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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 26 septembre 2025 25 min

La condamnation de Nicolas Sarkozy, le rapport sur France Télévisions, son départ de la Cour des comptes... Le "8h30 franceinfo" de Pierre Moscovici

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Intervenant

Bonjour Pierre Moscovici, on va évidemment revenir avec vous sur les questions budgétaires, la dette, mais aussi les derniers rapports de la Cour des comptes, votre institution. Avant cela, l'actualité de ce matin, c'est bien sûr ce séisme dans la vie politique française, Nicolas Sarkozy, un ancien président, bientôt incarcéré, c'est historique. Et qu'est-ce que pour vous, qui avez été par ailleurs ministre, responsable politique, est-ce que pour vous il y a un côté un peu choc, un peu déflagration ce matin ?

0:32
Pierre Moscovici

Écoutez, j'ai été ministre, c'est vrai, mais aujourd'hui je suis magistrat, magistrat des comptes, certes, pas de l'ordre judiciaire, mais magistrat. Évidemment, je ne veux en rien commenter une décision de justice, ça, ça ne m'appartient pas et je ne le ferai pas. Et je pense d'ailleurs, en général, il faut respecter la justice, parce que c'est un pouvoir et c'est aussi une condition sine qua non pour qu'une démocratie fonctionne. Après, je suis aussi un citoyen, je peux éprouver des sentiments que je ne vais pas vous communiquer complètement. Je dirais simplement que, évidemment, c'est un choc. Qui peut penser que ça ne l'est pas ?

Qui n'intervient pas dans un ciel serein sur le plan politique et démocratique ? Donc, je dirais que c'est quelque chose qui aussi participe de cette crise politique et démocratique et qui pose une question. C'est comment on est capable de rendre aux citoyens la confiance dans les institutions, dans la politique ? Et ça, c'est un sujet fondamental qui dépasse cette affaire et qu'on doit se poser. Parce que ça s'ajoute, évidemment, à une situation dont on voit bien que, pour les Français, elle est anxiogène, elle est mal perçue.

Et si le citoyen se détache trop de la politique, si la politique elle-même est trop loin du citoyen, alors à ce moment-là, un pays ne peut pas avancer comme il le doit alors qu'il a des défis majeurs à affronter.

1:48
Auditeur

Qu'on comprenne bien, Pierre Moscovici, évidemment, cette condamnation à sortie d'une incarcération inéluctable, elle a suscité beaucoup de réactions. Est-ce que vous, vous y voyez une atteinte à l'État de droit ? Ou plutôt, pour vous, est-ce que c'est la preuve que l'État de droit fonctionne ?

2:03
Pierre Moscovici

Écoutez, je ne vais pas commenter en quoi que ce soit cette décision de justice, qui est une partie de l'État de droit. Et si on commence à critiquer les décisions de justice, justement, on remet en cause l'État de droit. Après, tous les jugements peuvent être commentés, analysés, disséqués. Ce n'est pas mon rôle de le faire. Donc, je ne me place pas du tout, pas du tout sur ce terrain-là. Je me place sur un autre terrain, qui est un terrain, comment dire, encore une fois, d'hommes, de citoyens, de responsables politiques que j'ai été, qui réagit, qui se dit quand même, un président de la République qui est en prison, ce n'est pas banal.

Et c'est aussi, quelque part, un symptôme de toute une série de dérèglements qu'il faut traiter à un moment donné.

2:38
Auditeur

Un ancien président qui dort en prison, est-ce que c'est un élément supplémentaire dans la crise démocratique ? C'est ce que vous nous dites ?

2:44
Pierre Moscovici

Je dis en tout cas que ça intervient sur un paysage de crise politique et démocratique. Ce n'est pas le fait lui-même. Encore une fois, personne ne souhaite mal à M. Sarkozy. Il a été président de la République et ça, ça mérite en toute hypothèse le respect pour sa personne, pour la fonction qu'il a exercée. Après, la justice donne son sentiment. Elle fait ses choix. Elle donne ses jugements. On les respecte. Mais néanmoins, il faut réfléchir plus largement. Voilà mon message sur notre système politique, démocratique, nos institutions. Il y a assurément quelque chose qui, en France, crée un profond malaise à cet égard et ça y participe.

