Quels futurs pour l’alimentation et l’agriculture ? Débat - conférence
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Bonjour à toutes et à tous, je suis Michel Lévis-Provençal et je suis ravi de vous accueillir pour ce nouveau rendez-vous avec le Club Beaumont en partenariat avec le Huffington Post. On se retrouve aujourd'hui pour ce quatrième, cinquième rendez-vous mensuel qui explore les futurs possibles. Alors pourquoi les futurs et non le futur ? Car nous nous intéressons à chaque émission aux différents scénarios possibles de l'avenir. On a lors des épisodes précédents traité des futurs de la démocratie, de la finance, du travail, de la culture. Aujourd'hui, on abordera avec nos invités les scénarios possibles du futur de l'alimentation et de l'agriculture.
On va s'intéresser en particulier à la révolution biotechnologique, aux nouvelles formes d'OGM, à leurs avantages, aux risques qu'ils peuvent présenter et aux alternatives crédibles que nous pourrions avoir dans l'avenir. Alors pour esquisser les scénarios des futurs de l'alimentation et de l'agriculture, on reçoit aujourd'hui Karine Jacquemart, Anne de Marciac, Daniel Hévin et Jean-Yves Le Déo. Pour démarrer cette émission, je me tourne vers Karine Jacquemart. Bonjour Karine. Bonjour. Vous êtes directrice générale de Foodwatch France, une association qui défend les citoyens en matière d'alimentation. Alors pourquoi faut-il nous défendre ? Contre qui ? Contre quoi ?
En effet, Foodwatch c'est un contre-pouvoir citoyen indépendant et je crois que ce contre-pouvoir est nécessaire pour encourager les décideurs politiques au niveau national, mais aussi européen et dans une certaine mesure les entreprises de l'industrie agroalimentaire à faire en sorte de mieux protéger la santé des consommateurs. Parce qu'aujourd'hui, notre alimentation manque à la fois de transparence et de garantie sur l'impact sur la santé.
Donc la nourriture qu'on consomme tous les jours, celle qui est issue de l'industrie agroalimentaire, nous menace ? Elle menace notre santé ?
Malheureusement, alors qu'aujourd'hui en Europe, on aurait tout à fait les moyens et techniques et démocratiques et de production d'avoir tous accès à une alimentation saine, ça n'est pas le cas quand on y regarde de plus près. Et du coup, il y a un impact de l'alimentation sur la santé qui est de plus en plus documenté, qui est de plus en plus criant. Et la bonne nouvelle, c'est qu'il y a des solutions, il suffit de mesures politiques fortes pour arrêter cela. Mais cela nécessite, et ça c'est la mauvaise nouvelle, ça nécessite un combat de tous les jours, alors que ça devrait être évident.
Je vous donne un exemple, dans les produits alimentaires qu'on retrouve dans les rayons des supermarchés en Europe aujourd'hui, il n'est pas rare de trouver par exemple des additifs qui sont controversés pour la santé, mais qui sont néanmoins encore autorisés, je pense aux additifs à base de nitrite et de nitrate par exemple. Il y a 338 additifs qui sont autorisés aujourd'hui en Europe, c'est d'abord beaucoup trop, et les toxicologues nous alertent sur les effets cocktail de ces additifs. Il est impossible en fait d'analyser les risques de la combinaison de tous ces additifs et de l'impact sur leur santé.
Et certains d'entre eux ont déjà fait l'objet d'études scientifiques qui pointent du doigt, de façon crédible des risques pour la santé. Donc dans ces cas-là, on appelle tout simplement à l'application du principe de précaution, et on appelle les législateurs européens à interdire ces additifs, surtout lorsque finalement ils sont remplaçables, ils ne servent pas forcément à grand-chose comme le dioxyde de titane, qui ne servait que à blanchir les aliments, ou ils sont tout simplement objets d'alternatives, on peut s'en passer, et donc il faut les interdire.
C'est le cas aussi de résidus de pesticides, c'est le cas d'autres contaminants, comme des perturbateurs endocriniens, ou sujets moins connus du grand public, mais sur lesquels Foodwatch fait avancer les choses, car on a fait des tests sur des produits, la contamination par exemple des aliments par des huiles minérales. Alors le mot ne fait pas peur, mais en fait il s'agit de dériver l'hydrocarbure, et les plus dangereux d'entre eux, qu'on appelle les MOA, sont reconnus par tous les scientifiques et toutes les agences sanitaires européennes, comme étant potentiellement cancérogènes, mutagènes et perturbateurs endocriniens.
La question c'est, comment se fait-il, et comment accepter qu'aujourd'hui, en France, en 2021, effectivement, il y ait ce genre de substances potentiellement dangereuses dans notre alimentation, et pour aggraver les choses, il y a un manque de transparence important dans le secteur alimentaire en Europe, et c'est pour ça qu'en tant que contre-pouvoir citoyen, on demande plus de transparence, plus d'accès aux informations sur les contrôles, sur la vraie nature des produits, et de pouvoir tout simplement s'assurer, quand on achète à manger pour sa famille, de ne pas mettre sa santé en danger, ce qui paraît une évidence.
Mais c'est pourtant le cas de plus en plus, on a vu apparaître le Nutri-Score, on a vu apparaître des applications comme Luca par exemple, le bio monte en puissance, on a quand même l'impression de mieux manger ces derniers temps. Alors, c'est une réalité ou un fantasme ?
En fait, c'est un combat de tous les jours, et je reprends l'exemple du Nutri-Score, c'est effectivement une avancée, c'est un logo nutritionnel, donc de la lettre A à E, avec un code couleur, qui permet aux gens de comparer du premier coup d'œil, en fait, la qualité nutritionnelle des produits entre eux. C'est une avancée, mais il a fallu des années pour l'obtenir. Le lobby de l'industrie agroalimentaire a dépensé 1 milliard d'euros en 2010 pour bloquer cela dans une réglementation européenne sur les informations sur les denrées alimentaires.
Aujourd'hui, ça n'est que sur base volontaire, et on est encore en train de se battre avec d'autres associations pour que la Commission européenne adopte ce logo de façon obligatoire en Europe, mais on n'y est pas. Et on ne parle là que de la qualité nutritionnelle. En ce qui concerne Luca, c'est très utile ce qu'a fait Luca, et d'ailleurs, on mène certaines campagnes ensemble. On les a invités à nous rejoindre pour faire interdire les additifs à base de nitrites.
Mais au fond, c'est aberrant d'être, encore une fois, aujourd'hui, en 2021, en Europe et d'avoir besoin d'un smartphone dans sa poche pour scanner des produits quand on est face aux rayons, par exemple, des céréales et qu'on doit choisir lesquels acheter pour ses enfants et que la question qu'on se pose, c'est finalement lequel est le moins dangereux sur la base d'une application qui va nous informer sur les additifs, le Nutri-Score et le fait de savoir s'ils sont bio.
