"Face à BFM" : Valérie Pécresse était l'invitée du débrief de l'émission sur Twitch
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir Madame Pécresse, merci de passer nous faire un petit signe. Mais je voulais vous poser une toute première question. On a eu beaucoup de gens qui nous ont regardé ce soir avec beaucoup de questions très intéressantes. On a des gens qui nous demandent si vous pensez que la campagne va se faire sur les réseaux sociaux auprès des jeunes. Ils nous disent Jean-Luc Mélenchon, Éric Zemmour, on les voit beaucoup sur Instagram, sur TikTok. Vous, on ne vous voit pas beaucoup. Pourquoi ? Comment ça se fait ? Parce qu'ils ont pris un vrai temps d'avance. D'accord, parce qu'ils s'y connaissent mieux peut-être en termes de numérique ?
Oui, ils ont pris un temps d'avance parce que nous, comme vous le savez, la primaire des Républicains l'a eu en décembre. Tout à fait. Et donc, on s'y est mis en janvier. Donc ça fait un peu tard. C'est tard, oui, c'est tard. Et je vois bien que j'ai un déficit. Mais, et j'en suis désolée parce que j'aimerais bien pouvoir converser, mademois, plus directe avec les jeunes. Et c'est vrai que c'est, voilà, il y a un gros saut à faire. Mais merci du coup de m'inviter sur Twitch.
Donc, c'est dans votre tête. Qu'est-ce que vous avez pensé de cette émission ?
Écoutez, je pense que c'était intéressant. Alors, après, c'est vous qui l'avez regardé. Donc, vous allez peut-être me dire comment vous l'avez ou pas trouvé.
Est-ce que vous avez eu l'impression de parler de fonds ? On sait que parfois, vous dites, on n'a pas assez parlé du fond de mon programme.
Oui, on a parlé quand même de pas mal de sujets. Pas de tout, évidemment. Mais c'est d'ailleurs la vraie frustration, je vais vous dire. C'est qu'on parle quand même beaucoup, alors, pouvoir d'achat et sécurité. Mais ça manque de sujets qui me tiennent vraiment à cœur. L'environnement, par exemple. L'éducation, l'écologie, la santé. Enfin, la santé, on en a un peu parlé. Mais voilà, des sujets qui sont au cœur de la vie quotidienne. L'entreprise, voilà. On n'en parle pas assez.
L'éducation, moi qui vous suis en campagne, vous en parlez souvent. Il y avait cette histoire de 6e de rattrapage, cette proposition que vous faites.
Oui, mais les écoles totalement 100% autonomes. La possibilité d'avoir, de complètement révolutionner la façon dont on enseigne. Un million de jeunes qui vont devoir être formés au numérique, avec en seconde le repérage des talents du numérique pour pouvoir les orienter. Enfin, voilà, des sujets comme ça, c'est des sujets dont on ne parle pas assez. Le soutien scolaire gratuit pour tous.
Il y a quelque chose qui m'a marqué ce soir. C'est votre témoignage sur votre agression quand vous aviez une vingtaine d'années. Voilà, quand vous êtes rentrée dans le sas d'un immeuble et puis il y a un homme qui vous a suivi. Beaucoup d'internautes ont dit que c'est très courageux. Ça arrive à beaucoup de femmes. On n'en entend pas beaucoup parler. À ma connaissance, c'est la première fois qu'une femme candidate à l'Elysée le fait. Vous avez hésité à me raconter ça parce que c'est intime. C'est souvent des choses qui nous ont marquées. On n'a pas toujours envie de parler de ça. C'est rarement des moments très agréables. Un témoignage courageux, disait une internaute.
Vous, vous vous êtes dit, il faut que je le raconte, c'est important. Vous avez peut-être un peu hésité. Comment vous vous êtes sentie par rapport à ça ?
C'est Bruce Toussaint qui est venu me chercher. C'est Bruce Toussaint qui est venu me chercher. Moi, je n'avais pas prévu effectivement d'aller là-dessus du tout. Mais c'est vrai qu'en plus, vis-à-vis de cette agression, d'abord, j'ai mis du temps à en parler. Parce que ce qu'il faut savoir, c'est que quand on est agressé, et c'est un phénomène assez classique, en fait, on veut immédiatement tourner la page. On veut juste plus y penser. Plus y penser. Et moi, j'ai un immense regret. C'est que ce type, je ne suis pas allée au commissariat le dénoncer. Parce que j'avais 22 ans, parce que j'étais en jupe courte, parce que je me suis dit, qu'est-ce qu'ils vont me dire les policiers ?
Je les ai laissés rentrer, c'est moi qui ai poussé la porte, etc. Il y avait une espèce de forme de culpabilité. C'est de ma faute, si ça m'est arrivé. Et donc, je me suis dit, je ne vais pas aller voir la police. Ce sera quand même une épreuve. Ce sera une épreuve. Et donc, je n'y suis pas allée. Et après, rétrospectivement, je me suis dit, oh là, mais peut-être qu'il a recommencé. Et j'ai eu cette espèce de culpabilité de me dire, mais pourquoi tu n'es pas allée le dénoncer ? Et en fait, c'était un mécanisme d'autodéfense. C'était vraiment, je ne voulais plus en parler. Je pense que beaucoup de femmes sont exactement dans cette situation-là.