3:20
Intervenant

Alors justement, vous avez évoqué le respect de l'institution judiciaire, le respect des décisions de justice. Je vous propose d'écouter cet extrait d'interview de Marine Le Pen, soutien inattendu de Nicolas Sarkozy hier soir. La dirigeante du Rassemblement National était chez nos confrères de LCI.

3:38
Invité

Le mandat de dépôt dans l'attente de l'appel n'était pas obligatoirement nécessaire. Donc je pense qu'il n'a pas tort quand il dit qu'il y a une volonté d'humilier. Ils veulent voir Nicolas Sarkozy arriver avec son baluchon et aller en prison. Les Français commencent à se poser des questions sur notre justice.

3:55
Intervenant

Ces questions autour de la justice qui sont pointées par Marine Le Pen, par aussi de l'autre côté les soutiens de Nicolas Sarkozy. Vous disiez que vous êtes vous-même magistrat d'une certaine façon. Non, pas d'une certaine façon, tout à fait. J'ai prêté serment. J'ai une robe, une hermine. Comme vous le disiez, vous n'êtes pas dans des palais de justice. Est-ce que quand même ces questions autour de la justice, ces remises en cause autour de la justice, ne sont pas de nature à aggraver encore la crise démocratique que nous connaissons et la défiance ?

4:27
Pierre Moscovici

Je ne veux pas commenter plus ce sujet. Je ne le peux pas. Je crois que derrière tout ça, il y a une réflexion qu'il faut mener de manière assez sereine, autant que c'est possible. Ça fait partie, sans aucun doute, des débats démocratiques et politiques qui attendent les Français, par exemple en 2027. Et donc, par ailleurs, il y a un législateur. C'est le législateur qui fixe les règles en la matière. Donc, on n'a pas de commentaire supplémentaire à faire. Mais il ne faut pas profiter de cela, et même de l'émotion que ça peut susciter, pour remettre en cause le système judiciaire, les décisions de justice, le fonctionnement de la justice.

Parce que dans un pays, vous savez, la démocratie, elle est menacée partout dans le monde. Chez nous aussi, mais dans d'autres pays, il y a ce qu'on appelle la démocratie illibérale. On continue à voter, mais les institutions... Parle-moi de pays comme la Hongrie. La Hongrie, mais d'une certaine façon, les Etats-Unis. Regardez comment l'ancien directeur du FBI se trouve aujourd'hui inculpé par l'édition du ministère de la Justice. C'est une forme d'acharnement. Quand on commence, dans un pays, à critiquer ou attaquer les médias et la justice, c'est le début d'une dérive qu'on ne peut pas accepter. Donc, moi, je ne l'accepte pas.

Je pense qu'il faut, dans un pays, des institutions qui tiennent aussi. Et l'institution judiciaire et les juges, les cours suprêmes, c'est fondamental. Donc, respectons-le. Après, s'il y a des changements à faire, je le répète, il y a un législateur. Mais il ne doit pas remettre en cause l'état de droit. Il peut toujours changer l'état du droit. Pas l'état de droit. Quand on touche à l'état de droit, à ce moment-là, petit à petit, c'est la démocratie qui s'efface et qui, à un moment donné, se trouve éliminée.

5:53
Auditeur

Alors, on a évoqué avec vous cette crise démocratique. On va maintenant aborder la situation politique et budgétaire de la France. Sébastien Lecornu est à Matignon maintenant depuis 17 jours. Il n'a pas encore nommé de gouvernement. Pas plus qu'il n'a donné d'orientation pour construire son budget. D'ailleurs, un nouveau tour de piste de consultation est prévu la semaine prochaine. Est-ce que, Pierre Moscovici, le Premier ministre a raison de prendre son temps ou est-ce que là, ça devient un problème ?