En fait, la réglementation européenne, normalement, oblige fabricants, distributeurs et autorités publiques à faire en sorte de garantir que quand on achète un produit alimentaire, on n'a pas à se poser la question, il doit être garanti comme ne pas poser le moindre risque pour la santé. Alors, l'évolution de la transformation des produits industriels fait que, justement, on n'a pas nécessairement, non, une meilleure alimentation qu'avant, certainement pas sur le plan nutritionnel. On voit, par exemple, qu'un enfant sur six en France, c'est un sur cinq en Europe étant surpoids ou obèse.
Et alors, juste une précision, si les agriculteurs utilisent ces additifs et que les industriels le font aussi, c'est qu'il y a derrière une recherche de rendement, il y a une recherche aussi de capacité de conservation. Finalement, il y a une recherche de modèle économique pour pouvoir produire assez de nourriture dans des conditions qui sont viables. Est-ce qu'il existe aujourd'hui des solutions qui permettent de concilier à la fois une alimentation sans risque, saine, respectueuse de l'environnement, tout en réussissant à avoir un modèle qui permette de nourrir tout le monde et dans des conditions viables économiquement ?
Oui, il y a deux questions. Il y a la question de la quantité et de la qualité. Sur la quantité, il y a un nombre d'études qui montrent que si on a les politiques adaptées, on peut nourrir tout le monde, y compris avec des modes de production qui sont beaucoup plus respectueux de l'environnement et de la santé.
Lesquels, par exemple ?
Et sur la question de la... Par exemple, sur le bio ou sur... Je ne veux pas venir trop sur l'agriculture, mais il y a beaucoup d'études qui montrent qu'on peut avoir une agriculture beaucoup plus saine, beaucoup plus respectueuse et qui peut nourrir effectivement les gens en Europe et plus largement sur la planète. Mais là, je veux vraiment pointer du doigt surtout la responsabilité des fabricants et des distributeurs des produits transformés et des responsables politiques parce que, oui, il y a des solutions sur les additifs que l'on ajoute, par exemple, dans l'alimentation. Il y a des alternatives. Il y a des alternatives, par exemple, aux nitrites et aux nitrates.
On voit bien dans la charcuterie que d'ailleurs, les plus grands producteurs vendent déjà des produits sans additifs à base de nitrites et de nitrates. Seulement, ils les vendent un petit peu plus cher. Donc, on a du coup des niches et deux marchés. Il ne faut pas qu'on ait une alimentation à deux vitesses avec une alimentation plus qualitative et moins risquée pour la santé, plus chère et pour la partie de la population plus pauvre, un accès à une alimentation qui est de moindre qualité voire dangereuse pour la santé.
Donc, on ne demande absolument pas des choses justement qui seraient irréalistes, mais au contraire, des solutions qui sont tout à fait envisageables, à condition que les fabricants et les distributeurs acceptent en effet de cesser une course du prix toujours vers le plancher pour remettre des éléments par exemple plus nutritionnels, qualitatifs dans les produits. Les plus honnêtes nous le disent quand on discute avec eux. Ils sont allés trop loin dans le fait de remplacer certaines denrées nutritives par par exemple du sucre ajouté et du sucre souvent caché sous divers noms différents. Donc, revenons à une alimentation plus saine. C'est évidemment possible.
Ça a un coût pour les entreprises. Et c'est aussi pour ça qu'on ne répétera jamais assez que c'est la responsabilité des autorités publiques et notamment au niveau national mais surtout au niveau européen de décider des règles et par exemple une interdiction d'additifs dangereux pour la santé.
Ça doit venir de l'Europe et ça doit venir des autorités publiques parce que trop souvent on s'appuie sur les engagements volontaires des entreprises mais on ne peut pas en tant que consommateur savoir et se fier au fait qu'une marque s'est engagée à être plus saine et une autre continue à utiliser un additif dangereux pour la santé d'autant plus que dans la plupart des cas les informations marketing mises sur les emballages induisent les gens en erreur et que donc il est très difficile dans ce règne de la désinformation pour les consommateurs de s'y retrouver et de pouvoir faire un choix vers une alimentation plus saine.
Pour revenir sur la question de l'agriculture et vous posiez la question tout à l'heure comment nourrir toute la planète je voudrais quand même attirer l'attention justement sur certaines dérives et déséquilibres. Je parlais d'obésité et de surpoids on parle aujourd'hui de 800 millions de personnes touchées dans le monde on parle aussi de 800 millions de personnes qui sont touchées par la faim donc on a d'un côté un système alimentaire mondial qui crée de la faim et de l'autre côté un système alimentaire mondial qui crée des maladies chroniques qui en est en tout cas un des contributeurs dont le surpoids et l'obésité donc il faut revisiter ce système.
Parmi les nombreux éléments à regarder dans ce système évidemment il y a l'agriculture et la façon dont on produit notre nourriture. Là encore je vous renvoie vers de nombreuses études mais très souvent il y a des alternatives très souvent il n'y a aussi pas suffisamment d'investissement dans ces alternatives pour changer de système et aller vers un système plus respectueux encore une fois de la planète et de l'environnement. Sur la question des OGM il y a deux sujets il y a produire avec des OGM et il y a également ce qu'on retrouve dans notre assiette. Donc ce pourquoi Foodwatch se bat au minimum c'est que l'information soit accessible aux consommateurs.
Aujourd'hui quand vous achetez un produit qui est par exemple avec de la viande vous ne savez pas si cette viande a été nourrie avec par exemple du soja aux OGM donc vous ne savez pas s'il y a dans un produit transformé des OGM qui ont fait partie du processus de production. Ça par exemple c'est inacceptable. Il y a aussi un débat en cours aujourd'hui sur les nouveaux OGM. Le problème c'est que souvent quand on a ce genre de débat il y a aussi la création du doute au niveau scientifique et il y a un enjeu aussi sur la transparence sur ces études et la transparence sur la réalité des risques pour les consommateurs et pour la santé aussi des agriculteurs.
Souvent on a l'intérêt général d'une part et des lobbies qui défendent des intérêts privés d'autre part. C'est aussi quelque chose contre lequel il faut lutter. Les OGM sont un des sujets sensibles et ce n'est pas le seul sur lequel on retrouve aussi cette bataille et les contre-pouvoirs citoyens c'est aussi là pour défendre la transparence et l'intérêt général.
Merci Karine Jacquemart.
Merci à vous.
Je reçois à présent Anne de Marciac elle est ingénieure agronome diplômée de Sciences Po Paris et de l'Institut national agronomique Agro-ParisTech. Bonjour. Bonjour. Anne de Marciac vous avez été conseillère en affaires publiques aussi donc à la fois agronome vous vous intéressez aux questions politiques. Je voudrais revenir sur la question des OGM parce que c'est un sujet polémique certains pensent que c'est l'avenir d'autres qu'il faut bannir les OGM mais avant d'y arriver est-ce que vous pouvez nous expliquer en quelques mots pour un néophyte ce qu'est un OGM ?
