discussions sur cette définition, parce que l'idée que c'est défini par la pénétration est aussi une certaine conception de la sexualité, c'est-à-dire que sans pénétration, pas de sexualité. Bon, je ne vous ouvre pas tous les débats, mais ça ouvre en réalité tout ça, beaucoup de débats. Mais on a quand même gagné quelque chose, on ne va pas se plaindre.
Et parce que là aussi, il y a eu toute une bronca là-dessus, on a fait la nuit, je dis on, comme si j'y étais, je n'étais évidemment pas, mais les féministes de l'époque ont fait 24 heures contre le viol, ont fait des balades la nuit, enfin, vraiment une énorme bronca, une énorme agitation qui a permis d'arriver jusque-là. Je dis aussi un mot sur le moment de libération des femmes, sur cette tension dont je vous parle depuis un moment, c'est qu'à ce moment-là, il y a plusieurs courants. Alors, je vais dire, comme moi je le dis, mais vous trouverez sans doute dans d'autres livres, d'autres catégorisations, je ne fétichise pas, mais je dis en gros comme moi je vois.
Il y a les féministes qu'on appelait tendance lutte des classes, comme par exemple Christine Delphi, que vous connaissez peut-être, qui a écrit un livre qui a beaucoup marqué, qui s'appelait L'ennemi principal, qui est une espèce d'application, une forme d'entrée marxiste dans la conception de la domination patriarcale. Voilà, je ne sais pas comment le résumer, mais peut-être si vous avez des questions, on en reparlera sur Christine Delphi, mais qui fait, voilà, courant lutte des classes, révolutionnaire. Il y a un féminisme plus égalitariste, qu'on appelle égalitariste, que je dirais, genre Gisèle Halimi, vous voyez ce que je veux dire ?
C'est-à-dire des choses, oui, oui, mais égalitaristes, voilà, simple égalitariste. Et il y a un féminisme qui est le féminisme essentialiste, dont je vous parlais tout à l'heure d'Antoinette Fouque, qui, donc, j'insiste là-dessus, qui valorise le féminin. C'est-à-dire, en fait, remet en cause la hiérarchie, mais non pas la différence des sexes.
C'est-à-dire, la hiérarchie des sexes n'a pas lieu d'être, mais par contre, ce qu'il faut, c'est valoriser le féminin, alors avec ce que moi, j'estime être les travers inverses, c'est-à-dire donc, parce que nous, enfantons, nous sommes des créatrices, puisque, bah oui, voilà, en fait, on a une puissance créatrice, bon, des trucs qui, moi, ne me parlent pas du tout, donc je ne vais pas être la meilleure pour vous raconter précisément ce qu'il y a dedans, mais moi, il y en a certaines, je lis, Lucie Rigaraille et tout ça, je n'y arrive pas du tout, mais c'est un courant qui a été un courant extrêmement puissant et important.
Et ensuite, je pense que dans les décennies qui ont suivi et jusqu'à aujourd'hui, on a complexifié les approches en sortant un peu de cette dualité très violente entre les courants, parce que les anti-essentialistes et les essentialistes, je vous assure, ces deux écoles, on est prêtes à se mettre vraiment, voilà, les uns sur les autres de façon extrêmement violente.
Et je dirais qu'avec les concepts de genre, tout ce qui a apparu progressivement, on est rentré dans un moment qui est un moment autre, qui est une période autre, mais après, toute une vague qui a été, tout un nouveau creux de vague, pardon, voilà, tout un nouveau creux de vague dans lequel moi, je me suis trouvée, le creux de la vague, parce que quand j'ai créé Mixité en 1997, on était vraiment, peut-être que c'est les prémices d'une autre, mais moi, je crois qu'on était dans le creux de la vague et c'était une association mixte féministe.
Et moi, quand je disais que j'étais féministe, j'allais sur le plateau, on me regardait comme une bête curieuse, mais vraiment, à l'époque, c'était, ah bon, mais vous êtes féministe, mais c'est quoi ? On était bizarre et ce n'était pas du tout des mouvements de masse, c'était marginal, on avait beaucoup, beaucoup de mal à se faire entendre, jusqu'à, évidemment, la vague MeToo qui, elle, a complètement, voilà, échelle planétaire, enfin, celle-ci, vous la connaissez, je ne vais pas vous raconter la vague MeToo, mais dire peut-être un mot encore sur l'éco-féminisme parce que l'éco-féminisme, on le voit aujourd'hui, la, vous connaissez peut-être, là, peut-être Françoise Dobone, non ?