6:20
Pierre Moscovici

Écoutez, le Premier ministre est un homme que je connais. Il est prudent, pondéré, travailleur. C'est quelqu'un qui connaît ses dossiers, qui n'avance jamais au hasard. Et donc, il sait ce qu'il fait. Moi, je ne sais pas ce qu'il fait, mais lui, le sait. Ayant dit ça, je veux juste rappeler une chose. Moi, je suis président de la Cour des comptes et président d'un organisme qui s'appelle le Haut Conseil des Finances Publiques et chargé de rendre des avis sur les projets de loi de finances avant qu'ils soient déposés au Conseil des ministres puis ensuite présentés au Parlement. Et ce que je sais, c'est qu'il y a un compte à rebours. Voilà, nous sommes aujourd'hui le 26 septembre.

Et il faut, pour respecter les droits du Parlement, à délibérer sur le projet de loi de finances que celui-ci soit déposé devant le Parlement le 15 octobre et, puisque c'est nous qui commençons au Conseil des Finances Publiques, que nous l'ayons autour du 1er octobre. C'est-à-dire dans 5 jours, là ? Quelques jours. Alors, on peut avoir peut-être encore un tout petit délai pour se prononcer, mais en compactant beaucoup. Je vous donne quand même ça. Dans 15 jours, disons 18 jours, il est important que le projet de loi de finances soit déposé devant le Parlement. Alors, ça peut être aussi un projet qui n'est pas complètement achevé.

Ça peut être un projet qui peut être soumis à discussion, qui peut ensuite être amendé, bien sûr. Mais la loi de finances, elle est toujours votée par le Parlement, proposée par le gouvernement, examinée par le Haut Conseil. Elle passe aussi au Conseil d'État. C'est pardon d'être un peu sur les procédures. Mais je rappelle ça en termes de délai. Voilà, il est là depuis 17 jours. Et dans 17 jours, à peu près, il doit y avoir un PLF qui est déposé devant le projet de loi de finances. Projet de loi de finances.

7:48
Auditeur

Ça veut dire que vous n'avez eu, jusqu'à maintenant, aucun échange avec le Premier ministre. Il ne vous a pas sollicité.

7:54
Pierre Moscovici

Non, je n'ai pas rencontré le Premier ministre. Il a pas mal de travail. On doit se voir. C'est tout à fait prévu. Il m'a gentiment adressé un mot la première nuit de son installation à Matignon. Je suis très patient. Et je sais que nous nous verrons. Et la Cour des comptes, encore une fois, et le Conseil des finances publiques, ils sont là pour aider à la qualité de la décision. Ils sont ici là pour se prononcer sur la situation des finances publiques. Nous le ferons en toute indépendance.

8:17
Intervenant

Vous avez évoqué ces délais, Pierre Moscovici. Est-ce qu'aujourd'hui, vous avez des signes qui peuvent vous laisser penser que ces délais ne seraient pas respectés ? Non, mais le silence est dehors et le secret est bien gardé. Notre dette a battu un nouveau record. On a eu les chiffres hier. 115,6% du PIB. On a passé le cap des 3 400 milliards d'euros. C'est le chiffrage de l'INSEE, donc plus 70 milliards au printemps. Ça veut dire, avec cette hausse de la dette, hausse des taux d'intérêt.

Est-ce que, dans ce contexte, le risque de crise financière, je sais que c'est une question qu'on vous pose perpétuellement, mais malgré tout, quand on voit le poids de la dette, le poids des intérêts et des taux qui augmentent, est-ce que le risque de crise financière, il devient de plus en plus aigu ? Ou est-ce que, finalement, on en est épargné parce qu'on est la France ?

9:07
Pierre Moscovici

De ce moment-là, il faut être à la fois pondéré et aussi réaliste. Pondéré au sens où, non, le FMI n'est pas en train d'arriver à Paris. Pondéré au sens où, non, la France n'est pas en train de faire défaut. Et je pense que ça n'est pas près d'arriver. Nous avons un marché large, liquide, une dette publique qui est bien gérée. Et nous sommes un pays solide. Donc, nous accablons pas de sens. Donc, pas d'inquiétude, finalement. Non, pas du tout. Ça, c'est pour vous dire, ne jouons pas les cassandres et ne soyons pas catastrophistes. Après, sur le réalisme, notre situation se dégrade. Elle se dégrade sérieusement, rapidement et de manière préoccupante.