Un OGM c'est un organisme vivant dont le matériel génétique a été modifié mais modifié de façon non naturelle. En fait toute l'histoire de l'agriculture c'est une histoire de modifications génétiques qu'on a cherché on a toujours cherché à améliorer les caractéristiques des plantes qu'on cultivait et c'est pour ça qu'on est passé de choses qui étaient très peu intéressantes à des productions qui sont très conséquentes. Cette amélioration elle reposait sur le fait que le génome est intrinsèquement instable donc il y a toujours des modifications et jusqu'à présent on a toujours on a cherché à sélectionner des modifications naturelles qui étaient les plus intéressantes.
Les OGM qui sont définies par la loi c'est une modification non naturelle c'est-à-dire qu'on va utiliser des méthodes qui sont plus ou moins agressives pour provoquer de façon plus rapide et plus nombreuse cette instabilité du génome et après quoi on cherche les caractéristiques qui sont les plus intéressantes pour les retenir et on laisse tomber celles qui ne le sont pas. Ça permet d'économiser beaucoup de temps en fait parce que quand on se contente de sélectionner les modifications naturelles on est obligé d'attendre plusieurs générations de plantes pour identifier les caractères qui sont intéressants et les fixer et avec un OGM on va beaucoup plus vite.
Après ces méthodes qui sont plus ou moins agressives et invasives ça peut être des méthodes chimiques ça peut être des méthodes de rayonnement ça peut être des utilisations de bactéries ça peut être des carnements à particules et les nouvelles techniques aujourd'hui sont des choses beaucoup plus précises et ce qu'on appelle les ciseaux génétiques qui permettent de faire ce qu'on appelle maintenant de l'édition du génome c'est-à-dire qu'on va aller chercher un point vraiment particulier dans le génome pour le modifier le supprimer ou changer les bases on va y revenir
beaucoup plus précis juste sur ce point sur la question des OGM ils sont largement utilisés en dehors de France ou d'ailleurs ils n'ont pas forcément aussi mauvaise réputation qu'en France comment vous expliquez qu'en France les OGM aient si mauvaise réputation
alors ce qui est curieux c'est que les OGM ont mauvaise réputation pour la génétique végétale mais pas pour la génétique animale ou humaine donc c'est très étrange les explications ne sont pas de nature scientifique parce qu'on sait qu'il y a eu un énorme travail réalisé par les académies américaines avec les jointes de sciences d'ingénieurs et de médecine ils ont essayé d'identifier savoir est-ce que les risques sanitaires et environnementaux des OGM étaient supérieurs aux cultures conventionnelles et ils ont trouvé que si on utilise raisonnablement les OGM c'est-à-dire dans les mêmes conditions et avec les mêmes réserves que les cultures conventionnelles il n'y a pas de dégâts sur l'environnement ou le sanitaire qui soit significativement différent des cultures conventionnelles donc alors on a dit aussi on craint que les OGM s'échappent dans la nature et contaminent les plantes qui sont voisines le risque n'est pas nul néanmoins les caractères qu'on il n'est pas certain que les caractères qu'on cherche à travers les OGM donnent un avantage sélectif significatif aux plantes qui seraient autour et que cette échappée ferait boule de neige et modifierait sensiblement l'écosystème donc la question n'est pas scientifique par contre on a des attentes sociétales qui sont très fortes et qui sont entretenues en plus il y a des peurs qui sont entretenues et qui sont vraiment sans fondement on voit en ce moment des publicités pour dire on ne veut pas d'OGM dans nos assiettes ça n'a strictement aucun sens scientifique parce que les OGM ce n'est pas un caractère qui se transmet par voie digestive que des animaux mangent des OGM ou que nous on mange des légumes qui soient OGM ça n'a strictement aucune incidence sur la santé mais ça c'est une chose qui est très entretenue de même que la manipulation des OGM serait dangereuse on a vu récemment une émission de science-fiction où quelqu'un devenait malade parce qu'il avait manipulé du blé OGM en sortir du port en croyant que c'était du bio et ça n'a strictement aucun sens mais ça passe après il y a ces facteurs qui sont entretenus il faut voir que comme je le disais tout à l'heure comme le bio est strictement défini sans OGM il y a des enjeux commerciaux derrière sur les distributeurs du bio parce que le bio est un relais de croissance pour ces distributeurs et qui va faire qu'eux ils ont tout intérêt à entretenir cette peur des OGM mais il y a
quand même une histoire à l'origine de cette peur il me semble que Monsanto avait créé des OGM pour ensuite pouvoir vendre leurs produits ça a été une alors
il y a ça il y a eu je pense des on pourrait appeler ça des erreurs politiques des semenciers en fait qui ont en effet au début les premiers OGM qui ont été mis en vente et qui sont encore les plus commercialisés les plus utilisés notamment aux Etats-Unis sont des OGM résistants aux herbicides et qui ont été vendus en bundle avec justement l'herbicide auxquels ils étaient résistants évidemment ça fait un pouvoir de marché qui est très important donc pour l'instant on a surtout ce que je disais tout à l'heure en quantité on a surtout des OGM qui résistent aux herbicides ou qui sont résistants aux insectes le seul OGM commercialisé en Europe c'est un OGM qui résiste c'est un maïs qui résiste à deux insectes et qui est cultivé encore en Espagne et au Portugal pour autant il y a plein d'autres applications et un exemple d'actualité si pour la betterave pour laquelle on a tant discuté de l'interdiction des néo-nipotinoïdes si on avait une variété de betterave qui pouvait résister au virus on serait sortis d'affaire alors on ne l'a pas encore pour la betterave mais on a pour d'autres pour d'autres plantes donc des OGM qui permettent de résister à un stress de résine biologique donc des champignons des vírises des bactéries des parasites on en a par exemple sur la la jaunisse nanisante de l'orge qui est aussi une maladie virale et qui fait perdre 90% du rendement et on sait que les OGM sont beaucoup plus efficaces que toutes les solutions agronomiques qu'on utilisait jusqu'à présent et qui sont plus aléatoires et plus coûteuses c'est-à-dire retarder les semis utiliser un biocontrôle ou traiter les semences aux néo-nipotinoïdes ce qui est maintenant interdit donc là les OGM nous sauvent d'affaires pour le on a un coton qui résiste aussi aux insectes et maintenant plus de la moitié des surfaces je crois même que c'est 70% des surfaces cultivées en coton sont du coton OGM résistant aux insectes un exemple que j'aime bien c'est le riz qui est rendu tolérant à la salinité on sait que 20% des surfaces collectées des surfaces cultivées aujourd'hui sont affectées par la salinité et c'est un chiffre qui risque d'augmenter avec la montée des eaux des océans et il se trouve qu'il n'y a pas beaucoup de gênes qui soient concernés donc c'était assez facile d'obtenir cette variété là et donc un riz qui est tolérant à la salinité ce qui dans les pays d'Asie du Sud-Est par exemple peut être très important surtout quand on sait que la moitié de la population mondiale dépend du riz
