Iran : que change l'entrée en guerre des Houthis du Yémen ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
à la rédaction de Libération. Vous avez été correspondante en Israël. Voici votre livre.
Que change aujourd'hui l'entrée en guerre des Houthis du Yémen? -L.Menget: Ca change beaucoup.
C'était une carte que les Iraniens gardaient en main. On était presque surpris du silence des Houthis depuis le début de la guerre. Ils gardaient une réserve, une prudence sur cette histoire.
Apparemment, les Israéliens disent que ça y est, ils rentrent dans le conflit. Ca peut provoquer une extension géographique du conflit avec en plus du détroit d'Ormuz, un autre détroit important, en mer Rouge. Ils l'ont déjà largement abîmé et perturbé depuis plusieurs années.
Il y a une mission militaire navale qui essaye de protéger la mer Rouge. Mais à partir du moment où les Houthis ont la capacité de bloquer cette partie de la navigation maritime, le conflit va s'étendre. -A.Casse: On voit ce détroit de Bab el-Mandel sur cette carte. -D.Trinquand: Il faut bien faire la différence entre le détroit d'Ormuz et cet autre détroit de la mer Rouge.
Quand vous voulez sortir du golfe, vous êtes obligé d'y aller. Le détroit de Bab-el-Mandeb, c'est une des portes pour aller vers le canal de Suez. Mais depuis que ce détroit est sous le feu des Houthis, malgré la mission européenne chargée d'escorter, les bateaux font le tour.
Ils passent par Bonne-Espérance. Même si les bateaux sont exportés, c'est considéré comme une zone de guerre. La première semaine, c'était compliqué.
Maintenant, c'est planifié. Ils passent par là et ça ne pose plus de problème. La question, c'est l'extension du conflit.
On est aux portes de l'Afrique. L'Egypte n'est pas très loin. Le canal de Suez n'est pas très loin.
C'est vrai qu'on était surpris du silence des Houthis jusqu'à maintenant. A l'intérieur du Yémen, il y avait un conflit intra-arabe entre l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. Ensuite, les Américains avaient frappé sur les Houthis.
Ce qui m'inquiète là-dedans, c'est cette extension partout. On pourrait aller de l'autre côté, sur la mer Caspienne, qui est le passage entre l'Iran et la Russie. -A.Casse: Vous êtes tous d'accord pour dire que le conflit est en train de s'étendre?
Qu'est-ce que ça change vraiment à cette guerre? Un téléspectateur se pose la même question que moi. -P.Allémonière: On n'est pas encore dans un conflit mondial.
C'est une extension. Dans la grande tradition houthis, les Houthis ont visé Israël. Il suffit d'aller dans quelques manifestations houthis pour voir que leur obsession, c'est Israël.
Elle a été activée par l'Iran derrière. Depuis les années 2000, ils ont soutenu et armé, formé les militants. Ils les ont aidés à faire tous les missiles dont ils disposent.
Mais leur ennemi premier, avant l'Amérique, c'est Israël. -A.Casse: Pourquoi ont-ils attendu un mois avant de s'engager dans le conflit? -P.Allémonière: Ils ont utilisé la même stratégie que le Hezbollah.
Après avoir signé ce cessez-le-feu en mai 2025, on ne les a plus entendus, à part quelques petites activités. Ils ont reconstitué leur stock, tout comme le Hezbollah au Liban. Ils n'étaient pas activés jusqu'à présent.
Ce cessez-le-feu leur allait plutôt bien. Les Iraniens ont demandé qu'ils rentrent. Ils ont attaqué d'abord Israël.
La question est de savoir s'ils vont étendre leur attaque. Est-ce qu'ils vont frapper l'Arabie saoudite? S'ils frappent l'Arabie saoudite, est-ce qu'elle va rétorquer seulement sur le Yémen?
Dans ce cas, l'Arabie saoudite rentre en guerre. Jusqu'à présent, les pays du Golfe sont réticents à entrer en guerre. Si le Yémen frappe l'Arabie saoudite, elle va entrer en guerre, et c'est une autre déflagration.
Jusqu'à présent, les pays du Golfe et l'Arabie saoudite appuyaient encore un peu sur le frein. -A.Casse: Il y a aussi la menace terroriste.
Il était 3h30 ce matin rue de La Boétie à Paris quand les policiers ont interpellé un homme devant la Bank of America. Le parquet national antiterroriste s'est saisi de l'affaire. Il s'agit de la -- de savoir si l'Iran est derrière cet attentat déjoué. -A.Schwartzbrod: De toute façon, il va y avoir des attentats.
