La France doit-elle se lancer tête baissée dans la réindustrialisation ? | 28 minutes | ARTE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Emmanuel Macron aime les symboles. C'est à Montlonville de l'allié au riche passé industriel qu'il a présidé hier un conseil des ministres délocalisés avant de lancer un gigantesque chantier. Merci messieurs dames.
Faut que j'aille à la mine. Le chef de l'État s'est rendu à Échassère pour inaugurer cette mine de lithium. Un précieux métal indispensable à la fabrication des batteries de voitures électriques.
Un décor idéal donc pour donner un coup d'accélérateur à 150 projets stratégiques destinés à renforcer la souveraineté industrielle de la France dans la santé, la défense, l'agroalimentaire ou encore l'énergie. C'est plus de 70 milliards d'euros d'investissement, c'est 30000 emplois, c'est 63 départements concernés. C'est en quelque sorte les cathédrales industrielles de l'indépendance française.
Depuis les années 70, la France est le pays d'Europe qui s'est le plus désindustrialisé sur fond de tertiation de l'économie, de délocalisation et de plans sociaux en série. Le site de l'Écreprise de l'Écin est foutue. Si les dirigeants n'avaient pas faire des usines en Chine.
De toute façon, on aurait pas eu le problème d'avoir des d'avoir des depuis de plus avoir d'emploi maintenant et puis faire des gripas en Chine beaucoup moins cher. Pour inverser la tendance, l'exécutif tente de séduire toujours plus de nouveaux investisseurs d'étranger grâce à ces sommets de chose France. Il mise également sur un décret publié hier qui permettrait de réduire d'au moins 1 an les délais de traitement des recours contre des implantations industriel pour des raisons environnementales.
Une tendance à la simplification et à l'allégègement des contraintes régulièrement dénoncées par les écologistes. Que ce soit dans l'agriculture, que ce soit dans l'élevage, que ce soit dans la pêche, que ce soit dans l'industrie, quand vous revenez sur un certain nombre de choses, bon ça se fait plutôt au détriment de l'environnement. Alors, faut-il réindustrialiser à tout prix ?
La France est-elle suffisamment attractive ? A-t-elle les moyens de rattraper le temps perdu ? Et bien, nous allons voir ça tous ensemble.
Merci à tous les trois de nous avoir rejoint sur ce plateau. À mes côtés, Nicolas Duardin, bonsoir, bienvenue. Vous êtes industriel, directeur des opérations du groupe Oéinde.
Alors, c'est un conglomérat de PME implanté dans de nombreux pays. Votre domaine d'activité en deux mots. En deux mots.
En un mot quatre. On a quatre business unit. fabrication de peinture alimentaire pompe à chaleur et télécom.
Et ben voilà, merci. Je rappelle que le titre de votre livre c'est réindustrialiser autrement ou mourir qui paraîtra aux éditions de l'aube en juin prochain. Selon vous Nicolas du Jardin, si l'on pouvait répliquer la méthode Notredame, celle à laquelle faisait allusion Emmanuel Macron partout, et bien on l'aurait déjà fait, dites-vous.
Il faut surtout un cadre légal clair, un engagement de l'État stable dans le temps, le tout en fonctionnant à l'échelle européenne. À vos côtés Anaïs Voisilis. Bonsoir, bienvenue.
Vous êtes géographe, spécialiste des enjeux industriels en Europe. Vous avez publié aux éditions presse de la cité pour une révolution industrielle. Selon vous, réindustrialiser, c'est maintenir nos industries historiques que sont l'acier ou l'aluminium, dites-vous.
On a besoin de ces industries de base pour notre souveraineté et pour maîtriser les chaînes de valeur. Et à vos côtés, Lucille Schmid, bonsoir. Bonsoir.
Président du FT tank, la fabrique écologique. Vous avez publié cette semaine au PUF, au presse universitaire de France urgence politique nécessité écologique et selon vous Lucil Schmidth, la réindustrialisation présentée he par Emmanuel Macron mais l'écologie de côté. Il ne parle que du nucléaire et de la voiture électrique, dites-vous, mais sans aborder vraiment le sujet des énergies renouvelables ou par exemple d'un agroalimentaire plus bio.