juste un point sur ces avancées et notamment en matière technologique vous avez évoqué tout à l'heure une nouvelle forme de modification du génome grâce aux ciseaux CRISPR-Cas9 il existe un nouveau type d'OGM aujourd'hui sur le marché qui sont plus précis comment est-ce que cela fonctionne quelles sont les avancées à la fois technologiques qu'on a vu apparaître ces derniers temps et peut-être aussi un mot sur les avancées réglementaires en particulier en Europe
alors il n'y a pour les ciseaux les méthodes les plus précises d'édition du génome il y a en effet CRISPR-Cas9 qui a valué un prix Nobel à Emmanuel Charpentier et Jennifer Doudna ce n'est pas la seule méthode en fait pour faire de l'édition génétique on a des thalènes on a d'autres méthodes il se trouve que toutes ces méthodes sont postérieures à l'année 2001 qui pour l'Europe est une année importante parce que c'est l'année où on a adopté la directive qui régule les autorisations des OGM donc d'un point de vue réglementaire ces méthodes nouvelles qui sont beaucoup moins invasives pas forcément plus faciles parce que il faut si on va chercher un point précis il faut l'avoir identifié avant donc il y a tout un travail en amont de connaissance du génome qui est important mais toutes ces nouvelles techniques sont pour l'instant régulées comme on avait régulé les méthodes les plus agressives qu'on avait identifiées en 2001 et ça ça veut dire que pour obtenir une autorisation il faut déposer un dossier qui est très conséquent et exercer pendant dix ans une surveillance post-commercialisation qui est une surveillance qui est à la fois spécifique sur les effets qu'on attend et général on va aussi chercher à surveiller ce qu'on n'attend pas donc c'est très compliqué et on estime qu'un dossier d'autorisation comme ça au niveau européen ça va chercher dans les 100 millions d'euros donc c'est quelque chose qui n'est accessible par construction qu'aux plus grandes entreprises et pas aux PME alors que la technique elle pourrait être développée par des entreprises plus petites
c'est ce qui est en train de changer aujourd'hui alors c'est
alors on est en train de le le conseil a demandé à la commission européenne de réfléchir à cette question là la commission européenne vient de rendre un avis qui dit qu'en effet compte tenu du fait que du coup de ces procédures des bénéfices attendus de ces nouveaux de ces nouvelles techniques d'édition du fait qu'à l'étranger on autorise maintenant ces nouvelles techniques beaucoup plus facilement et que donc l'Europe risque de prendre du retard la commission européenne estime qu'on ne peut pas continuer de cette façon et que donc il va falloir réfléchir à une révision de cette directive de domina maintenant elle ne dit pas dans quel sens on peut modifier cette directive si on regarde à l'étranger ce qui se passe il y a des pays un tiers des pays qui ont adapté leur réglementation des OGM spécifiquement pour ces méthodes d'édition soit en disant que par construction la technique est plus simple et donc on fait une exemption des procédures les plus lourdes soit en regardant le résultat sur le génome et si le génome n'est pas trop modifié alors on fait aussi une exemption dans ces pays là il y a notamment la Chine qui détient qui a le plus grand nombre de brevets sur les les OGM et les Etats-Unis qui a le plus les surfaces les plus importantes cultivées en OGM donc c'est pas ça n'est pas rien et après il reste des pays les autres pays sont pratiquement tous en train de se poser la question de savoir comment faire et les discussions sont en cours au Canada par exemple ils sont en train de regarder est-ce qu'on peut pas s'intéresser juste à la nouvelle caractéristique de la plante et voir dans quelle mesure elle est très différente des caractéristiques antérieures de la plante et de réguler en fonction
de cette différence vous avez évoqué cette nouvelle technologie à base de CRISPR-Cas9 est-ce qu'on appelle ces produits des OGM ou il y a un nouveau terme qui apparaît
alors on les appelle les NBT New Breeding Technique ou organismes génétiquement édités
et la différence entre l'édition et la modification parce que tout l'enjeu est là est-ce que finalement ce sont des organismes modifiés comme les OGM ou est-ce qu'ils ont une particularité
ils sont ils sont modifiés mais en fait c'est l'importance de la modification qui diffère l'édition c'est changer quelques bases éliminer un morceau de gel c'est des choses beaucoup plus beaucoup plus précises que ce qu'on faisait avec les méthodes antérieures et donc c'est plus précis et c'est c'est mieux maîtrisé le produit final est mieux maîtrisé que ce qu'étaient les OGM antérieures
Merci beaucoup Anne Je reçois à présent Daniel Évin Bonjour Daniel Bonjour Vous êtes ingénieur agronome votre spécialité est pour le dire simplement l'amélioration des plantes vous avez été pendant 10 ans sélectionneur de colza vous avez travaillé pour Cargill puis chez Monsanto aujourd'hui vous êtes agriculteur bio dans l'Essonne vous êtes aussi membre du Haut Conseil des Biotechnologies et vous êtes référent pour les questions concernant les OGM à la Fédération Nationale d'Agriculture Biologique alors vous êtes à la fois agriculteur bio en même temps spécialiste des OGM ça peut paraître contradictoire au premier abord et pourtant et pourtant est-ce que vous pouvez nous expliquer votre vision des OGM et de leur utilité
alors c'est contradictoire au sens j'ai fait deux métiers l'un derrière l'autre donc une première partie de ma carrière en tant que sélectionneur où j'ai eu l'occasion effectivement de cultiver quelques OGM pas en grande quantité mais quelques OGM et puis j'ai on va dire tourné Kazak pour aller vers une agriculture beaucoup plus responsable qui est l'agriculture biologique en convertissant en fait la ferme familiale à l'agriculture biologique
aujourd'hui les OGM ne sont pas dans les critères du bio on ne peut pas faire du bio à partir d'OGM est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi
alors une des premières raisons c'est tout simplement que les OGM sont des techniques qui ne respectent pas le vivant et un des fondements on va dire de la agriculture biologique c'est de travailler avec la nature d'utiliser les mécanismes qui existent dans la nature pour produire notamment moi je vois je fais du maraîchage et des céréales on essaye toujours de se servir de la biodiversité existante pour lutter par exemple contre les parasites en utilisant des haies par exemple moi je sème aussi beaucoup de fleurs pour favoriser les auxiliaires notamment et les techniques qui ont été mises au point avec les OGM sont des techniques qui sont contre nature les techniques aujourd'hui d'OGM ou même sur les premiers les OGM on cultive des cellules isolées en boîte de pétri que l'on va modifier dans un premier temps avec les plantes transgéniques c'était en tirant avec soi des particules de tungstène pour faire rentrer de l'ADN à terre des cellules en force ou avec d'autres techniques comme agrobactérium et aujourd'hui de la même manière pour modifier les cellules pour modifier ce vivant on va briser les membranes cellulaires pour rentrer à l'intérieur des cellules avec des petites portions d'ADN d'oligonécléotides pour casser l'ADN ça c'est des techniques qui sont complètement non naturelles qui n'existent pas dans le vivant et c'est la raison majeure pour laquelle les techniques qui conduisent à produire des OGM ne sont pas autorisées en bio et l'ensemble de la profession de la recture biologique s'est réunie au niveau mondial pour définir quelles étaient les techniques qui étaient autorisées ou pas en bio