Il y avait cette semaine à Paris un forum très intéressant sur la défense, qui réunissait plein de militaires et de ministres de la Défense européens. Il y avait des industriels aussi. Il y avait vraiment toute la crème du dispositif de défense.
Il s'y est dit des choses très intéressantes, notamment l'hybridation des conflits. On est entré dans une période d'hybridation. Il y a les cyberattaques, les attentats.
Bien sûr, il n'y a pas la guerre sur notre sol. Mais cette hybridation des conflits en cours fait que tôt ou tard, on est tous concernés par cette guerre. Aux Etats-Unis, en Europe et dans les pays de l'Est...
Malheureusement, je crains qu'il y ait beaucoup de tentatives d'attentats. Je crois que les services de renseignement sont sur les dents. -A.Casse: Ils ont réussi à empêcher celui-ci.
L'engin était composé d'un bidon transparent de 5 litres de liquide, probablement de l'hydrocarbure, et d'un système de mise à feu. Il avait un pétard de 650 grammes de poudre explosive. Il y a d'autres informations recueillies.
L'homme interpellé aurait été recruté pour 600 euros via le réseau social Snapchat. Qu'est-ce que ça nous dit? -L.Menget: Ca nous dit que cette nouvelle forme de terrorisme, qui a été très utilisée par les Russes, qui est une forme de terrorisme via les réseaux sociaux...
Il s'agit d'utiliser des gens qui sont généralement fragiles, des militants convaincus d'une cause, pour les convaincre d'aller faire un attentat facile. Ce ne sont pas des attentats comme on en a connus dans les années 80, qui nécessitent beaucoup de logistique. Ce sont des gens qui, à l'autre bout d'un téléphone, pour le compte d'une organisation, vont faire des choses sans forcément le savoir.
Ce ne sont même pas des agents, ce sont des gens recrutés comme ça. Les services de renseignement ont très peur de ce type d'actions. Elles sont très faciles à monter.
Celle-ci a été déjouée la nuit dernière. Heureusement, mais cela peut faire beaucoup de dégâts. Il suffit d'utiliser un peu d'explosif avec des détergents.
Ca permet de tuer des gens. Ca permet d'abîmer des bâtiments. Mais il y a la simplicité des réseaux sociaux.
Cette nouvelle forme de terrorisme se répand dans le monde entier. Elle est beaucoup plus difficile à traquer pour des services de renseignement que quand ils traquaient des terroristes palestiniens qui étaient déjà connus. Ce sont des gens qui habitent chez nous, là.
Pour 600 euros, ils sont capables d'aller faire un acte terroriste. Si c'est l'Iran qui est derrière, l'enquête est en cours pour l'instant, mais cela voudrait dire qu'ils utilisent des méthodes que les Russes utilisent depuis des années. -A.Casse: Il était en train d'allumer la mèche de la charge explosive.
Il y a une autre personne qui était en train de filmer et qui a pu fuir. Il y a eu d'autres attaques en Europe ces derniers temps. A chaque fois, elles ont été revendiquées par un groupe terroriste inconnu, le mouvement islamique des partisans des justes.
La cible de cette nuit, c'est une cible américaine, la Bank of America. -P.Allémonière: Mais même avant de recruter sur Internet, sur Snapchat et autres, les Iraniens ont toujours utilisé des faux-semblants.
Ce ne sont pas des sympathisants du Hezbollah. Ce ne sont pas des sympathisants...
Ce sont toujours des gens qui sont un peu à l'extérieur et qui n'ont rien à voir. C'est une vieille tradition, ne pas être pris la main dans le sac, faire en sorte que les services de sécurité butent sur quelque chose qui n'implique pas Téhéran directement. Les Russes l'ont utilisé récemment.
Avec les réseaux sociaux, c'est très facile. Les tueurs recrutent leurs petites mains. Ils ne vont plus tuer.
Ils recrutent des petites mains pour quelques centaines d'euros. Le terrorisme se pratique maintenant par Internet. Cela le rend plus difficilement saisissable. -D.Trinquand: Les Russes ont montré le chemin d'une certaine façon.
Pour revenir au sujet du Golfe, il faut rappeler que Téhéran, c'est un gouvernement terroriste. On a donné des drones à la Russie, et maintenant, la Russie utilise des drones. Il y a les attaques terroristes telles que celles-là.
On copie ce que les Russes ont fait et on fait la même chose. S'il est avéré que ce sont des gens liés à l'Iran, ça montre qu'on a donné un coup de pied dans la fourmilière. -A.Casse: Les cellules étaient dormantes? -D.Trinquand: Bien sûr.
La façon de travailler existe depuis de nombreuses années. La volonté de détruire aussi. Simplement, comme on est attaqués
Christophe Gomart