Euh tout de suite Valérie, pour ouvrir ce débat, vous avez une méthode qui est la méthode du jour. Bah oui, la méthode Notredame évidemment Emmanuel Macron l'affirmait, il voulait l'appliquer à 150 projets industriels partout en France. Pour le chef de l'État, cette méthode, je le cite, bah c'est pas compliqué hein, c'est un projet identifié, une chaîne de commandement clair des gens à qui on rencontre et des délis records qu'on doit tenir.
Anaïs Voisilis, on se souvient évidemment du général Georgelin qui avait pris en charge la reconstruction de Notre-Dame de Paris. Est-ce que là aussi dans les mots d'Emmanuel Macron, vous entendez une méthode presque militaire, au moins dans le vocabulaire ? Est-ce que ça veut dire que pour réindustrialiser, il faut tout dépasser, rouler par-dessus tous les obstacles ?
Alors, je je pense pas que la méthode proposée soit exactement de rouler par-dessus tous les obstacles. Je pense qu'il il faut pas non plus la caricaturer. Euh cette méthode, elle répond aussi à une réalité des délais administratifs qui peuvent être longs, des projets qui peuvent se retrouver euh décommandés.
De ce fait, ça veut dire qu'il y a un bon équilibre à trouver entre euh réduire certains obstacles administratifs tout en préservant les enjeux environnementaux. Par contre, moi je trouve que là où il y a un défaut et même deux défauts, un c'est quelle est la vision derrière ça ? C'est-à-dire qu'on parle de souveraineté, mais on a aussi des discours sur la transition écologique.
Comment on aligne tous nos objectifs et où est-ce qu'on veut aller en terme de maîtrise de notre de notre outil industriel au regard du contexte géopolitique actuel. C'est une méthode qui ne pose pas du tout les questions du monde dans lequel on évolue avec les surcapacités de production et cetera. Et la dernière chose, c'est 150, 150 projets conjugent stratégiques.
Qui décide de ce qui est stratégique ou non ? Qu'est-ce que font tous les autres chefs d'entreprise qui ne se retrouvent pas dans un projet qui est dit stratégique ? Donc là, on va implanter des des des sites, c'est très bien, mais derrière comment elle s'assure que l'industrie existante perdure et que ça s'inscrit dans une logique d'écosystème.
Sinon, on va rester dépendant des autres en terme de chaîne de valeur. Nicolas du Jordin, cette méthode inspirée donc de de Notredame, est-ce qu'elle est applicable à des dossiers industriels ? Je crois pas qu'on puisse mettre un militaire derrière chaque projet industriel.
Ça marchera pas. Autre chose à faire déjà. Une autre dame, c'était une reconstruction, on restaurait un patrimoine.
Oui. Alors, il y a pour rebondir un peu sur ce que dit Anaïs, il y a quand même l'industrie, on a besoin de planification en fait, on a besoin de temps long. Donc Notre Dame, on la reconstruit en faisant un sprint.
Très bien, tant mieux. Oui, 5 ans. Bon, alors effectivement l'échelle de l'industrie c'est pas très long 5 ans.
Mais aujourd'hui, effectivement, si on pouvait déjà effectivement réduire les différents délais administratifs, réduire l'état qui est un obstacle, essayer de mettre à disposition du terrain et cetera, on forcément on irait grappiller du temps et on on aurait la possibilité de se projeter justement sur ce temps long et cette stabilité dont les industriels ont absolument besoin. Ouais. Et Lucile Schmidth quitte à s'affranchir des enjeux environnementaux.
C'est un peu ça l'idée. L'ensemble de normes en tout cas de règles. Je pense que ce qui est important, c'est surtout de savoir de quoi on parle.
C'estàdire quand on dit industrie, de quel secteur parle-t-on ? Typiquement là le lithium, on sait que c'est extrêmement gourmand en eau. Par exemple, le lithium c'est gourmand en eau mais et et et ce qu'a dit Emmanuel Macron, c'est qu'en fait l'usine donc dans l'allié pourrait par exemple permettre de faire des batteries pour équiper 700000 véhicules.