Voilà, peut-être plus, qui, donc, Françoise Dobone était dans le mouvement de libération des femmes et dans les années 68, il se passe plein de choses, mais il se passe aussi l'émergence de l'écologie, c'est-à-dire que les années 68, c'est aussi l'émergence de l'écologie, beaucoup sur les questions du nucléaire, mais pas seulement, et donc il y a plein, plein de choses qui se passent à cette époque-là, et donc c'est Françoise Dobone qui écrit un livre qui s'appelle Le féminisme ou la mort, on est en 1974, et c'est dans cet ouvrage qu'apparaît pour la première fois le terme d'éco-féministe, elle est romancière, elle est essayiste, elle a cofondé le Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire, le Phare, qui était un truc assez fort au moment du mouvement de Libération des Femmes, et elle est imprégnée à la fois du rapport Midos, vous voyez ce que c'est, le premier rapport, on a les rapports du GIEC maintenant, mais le premier, c'était le rapport Midos, on est en 1972, et les idées de Serge Moscovici, Serge Moscovici, qui est un des, je ne sais pas, un père de l'écologie politique, si on veut, on peut dire ça comme ça, et donc je vous la lis, c'est une urgence que de souligner la condamnation à mort par ce système à l'agonie convulsive de toute la planète et de son espèce humaine, si le féminisme en libérant la femme ne libère pas l'humanité tout entière, à savoir n'arrache le monde à l'homme d'aujourd'hui pour le transmettre à l'humanité de demain, et donc ce qu'elle, elle dénonce en fait tout l'illimitisme de la société patriarcale, et en fait là, je fais une incise entre la période d'aujourd'hui et cette émergence de Françoise Dobon à cette époque, même si, il faut être très honnête, elle est pionnière, elle écrit ce livre, etc., mais ce n'est pas du tout les débats de l'époque.
Il y a l'écologie, mais je veux dire, le mouvement de libération des femmes n'est pas du tout en train de discuter d'écoféminisme. Ce n'est pas le sujet, ce n'est pas de ça dont on parle. Aujourd'hui, oui, dans la vague Me Too et avec les jeunes générations, l'écoféminisme, alors on a Émilie H, on en a plein d'autres aujourd'hui qui écrivent des choses là-dessus, mais ça devient un sujet de discussion. Mais peut-être que là, ça peut ouvrir un débat aussi entre nous parce que des jeunes générations peut-être se disent écoféministes et je ne sais pas tous bien ce qu'on met derrière ce concept.
C'est-à-dire que moi, je vois notamment en Allemagne, pour avoir discuté avec certaines écoféministes, des dérives qui sont un peu étranges là-dessus. C'est-à-dire, parce que nous sommes femmes, on est mieux en contact avec la nature, et donc comme on est mieux en contact avec la nature, c'est nous qui avons la réponse pour sauver la planète. Je caricature absolument. Oui, oui, je caricature absolument, mais c'est une lecture possible de l'écoféministe quand d'autres disent mais non, pas du tout. Et d'ailleurs, dans l'écoféministe, il y a des intellectuels qui ne le légitiment absolument pas par un ordre de nature, mais de culture.
Et donc, quelque part, autour des débats qui peuvent agiter même à l'intérieur des écoféministes elles-mêmes, on retrouve ce débat nature-culture, qui est quand même quelque chose qui traverse aussi en profondeur finalement le débat féministe. Et c'est vrai que moi, avec Colette Guillaumin, qui est une anthropologue qui a écrit des choses formidables sur la différence des sexes, je suis toujours inquiète, je prends les termes de Colette Guillaumin, elle dit crier à la différence admirable, c'est accepter la pérennité du rapport d'exploitation. Parce qu'elle dit on est toujours différent par rapport à un point fixe, par rapport à une norme.
Et donc, l'éloge de la différence, vous voyez ce que je veux dire, elle est quelque part un référent qui est un référent historicisé, absolument historicisé. Et donc, moi, je me méfie beaucoup de la légitimation, de la symétrie des genres et de la force des préjugés, en fait, de la nature des choses, de l'autorité des coutumes, de tout ça. Parce que je pense qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans cette manière, dans la manière de prendre les débats.
C'est juste pour terminer mon propos assez long et pour peut-être qu'on puisse discuter, je n'ai pas regardé l'heure, mais pour dire qu'on est dans quelque chose qui est cette troisième vague très grande, planétaire, et dans laquelle nous allons aussi continuer à avoir des débats et à être pétris. Et donc, à chaque fois, c'est historicisé. Et la façon dont on prend les concepts comme le concept de genre qui nous fait tant décrier, mais qui est là pour le coup plutôt un appui, puisque c'est vraiment un concept culturel. Le genre, c'est vraiment les rapports culturels.