Et autant, je vous dis, aujourd'hui, tout ça n'existe pas. Autant, je ne peux pas vous dire, dans deux ans, dans trois ans, ça n'existe pas. Et à court terme, nous avons déjà suffisamment de risques. Lesquels ? En effet, les taux d'intérêt augmentent. En effet, la dette augmente. Ce qu'on appelle le service de la dette, c'est-à-dire le remboursement annuel de la dette, il a été déjà presque triplé de 25 milliards à 70 milliards depuis 2021. On va atteindre les 100 milliards. Comment voulez-vous qu'on réponde aux besoins de l'écologie, de la défense, de la société, de l'innovation, de la compétitivité, quand on doit autant d'argent ? C'est comme pour un ménage.

Si vous mettez les deux tiers de votre revenu dans le remboursement du logement, vous n'allez pas vous payer en plus une voiture, une télévision et des bonnes vacances pour les enfants. Donc, vraiment, je trouve qu'on a une sorte de nœud coulant autour du coût qui, petit à petit, se resserre. Et c'est pour ça qu'il faut desserrer les taux. Autrement dit, mon message, c'est non, pas de panique, mais oui, de l'action rapide. Et c'est pour ça que le budget, le projet de loi de finances qui doit être déposé, doit être sérieux et marquer clairement la volonté de réduire les déficits et de retrouver le chemin de la maîtrise de la dette qui ne s'envole pas, mais quand même continue.

Nous sommes sur... Si vous voulez, aujourd'hui, il y a une boule de neige. Un effet boule de neige. Ça gonfle, ça gonfle. Il ne faut pas qu'il y ait une avalanche.

10:50
Auditeur

Une action rapide. Est-ce que ça veut dire qu'il faut absolument maintenir l'objectif de revenir sous la barre des 3% de déficit public en 2029 ? C'était l'objectif de François Bayrou. Ou est-ce qu'on peut se permettre de décaler à, par exemple, la 2032 ? C'est ce que préconise le Parti Socialiste, l'ancienne famille politique.

11:08
Pierre Moscovici

Je crois que ce n'est pas raisonnable. Vous savez, on devait le faire en 2024, puis en 2025, puis en 2027. C'est moi-même qui ai proposé qu'on le fasse en 2029 parce que ça devenait trop serré. Je ne dis pas au zéro, un point de presse qu'on doit faire pour 2026. Si on fait un peu moins cette année, il faudrait faire un peu plus l'année prochaine. Mais il faut garder un cap. Parce que vous savez, dans la zone euro, nous sommes les seuls, les seuls à être dans cette situation. Nous sommes le déficit le plus élevé de la zone euro. Nous avons maintenant la troisième dette de la zone euro en pourcentage du PIB. La plus élevée en volume est un service de la dette qui explose.

Ça n'est pas raisonnable. Pourquoi ce n'est pas raisonnable ? Ce n'est pas par amour de l'austérité ou de tel ou tel critère. C'est simplement parce que c'est mauvais pour le pays. Un pays qui continue à s'endetter est un pays qui s'enfonce. Pierre Malaise France, qui aimait bien citer François Bayrou, disait « Les comptes en désordre sont le signe des nations qui s'abandonnent ». Et je pense que ça, c'est profondément vrai. On bute sur cette question de finances publiques. Michel Barnier est tombé dessus. François Bayrou est tombé dessus. Mais ce n'est pas par masochisme qu'ils l'ont fait. C'est parce qu'ils savaient quand même.

Après, les chiffres peuvent être affinés, précisés, amodiers quelque peu. Mais ils savaient qu'on ne peut pas ne pas traiter cette question maintenant parce que ça met la France en danger.

12:19
Intervenant

Le plan de François Bayrou, c'était 44. Les socialistes disent à peu près moitié moins. « Il faudra un accord avec les socialistes. Est-ce qu'on peut se permettre d'être à 25, 30, 35 ? » Ou vous dites « Attention, il faut que ce soit 40. » Vous n'êtes pas avec votre calculatrice, mais quand même.

12:38
Pierre Moscovici

Non, écoutez, on ne va pas jouer à ça. Ça, c'est un peu du marchandage. Ou c'est la négociation. Je ne suis pas marchand. Je suis président d'accord des comptes.

