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interviewC dans l'air· 16 septembre 2024 10 min

Gouvernement Barnier : la mise en garde de Jacques Attali #cdanslair l'invité 14.09.2024

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

... -L.Sénéchal: Bonsoir et bienvenue dans "C dans l'air l'invité".

Mon invité est J.Attali. Vous êtes économiste.

Vous avez été le conseiller de F.Mitterrand. Vous publiez chaque semaine une chronique dans le journal "Les Echos".

Aujourd'hui, c'est la parade voulue par E.Macron pour saluer les athlètes olympiques et paralympiques. Vous écriviez à propos des JO: "Chacun sait que la France, pays magnifique qui a récemment si bien fait illusion aux yeux du monde, est très profondément menacée".

Les JO, c'était une illusion? -J.Attali: Je ne veux pas être rabat-joie.

J'ai adoré cet événement. J'ai aimé la réussite de T.Estanguet.

Les épreuves, c'était magnifique. Mais c'est comme un spectacle. Un spectacle, c'est une bulle de savon.

Ca ne peut pas masquer la réalité profonde. Qui se souvient des JO de 1928? -L.Sénéchal: C'est quand même un spectacle qui a des retombées économiques.

La Banque de France et l'INSEE en font le constat. La Banque de France estime que les JO ont dopé la croissance à hauteur de 0,25 point. Elle s'établit à 0,4 % pour le 3e trimestre. -J.Attali: Si vous regardez l'histoire du monde et l'histoire de France, 0,25 sur une année, c'est l'épaisseur du trait.

Cela ne veut rien dire. Ce n'est pas ça qui détermine l'histoire d'un pays. Les images que l'on a données sur la Seine, c'était des images extraordinaires.

J'ai eu le privilège d'organiser avec d'autres les événements du bicentenaire de la Révolution. Cela a eu un impact sans doute de même nature que celui-ci. Beaucoup plus de touristes l'année suivante, et durablement.

Je pense que ce sera pareil. Cela a un impact positif, mais bien au-delà du 0,25 ou du 0,24. -L.Sénéchal: Les Jeux ont été utilisés par E.Macron pour expliquer le temps qu'il a pris avant de nommer un Premier ministre.

A cause des Jeux, on a perdu du temps? -J.Attali: Les hommes politiques, en général, adorent procrastiner.

C'est vrai depuis le XVIIIe siècle. Cela a toujours été vrai. Ils sont contents là où ils sont.

Ils ne veulent pas prendre des risques sauf quand ils ont un vrai projet qu'ils veulent appliquer à toute vitesse. Nous n'en sommes pas là, aujourd'hui. J'ai dit publiquement que j'étais contre cette dissolution.

J'ai dit publiquement qu'il aurait fallu proposer à la gauche de tenter de gouverner. Le Parti communiste a toujours été en tête des votes sous la IVe République. Nous aurions vu au bout de quelques minutes que la gauche n'était pas majoritaire.

On aurait pu le faire avant. Rien n'empêchait dans 2 mondes parallèles d'avoir les JO et un nouveau Premier ministre. -L.Sénéchal: Quelle est la 1re urgence?

Celle de la dette? -J.Attali: Quand on traite l'urgence en oubliant l'important, on fait de grosses erreurs.

L'urgence au sens de l'immédiat, c'est la dette. Il y aurait une grave erreur à ne pas commettre, c'est de croire que réduire la dette, c'est de couper les coûts, quels que soient les coûts. Il faut distinguer dans la dette, et le rapport de monsieur M.Draghi vient de le rappeler... -L.Sénéchal: C'est un rapport européen qui ouvre la voie à nouvelle vague d'emprunts. -J.Attali: L'endettement, s'il est pour investir, c'est très bien.

Si vous prenez un crédit à la consommation, c'est un désastre. Si, à titre personnel, vous prenez un crédit pour un logement, pour des études pour vos enfants, c'est une très bonne chose. Il faut distinguer la bonne et la mauvaise dette.

La mauvaise dette tue et la bonne dette enrichit. Elle constitue une façon d'épargner. Il faut distinguer la bonne et la mauvaise dette.

La bonne dette, ce sont les dépenses d'investissement. Mais pas n'importe quels investissements. Les investissements de santé, d'éducation, de recherche, de nouvelles technologies, d'énergies renouvelables.