Mais je pense qu'on les pose les débats à chaque fois de manière très historicisée parce qu'on ne peut penser quelque part là où on va aussi que par rapport à là où on est et que comment ça va se dénouer dépend de ces rapports sociaux entre les sexes, c'est-à-dire de cette historicité. C'est ce que nous dit Geneviève Fraisse de façon très forte. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre avec ça, mais ce que je veux dire, c'est que personne ne peut dessiner comment ça va se dénouer. L'inégalité, on voit ce que c'est, l'égalité, personne ne voit à quoi ça ressemble. Et donc, on est pétri de cette question, de cette impatience aussi, de savoir comment ça va être, qu'est-ce qu'on devient.
Donc, on devient quoi ? Moi, je vois les jeunes générations, j'ai des gamins, je suis hallucinée. Mon gamin, il a 14 ans, il est en rêve plus, il rentre, il me dit, maman, lui, mon pote, il est non-binaire. Je lui dis, comment il est non-binaire ? Ben oui, il est non-binaire. Et il a même une copine qui est trans. Je lui dis, comment il est trans ? Elle a 13 ans, elle n'est pas trans. Si, si, elle est trans. Bon, on voit bien que d'une génération à l'autre, les choses bougent très vite. Pour moi, je suis complètement scotché d'entendre des choses comme ça chez des gamins adolescents qui résonnent comme ça, voire qui me reprennent moi. Mais non, maman, tu fais ça, c'est ultra sexiste.
Non, mais c'est chouette. En même temps, ça fait plaisir. Je lui dis, bon, ok, d'accord. Et donc, la dimension historicisée fait qu'on ne peut penser qu'évidemment, en fonction de comment ça se dénoue, ça va se dénouer par rapport à ce qu'on va être capable de conduire comme rapport de force et comme théorie critique qui vont nous outiller pour avancer vers une société dans laquelle on serait dépris de tout ça. Et franchement, ça fait rêver, mais c'est très difficile. On n'a pas de mythe qui nous laisse imaginer comment on pourrait être, mais les choses avancent très vite.
Moi, je me souviens une fois dans VSD avoir dit il y a très longtemps que je pensais que la bisexualité avait de l'avenir alors qu'il avait fait un buzz pas possible. Il y a 20 ans, j'ai dit ça, c'était lunaire. Je pensais, oui, je trouvais complètement délirant l'idée qu'on puisse avoir a priori décidé qu'on a des relations sexuelles qu'avec un sexe, dans un sens ou dans l'autre, d'ailleurs. Enfin, je veux dire, de décider qu'on ne couche qu'avec des femmes ou qu'avec des hommes. Pourquoi ? Et même dans les mouvements homos à l'époque, j'étais allée aux universités d'été des homosexualités, j'avais dit ça, je peux vous dire que je m'étais fait sacrément accueillir froidement.
Parce que par nature, on est ces homos et qu'est-ce que c'était que cette histoire ? Ce n'était pas vrai qu'on pouvait être les deux. Donc, pour dire que ça avance très très vite et que ce qu'on a compris, je termine sur l'homosexualité, parce que ce qu'on a aussi compris, c'est que l'ordre des sexes dont je vous ai parlé, elle est éminemment liée à l'ordre des sexualités. C'est totalement lié.
Donc, les problématiques, en fait, elles se conjuguent les unes avec les autres parce que c'est toujours cette pensée binaire qui nous amène à avoir finalement une conception de l'homosexualité ou du lesbianisme, je ne rentre pas dans les bi, des trans, etc., qui est construite par rapport à ce schéma initial qui est notre conception de l'ordre des sexes. Donc, ce n'est pas mal.
Pour terminer d'un mot, je crois qu'on a intérêt aussi, nous, chez les insoumis, à avoir ces niveaux de débats théoriques parce qu'ils sont passionnants, parce qu'ils sont en mouvement, parce que la pensée n'est pas figée et qu'on sait très bien que ce qui est notre commun, ça va être de revendiquer l'égalité et qu'on a toute une série de propositions là-dessus et que pour faire avancer les consciences, c'est aussi par ces débats théoriques, ces conceptions que nous avons du féminin, du masculin, que nous voulons déconstruire, que nous allons faire avancer cette révolution que nous attendons plus profonde pour une égalité véritable entre les hommes et les femmes. Et je m'arrête.
