Bruno Le Maire : "La baisse du temps de travail n'est pas une solution au chômage en France"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et jusqu'à 9h, l'invité de France Inter est le ministre de l'économie et des finances. Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour Nicolas Demorand. En une semaine, la bourse de Tokyo, Bruno Le Maire, a perdu 8,55%, Wall Street 8,26%, le DAX allemand 7,10%, le CAC 40, 6,64%. Des mouvements aussi violents, on ne les avait pas vus depuis des années. Est-ce excessif de parler de krach, Bruno Le Maire ? Êtes-vous inquiet ?
Oui, c'est excessif et je ne suis pas inquiet. C'est une correction qui était attendue et c'est une correction qui était nécessaire. Il est bon que la réalité, à un moment donné, reprenne ses droits et qu'il n'y ait pas un écart trop important entre la valorisation boursière des actifs et la réalité de la valeur de ces actifs. C'est cette correction que nous voyons aujourd'hui. En revanche, je ne veux pas dire qu'il faut rester les bras croisés. Quelles conséquences est-ce qu'il faut en tirer ? Quelles conséquences nous en avons tirées depuis plusieurs mois parce que cette correction était anticipée ? La première, c'est de maintenir une régulation financière ferme.
Quand j'ai proposé il y a quelques semaines la régulation du bitcoin, on m'a dit mais c'est totalement inutile, c'est formidable le bitcoin, sauf qu'il est passé de 20 000 dollars en quelques jours à 6 500 dollars. Ça peut vouloir dire la ruine des épargnants qui ont investi sur le bitcoin. Il faut réguler le système financier, réguler le bitcoin et nous le ferons à l'occasion du prochain VG20. La deuxième conclusion qu'il faut en tirer, c'est qu'il faut poursuivre la transformation économique de la France pour avoir une croissance robuste, solide, qui crée des emplois.
C'est ce que nous avons commencé à faire, c'est ce que nous continuerons à faire, notamment avec le projet de loi sur la croissance et la transformation des entreprises. Et puis la troisième conséquence qui me paraît peut-être la plus importante, c'est que nous savons qu'avec ce retour de la croissance, nous aurons des politiques monétaires moins accommodantes, notamment de la part de la Banque Centrale Européenne. Les taux d'intérêt vont remonter. Nous le savons. Nous l'avons anticipé. Nous avons prévu des taux d'intérêt qui seraient autour de 1,85% pour les taux sur 10 ans, contre 1,1% en 2017. C'est 2 milliards d'euros en plus de charges de la dette pour la France.
Nous avons anticipé dans notre trajectoire budgétaire cette augmentation des taux. Mais la vraie conséquence qu'il faut en tirer, c'est qu'il faut réduire la dette. Nous devons nous débarrasser de cette dette qui est un poison pour l'économie française, un poison pour l'argent des Français. Parce que l'argent dont je vous parle, ces charges de la dette qui augmentent, c'est l'argent des Français. Je vais vous dire mon sentiment profond, c'est de l'argent jeté par les fenêtres. Il faut réduire la dette.
Encore un mot, le prix de l'argent, si j'ose dire, qui remonte, c'est l'une des causes de ce qui a ressemblé à une panique à Wall Street. Là, vous venez de dire que vous aviez anticipé cette hausse des taux d'intérêt.
Mais est-ce que ça ne va pas entretenir la machine ? Non, parce que je crois qu'il est bon, une fois encore, que la réalité reprenne ses droits. L'argent, ce n'est pas gratuit. Les actifs, ils ont une certaine valeur. Je pense qu'il faut garder les pieds sur terre. C'est comme ça qu'on maîtrise bien son avenir économique, qu'on maîtrise bien sa croissance. Oui, les taux d'intérêt vont remonter. Quand je vous dis que nous l'avons anticipé, ça figure de manière chiffrée dans le projet de loi de finances et dans notre trajectoire budgétaire. Mais réduire la dette, c'est une priorité absolue. Ça passe par la réduction des déficits, donc de la dépense publique.
Et le Premier ministre a indiqué très clairement à l'ensemble des ministres que les lettres plafond, c'est-à-dire les budgets dont ils allaient disposer, c'est un plafond. C'est un maximum. Et si on peut faire moins, eh bien, ce sera mieux. Et en deuxième lieu, réduire la dette, c'est relancer la croissance, c'est développer l'activité, c'est permettre à nos entreprises de se porter mieux. C'est tout l'objet du projet de loi que je présenterai. Donc, pas de craque, en tout cas, à prévoir à la bourse. Pas d'inquiétude à avoir, mais le sens des réalités et le sens des responsabilités.