12:44
Intervenant

Mais certains disent « Une trentaine de milliards, ça pourrait passer. »

12:46
Pierre Moscovici

Écoutez, puisque l'on veut jouer à ce jeu, je dirais que le diviser par deux, les forces, ce n'est pas réaliste. qui a peut-être quelques marges de manœuvre, pas si importantes que ça. Voilà, c'est ma formule.

12:57
Intervenant

Vous restez avec nous, Pierre Moscovici. On va se retrouver dans quelques secondes. On va continuer à parler des sujets budgétaires, notamment juste après le fil d'info de 9h moins le quart. Diane Ferchit.

13:05
Présentateur

La colère des agriculteurs ne faiblit pas avec de nouvelles actions. Ce vendredi, à l'appel de la FNSEA et des jeunes agriculteurs, mobilisation contre l'accord avec les pays du Mercosur et avec, entre autres, une distribution de produits locaux dans le Pas-de-Calais, un convoi de tracteurs dans le Cher ou encore un rassemblement, une vingtaine de tracteurs réunis en ce moment devant le château de Versailles. Nicolas Sarkozy connaîtra le 13 octobre la date de son incarcération. L'ex-chef de l'État est convoqué ce jour-là par le parquet national financier après sa condamnation dans l'affaire libyenne. Cinq ans de prison avec exécution provisoire.

Il va donc être incarcéré, même s'il a déposé un recours. Des opérations de désinfection du réseau d'eau en cours dans un internat de Saint-Jean-de-Maurienne en Haute-Savoie en cause de la présence de la bactérie responsable de la légionnelose. Trois élèves sont légèrement touchés. L'internat est fermé jusqu'au 2 novembre et à Albertville, non loin de là, le nombre de cas s'élève désormais à 45 selon les autorités. Une personne est morte, deux également ont succombé à la légionnelose en Haute-Saône. Une petite révolution à venir dans les habitudes du Royaume-Uni.

Le gouvernement britannique annonce ce matin son intention de créer un titre d'identité numérique pour les citoyens et les résidents du pays. Il n'y en avait pas jusqu'à présent objectif rendre plus difficile le travail illégal. France Info

14:27
Pierre Moscovici

Pierre Moscovizi, vous êtes toujours avec nous,

14:36
Auditeur

premier président de la Cour des comptes. Nous évoquions la situation budgétaire, financière de la France. Vous avez dit, l'effort doit être d'abord fait par des baisses de dépenses. Ça ne vous aura pas échappé. Le débat en ce moment penche plutôt vers davantage de fiscalité. Est-ce qu'il n'y a pas là un risque du trop-c'est-trop ? Vous êtes l'homme d'ailleurs du ras-le-bol fiscal, on le rappelle.

15:00
Pierre Moscovici

Je maintiens. Vous savez, l'effort doit être partagé. Il doit être partagé d'abord entre les trois niveaux d'administration publique. Il faut que l'État, les collectivités locales et la sécurité sociale soient mis à contribution. Il doit être partagé par un effort d'équité. Je crois que c'est très important. Les efforts ne doivent pas peser sur les revenus du bas de l'échelle, mais ceux qui sont plus haut et en haut doivent contribuer assurément. Cette question de justice fiscale et sociale elle est posée. Mais après, il y a le troisième partage, ce qui est le partage entre les économies en dépense et la fiscalité.

Ce que nous demande l'Union Européenne, ce à quoi nous nous sommes engagés, ce qui est le plus efficace, c'est tout de même de maîtriser d'autres dépenses publiques. Nous avons la dépense publique et de loin la plus élevée de l'Union Européenne et de la zone euro. 57% du PIB. Or, 57%. Ça ne cesse pas d'augmenter. C'était 53,9% avant la crise Covid. Est-ce que les Français ont l'impression qu'on a ajouté des couches de services publics super efficaces ? Est-ce que quand ils voient leur système éducatif, ils disent « Waouh ! » alors que les classements PISA ne sont pas bons. Est-ce que quand ils voient leur hôpital, ils disent « Waouh ! » Ce n'est pas vrai non plus.