On peut, on peut, voilà, s'il y a des mains, eh bien venez. Non, c'est plus sympa de venir. Non, c'est plus sympa. Tu veux les années ? Clément ? Alors, ouais, je crois que tu es nana, parce que les nana ont envie de venir en plus.
Bonjour, merci pour votre intervention d'abord. Moi, je voulais revenir sur la question de la non-mixité. Du coup, vous l'avez abordée au sein des groupes féministes, mais ma question, elle portait sur le rôle qu'elle peut avoir au sein des groupes militants. Parce que du coup, forcément, comme les femmes subissent aussi des discriminations, parfois involontaires et intériorisées, c'est aussi le cas quand on milite. Et je pense que ça retient aussi beaucoup de femmes de plus s'engager en politique et c'est peut-être pour ça qu'il y en a moins.
Et donc, je voulais savoir pour vous quelle était la place de la non-mixité au sein des groupes militants et si vous aviez des conseils à donner sur qu'est-ce qu'on peut faire si on anime des groupes non-mixtes sur la question du militantisme pour que ça soit plus simple pour les femmes et lever ces problématiques qui les retiennent. Et après, peut-être dans un deuxième temps, du coup, comment aussi inclure les hommes sur ces questions pour que ça soit, voilà, le militantisme est un espace aussi safe, comme on dit, pour les femmes. Voilà, merci.
On va faire plaisir, on va faire plaisir, à partir de toi.
Merci. Merci pour cette histoire un peu du féminisme. Mais vous avez parlé de trois courants du féminisme, le féminisme marxiste, le féminisme égalitariste et le féminisme essentialiste. mais vous n'avez pas abordé d'autres féminismes comme le féminisme libéral, radical, lesbien, matérialiste. Enfin, il y en a d'autres, intersectionnel, etc. Il y en a plein. Mais ce que je veux dire, c'est que nous, en tout cas, dans notre groupe d'action, on a remarqué qu'il y avait en tout cas une scission entre la plus jeune génération et l'autre génération où justement, on avait, enfin, je dis l'autre génération pour ne pas dire les vieux, enfin, désolé, mais voilà.
Il y a en tout cas une scission entre deux générations et on s'est rendu compte quand même que la jeune génération était plutôt portée sur les questions d'intersectionnalité et moi, ma question, du coup, c'était plutôt de savoir comment on peut faire pour avoir une vision commune sur l'intersectionnalité puisque vous n'en avez pas trop parlé et voilà, peut-être si vous pouvez revenir dessus pour qu'on soit, voilà, tous, parce que je sais qu'il y a des divergences vraiment profondes de personnes qui restent sur un féminisme, bon, si je caricature, on va dire blanc-bourgeois et un autre féminisme intersectionnel. Voilà.
Alors moi, je vais faire un peu l'oiseau de mauvaise augure parce que vous avez parlé des jeunes générations et en fait, moi, je conseille à beaucoup de gens de se méfier de ce que les jeunes regardent comme il y a beaucoup d'influenceurs aujourd'hui qui ont des messages très très dangereux. Alors, j'observe surtout la sphère anglophone. C'est des gens comme Jordan Peterson ou Andrew Tate qui sont vraiment très très très très dangereux pour l'avenir. Je ne connais pas leurs équivalents en français parce que je n'observe pas la France dans mes études.
Mais vraiment, il y a une vague de contre-culture qu'on va se manger d'ici à 5 à 10 ans qui, pour leur vision des femmes, c'est la femme, c'est un objet qu'il faut ensuite, dont il faut extraire un profit et dont il faut se servir pour extraire une manne monétaire. Alors, il y a aussi des gros dangers chez les jeunes gens.
Alors, bonjour Clémentine Otin. Donc, en fait, moi j'ai trois questions dont une peut-être qui sera hors sujet. En fait, moi je suis doctorante... Ah oui, vous savez quoi ? Est-ce que là vous m'entendez ? Oui, c'est bon. Alors, en fait, moi je suis doctorante en sciences politiques et moi je travaille sur les mouvements féministes en Égypte. Donc, moi, donc mon sujet de thèse, là actuellement, c'est genre et sexe, deux points. Les mouvements féministes en Égypte entre 1910 et 1970. Donc, en fait, j'avais trois questions. Donc, la première, c'est... Je sais, je suis trop chiant, désolée.
