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interviewBLAST (sur YouTube)· 28 juin 2021 8 min

RÉGIONALES : LE BRAS D'HONNEUR DES ÉLECTEURS

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

C’est un formidable bras d’honneur que le pays vient d’adresser à sa classe politique. D’ordinaire, entre le premier tour et le second tour des régionales, on enregistre une augmentation d’au moins 5 points de la participation. Quand ce n’est pas 10.

Cette fois, l’abstention est restée sensiblement identique. Elle n’a reculé que d’un petit point. Rien n’y a fait.

Ni les engueulades des électeurs comme s’y est abandonnée Marine le Pen, ni les repentances hypocrites des uns ou des autres. Ni même la menace fantasmée de l’extrême droite. Plus de 31 millions d’électeurs sur les 47,9 millions d’inscrits ont poursuivi leur grève civique.

Mais pourquoi se seraient-ils déplacés ? Ils savent bien que, dans ce pays, l’élection décisive reste la présidentielle. C’est elle qui peut tout changer : la politique et les politiques.

Ils l’ont vécu en 2017 avec Emmanuel Macron qui a balayé les partis existants et installé à l’Assemblée nationale une armée de clones à sa dévotion. La leçon a été assimilée. Comment, encore, les électeurs se déplaceraient-ils quand, sitôt élus, les candidats victorieux viennent leur confirmer que les régionales n’étaient qu’un marchepied pour l’Élysée ?

Durant cette campagne, je vous ai dit la vérité, j’ai été clair, sans rien vous cacher de mes intentions. Ce résultat me donne la force d’aller à la rencontre de tous les Français. Par-delà la colère et les souffrances, il y a un chemin d’espoir.

Ce chemin de l’espoir, il démarre maintenant, il démarre ici. Ce soir, une équipe de France de la droite et du centre a émergé dans les régions. Nous avons une grande responsabilité, et j’y prendrai toute ma part.

Plus que jamais, je veux continuer et amplifier mon combat pour mes convictions mais aussi pour les valeurs de la République. Ce bonapartisme tue la démocratie. C’est le fameux coup d’État permanent que dénonçait au siècle dernier François Mitterrand avant de se couler dans la défroque du monarque présidentiel.

Pour réduire l’abstention, des tartuffes recommandent de passer au vote électronique, sous-entendant ainsi que les Français seraient des fainéants, incapables de se déplacer jusqu’à leur bureau de vote. À se demander comment ils faisaient auparavant. Que ces beaux esprits commencent déjà par instaurer la prise en compte du vote blanc et la proportionnelle intégrale aux élections législatives.

Alors, peut-être, les Français reprendront le chemin des urnes, convaincus que leur voix influera sur la conduite de la nation. Mais il faudra davantage encore pour que la confiance revienne. Cet effondrement de la démocratie représentative n’a pas profité au Rassemblement national.

Contrairement à ce qu’annonçaient les sondages, le mouvement ne remporte aucune région. Ses électeurs ne se sont pas déplacés. En PACA, Thierry Mariani est écrasé par Renaud Muselier, allié avec La République en marche pour la circonstance.

Dans les Hauts-de-France, le RN perd 22 des 54 sièges qu’il détenait. En Corse, il n’existe plus. Que le civisme et la lucidité des électeurs du RN qui ont apporté leur voix à nos candidats soient loués.

Ce soir, nous ne prendrons pas de région puisque des sortants, à l’aide d'alliances contre-nature, ont tout fait pour nous empêcher de montrer aux Français notre capacité à diriger un exécutif régional. La progression très importante entre les deux tours en PACA, qui reste tout de même insuffisante pour offrir la victoire, démontre que la mobilisation est la clé des victoires à venir. Marine Le Pen n’est tout simplement pas parvenue à convaincre ses électeurs que la marche sur l’Élysée passait par la conquête d’une ou deux régions.

Les électeurs du Rassemblement national sont trop en colère pour accepter de se plier, une fois encore, au jeu des élections intermédiaires. Ils veulent que ça change. Maintenant !

En apparence, le vieux monde a retrouvé ses marques. Il y a à nouveau une gauche et une droite. Regardez-les pousser des soupirs de soulagement.

La disparition de La République en marche, si tant est qu’elle n’ait jamais existé, a favorisé ce retour du balancier. Au point d’ailleurs que les rapports de force demeurent identiques. La gauche conserve ses 5 régions.

Le centre et la droite voient leurs 7 présidents reconduits. En Corse, l’autonomiste Gilles Siméoni a été réélu. Le seul basculement est intervenu outre-mer, à la Réunion, avec la victoire d’une liste de gauche conduite par Huguette Bello.

Jean-Luc Mélenchon s’en est publiquement félicité hier soir. Je voudrais rappeler à tous les commentateurs et partager avec les nôtres la joie du magnifique résultat obtenu à La Réunion dans l’océan Indien par Huguette Bello, femme hors du commun, exceptionnelle leader politique qui a pris la majorité avec une large coalition que nous avions formée avec elle dès le premier tour avec les députés insoumis réunionnais. Et qui, au deuxième tour, a su, de la manière la plus ouverte et la plus loyale qui soit, tendre la main aux communistes et aux socialistes qui se sont joints à elle pour obtenir la victoire finale.

En métropole, la droite crie victoire. Et c’est vrai qu’exprimés en pourcentage, les chiffres sont impressionnants. Renaud Muselier à 57,3 %, Laurent Wauquiez à 55,3 % dans une triangulaire, Xavier Bertrand à 52,37 % dans une triangulaire, Valérie Pécresse à 46 % dans une quadrangulaire… La droite est de retour.

Mais pour confirmer l’essai, il va lui falloir désigner son champion pour 2022 : Bertrand, Pécresse ou Wauquiez. Et l’on sait que chez les Républicains ces affaires-là se terminent toujours dans le sang. Christian Jacob, le patron de LR devra se montrer habile s’il ne veut pas que son parti explose à nouveau.

À gauche, ce sont les écologistes qui progressent. La seule formation politique qui progresse en nombre de voix, ce sont les écologistes. En Bretagne, en Nouvelle-Aquitaine, partout on multiplie par trois nos scores d’il y a 6 ans.

Donc, on est en train de construire un mouvement très ancré sur les territoires. Regardez les cantons, on gagne beaucoup de cantons, contre la droite et parfois contre d’autres formations politiques de gauche, et quand il y a une construction d’un rassemblement, comme en Pays de la Loire, comme en Auvergne-Rhône-Alpes ou ailleurs, ça se fait autour de l’écologie. À l’automne, les écologistes désigneront leur candidat à la présidentielle.

Ce dernier sera-t-il aussi celui des socialistes ? Hier soir, Anne Hidalgo, dans un tweet transparent a rappelé qu’elle était toujours une potentielle candidate. De son côté, L’Élysée a fait savoir qu’aucun remaniement du gouvernement n’était envisagé malgré la disparition tragique du parti présidentiel.

Au fond, Emmanuel Macron ne compte que sur lui-même pour être reconduit à l’Élysée. L’abîme qui s’est ouvert entre le pays réel et ses représentants appelle pourtant une refonte profonde des institutions. Hormis la France insoumise à qui il faut rendre cette justice, aucune force politique n’envisage un début de réforme.

Comme si le système, tant de fois rafistolé, pouvait faire un ultime tour de piste. C’est ce déni collectif qui reste le plus effrayant dans le scrutin d’hier. La politique de l’autruche ne conduit qu’au désastre.

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