et dans le cadre des nouvelles avancées technologiques notamment on appelle les techniques NBT certains spécialistes disent que ces technologies qui sont beaucoup plus fines beaucoup plus précises permettront notamment de diminuer les intrants autrement dit diminuer certains pesticides certains engrais parce que les plantes qui seront finement modifiées auront des propriétés qui leur permettront de résister par exemple à certains insectes ou à des environnements hostiles est-ce que vous pensez que c'est une bonne solution ou au même titre que les OGM
c'est une mauvaise solution alors déjà je vous reprends sur le terme NBT parce qu'NBT c'est l'acronyme pour New Breeding Technology donc en français c'est une nouvelle technique de sélection or ce ne sont pas du tout des techniques de sélection moi je suis sélectionneur donc j'en connais quelque chose ce sont des techniques de modification génétique et la commission européenne qui a rendu son rapport sur la question le 29 avril les a dénommées les NGT pour New Genomic Techniques donc on est bien sur des techniques qui modifient le génome et nous dans l'utilisation du langage qu'on va utiliser on va parler de nouveaux OGM par rapport aux anciens OGM qui étaient des plantes transgéniques quand vous parlez de techniques précises moi je me souviens donc quand j'étais encore chez Cargill et Monsanto c'était l'apparition des premiers OGM dans les années 90 avec les plantes transgéniques on prenait un gène d'une espèce qu'on introduisait dans une autre espèce etc et déjà à cette époque-là on parlait de techniques précises chirurgicales or moi je savais très bien que ce n'était pas du tout chirurgical que notamment il y a une technique où on utilisait un canot à particules donc on tirait dans le tas des cellules en espérant que vous accrochiez des petits fragments d'ADN sur des particules de tungstène en espérant que la particule de tungstène vienne s'introduire à l'intérieur du noyau et vienne intégrer le génome des plantes donc ça n'avait rien de précis mais on parlait déjà à l'époque de techniques précises alors les techniques aujourd'hui sont certes plus précises parce que lorsque quelqu'un dit je fais la modification à tel endroit effectivement la modification qu'il fait va être réalisée à l'endroit qu'il a choisi par contre donc à l'aide de ciseaux moléculaires par contre ces fameux ciseaux moléculaires il ne les tient pas du bout des doigts c'est-à-dire que vous quand vous découpez un bout de tissu vous tenez les ciseaux vous voyez ce que vous faites et vous vous arrêtez là à l'endroit que vous avez envie de couper là en l'occurrence vos ciseaux moléculaires ils ont donc une séquence génétique qui va venir se coller à une séquence homologue dans le génome à l'endroit vous allez vite décider mais les ciseaux continuent de se balader dans l'ensemble du génome et peuvent s'apparier à d'autres endroits où c'est presque la même chose il y a peut-être quelques bases qui changent un petit peu un petit peu comme une fermeture éclair parfois il vous manque une dent pour fermer votre fermeture éclair vous tirez un coup sec toc c'est passé donc on est je prends un peu une image mais pour dire qu'il y a des tas de modifications qui se produisent ailleurs aussi dans le génome parce que vos fameux ciseaux ils vont aller couper aussi à des tas d'autres endroits donc quand on dit c'est précis alors c'est précis à l'endroit où on le fait par contre après il y a des tas d'autres modifications qui se produisent et celle-là c'est ce qu'on appelle les effets hors cibles dont on parle très peu souvent les gens disent oui il y en a un peu mais on les minimise etc sauf que vous réalisez parfois des tas de modifications à des endroits où vous pensez que ça n'a aucune incidence sauf que vous avez pu éteindre des gènes ou en réactiver qui dans certaines conditions peuvent poser de grands problèmes c'est-à-dire que dans les conditions de sécheresse de stress et autres vous ne pouvez pas tout vérifier
ça veut dire que c'est dangereux ce sont des technologies qui créent des risques
potentiellement oui ça peut créer des risques sauf qu'il faut on ne peut pas tout vérifier bien évidemment quel type de danger cela peut générer je pense que des dangers moi je ne suis pas toxicologue et autres donc je pense que c'est plus sur les comportements des variétés c'est-à-dire que si ça crée par exemple des problèmes d'allergénicité mais à des niveaux ça ne va pas ça ne va pas tuer toute une population on est bien d'accord ça ne va pas être des effets délétères forts mais vous avez des effets délétères faibles que l'on ne voit pas et qui peuvent incrémenter de quelques pourcents des problèmes sur la santé là je vois on a une crise majeure sur la santé il y a un problème d'immunologie d'immunité on va dire chez beaucoup de personnes on ne comprend pas très bien pourquoi certaines personnes ont zéro symptôme chez d'autres qui semblent en bonne santé et c'est catastrophique chez eux là je vois il y a une étude qui vient de paraître que j'ai lu dans un reporter sur des études sur les pesticides sur les oiseaux notamment sur les perteries en Charente-Maritime depuis 1994 95% de la population ont disparu en fait ils viennent de se rendre compte que ce sont les consommations notamment de céréales conventionnelles qui restent dans les champs etc où il y a très peu de pesticides il y a un petit peu de résidus qui restent dans les grains de blé dans les grains de maïs et autres qui font que ça diminue un petit peu leur immunité ça diminue un petit peu la taille des oeufs etc mais derrière des oeufs un peu plus petits font que les oiseaux sont plus faibles ils ont plus de mal à prendre leur envol ils sont plus sur ce sujet aux prédateurs et autres et en cumulant différents effets comme ça vous avez des effets mais drastiques sur les populations des petits effets font qu'au final la population disparaît il y a 25 ans quand j'étais c'était exactement mot pour mot les mêmes phrases qui avaient été utilisées vous allez voir avec ces plantes transgéniques on va faire des plantes qui vont être adaptées à la sécheresse des plantes qui vont être adaptées aux situations de sol salé une meilleure adaptation à l'ensemble des problèmes climatiques des résistances à des ravageurs etc au final 20 ans après vous avez des plantes qui tolèrent un herbicide et on se rendu compte qu'au final on a mis plus d'herbicide donc ça n'a rien de protection c'est pas