Donc, la première question, c'est que pensez-vous du féminisme en Égypte et donc de la condition des femmes parce que c'est assez grave parce que moi je suis partie en Égypte assez récemment parce que je suis aussi spécialisée en archéologie parce que j'ai fait aussi des études en histoire, en égyptologie. Et donc, en fait, moi j'ai vu même des femmes depuis 70 ans, 80 ans se faire harceler et agresser devant moi et la situation est assez catastrophique. Une fois, j'avais lu dans un rapport de... Alors, je me souviens un peu, je crois que c'est l'Assemblée Nationale. Il y a une commission pour les femmes.
Enfin, c'est pas une commission où il y a quelque chose et ils avaient écrit des choses mais vraiment horribles et ça, moi je l'ai vu et donc, vu que vous n'en savez rien, peut-être qu'un jour j'aurai peut-être une réponse, je ne sais pas. Donc, voilà. Et la deuxième question, c'est qu'allez-vous faire à l'Assemblée Nationale concernant la question des femmes en France ou même dans d'autres pays ? Et j'avais une autre question parce que oui, en fait, vous avez oublié de mentionner quelques féminismes. Alors oui, par exemple, il y a le féminisme d'État. Donc moi, je travaille beaucoup sur ça avec Al-Sisi. Et que pensez-vous du féminisme d'État en France ?
C'est très intéressant parce que je... Je ne sais pas si vous voyez de quoi je veux parler. Non, pas trop. Merci beaucoup. Denis.
Bonjour. Moi, j'avais une question par rapport au backlash surtout féministe puisque j'avais lu un article qui datait genre de 1905, un truc comme ça, sur des suffragettes. Et j'étais assez étonnée en lisant l'article. Je me suis dit mais on dirait un torchon de valeur actuelle de maintenant en fait parce que les arguments sont toujours les mêmes en permanence. Et toujours, il y a les bonnes féministes, les mauvaises féministes. Et du coup, ce serait par rapport aux jeunes militantes. Et je rejoins aussi la question qui avait été posée au début.
comment nous, jeunes militantes, on s'arme face au backlash forcément de l'extrême droite et puis aussi face au backlash qu'on peut se prendre en interne parce que malheureusement, des réticences comme ça, on en a même parmi les personnes qui sont censées être nos alliées. Donc, comment on fait aussi à gauche face au backlash
anti-féministe ? Bonjour. J'aurais aimé vous faire une proposition pour faire une proposition de loi au niveau de la grammaire que quand il y a une femme et puis cinq ans, enfin, plein de femmes et puis peu d'hommes, enfin, c'est toujours l'homme qui gagne. Est-ce qu'on ne peut pas faire une loi, en fait, on met masculin ou féminin comme on veut et puis que ce soit juste, en fait, tout simplement, voilà, qu'on ne calcule pas et puis s'il y a des hommes et des femmes, on met féminin ou masculin et que ce soit juste. Voilà, merci.
J'ai cinq minutes pour répondre à toutes les questions, ça va être un peu compliqué. Je vais aller vite. Oui, c'est ça. J'ai l'impression qu'il a été un peu... Enfin, je ne sais pas, si vous dites que c'est un débat, c'est peut-être encore un débat, mais moi, j'ai l'impression qu'on a avancé là-dessus. Il y a besoin de temps de non-mixité, ça arrive. Il y a des femmes qui ont besoin de se retrouver entre elles. Voilà, ce n'est pas du séparatisme, ce n'est pas de la sécession, c'est des moments. Voilà, c'est comme ça. Et l'histoire de l'émancipation des femmes est jalonnée de ça et c'est faite grâce à ça de la même manière que l'émancipation des...
Enfin, je veux dire, tout ce qui est fondé sur l'origine, il y a les mêmes choses. Je veux dire, les Noirs qui se retrouvent ensemble à un moment donné pour pouvoir qualifier ce qu'ils subissent, c'est comme ça. Et c'est comme ça que le mouvement d'émancipation avance. Donc, on pourrait dire c'est fini, c'est derrière nous, on est assez avancés. Il se trouve que non, il reste encore des sujets sur lesquels il y a besoin d'entre femmes. Moi, j'y suis favorable et je ne crois pas qu'à la France insoumise, il y ait d'interdiction de faire des temps. Évidemment, on ne va pas structurer les choses comme ça dans un mouvement politique, mais il peut y avoir des temps de non-mixité.