Donc, si vous voulez, il faut vraiment améliorer l'efficacité, la qualité de la dépense publique. Après, une fois qu'on a fait cet effort d'économie, il reste une part pour la fiscalité. Oui, ras-le-bol fiscal, qu'est-ce que je voulais dire ? Je ne voulais pas dire que la fiscalité est un tabou. Je n'ai jamais pensé ça. Rappelons que c'était sous le mandat de François Hollande que vous aviez dit. Absolument. Je pensais qu'on en avait fait un peu, déjà beaucoup trop la première année. Je ne voulais pas qu'on en rajoute la deuxième. Voilà, c'était ça le contexte. Mais je n'ai jamais pensé que la fiscalité, c'était interdit. En démocratie, la fiscalité, c'est central.

Il n'empêche qu'il faut que la proportion soit d'abord des économies en dépense, ensuite de la fiscalité, et que l'effort fiscal soit un effort de justice. C'est-à-dire qu'il touche d'abord ceux qui sont dans ce pays les plus fortunés et les plus prospères. On sent bien qu'il y a une demande là-dessus. Ce n'est pas qu'une demande sociale. C'est aussi une considération de ce qui a pu se passer sur les indignalités, etc. Ça, pour autant, n'invite pas à mettre en place une fiscalité confiscatoire. Même la fiscalité des plus fortunés ou des plus riches doit, elle aussi, une fiscalité qui épargne l'économie, qui permette de continuer à innover et à investir.

16:58
Intervenant

Mais donc, il y a encore une marge de manœuvre pour 5, 10, 15, 20 milliards de fiscalité en plus en France.

17:04
Pierre Moscovici

Écoutez, vous voulez absolument me faire prononcer des chiffres. Je les verrai quand ils arriveront. Et le Haut Conseil des Finances Publiques les examinera.

17:10
Intervenant

Je ne vais pas vous faire prononcer des chiffres, mais certains disent, par exemple, quand on parle de la taxe Zuckman,

17:13
Pierre Moscovici

voilà, c'est 15 milliards d'euros. Alors, d'autres disent, c'est 5. Ça fait longtemps que les plans qu'on nous propose, en réalité, sont toujours des plans fiscaux et beaucoup moins des plans d'économie sur la dépense. Je dirais, allez, il faut qu'au moins les deux tiers et peut-être 70, 75 %, soient d'abord des économies en dépense. Voilà ce que je crois. C'est, je pense, aussi le meilleur raisonnement économique. Parce que la fiscalité, oui, nous avons aussi le taux de prélèvement obligatoire le plus élevé de la zone euro, 43 % contre 39 % chez les autres. Et nous avons aussi des considérations qui sont des conditions assurées.

Mais oui, de faire en sorte que l'économie fonctionne, que notre compétitif soit assuré. On peut être à la fois juste et compétitif. Voilà l'équation.

17:51
Auditeur

Vous étiez au gouvernement sous le mandat de François Hollande, on le rappelle. À l'époque, le PS avait globalement épousé la politique de l'offre avec le pacte de responsabilité, le CICE. Aujourd'hui, le Parti Socialiste d'Olivier Faure défend cette taxe Zuckman. Est-ce que vous le regrettez ? Est-ce que là, politiquement, qu'est-ce que ça dit de votre ancienne famille politique que de vouloir, voilà, toujours en passer par de la fiscalité et notamment de fiscaliser l'outil de production ?

18:20
Pierre Moscovici

Écoutez, j'ai quitté la vie politique il y a 11 ans, volontairement. Ça ne veut pas dire que je n'ai pas de convictions personnelles. J'aurai peut-être l'occasion de les exprimer à nouveau un jour, mais pour le moment, j'ai un devoir de réserve. Et je ne vais pas du tout commenter l'évolution du Parti Socialiste, qui est une formation politique qui est utile et même nécessaire dans la vie politique. On a besoin d'abord d'une gauche et d'une droite. Et ensuite, on voit bien quand même que dans le Parlement tel qu'il est, ils sont un point cardinal, un point de passage obligé. Ils ne peuvent pas tout faire. Ils ne peuvent pas gouverner le pays. Ils ne sont pas à la taille pour ça.