C'est pour ça que j'ai fait des grandes campagnes dans le métro, par exemple, sur, voilà, porter plainte. Porter plainte. Un agresseur dans le métro, c'est un multirécidiviste. Le type...
Vous l'avez dit, d'ailleurs, dans votre discours aux Zéniths, vous avez parlé des frotteurs dans le métro. Vous avez dit que vous avez été victime de ça. Je pense que toutes les femmes qui ont pris le métro à Paris ont eu à vivre ce genre d'étude.
Oui, je racontais ça parce qu'effectivement, ça faisait partie de tout ce qui était, j'allais dire, voilà, le sexisme ordinaire ou l'agression ordinaire. C'est plus que du sexisme, c'est de l'agression ordinaire dans la vie des femmes.
Une question de fond, rapidement, à nous, c'était une internaute tout à l'heure qui nous posait une question quand vous avez parlé et que vous avez été interrogée sur le Mali. Vous avez dit, je crois, avoir entendu que vous estimiez qu'il fallait peut-être un jour revenir à quelque chose comme l'opération Serval, ce qui a fait interroger cette personne-là sur dire, est-ce qu'il faut renvoyer des troupes au Mali ? Est-ce que des troupes français seront renvoyées au Mali si vous étiez président de la République ?
Au Sahel, il y a toute une série de pays qui ont besoin de nous, mais ce ne sera pas au Mali même. Ce sera dans les pays du Sahel qui sont sur le pourtour du Mali. Après, il faut regarder où, mais je pense qu'on a besoin d'une force opérationnelle au Sahel.
La présence militaire française, elle est importante dans cette région du monde ?
Elle est très importante pour la stabilité de la zone. Il y a des coups d'État, on a vu encore au Burkina Faso, et puis les djihadistes sont là. Mais il faut réinventer effectivement notre mode opératoire.
Peut-être une dernière question sur ce que vous allez faire maintenant. Vous allez vous reposer, est-ce que vous n'êtes pas trop fatiguée ? Cette campagne, c'est un rythme très à le temps.
C'est un peu la grande lessiveuse. On peut dire ça comme ça, effectivement, on peut dire ça comme ça, mais moi j'y crois. Et puis surtout, je veux essayer de montrer vraiment qui je suis aux Français. Parce que je crois que c'est ça qu'ils ont besoin de savoir. Parce qu'une présidente, c'est un lien direct avec eux. Et je veux nouer ce lien. Donc c'est vrai que ça m'emmène un peu partout. Est-ce qu'il y a des jours où on a moins envie ?
Il y a des jours où on n'est qu'une femme, qu'un homme ? Où il y a des jours où on a peut-être envie de dormir un peu plus, de voir ses enfants, d'aller au cinéma, de manger un bon plat. Est-ce qu'il y a des jours où on se dit, oh là là, tout ça c'est bien, mais moi j'ai ma vie aussi, j'ai envie de profiter. Est-ce qu'on se dit ça aussi parfois ?
La vérité, c'est qu'on est tellement dans le tunnel que là, pour l'instant, dans les cinq prochaines semaines, c'est vraiment... D'accord. Voilà, j'imagine même pas. Donc voilà. Et puis je crains que si je suis élue, ce soit encore pire après.
D'accord, mais il y a une salle de cinéma, vous disiez. Donc on peut regarder des films à l'Élysée.
En plus, oui, parce que j'ai eu le malheur de dire qu'après je retournerai au cinéma, et on a dit tout de suite, ah, l'absus, etc. Non, parce que la vérité, c'est qu'il y a un temps entre le moment où je vais être élue présidente de la République et le moment où j'irai à l'Élysée. Oui, tout ça fait, vous n'arrivez pas à l'Élysée. Il y a deux ou trois semaines. Il y a une passation. Il y a deux ou trois semaines entre, je crois que la date de la passation, c'est le 14 mai. Oui, tout à fait. Donc en fait, entre le 17 avril, c'est ça le 17, ou le 24 avril. C'est le 24 avril. Le 24 avril. Le 24 avril et le 14 mai, il y aura un peu de temps. À peu près deux semaines.
Et donc, je pourrais un tout petit peu respirer. Et je revendique ce droit à respirer un peu, parce qu'on ne peut pas faire que bosser tout le temps. D'abord, ce n'est pas ça, de faire que bosser tout le temps. Je vous le dis, il faut de temps en temps aussi récupérer. Donc vous êtes une bosseuse et vous récupérez.
Est-ce que vous échangez avec vos...
J'ai une paresseuse très contrariée.
Vous échangez avec vos équipes sur ce genre d'émission, vous regardez, vous débriefez ce que vous dites. Est-ce que c'est ça aussi de savoir si on a employé les bons mots, si on a eu la bonne façon d'amener ces propositions ?
Ah ben, eux, ils vont sûrement avoir plein de remarques à me faire. Mais voilà. C'est difficile de se regarder après.
Parfois, on voit tout ce qu'il y a pas.
Je ne me regarde pas, je ne me regarde pas.
Vous ne me regardez pas. Très bien. Non, je n'ai pas le temps. C'est les autres qui font ça pour vous et qui débrievent pour vous. Absolument. Merci beaucoup. Merci à tous. Madame Pécresse. Merci à vous. A bientôt. A vous de vous avoir accordé quelques minutes. Bonne soirée. A très bientôt. Sous-titrage Société Radio-Canada
Valérie Pécresse