Inclure les hommes, ça se fait de plus en plus. Nous, par exemple, à l'Assemblée nationale, il y a une commission, enfin, effectivement, je ne sais plus comment ça s'appelle, mais il y a une délégation qui s'occupe de ça. Et on a un homme, un député, qui va pour le collectif et c'est très bien. Donc, il faut évidemment que ces questions soient appropriées. Et je regarde ici la salle, franchement, c'est ultra mixte et ça fait plaisir. Et je vous assure qu'il y a 20 ans, la même conférence, il n'y aurait pas eu autant d'hommes. Et donc, franchement, la mixte, elle est en train de se faire et l'appropriation de la question par tout le monde, elle est en train de se faire.
Merci la vague MeToo parce que sans la vague MeToo, on serait encore sacrément loin. Sur les retours en arrière et le backlash, oui, on a Zemmour, déjà. Voilà, ça va, ça va. Non, mais Zemmour, il a écrit un livre entier qui est le livre qu'il a fait connaître parce qu'on parle beaucoup de son racisme, mais le livre qu'il a fait connaître comme éditorialiste et machin, mec médiatique, c'est un livre sur le mal, M-A-L-E là, qui est maltraité par les féministes et qu'il faut... Mais oui, mais bien sûr. Et c'est un livre entier, ça s'appelle Le premier sexe, ça s'appelle Le premier sexe et ça a été un carton de librairie, c'est un best-seller ce truc.
Et c'est effrayant, effrayant, effrayant, effrayant, effrayant. Donc, le backlash, il est d'autant plus fort qu'il y a eu la vague MeToo. C'est-à-dire qu'à chaque fois qu'on a une vague qui fait avancer, on a le backlash qui va avec. Donc, comment faire ? Je ne connais pas d'autres méthodes que se battent, ne pas céder, ne pas être impressionnés par leur machin et argumenter, argumenter. Et je pense que nous avons déjà tellement gagné dans la population qu'en plus, on n'est pas en rétractation, on est plutôt sur quelque chose où on peut y aller. On a la société qui est quand même globalement avec nous. Que pensez-vous du féminisme en Égypte ? Rien. Question suivante.
Et sans doute bien moins que vous-même. Donc, je ne vais pas me risquer là-dessus. Si ce n'est dire un mot sur la situation des femmes à l'international, parce que vous pointiez notamment des situations qui peuvent être plus dures, je ne supporte pas et je fais une incise, ce n'est pas votre question, mais j'en profite, pour dire aussi cet argument à la con. Oui, à vous, vous êtes en train de vous occuper des publicités sexistes alors qu'à travers le monde, gna gna gna, il y a des femmes qui sont excisées. Désolée, mais on s'est toujours occupé de tout parce que tout est dans tout. Et donc, c'est complètement débile comme question parce qu'à ce compte-là, qu'est-ce qu'on fait ?
C'est vrai pour tout. Alors, qu'est-ce qui va être le plus grave du plus grave dont on doit s'occuper ? Ce qui compte, c'est le continuum et la logique générale dans laquelle on se place. Donc, quand nous, ça avance, ça aide les femmes qui se battent dans leur pays parce qu'elles ont des situations qui sont encore plus graves. Voilà. Ensuite, qu'est-ce qu'on va faire à l'Assemblée nationale ? Eh bien, on va continuer notre travail. Je ne sais pas dans le détail quelles sont les propositions de loi qu'on va mettre sur la table. Oui, par exemple.
Mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est que dans les niches parlementaires qui sont les nôtres, chaque année, on a une vigilance très grande pour avoir un sujet qui soit un sujet féministe. Donc, je n'ai pas de doute qu'on va être créatif et avoir des propositions de loi et pas simplement des propositions de loi, aussi au moment du budget parce que le fameux milliard contre les violences faites aux femmes, on ne l'a toujours pas. Donc, il y a aussi des batailles qui se mènent globalement ou des batailles qu'on a menées sur les retraites puisqu'on va avoir la question des retraites qui revient. Je veux dire, moi, j'ai fait toute la bataille des retraites à l'Assemblée nationale nuit et jour.
On les a fait chier sur les femmes parce que c'est aussi une question. Là, en octobre, arrive la question du chômage où ils vont encore détricoter des droits. Eh bien, la majorité, plus que la majorité des personnes qui sont au chômage, je crois que c'est 70-30. Bref, ce sont des femmes. Donc, les femmes sont plus précaires, plus chômeuses. Donc, dans ce sujet-là, on va aussi parler de la question des femmes. Sur la loi, sur la grammaire, je ne sais pas si tout doit passer par la loi, pour être très honnête. Regardez, on met des points ou des tirés E ou on avait mis des grands E.