du tout favorable par rapport à l'environnement et le deuxième type de plantes c'est des plantes qui secrètent un herbicide un insecticide qui produisent un insecticide pour tuer des insectes donc par contre il y a eu les mêmes promesses qui ont été faites donc aujourd'hui on est dans la même stratégie des mêmes promesses pour nous faire accepter ces nouveaux OGM or les premières demandes qui sont faites aujourd'hui on voit dans ces nouvelles techniques notamment par exemple il y a un colza tolérant un herbicide à nouveau vous pouvez par exemple sur la résistance à la sécheresse les mécanismes mis en oeuvre qui partent à la fois depuis la racine jusqu'aux feuilles jusqu'à l'architecture des plantes la taille des ports etc il y a un nombre de gènes incalculables qui sont mis en oeuvre dans les mécanismes d'adaptation à la sécheresse là on parle à chaque fois de modifier un ou deux gènes il n'est pas possible d'arriver à avoir on va dire des techniques de sélection qui permettent d'avoir des plantes qui sont plus résistantes à la sécheresse que par des mécanismes de sélection classiques moi j'ai vu des expériences où effectivement on vous montre une plante qui a un meilleur comportement par rapport à la sécheresse parce qu'elle a été modifiée mais il faut regarder d'où les gens sont partis pour faire l'expérience si vous prenez une plante une variété une plante qui est sensible à la sécheresse vous la modifiez sur un ou deux gènes effectivement dans l'état que vous allez obtenir vous allez pouvoir dire regardez je suis parti de cette variété je l'ai modifiée et j'ai 30% d'amélioration par rapport à la sécheresse sauf que quand vous comparez le produit que vous avez obtenu par rapport aux variétés locales des gens qui travaillent sur ces questions là vous êtes encore bien loin du compte donc on est toujours dans la stratégie de la promesse pour nous faire consommer ces plantes là donc là vraiment vous pouvez reprendre les articles il y a 20-25 ans vous verrez c'est les mêmes arguments par contre 20-25 ans après les plantes transgéniques qui sont en train de disparaître on va dire parce que plus personne travaille vraiment dessus ils sont passés tous à ces nouvelles techniques donc les gens ne travaillent plus sur des plantes transgéniques mais sur les les modifications directes sur le génome les promesses n'ont jamais été tenues alors qu'elles avaient été annoncées alors
du coup l'alternative pour le coup l'alternative que vous proposez c'est celle d'un respect pur et simple de la nature et c'est l'esprit du bio donc est-ce que selon vous le bio est une solution pérenne réaliste qui permettrait de nourrir toute la planète
moi ça j'en suis intimement persuadé aujourd'hui on voit que les gens nous disent oui il faut que l'on passe à cette technologie-là pour nourrir tout le monde sauf que moi quand je regarde en France autour de chez moi on met beaucoup de production agricole dans soit les productions d'agrocarburants pour faire du ISTF soit aujourd'hui dans le biogaz il y a énormément de structures de biométhaniseurs qui sont en train de se mettre en place et qui sont alimentées principalement par des produits agricoles alors qu'on appelle les cives les cultures intermédiaires à valeur ajoutée mais on se rend compte que dans bien des cas ces biométhaniseurs fonctionnent à 60-70% avec de la production agricole donc si on détourne de la production agricole pour produire de l'énergie soit sous forme de diéster soit sous forme de gaz après pour produire de l'électricité et autres ou distribuer du gaz et qu'on nous dit d'un autre côté on n'a pas assez pour manger il y a un problème deuxième problème c'est la bétonisation des terres si on avait un problème pour s'alimenter il faudra arrêter de bétonner toutes les terres et surtout les très bonnes terres parce que les aménageurs en général ils aiment bien les zones un peu de pleine et c'est les meilleures terres que ce soit de Roissy là on a toujours le même souci sur le plateau de Saclay moi je suis dans l'Essonne sur Bretigny très bonnes terres pareil qui ont été bétonnés pour y mettre des grands des structures dont on n'a pas forcément besoin donc pour nourrir tout le monde on peut déjà commencer par arrêter de mettre de la production agricole à haute destination que l'alimentation et puis ensuite il y a une question de modification de nos comportements alimentaires le gaspillage est énorme notamment moi je vois je produis principalement en circuit court le pourcentage de gaspillage de mes productions est quasiment nul pourquoi quand je produis par exemple je vais prendre l'exemple de la salade quand vous êtes en circuit long si vous travaillez et vous vend commercialiser via par exemple des supermarchés votre salade doit être calibrée si elle est trop grosse vous ne pouvez pas la vendre si elle est trop petite non plus et ça arrive régulièrement que dans un champ il y ait des trop gros des trop petites et on considère que sur un champ de salade vous ne commercialisez ceux qui sont en circuit long que 60 à 70% de votre champ donc il y a 30 à 40% qui restent au champ qui sont du gaspillage parce que c'est pas récolté c'est pas commercialisable moi je suis dans un circuit court en distribution en amas ou sur un marché quand la salade est trop grosse je dis aux consommateurs moi le boulot était le même pour moi je l'ai planté et finalement elle est plus grosse que prévu c'est tant mieux pour vous si elle est un peu petite je mets deux salades dans le panier des gens en disant bon elles sont un peu petites vous en avez deux pour le prix d'une et rien n'est perdu pareil pour les carottes si j'ai des carottes qui sont un petit peu tordues je vais dire aux gens bon il y a certaines carottes qui sont un peu tordues mais elles sont toutes aussi bonnes je les mets dans les paniers dans les circuits longs vous ne pouvez commercialiser que des produits calibrés donc il y a énormément de gaspillage déjà au champ et puis après bien évidemment sur les lieux de consommation il y a aussi beaucoup de gaspillage et puis après il y a une question aussi de changement de comportement alimentaire il faut savoir qu'une grande partie de la production des céréales produites en France part à l'alimentation animale donc si on remettait les animaux à consommer de l'herbe mais pas à consommer des céréales ce sont des champs qui pourraient être destinés à des productions autres que le blé et le maïs par exemple on pourrait relancer la production de légumineuses consommer un peu plus de haricots de lentilles de pois chiches et autres qu'on peut cultiver chez nous on se rend compte que dans ces situations-là en réduisant sa consommation un petit peu de viande bien évidemment mais en consommant de la bonne viande des animaux élevés à l'herbe principalement on peut nourrir mon avis 15 à 20 milliards d'habitants sur la terre en bio je dis bio