Venons-en à quelques sujets qui paralysent la France aujourd'hui. Les inondations et la neige, sale temps pour beaucoup de nos concitoyens. Sur le front des inondations, quand sera déclaré l'état de catastrophe naturelle ? C'est imminent ? C'est prévu ? Vous avez une date ?
C'est imminent, mais ça dépend évidemment de la décrue, des dégâts qui pourront être constatés, des demandes qui seront faites par les maires. Moi, je me suis rendu lundi en Seine-Maritime avec Sébastien Lecornu, le secrétaire d'État chargé de cette question-là. J'ai vu à quel point la vie pour tous les habitants qui sont touchés par les inondations, c'est un calvaire. C'est du froid, c'est pas d'électricité, c'est de l'inquiétude pour les personnes âgées, pour les enfants, c'est des transports qui sont impossibles. Donc je redis à tous les assureurs que je reverrai en fin de semaine, faites vite, faites bien et faites simple.
Ne rajoutez pas des tracas à des gens qui ont déjà vécu depuis plusieurs semaines des situations qui sont horriblement difficiles. On a déjà la facture de ces inondations ? Pas encore. Pour le moment, nous avons une évaluation plutôt inférieure aux dernières inondations de 2016, mais je reste prudent, nous verrons après la vie. C'est-à-dire, on est à combien environ ? Je ne peux pas vous donner de chiffres parce que je ferai une erreur et je ne veux pas créer des attentes excessives ou des inquiétudes excessives chez vos auditeurs.
Un mot sur la neige, on s'étonne toujours que quelques centimètres de neige sème une telle pagaille en France, à Paris également. Vous y pouvez quelque chose au gouvernement ? A la neige, non. A la neige, non. Et au fait de projeter du sel sur les routes, l'avez-vous fait en assez grande quantité, monsieur le ministre ?
Je le rappelle, c'est 20 centimètres. Je ne vous cache pas que je ne jette pas du sable et du sel tous les matins sur la neige répandue en France. Mais le ministre en charge du sel et du sable, l'a-t-il fait assez ? On peut toujours faire mieux en termes de prévention, en termes d'alerte. Je pense qu'on s'améliore à chaque fois. Je considère que tout cela était totalement imprévu, c'est-à-dire les 20 centimètres de neige, personne n'avait anticipé que ce serait aussi important.
Aujourd'hui, toutes les mesures sont prises sur le déneigement, sur le salage et surtout ce qui me paraît peut-être le plus important pour ceux qui sont sans abri, qui sont confrontés au froid, qui doivent dormir dehors. 10 000 places supplémentaires ont été créées cette année, 1000 places supplémentaires immédiates pour cette semaine, ça, ça me paraît une priorité absolue.
Alors, vous ne cessez de répéter, Bruno Le Maire, que les Français peuvent concrètement voir sur leur feuille de paye un gain net de pouvoir d'achat lié à la qualité des réformes que vous avez menées. Mais au standard de France Inter, qui est un indicateur comme un autre, dès qu'un membre du gouvernement est notre invité, vous allez pouvoir le constater par vous-même dans une vingtaine de minutes, les auditeurs disent le contraire, le pouvoir d'achat ne monte pas, il baisse. Alors, qui ment ? Est-ce les auditeurs de France Inter ?
Non, personne ne ment en la matière. Mais moi, je voudrais juste rappeler la cohérence de la politique que nous menons et le cap qui est fixé. Parce que je vois effectivement beaucoup d'impatience que je peux parfaitement comprendre. Mais pour répondre à ces impatiences, je pense que la meilleure réponse est de rappeler le cap du gouvernement. Le cap, c'est la relance de notre économie pour avoir des entreprises qui créent des emplois et des Français qui vivent bien de leur travail. Moi, c'est pour ça que je me bats, que les Français vivent bien de leur travail.
Quand on supprime les charges sociales sur l'assurance maladie et l'assurance chômage, c'est pour qu'à la fin du mois, les gens se disent, ça rapporte plus de travailler. A la fin du mois ou à la fin de l'année ? A la fin du mois, parce qu'on commence dès début 2018. Mais ça ne prendra effet de manière pleine et entière qu'effectivement qu'à la fin de l'année 2018. C'est pour ça qu'il y a des impatiences. Mais je vais revenir sur ce caractère progressif. Attendez, Français, attendez, c'est ça ? Je dis Français, nous savons où nous allons. Nous voulons une croissance qui crée des emplois et du travail qui paye. C'est pour ça que le président de la République est élu.