Donc moi ce qui me frappe c'est qu'on continue à penser le processus industriel comme au 19e siècle dans une optique strictement productiviste et sans tenir compte en fait des nouveaux défis du 21e siècle qui sont les défis effectivement des réchauffements climatiques, de la disparition de la biodiversité, de la mondialisation qui est quand même un vrai sujet. Est-ce que vraiment la question de la souveraineté qui est une question comment dirais-je qu'on comprend très bien sur le plan militaire, qu'on comprend très bien lorsqu'on est français, est-ce que ça ça peut s'appliquer tel quel à l'industrie ? Je crois pas.
Je crois que le sujet c'est justement comment est-ce qu'on construit des chaînes de valeur qui par exemple peuvent être européennes. Comment est-ce qu'on se remet à maîtriser les ressources stratégiques, mais est-ce que l'idée de souveraineté peut être telle qu'elle projetée dans l'industrie ? C'est un sujet.
Est-ce qu'on produit trop à vos yeux ? Il faut moins produire quand vous critiquez cette logique productiviste ? Je critique la manière dont on projette un avenir qui serait en fait identique au à l'avenir actuel et dans lequel pardon à la situation actuelle dans lequel on pourrait imaginer que par exemple on remplace une voiture thermique par une voiture électrique.
Ça je le critique. Je le critique parce que je pense que lorsqu'il s'agit des mobilités on peut tout à fait imaginer des transports en commun. On peut tout à fait imaginer de rapprocher le travail et le domicile.
Donc il y a un sujet de système et un sujet de projet de société. Et je trouve que là dans le discours d'Emmanuel Macron, on imagine quelque chose d'identique. Simplement c'est du un pour un.
Et à mon avis, ça c'est pas réaliste lorsqu'on veut imaginer un projet de société. Anaïse Vilise, vous êtes d'accord avec cette vision là ou est-ce qu'il faudrait voilà repenser toute la méthode ? Je suis d'accord sur tout.
Je ne sais pas, en tout cas, je suis d'accord sur l'idée que l'industrie est au service d'un projet de société et que derrière en fonction du projet de société qu'on définit, on va définir des politiques industrielles qui vont servir ces objectifs là. Des politiques environnementales, des politiques d'aménagement du territoire. Mais donc là, on se trompe de route et ben aujourd'hui on on ne pose pas ce qui a été dit sur la question de la molibilité, on n'interroge pas la question de la mobilité.
On se dit qu'il faut qu'on soit souverain, c'est-à-dire maîtriser la production sur le le territoire et ça c'est un fait. Mais la souveraineté, elle passe aussi par la question de la sobriété. Moins consommé, c'est moins dépendre des autres.
Elle passe par l'économie circulaire. Donc on mélange un petit peu tout. Et ce qui est intéressant notamment si on prend le projet d'Imérisme, il y a eu d'autres projets qui ont fait l'objet de contestation, c'est qu'est-ce que disent ces contestations ? c'est que les contestations, on se dit quand elles sont visibles, elles sont contre un projet industriel et pas toujours.
En fait, parfois ce qui est interrogé, c'est le modèle industriel défendu par ces projets. Éventuellement la concurrence dans la location des ressources entre ce projet industriel et l'attente des citoyens localement. Maintenant, une chose est sûre, c'est oui, produire a un impact environnemental, mais consommer a un impact environnemental et produire sur notre territoire sera toujours mieux que externaliser au loin les conséquences de nos de nos choix.
Et donc ça pose comment on le fait et qu'est-ce qu'on veut faire. Et si on ne veut pas produire quelque chose chez nous au nom d'un intérêt environnemental, pourquoi nous n'en interdisons pas carrément l'importation ? Dans ce cas-là, soyons logique et dans le discours en tout cas d'Emmanuel Macron pour cette réindustrialisation, ces 150 grands projets industriels, il faut que la France évidemment se monte attractive pour attirer un certain nombre d'investissements.