Je trouve qu'on invente aussi plein de choses où tout ne doit pas nécessairement passer par des lois, par de l'interdiction ou de l'obligation, etc. Bon, et donc, il faut convaincre là-dessus. C'est vrai qu'on a beaucoup de mal, je trouve, sur les questions de grammaire et de vocabulaire parce qu'on a l'impression toujours qu'on fait chier, que c'est des trucs... Voilà, mais les mots, c'est aussi ce qui représente le monde. Donc, moi, je suis sensible à ces questions de grammaire, même si moi-même, ça me casse les pieds parce qu'à chaque fois que je fais un poste, il faut que je fasse des points E, etc. Je trouve ça très compliqué.
Mais finalement, on finit par prendre l'habitude, c'est comme tout. Et au bout d'un moment, on le fait, en fait, assez automatiquement. Et on voit que le point ES, au début, quand je le faisais, je trouvais ça quand même vraiment très casse-pieds. Et puis, quand on a pris l'habitude, en réalité, c'est comme le reste. Après tout, il y a plein de mots super compliqués, il y a plein de trucs de la grammaire sophistiqués. Pourquoi faire ça ? Donc, je suis pour qu'on soit... qu'on essaye d'avancer là-dessus, pas simplement par la loi. Dernière question, c'était... Je suis allée... Le féminisme d'État. Non, je ne suis pas sûre de voir exactement ce que ça recouvre.
Je ne suis pas certaine de le voir, je le suppute, mais si c'est un vrai sujet, en tout cas, moi, ce que j'entends, ce que je peux essayer de pressentir, c'est plutôt aussi la manière dont la question peut être réappropriée dans un mode qui est un mode qui ne correspond pas au féminisme que l'on défend. Mais là, je pense qu'il faut garder le S de féminisme. C'est-à-dire que même si tous les féminismes ne sont pas comme nous, on le voudrait, il faut se dire que c'est quand même mieux quand des femmes comme Rosine Bachelot et d'autres maintenant à droite toutes commencent à dire « Ah, mais moi aussi je suis féministe, t'as envie de leur dire « Ah bon ? » Bon, ok.
Mais en même temps, c'est un progrès, donc moi, je ne vais pas leur dénier la possibilité de le faire. En revanche, c'est à nous aussi de faire valoir quel est notre féminisme. Par exemple, moi, dans les sujets qui me paraissent fondamentaux aujourd'hui pour, comment on dit, redonner de l'emple, enfin, ouais, de nouvelles forces d'une certaine manière, une puissance, du tranchant, du tranchant un peu à notre féminisme qui ne soit pas juste comme tout le monde, etc., parce qu'il faut qu'on avance.
Je suis très sensible aux thèses d'une femme qui s'appelle Nancy Fraser, que peut-être certains d'entre vous connaissent, parce que Nancy Fraser, elle, ce qu'elle propose, c'est aussi d'être capable maintenant d'articuler notre vendication d'égalité entre les hommes et les femmes avec la contestation du libéralisme et des politiques d'austérité. Parce que, concrètement, aujourd'hui, ce qui fait reculer pour beaucoup les droits qu'on a conquis ou qui ne permet pas d'avancer, est très lié aux logiques néolibérales. Parce qu'on avait conquis, par exemple, la possibilité pour les femmes de travailler à temps plein et d'avoir une autonomie financière.
C'est grignoter aujourd'hui avec l'explosion des temps partiels et de la prétarité et la paupérisation. On avait gagné des centres IVG le droit à l'avortement. C'est en train d'être massacré parce qu'il n'y a plus de maternités et les maternités ferment et tout ça et tout ça. Enfin, ce que vous connaissez. Donc, vous pouvez le prendre par plein de boues. En réalité, les politiques néolibérales et l'austérité aujourd'hui font reculer les conditions de vie concrètes et d'émancipation des femmes. Donc, il y a bien un lien, une articulation qui peut aussi donner une... Ce n'est pas pour être original pour être original. Vous voyez ce que je veux dire ? Mais une spécificité dans notre féminisme.
Il y avait une autre question qui était sur les courants du féminisme. Je crois que c'est la dernière à laquelle je n'ai pas répondu. Oui. Alors, les courants, on ne s'est pas compris parce que quand j'ai défini les trois courants, je parle du mouvement de libération des femmes des années 68. Je ne parle pas de la période actuelle. Donc, voilà. Et forcément, c'est schématique parce qu'à l'intérieur, il y a des sous-courants. Donc, tout ça est très compliqué. Mais moi, je ne parlais que du mouvement de libération des femmes. Non, mais parce que je ne suis pas capable sur la vague actuelle de dire qu'elles sont...