merci Daniel Évan merci pour finir cette émission je reçois Jean-Yves Ledeo bonjour monsieur Ledeo bonjour vous avez été enseignant chercheur en biochimie avant de vous investir en politique vous êtes particulièrement investi dans le débat autour de nombreuses controverses notamment l'usage des biotechnologies la maîtrise des OGM et de l'édition ciblée du génome est-ce que vous pouvez nous dire quels sont les apports de ce que l'on appelle les nouveaux OGM les NBT par rapport à l'ancienne approche
l'apport c'est pour moi c'est une révolution ce que j'appelle la modification ciblée du génome certains appellent l'édition du génome d'autres la réécriture du génome c'est une révolution non seulement dans le domaine de l'agriculture mais dans le domaine de la santé également puisque on a aujourd'hui 64 000 maladies génétiques recensées les deux tiers d'entre elles sont dues à une modification d'un gène d'un gène donc d'une base dans nos logiciels de la vie et si on sait aller corriger cette faute on peut soigner par exemple des maladies du sang qui sont des anémies falsiformes qui font qu'on n'est pas capable d'envoyer l'oxygène dans la totalité de nos cellules de répartir l'oxygène donc c'est une révolution parce que finalement ça va vite je crois que la modification ciblée du génome elle ne change pas ce que la nature faisait la nature faisait des modifications qui mettaient beaucoup de temps et qui étaient sélectionnées dans ce qu'on peut appeler l'évolution darwinienne puisque François Jacob disait l'évolution c'est la somme des réussites parce que la trace des échecs a disparu donc la nature faisait ça et puis là l'homme a été capable grâce à des évolutions technologiques depuis une quinzaine d'années plusieurs générations la dernière d'entre elles étant d'un mot barbare qui a le nom CRISPR je ne dis pas ce que ça veut dire c'est des séquences palindroniques c'était la recherche fondamentale contre des maladies dues à des phages et ça a donné le prix Nobel de Jennifer Doudna et d'Emmanuel Charpentier une française en 2020 cette année prix Nobel de chimie on a été capable de modifier les gènes alors ce qui change c'est qu'avant on était avec les OGM on était avec des marteaux de forgeron on ne savait pas ce qu'on faisait aujourd'hui on est avec des scalpels moléculaires on est capable de découper et on sait exactement ce qu'on a découpé ce qui fait que le danger qui avait été mis en place en termes de santé ou d'environnement en disant ils ne savent pas les savants s'en fout ils ne savent pas ce qu'ils font il y a 35 ans il faut quand même redire ça il y a 35 ans que ces techniques on est en train de les développer le danger qu'on avait vu qu'on avait prédit à l'époque d'abord il n'y a pas eu de danger il n'y a pas une publication qui dit aujourd'hui qu'il y a eu des dangers en termes de santé le seul qui l'ait dit Gilles-Éric Serralini les expériences qui ont été menées à grand frais depuis pour essayer de montrer que les OGM n'étaient pas des poisons on voyait des rats avec des tumeurs qui étaient des tumeurs énormes alors que c'était une variété de rats qui développaient spontanément des tumeurs et bien ce danger n'est pas avéré méta-analyse de l'académie américaine le montre on n'a pas eu de danger on a eu des problèmes d'environnement parce que les pratiques agricoles n'étaient pas forcément de bonnes pratiques agricoles et aujourd'hui on n'avait pas la précision il n'y a pas eu de danger aujourd'hui on a la précision donc on doit résoudre cette question de danger
alors on va revenir sur la question des dangers mais vous venez d'évoquer les défis environnementaux est-ce que ces NBT ces nouvelles formes d'OGM sont aussi une solution face aux défis environnementaux actuels et futurs
bien sûr on a aujourd'hui plusieurs problèmes à résoudre les OGM ont eu le tort de s'occuper que de deux questions sans doute pour des questions financières et de rentabilité pour des agrochimistes internationaux c'était de s'occuper de l'augmentation de la tolérance aux maladies ou de l'augmentation de la productivité on a bien d'autres problèmes aujourd'hui le réchauffement climatique fait qu'on va avoir des problèmes d'adaptation de plantes le problème des intrants que ce soit des produits phytosanitaires ou des engrais fait que si jamais on veut les réduire il faut développer des résistances naturelles des plantes il faut améliorer la qualité de ces plantes la qualité notamment la qualité nutritionnelle aujourd'hui on a dans les pays développés 39% des adultes qui souffrent d'obésité 39% des adultes qui souffrent d'obésité donc la question de la qualité nutritionnelle est majeure les aliments la question pour la biomasse de l'utilisation d'une meilleure utilisation de la photosynthèse la question de l'adaptation au changement climatique le changement climatique fait qu'aujourd'hui il y a des espèces qui sont mal adaptées au climat qui a augmenté on a dans nos forêts françaises et notamment on avait une espèce qui s'appelle l'épicéa l'épicéa poussait dans le Jura ou dans les Vosges à 400 mètres d'altitude on l'a fait pousser dans des zones qui étaient des zones plus basses et aujourd'hui l'épicéa souffre dans ces zones dans lesquelles on l'a implanté on a la sélection à des stress hydriques le problème de l'eau qui est un des problèmes majeurs pour demain toutes ces questions sont des questions environnementales et de dire comme certains de manière idéologique on n'utilisera pas de nouvelles technologies pour essayer de résoudre nos problèmes parce que par définition les technologies sont mauvaises et on les assimile à la malbouffe on les assimile à tous les maux dans l'agriculture aujourd'hui c'est à mon avis criminel c'est d'ailleurs ce qu'on dit des prix Nobel une centaine de prix Nobel qui ont dit que ne pas utiliser ces technologies c'est un crime contre l'humanité
alors pour certains comme vous le dites même CNBT présente un danger qui serait similaire aux OGM est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur ce sujet est-ce que c'est un fantasme est-ce que c'est une réalité par certains aspects
le danger de la nature existe c'est-à-dire qu'à un moment donné l'homme en dix mille ans il a sélectionné des variétés végétales il les a sélectionnées alors que les variétés initiales n'étaient pas toujours comestibles l'homme a inventé un blé un maïs ou de la vigne qui n'avait absolument rien de commun avec les espèces que l'on cultive aujourd'hui et depuis la révolution de l'agriculture depuis dix mille ans c'est l'homme qui par des sélections minutieuses et continues est arrivé à sélectionner les caractères qu'il le souhaitait aujourd'hui on est capable de le faire de manière plus précise je l'ai dit tout à l'heure de manière plus rapide moins chère et les PME-PMI sauf si jamais on leur met des contraintes réglementaires terribles les PME-PMI pourraient l'utiliser on pourrait aujourd'hui donc avoir par les biotechnologies résoudre un certain nombre de questions qu'il est difficile ou long de résoudre par les méthodes alors je vais vous donner un exemple c'est un exemple très français c'est celui du vin et de la vigne et c'est un exemple qui nous rapproche d'un problème qui est celui du cahier des charges de l'agriculture biologique le vin est fait par des espèces qu'on a sélectionnées pour les qualités du raisin et pour