C'est ça la cohérence de notre politique. Il serait beaucoup plus facile, Nicolas Demorand, de redistribuer tout de suite, comme certains nous le disent et comme on le fait depuis 30 ans, en disant, ça y est, la croissance est de retour, 1,9%, formidable, c'est Byzance. Et on distribue, et on distribue, et on distribue. Vous l'avez fait pour les plus riches, Bruno Le Maire, quand même. Ce serait, nous n'avons pas redistribué aux plus riches.
Enfin, l'ISF, ça se voit tout de suite en janvier pour les autres. Il faudra attendre la fin de l'année.
Nous l'avons fait pour que notre économie se finance mieux, que nos entreprises grandissent, qu'elles créent des emplois et que les gens puissent vivre de leur travail. Exonération de charges sociales, augmentation de la prime d'activité, demain, exonération de charges sur les heures supplémentaires. C'est toujours la même philosophie. Le travail doit payer. Et ceux qui travaillent en France doivent se dire qu'ils peuvent vivre correctement de leur travail. Alors oui, nous le faisons de façon progressive. C'est vrai. Et c'est peut-être ce qui n'est pas le mieux compris aujourd'hui. Parce que si nous avions tout fait, tout de suite, ça aurait creusé nos déficits et creusé la dette.
Or, je l'ai dit précédemment, il faut réduire nos déficits et réduire la dette française. Pourquoi votre discours n'imprime pas ? Pourquoi le standard, vous allez le voir tout à l'heure, ne vous croit pas ? Parce que c'est long et parce que c'est difficile. Et que je n'ai jamais pensé un instant que ça viendrait en un claquement de doigts et que ce serait facile. Et que notre objectif, justement, c'est d'aller au fond des problèmes français. C'est quoi les problèmes économiques français ? Nos entreprises sont trop petites. Elles n'exportent pas assez. Elles n'innovent pas assez. Elles ne créent pas assez d'emplois. Nous allons y remédier. C'est quoi le problème français ?
C'est que nous n'avons pas les formations et qualifications dont nos entreprises ont besoin. Il y a de la croissance. Des entreprises cherchent des emplois et elles ne trouvent pas les gens dont elles ont besoin. J'étais à Metz lundi. J'ai rencontré une grande concession automobile. Son directeur me dit je cherche 45 emplois. Je cherche des carrossiers, je cherche des peintres, je cherche des soudeurs. J'en ai trouvé aucun. Et bien c'est à ces problèmes-là qu'il faut répondre. Ils sont absolument prioritaires.
Et c'est d'ici deux ans que les français verront que, effectivement, cette politique qui va au fond des problèmes peut effectivement permettre aux français d'être mieux formés, mieux qualifiés de trouver un emploi. Permettront à ceux qui travaillent de vivre mieux de leur travail. et permettront de faire baisser le chômage qui est le problème principal de la France. C'est une politique de long terme.
Le Premier ministre l'a annoncé hier sur Facebook. Il pourrait y avoir désocialisation des heures supplémentaires. Le terme est tout de même étrange. On dirait exonération de charges sociales. Voilà, exactement. C'est pour quand ?
Il a parlé de 2020. Le plus tôt sera le mieux. Si ça peut être fait en 2020, nous le ferons en 2020. Ça dépendra de la situation des finances publiques. La situation des finances publiques, vous l'avez compris, c'est quelque chose qui n'est pas négociable. Parce qu'on y a trop joué avec dans le passé. Et que lorsque les taux d'intérêt remontent, creuser la dette, c'est jeter de l'argent par les fenêtres. Lorsqu'il y a un point de taux d'intérêt en plus, pour qu'on prenne bien conscience de ce que ça représente, c'est 3 milliards d'euros de dépenses supplémentaires. C'est l'équivalent de ce qu'on dépense sur la baisse de la taxe d'habitation en 2018.
Moi, je n'aime pas jeter l'argent par les fenêtres. Et je pense que mon rôle de ministre des Finances, c'est de faire en sorte que les comptes publics de la nation soient bien tenus. Qu'on ne jette pas l'argent du contribuable par les fenêtres. C'est hypothétique, si on vous entend bien. C'est hypothétique. Dès que ce sera possible, si la situation des comptes publics est bien redressée en 2020, si on a des recettes supplémentaires qui nous permettent de baisser l'endettement de la France. Nous le ferons dès 2020.
Mais si jamais il y a un accident de croissance, que les comptes publics finalement ne se redressent pas au rythme attendu, qu'il faut attendre une année de plus, nous attendrons une année de plus. Il faut être responsable. C'est comme ça que nous aurons des résultats solides pour les Français.
Beaucoup de questions encore à vous poser Bruno Le Maire. En plus de celles des auditeurs de France Inter, on vous retrouve juste après la revue de presse de Claude Ascolovitch.
Bruno Le Maire