Fan, est-ce que la France est aujourd'hui toujours en manque d'attractivité économique ? En 2025 d'après Beril, il y a eu certes plus d'ouverture d'usine que de fermeture, mais la dynamique ralentit. Alors, la France a-t-elle un problème d'attractivité ?
Les intentions d'investissement ont en tout cas chuté de 18 % entre 2024 et 2025. L'an dernier, le nombre de dossiers déposés, environ 1300, a atteint son plus bas niveau depuis 7 ans. C'est ce que révèle le baromètre de la 7 filiale de la Caisse des dépôts avec le cabinet en Coris.
Ils ont demandé à des patrons de toute nationalité s'ils avaient ou non l'intention d'implanter une entreprise en France dans les de années à venir. Résultat, la baisse touche tous les secteurs. Logistique et commerce de gros, - 26 % d'intention.
L'industrie - 10 %, le secteur tertiaire aussi - 8 %. Alors, comment on explique cette baisse de l'attractivité alors que la France se targue justement d'être le pays le plus attractif d'Europe ? Bien, parmi les facteurs évoqués dans l'étude, l'instabilité politique, le coût du foncier, les difficultés de recrutement, mais aussi la lourdeur administrative française.
Sur 10 patrons interrogés dans l'étude, h réclament une simplification des règles. Loi sur l'urbanisme, loi sur l'environnement, droit du travail entre autres. Nicolas du jardin, vous qui accompagnez justement des entreprises dans leur développement, est-ce que vous confirmez ce que c'est plus compliqué en France qu'ailleurs ?
La France n'a jamais été effectivement très agile, on va dire, sur l'administratif. C'est pas notre savoir-faire. On a un savoir-faire d'ingénieur, on a savoir faire d'industrie.
C'est des choses qu'on peut exporter en fait. En revanche, travailler en France actuellement, on est dans une économie qui va pas bien. Les investissements sont compliqués.
Le temps est long administrativement et on a des engagements et on va dire une planification de l'État qui n'est pas stable. Et donc on a ces pics et ces creux qui font une certaine violence dans nos euh dans nos processus d'investissement qui déc euh donnent moins de confiance en fait à nos différents entrepreneurs et nos différentes industries. Dans quel domaine par exemple vous avez nous dans aujourd'hui dans toutes les industries, vous voulez monter une usine, c'est toujours la même exemple mais vous avez à peu près euh 15 à 17 mois avant vos autorisations.
Aujourd'hui, on commence à faire des choses mais Sébastien Martin a annoncé certaines bonnes nouvelles, mais on est toujours sur des temps qui sont beaucoup trop longs pour attirer suffisamment d'investisseurs étrangers. Vous par exemple, vous disiez que vos PME sont implantés dans plusieurs pays. 15 à 17 mois, ça c'est le temps moyen en France et ailleurs.
Donc quel quels autres pays vous pouvez nous et quel délais ? En fait, il faut pas vraiment s'appuyer sur les temps moyens, on le dit en France parce que c'est une règle qui voilà, on le sait, c'est comme ça. En revanche, ce qui est intéressant, c'est toujours de reprendre cet exemple de de Elon Muns qui a voulu installer sa Giga Factory dans le nord de la France.
Euh Xavier Bertrand lui a dit "Je vous le fais en 6 mois." Très bien. Président de la région de France.
Oui. Voilà. Il a traversé la frontière.
Les Allemands lui ont dit "Je vous le fais en 3 semaines." OK. Mais la giga factory, elle est partie en Allemagne.
Donc en fait si vous voulez quand sur des régimes de dérogation sur des régimes exceptionnels, on est capacité de faire beaucoup plus vite. Mais Lucile Schmidt, est-ce qu'il y a pas un tout petit peu d'exagération du côté des industriels ? On le sait là, il y a aussi les délis de recours qui ont donc été réduits à 10 mois maintenant.
Est-ce que c'est pas tout simplement le carnet de commande qui se qui se réduit ? Il y a plusieurs choses. D'abord, je voyais que dans votre documentaire initial, vous parliez de Chose France et de la façon dont Emmanuel Macron se targue du fait que les investissements étrangers viennent en France. rappeler que la plupart de ces investissements étrangers sont pas des investissements industriels, ce sont d'abord des investissements dans le secteur des services.