Moi, je n'ai pas assez de recul pour dire exactement dans la période actuelle vague MeToo quels sont les courants et les sous-courants. Je peux dire qu'il y a un courant écoféministe. Je peux dire il y a un courant intersectionnel mais je n'ai pas le recul. Moi, perso, peut-être vous l'avez mais je ne crois pas. Il faut que les historiens fassent leur travail et qu'on ait un peu plus de recul pour à échelle de masse voir des courants, des sous-courants, etc. Ce qui est... J'y viens. Donc, courant, sous-courant, je me méfie des classifications hâtives. Je pense qu'on n'a pas le recul nécessaire.
Après, il y a autre chose qui est la question que vous posez ou que tu poses sur l'intersectionnalité. Moi, je suis totalement pour l'intersectionnalité et je pense d'ailleurs que c'est de fait un acquis du mouvement parce que je crois que personne ne comprend rien à ce qu'est ce terme pour ceux qui pourraient penser qu'on n'est pas... Ah, voilà, l'intersectionnalité. Très bien. Alors, je vais la faire simple. Vraiment, l'intersectionnalité, c'est l'idée que les combats s'entremêlent. Quand vous êtes une femme noire clessière, vous êtes à la fois une femme mais vous êtes noire et vous êtes caissière. D'accord ? Ça fait trois niveaux d'oppression.
Donc, l'intersectionnalité, c'est l'idée qu'on se fait que cette femme, elle est à la croisée de trois sujets et que les trois sujets sont importants pour elle. On peut régler son problème de cassière exploité en, voilà, je veux dire, machin, en combattant le capitalisme. Pour autant, quand elle va rentrer chez elle, elle va avoir d'autres problèmes qui sont liés à son statut de femme et parce qu'elle est noire, elle va être arrêtée cinq fois dans le métro. Bon, elle a des problèmes qui sont des problèmes à la fois différents qui proviennent vous voyez ce que je vais dire de problématiques différentes mais qui se mêlent les unes aux autres.
Et l'intersectionnalité, c'est pas plus compliqué que ça, c'est pas plus compliqué que ça, c'est de dire on ne traite pas les problèmes saucissonnés, on est capable de les regarder dans leur complexité. Et quand ça s'est apparu, c'est parce que, dit comme ça, évidemment, on se dit ah ben c'est super facile, ok, pas de problème, il suffit juste de machin. Sauf qu'en réalité, bien des fois, on est confronté à ces questions-là. Dans les années 110, il faut pas prendre des trucs polémiques d'aujourd'hui. Je prends un exemple.
Il y a eu une polémique pas possible parce qu'il y avait une bourgeoise qui avait été violée et dans les mouvements féministes elle s'engueulait pour savoir si la nana qui avait été violée c'était d'abord une bourgeoise ou d'abord une femme violée. Ah ben oui, mais c'est d'abord une bourgeoise qui a été violée donc on s'en fout on va s'occuper des autres ou c'est d'abord voilà. On peut même remonter sur les questions d'intersectionnalité, on en parlait tout à l'heure avec Corbière même Dreyfus. Dreyfus c'est quoi ?
C'est d'abord un bourgeois dont on va pas s'occuper alors qu'il y en avait d'autres qui avaient les mêmes problèmes et qui étaient eux nos camarades et des prolos et donc c'était de ceux-là dont il fallait s'occuper ou parce que c'était juste et parce qu'il y avait une question d'antisémitisme et d'injustice il fallait aussi s'en occuper.
Donc l'intersectionnalité elle nous pose des questions c'est-à-dire que quand je la dis en premier sens elle paraît simple mais quand on la met de façon pratique ça devient beaucoup plus compliqué pour prendre je le fais quand même en polémique mais quand on arrive sur les femmes voilées par exemple aujourd'hui en France ben voilà on est à la croisée de différentes problématiques qui se croisent et donc la logique intersectionnelle elle oblige à prendre l'ensemble des dimensions auxquelles peuvent être confrontées des situations de discrimination et d'inégalité.
Donc je ne vois pas comment un mouvement comme le nôtre qui a l'intelligence justement de ne pas être juste sur la lutte des classes mais qui est lutte des classes écolo, féministe, antiraciste pourrait être étranger à la question de l'intersectionnalité je dirais que ça fait partie de notre tâche de fait c'est aussi simple que ça bon on s'arrête là et bien merci à vous toutes et à vous tous merci beaucoup merci à vous
merci à vous
Clémentine Autain