les cépages malheureusement il y a un certain nombre de maladies qui se sont développées qui ont d'ailleurs été terribles il y a un siècle à peu près il y a le mildiou ou l'oïdium pour soigner le mildiou ou l'oïdium ou pour le combattre on n'a qu'une solution le sulfatage c'est à mettre du sulfate de cuir à tel point que l'agriculture biologique a mis la possibilité de sulfater les vignes dans son cahier des charges et à côté de cela on a chez des espèces de vignes qui étaient des espèces anciennes on a des gènes de résistance naturelle au milieu et à l'oïdium sauf que ces vignes-là le vin n'est pas bon si on est capable de prendre dans la même espèce ce n'est pas un OGM d'une espèce différente parce que dans l'OGM ce qu'on disait c'était souvent qu'on transférait une espèce d'une bactérie à l'homme par exemple et ça faisait peur le franchissement de la barrière des espèces mais si on est capable dans la même espèce d'aller chercher un gène qui s'est développé naturellement dans la plante et de le faire et de diviser par 10 la quantité de sulfate de cuir qui tue nos sol je pense qu'on aura fait une œuvre utile voilà un exemple précis de la possibilité et ça a été fait par des sèches sélections végétales l'INRA l'a fait l'INRA l'a fait agruissant dans l'Aude ou que j'ai visité l'INRA a fait un travail fantastique à ce sujet là mais on s'est un peu privé de recherche sur des technologies qui nous auraient permis d'aller plus vite
alors revenons à la question du bio que vous avez abordé et qui a déjà été abordé avec Daniel Hévin est-ce que l'agriculture bio telle que on la pratique en France aujourd'hui nous permettrait selon vous d'atteindre l'autosuffisance alimentaire
le problème général d'abord et après je vais parler de la France et du bio le problème général aujourd'hui c'est qu'on a 11% de la population mondiale qui souffre de sous-nutrition sévère je n'ai pas dit de famine mais il y a de nouveau des famines en Inde actuellement et il y a des famines dans certaines régions du monde en France on n'en est pas là et le bio est un tout petit peu réservé à des populations qui ont les moyens de se payer une nourriture saine il faut préserver la filière de l'eau et plus cher aujourd'hui le bio est plus cher parce qu'il y a des années où les conditions climatiques font que les produits ne se développent pas et que donc à partir de ce moment-là on a pour l'agriculteur qui doit avoir ses revenus on a un produit qui va coûter beaucoup plus cher si jamais on est capable aujourd'hui d'intégrer dans des gènes des gènes de résistance naturelle dans le bio et bien on aura à mon sens réglé la question qui était la question de diminuer les intrants que ce soit les engrais ou que ce soit les produits phytosanitaires et dans le monde du bio cette question commence à être posée pendant que j'ai travaillé sur ce rapport de l'Assemblée nationale qui était le premier rapport au monde à traiter de la révolution ciblée du génome avec Catherine Procretia on a vu un Suisse on a rencontré un Suisse qui s'appelait Wursnigli et qui le premier qui était directeur du FIBL c'était à l'Institut du Bio mondial de Zurich et qui le premier disait qu'il ne fallait pas se supprimer la possibilité d'utiliser des nouvelles biotechnologies au cas par cas en les étudiant pour développer la filière bio
ce qui n'est pas le cas aujourd'hui le bio n'accepte pas par exemple les NBT ou les EGM
il accepte le sulfate du cuivre
et cette question-là elle sera immanquablement posée alors quelles alternatives s'offrent à nous si on met de côté le bio si on met de côté les EGM est-ce que par exemple selon vous la synthèse de protéines in vitro les biologies de synthèse seraient une piste pour pouvoir un modèle réaliste pour pouvoir alimenter la planète demain ?
la biologie de synthèse je ne pense pas aujourd'hui je pense qu'il faut travailler sur la biologie de synthèse il faut travailler sur de nouvelles techniques qui vont permettre de fabriquer des protéines mais d'arriver à penser d'abord la nourriture à quelque chose de culturel le refus des OGM c'est un tout petit peu dans l'esprit d'un certain nombre de personnes le fait qu'on veut bien prendre des risques pour se soigner on ne veut pas prendre des risques pour manger et donc à partir du moment où on est dans un phénomène culturel la nourriture même si des enfants disent qu'ils aiment bien les poissons carrés la nourriture fait encore partie globalement de nos traditions culturelles donc à mon sens de penser que ces technologies vont pouvoir permettre à un moment donné de nourrir la planète je n'y crois pas ce que je crois par contre c'est que on doit pouvoir au niveau de la planète conjuguer ces techniques l'agroécologie est quelque chose d'important la biostimulation le biocontrôle un certain nombre de techniques de cultures intégrées qui ont été développées il faut les soutenir mais en même temps il faut leur apporter la possibilité d'intégrer des nouvelles technologies dans l'agroécologie il faut réconcilier l'agroécologie et les biotechnologies et puis une critique qui est faite en disant oui mais les biotechnologies sont responsables de la perte de biodiversité la perte de biodiversité elle est premièrement due à une augmentation de la population mondiale au réchauffement climatique mais surtout aux usages au conflit d'usage d'un certain nombre de terres les biotechnologies les nouvelles biotechnologies les NBT ce que vous appelez les nouveaux OGM devraient permettre au contraire d'augmenter les caractères et non pas de les diminuer et ce qui est changé c'est l'agriculture intensive c'est pas la technologie c'est l'agriculture intensive la technologie doit être utilisée au contraire au service d'une agriculture plus durable et je terminerai je terminerai quand même par une phrase sur tout ça parce que il y a quand même un désaccord persistant entre le le politique et le citoyen et que le politique a considéré ces sujets comme un peu une patate chaude il s'en est pas préoccupé pendant un certain nombre d'années et je pense qu'il faut évaluer les risques rationnellement en tenant à distance les croyances et les discours sectaires et qu'un philosophe qui était en même temps mathématicien et prix Nobel de littérature qui s'appelle Bertrand Russell l'avait bien résumé en disant la science n'a jamais tout à fait raison mais hélas elle a rarement tout à fait tort et en général elle a plus de chances d'avoir raison que les théories non scientifiques il est donc raisonnable ou rationnel de l'utiliser à type d'hypothèse
Merci Jean-Yves Le Déo Merci J'ai été ravi de vous accueillir aujourd'hui pour évoquer ce sujet passionnant que sont les futurs de l'agriculture et de l'alimentation merci à vous merci à vous qui nous suivez en ligne merci à nos invités le cycle continue on se donne rendez-vous le 15 juin pour débattre des futurs de la sexualité vous pouvez retrouver les podcasts BOMA Les Futurs 2 sur les plateformes Apple et Spotify et vous pouvez aussi rejoindre nos formations à la prospective et au management de l'incertitude sur boma-france.com d'ici là soyez prudents et à bientôt