Donc les h patrons sur 10, moi je pense que la plupart c'est pas des patrons industriels. Ensuite, par rapport à ce que vous dites sur la question des délais, moi je pense que dans un grand pays développé, c'est normal d'avoir un certain nombre de délais administratifs. Peut-être qu'il y a des lourdeurs, mais le sujet c'est aussi de pouvoir contrôler, je le rappelle la bonne foi en fait des industriels.
Le fait que lorsqu'on promet 1000 emplois direct ou indirect, la qualité de ces emplois soit au rendez-vous. Je rappelle qu'il y a beaucoup d'argent public en France pour aider cet industriel et que aujourd'hui le débat sur la façon dont on utilise l'argent public sans conditionnement de la qualité des emplois, sans conditionnement de la possibilité de rester à long terme, d'un engagement de rester à long terme et en fait de véritablement euh délocaliser en France un savoir-faire, c'est un sujet et effectivement comme vous le disiez, le sujet du fait que la France est un pays d'ingénieur, un pays de grandes infrastructures, ça veut dire qu'on a aussi des atouts. Donc il faut arrêter aussi de se flageller et en permanence d'expliquer qu'on est bureaucratique.
On est aussi un grand pays industriel qui a besoin de retrouver cette culture industrielle mais qui d'une certaine manière aujourd'hui est aussi prisonnière de discours volontaristes comme celui de Xavier Bertrand ou su d'Emmanuel Macron qui sont des discours déconnectés de la réalité. Alors retrouver en tout cas cette grande histoire industrielle que vous avez qui à l'instant. Pourquoi ?
Parce que on est quand même rentré aujourd'hui donc dans cette logique de réindustrialisation qui n'était plus du tout la nôtre au tout début du siècle. rappelons-nous au tout début de ce siècle, l'industrie n'était plus du tout à la mode et un grand patron d'ailleurs allait même jusqu'à enterrer le concept d'usine, c'était en 2001 et c'est notre archive du jour. Une entreprise sans usine, c'est le dernier rêve de Serge Turuc, le PDG d'Alcatel.
Il se donne 18 mois pour revendre à des sous-traitants français ou étrangers la majorité des sites de production de son groupe. Une stratégie déjà mise en œuvre ici à l'AV sur ce site de production de téléphone portable. Toute l'usine a été vendue.
D'ici quelques semaines, les 711 salariés changeront d'employeur. Ils fabriqueront toujours des portables Alcatel, mais pour le compte d'un fabricant singapouren spécialisé dans l'électronique et les télécommunications. En France, l'Aval est le premier site à avoir été ainsi vendu.
D'autres devraient suivre très rapidement. Coutance, Brest et Nanre seraient menacé. Les syndicats redoutent la suppression d'un millier d'emplois.
Anaïs vogilise concrètement depuis cette époque là, combien la France aujourd'hui a perdu d'usine et d'emploi ? Alors, on a perdu près de 2 millions d'emplois, je serais pas vous dire exactement le nombre le nombre d'usines. Derrière, il y a des choses qui sont liées à des gains de productivité, qui sont liées aussi à des transferts d'activités qui étaient avant détenus par l'industrie vers les métiers de service comme la maintenance, le nettoyage industriel, la logistique et cetera.
Ce qui est intéressant, c'est que le modèle de Seru qui est vraiment un emblème en France en fait était déjà existant dans les années 80. Il y a des entreprises qui sont nées sans avoir d'usine, qui n'ont pas jugé que le fait de produire était nécessaire sur le territoire et ce qui explique qu'on a la concentration de certaines activités à certains points du globe comme les semi-conducteurs à Taiïwan et cetera. Maintenant, on a une hémorragie en France qu'on a pas eu en Allemagne parce qu'en Allemagne l'industrie était le moteur de la réunification.