Mais on ne peut pas non plus faire de majorité sans eux. Donc, ceci étant dit, sur le fond de la taxe Zuckmann, je ne vais pas la commenter puisque nous ne l'avons pas analysée. Nous sommes toujours des gens, à la cour des comptes, qui regardons ce qui existe. Simplement, je redis mon propos. Un, je pense qu'en effet, un geste, une mesure ou des mesures sur la fiscalité des plus fortunés...

19:06
Invité

L'ISF ?

19:07
Pierre Moscovici

Ce n'est pas à moi de le faire. C'est le gouvernement qui veut le faire. Enfin, une mesure de cette nature-là, elle est sans doute demandée. Elle est sans doute une condition aussi pour trouver un accord. et je pense qu'elle est tout de même possible parce qu'il y a des marges de manœuvre de ce côté-là. Après, il faut, je le dis, épargner l'économie. C'est-à-dire, il faut quand même que nos start-up, nos entreprises innovantes, que l'outil de travail puisse continuer à être ici, en France, et qu'on puisse se développer. Voilà, c'est un peu ça l'équation.

Oui, sans doute, des mesures de justice fiscale, mais il faut aussi que ces mesures soient suffisamment découpées et bien faites pour éviter que notre compétitivité se dégrade et que notre croissance soit atteinte. Alors, Pierre Moscovici, il y a eu plusieurs rapports. La politique de l'offre, ce n'était pas si mal quand même. On ne peut pas faire que ça. Ça, on l'a montré, puisqu'on en a fait beaucoup depuis dix ans. Mais enfin, on a aussi besoin d'avoir une économie qui prospère. Donc, offre et demande doivent aller ensemble. Mais je voulais vous entraîner trop loin, bien sûr.

20:00
Intervenant

Sur un autre sujet, Pierre Moscovici, il y a eu plusieurs rapports publiés par la Cour des comptes ces jours-ci, notamment un sur France Télévisions, qui a fait beaucoup parler, qui a suscité beaucoup de passion, notamment de la part de ceux qui sont favorables à une forme de privatisation, voire quasiment de suppression de l'audiovisuel public. D'abord, pour bien démêler le vrai du faux, est-ce que la situation telle que vous la décrivez est une situation dramatique, une situation de gabegie, ou une situation en voie d'amélioration ?

20:31
Pierre Moscovici

Je veux d'abord dire une chose, parce que c'est vrai qu'après, les commentaires sont ce qu'ils sont. Bon, c'est un rapport qui est plutôt un plaidoyer pour le service public. Je pense que le service public de l'audiovisuel est vital pour une démocratie comme la nôtre. Qu'une information de qualité, dans une période où les fake news sont partout, où les réseaux sociaux dévastent la qualité de l'information, on a besoin d'un service public de qualité.

20:53
Intervenant

Mais est-ce que c'est vraiment, pardon, un rapport qui sert en l'espèce ?

20:55
Pierre Moscovici

Je le crois, parce qu'il pose aussi les problèmes. Mais je voulais commencer par là, parce qu'après, non, ce n'est pas du tout quelque chose qui encourage la privatisation. Au contraire, ça encourage au renforcement du service public. Nous disons deux choses, pour être très brefs. La première, c'est que la situation de l'entreprise, oui, est difficile, qu'il s'agisse de ses capitaux propres ou qu'il s'agisse de ses déficits d'exploitation. Mais nous nous tournons vers la tutelle, c'est-à-dire vers l'État, en disant qu'il faut absolument permettre de rétablir cette situation capitalistique, puisque c'est l'État qui est l'actionnaire de France Télévisions.

Ça ne met pas en cause la gestion de France Télévisions, même si on peut toujours améliorer les choses et réduire un certain nombre de coûts. La deuxième chose dont nous parlons, pardon de le dire ici, c'est les accords sociaux de 2013. Je ne discute pas de ces accords sociaux, je ne pousse pas au moindre licenciement, à la moindre suppression d'emploi. Je dis simplement que quand on rigidifie trop un certain nombre de professions, ce qui est le cas, eh bien on ne peut pas se développer, par exemple, ici sur une radio, qui est associée à une télévision, il faut aujourd'hui des multi-usages. Il faut que ce soit le cas, notamment dans les régions et outre-mer.