C'est l'économie de la vie. Investir dans l'économie de la vie est la priorité absolue aujourd'hui. Mais dépenser dans l'économie de la mort, c'est suicidaire.

Aujourd'hui, on ne fait pas ce tri. On ne fait rien. On continue à dépenser dans le quoiqu'il en coûte. -L.Sénéchal: On ne peut pas, du jour au lendemain, faire reculer la dette.

Il faudrait faire 100 milliards d'économies en 3 ans pour revenir dans les clous européens. P.Moscovici, un homme de gauche, estime que faire 100 milliards d'économies sur 3 ans, ce serait brutal, difficilement faisable politiquement, peu acceptable socialement et guère cohérent économiquement. -J.Attali: Il y a beaucoup de gaspillage au niveau des collectivités territoriales, dans les aides aux entreprises, dans les aides sociales qui sont fournies à des gens qui n'en ont pas besoin.

Les aides sociales devraient être mises sous conditions de ressources. Il y a beaucoup de choses à changer dans beaucoup de dimensions. -L.Sénéchal: Il faut aussi augmenter les impôts des plus riches et des grandes entreprises?

M.Barnier n'y est pas opposé. -J.Attali: Il le faut.

Je suis pour rendre les impôts plus justes. La France est le 1er ou le 2e pays au monde en matière de charges fiscales. Ce n'est pas la peine d'en faire plus.

Mais réduire la charge sur les plus fragiles et les augmenter sur les entreprises de l'économie de la mort, c'est-à-dire les entreprises pétrolières ou du sucre artificiel, toutes les entreprises qui nous font manger du poison avec les sucres artificiels sont aussi mortelles que les entreprises pétrolières. -L.Sénéchal: On va voir une intervention de M.Barnier, le Premier ministre.

C'est un Premier ministre qui se veut dans le mouvement et dans l'action immédiate. -M.Barnier: Nous devons et nous allons davantage agir que parler.

Pour trouver partout les solutions qui marchent. Au travail! -L.Sénéchal: Il veut agir, mais il n'a toujours pas de gouvernement.

Il en promet un pour la semaine prochaine. Aujourd'hui, J.Bardella a prévenu: si c'est la continuité d'E.Macron, il y aura censure immédiate.

C'est le RN qui fait danser le chef du gouvernement? -J.Attali: Je vois dans ce discours une succession de coups de pieds à son prédécesseur.

Ce n'est pas une lune de miel à l'intérieur de ce couple, qui devra travailler ensemble. Monsieur Barnier ne peut pas gouverner sans G.Attal.

Mais c'est vrai que ce gouvernement dépend du RN parce qu'il dépend aussi de la gauche. Si le RN vote une censure et que la gauche ne la vote pas, il n'y a pas de censure. Il est l'otage de l'ensemble des oppositions réunies.

Il faut relativiser cette prise d'otages. Elle est beaucoup plus vaste. -L.Sénéchal: On sent qu'il a pas ou peu de marges de manoeuvre. -J.Attali: Il y a des problèmes sans solution.

Quand il y a 3 groupes qui ne veulent pas gouverner ensemble, c'est un problème sans solution. Il faudra le dépasser. Ce sera dépassé le moment venu par une élection présidentielle, dans 2 ans et demi.

Si, dans un an, nous avons de nouvelles élections législatives avec une majorité claire, cela pourra arriver. Mais la situation est extrêmement urgente pour réduire la dette dans l'économie de la mort. Il faut augmenter l'investissement dans l'économie de la vie.

Le projet de monsieur Draghi n'est pas tout à fait approuvé. Les Allemands ne sont pas encore pour. Dès qu'il s'agit de dépenser un sou, ils sont contre.

Même si l'Europe va beaucoup mieux qu'elle ne le croit. L'Europe est une très grande puissance, aujourd'hui. -L.Sénéchal: Merci beaucoup.

On vous lit régulièrement dans "Les Echos", sur votre blog ou régulièrement en librairie. Merci d'avoir été l'invité de "C dans l'air". On va parler dans un instant de la situation en Ukraine, qui subit le rouleau compresseur russe, que ce soit en termes de soldats sur le terrain.

L'Ukraine manque de tout, de soldats, de missiles et cherche le feu vert qui ne vient pas de Washington pour pouvoir tirer des missiles américains en profondeur sur le sol russe.