En Italie, on avait une organisation industrielle très différente. Donc, on a eu un moment, un pays qui apprenait l'innovation, se tourner vers les services, les savoir-faire et et et on a laissé l'industrie partir et aujourd'hui rebâtir une force industrielle, il faut se dire que ça sera long et que ça sera coûteux. On est dans un monde où il y a des surcapacités de production et où on a été dopé à consommer des produits pas chers et qui ne respectent pas nos normes environnementales en terme de production.
Donc faire le chemin inverse, on se rend pas compte de la marche que c'est surtout dans un contexte européen où vous avez du dumping fiscal, du dumping social et du dumping environnemental. Justement Nicolas du Jardin, ce chemin euh il nous emmène où ? Je rappelle que le titre de votre livre apparaître, c'est réindustrialiser autrement ou mourir.
Bon, mourir, on voit. Réindustrialiser autrement, c'est quoi ? Comment est-ce qu'on réindustrialise autrement ?
Écoutez, je crois qu' il y a quand même quelques leviers qui sont clairement identifiés. On a parlé des autorisations. Ensuite aujourd'hui, quand on parle d'une souveraineté industrielle en fait, on parle aussi d'une Europe forte quelque part.
Et donc, il y a un moment où choose France, choose Europe, chose n'importe quoi, c'est en fait la France doit aussi s'appuyer sur l'Europe et inversement l'Europe doit s'appuyer sur le une socle solide en fait français. On a des bons ingénieurs, on a un savoir-faire. Maintenant, ce savoir-faire, il faut l'utiliser et puis essayer d'aller chercher des parts de marché.
On peut aller chercher des parts de marché à l'export. Vous prenez une usine, vous êtes confortable dans votre usine, vous êtes capable d'aller en monter une dans un autre pays, vous faites grandir votre entreprise, vous embauchez, c'est pas forcément uniquement en France, mais les dividendes reviennent, vous êtes capable de réinvestir et de faire de développer les territoires qui soient en France ou à l'étranger encore une fois. Donc ça c'est un des premiers leviers, c'est l'export mais c'est l'export industriel.
C'est pas juste fabriquer en France et puis commercialiser à l'étranger. Ensuite donc on a l'innovation évidemment l'innovation qui doit en fait permettre de maintenir des savoir-faires industriels et ça ça repose en partie sur une compétitivité et en partie sur un levier qui est quand même l'énergie. Une énergie compétitive. une énergie compétitive, ça permet aux industriels comme Iméris, comme les minéraliers, comme les Aluminium d'Inkerc par exemple qui sont des des sites très énergivores, qui ont besoin de cette industrie énergétique compétitive.
Vous parliez d'énergie justement Lucy Schmidth avec la guerre au Moyen-Orient, les prix de l'énergie bondissent. Est-ce que justement ça peut être un frein à notre réindustrialisation en France ? Je pense que on s'aperçoit à chaque guerre de notre profonde dépendance aux hydrocarbures.
Alors que je rappelle qu'en 1974, on avait dit qu'on avait des idées même si on avait pas de pétrole. Donc ce qui est intéressant c'est l'inertie face à cette question des hydrocarbures. Alors ça peut est-ce que ça est-ce que ça va vraiment stopper les choses ?
Il y a toujours le le problème de quand il y a la guerre et il y a la crise. Est-ce que ça incite à changer ou est-ce que ça stoppe ? En tout cas ça oblige à réfléchir.
Et moi ce que j'observe c'est que du coup il faut quand même voir cette réindustrialisation. On parle tout le temps d'industrie verte. Qu'est-ce que on doit s'interroger sur ce qu'on entend par là ?
Qu'est-ce que c'est que l'industrie verte ? C'est certainement effectivement de fabriquer des voitures électriques. C'est certainement aussi adosser ça comme vous l'avez rappelé à un projet de société qui soit un projet de société dans lequel on peut retrouver la souveraineté par exemple par rapport à l'énergie qu'on produit.
Emmanuel Macron a beaucoup parlé du nucléaire. Moi, je pense que parler par exemple des énergies renouvelables est un sujet très important parce qu'aujourd'hui dans toutes les analyses qu'on fait, si on veut retrouver de la souveraineté énergétique, il faut à la fois faire du nucléaire et des et des énergies renouvelables. Et ce qui est très intéressant et assez dommage dans le débat public français, c'est qu'on continue à opposer le nucléaire très souvent et les énergies renouvelables alors qu'on a besoin des deux et que d'une certaine manière, il faut choisir son camp.