Et je constate que de ce point de vue-là, notamment dans les régions, nous ne sommes pas en avance pour le service public. Et si on veut un service public qui est présent, il faut qu'il y ait des moyens d'investir. En même temps, vous dites qu'il faut investir

22:04
Intervenant

pour concurrencer Netflix, pour concurrencer... Non, pas pour concurrencer, mais simplement pour...

22:08
Pierre Moscovici

En tout cas, pour se mettre à hauteur. Pour avoir sa voix dans ce paysage audiovisuel qui devient complexe, qui pour le coup devient de plus en plus privé, et parfois de moins en moins exigeant. Et pour retrouver les marges de manœuvre, en effet, il faut rétablir la situation financière et il faut améliorer les règles sociales. Je ne parle pas de la situation sociale. Encore une fois, nous ne poussons pas du tout à une quelconque économie sur le personnel, mais simplement à des règles de gestion qui permettent d'être plus flexibles, plus agiles, dans un paysage audiovisuel qui est quand même très compliqué. Vous le savez, je ne vous apprends rien.

22:34
Auditeur

Un mot, Pierre Moscovici, sur votre situation personnelle. Vous avez annoncé votre départ de façon anticipée de la Cour des comptes et vous serez, à priori, probablement, si tout va bien pour vous, à la Cour des comptes européenne. Concrètement, l'herbe est plus verte au Luxembourg qu'à Paris ?

22:52
Pierre Moscovici

Non, mais j'estimais que j'avais fini mon cycle à la Cour des comptes. J'avais lancé un projet qui se terminait fin 2025. Je devais partir en septembre 2026. Il n'est jamais mauvais d'anticiper, parfois de surprendre aussi, et surtout de laisser la place à d'autres qui peuvent lancer de nouvelles aventures. Je suis premier président de la Cour des comptes jusqu'au 31 décembre. Je t'attire votre attention là-dessus parce que, notamment pendant tout le cycle budgétaire, je serai là. Ensuite, je céderai la place sereinement parce que j'ai fait ce que j'avais à faire. J'ai beaucoup transformé la Cour des comptes. Je prouve une certaine fierté. Et puis après, une autre vie commencera.

On verra ce qui se passe. Comme disait Talleyrand, je suis à la disposition des événements.

23:29
Auditeur

Est-ce que vous avez une idée du profil qui pourrait vous succéder à la Cour des comptes ? Est-ce que vous pouvez nous faire le portrait, peut-être le portrait robot du candidat idéal ?

23:37
Pierre Moscovici

Il lui faut quoi comme qualité ? D'abord, en général, c'est un ancien responsable politique parce que ça lui donne de la force de percussion et aussi de pouvoir traiter avec les pouvoirs publics. Deuxièmement, il faut qu'il soit prêt, pour le coup, à adopter la réserve du haut magistrat. Et donc, moi, je ne fais plus de politique depuis cinq ans. De temps en temps, on peut voir un clin d'œil dans ce que je dis. Mais enfin, jamais, je ne me suis prononcé ou engagé sur telle ou telle formation politique. Troisièmement, il faut qu'il ait de l'expérience et de l'autorité. Après, peut-être, est-ce le temps d'une femme ?

Parce que je constate dans la galerie des portraits de la Cour des comptes qu'il y a eu 36 premiers présidents et aucune première présidente. Ce n'est pas pour donner un nom. Parce qu'on le dit à chaque fois.

24:11
Intervenant

C'est le président de la République

24:13
Pierre Moscovici

qui choisira. En tout cas, vous donnez votre souhait plutôt à une femme. Non, non, non. Peut-être une femme. De maire, global, vous savez, moi, en cinq ans, j'ai recruté plus de femmes que d'hommes à la Cour des comptes. Je pense que ce n'est pas mauvais de féminiser notre haute administration. Elle en a besoin. Ça n'est que rattraper un retard considérable.

24:27
Intervenant

Merci à vous, Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes, d'avoir été avec nous ce matin sur France Info. Merci Mathilde Siro. Restez avec nous sur France Info. Merci.

24:37
Locuteur

Merci.

La condamnation de Nicolas Sarkozy, le rapport sur France Télévisions, son départ de la Cour des comptes... Le "8h30 franceinfo" de Pierre Moscovici — Pierre Moscovici · Pourquijevote