Donc ne choisissons pas notre camp sur ce sujetl, mais sortons de la dépendance aux hydrocarbures. Il faut-il je aussi choisir son camp entre la France et l'Europe ? À quelle échelle faut-il réindustrialiser Valéri ?
Ben en tout cas, il y a un personnage qui a pensé à Louvin en Belgique le 2 février dernier, c'est Mario Dragy he qui tirait la sonnette d'alarme pour l'ancien président de la Banque centrale européenne. Et bien le vieux continent est en danger balloté entre Washington et et Pékin et si l'Europe veut s'en sortir et bien elle doit faire un choix. Europe becoming subordinated divided and deindustrialed so we must decide weet priorities of others anï vogilise quand On entend Mario Dragui, est-ce qu'aujourd'hui une politique industrielle nationale fait encore ?
Bah factuellement la politique industrielle c'est du la compétence des États-membres, c'est pas une compétence de l'Union européenne. L'Union européenne elle a des compétences dans d'autres domaines comme le droit commercial et autres. Donc la question qui se pose, c'est est-ce que les Étatsmembres acceptent de participer à une coordination européenne qui serait beaucoup plus poussée avec des feuilles de route beaucoup mieux établi par exemple sur la production de principe actif, la production de batterie et rentrerait beaucoup moins en concurrence ?
Alors aujourd'hui ce qu'on voit c'est qu'il y a en effet comme le rappelle Mario Drag intérêts très divergents entre les États membres de l'Union européen interne entre les États compris sous forme de dumping parfois pour l'Allemagne et les Pays-Bas n'ont pas intérêt à prendre des mesures très fortes aux frontières européennes. La Hongrie est capable de baisser sa taxation pour attirer des activités étrangères notamment chinoises. Donc il y a il y a un enjeu de est-ce que les Européens ont encore envie de se dire qu'ils ont un avenir commun et c'est la question qu'on se pose à chaque élection européenne.
C'est une question qui va marquer le débat de l'élection présidentielle l'année prochaine. Moi, je pense que la réponse au regard de la taille de marché et du monde dans lequel on est avec les économies d'échelle qui ont été réalisées, elle est uniquement européenne mais à la condition de se doter d'outils pour se défendre face à des rivaux systémiques. et Nicolas du Jardin.
Parmi ces outils, il y en a un qui c'était un gros mot dans toute l'histoire de la constitution européenne pendant très longtemps, ça allait un petit peu moins. Est-ce qu'il faut songer à mettre en œuvre une forme de protectionnisme européen ? justement aujourd'hui donc on refait de nouveau face à un monde où il y a trois blocs.
Il a le bloc américain, il y a le bloc asiatique et puis il y a l'Europe très morcelée. Donc en fait ce qu'on sait c'est que aujourd'hui aucun pays ne peut faire face à la concurrence aucun pays individuellement dans l'Europe ne peut faire face à la concurrence chinoise ou à la concurrence américaine. Donc on est obligé de chasser en meute quelque part.
Donc pour rebondir sur ce que dit Anaïs, effectivement on a un impératif de se mettre d'accord et de trouver une solution si on peut faire. européenne chasser en me et se protéger davantage extérieur ma question sur le protectionnisme pour y venir du coup effectivement évidemment il faut acheter européen évidemment il faut protéger certaines industries mais ce sera pas la solution en fait aujourd'hui tout tout ce qu'on met comme taxe antidumping au début de enfin aux frontières de l'Europe elles font pénaliser des circuits et des secteurs d'activité entière entiers et donc il y a tout un tissu industriel de PME de TI qui va souffrir de toutes ces taxes antidumping. Donc de temps en temps, il faudrait que l'Europe aussi revienne un petit peu sur le terrain et puis aille voir ce qui se passe dans les entreprises.
Merci à tous les trois. Ce sera le mot de la fin en tout cas pour ce soir.
Emmanuel Macron