Déconfinement, commerces fermés, "sécurité globale"... le 8h30 franceinfo de Gabriel Attal
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Bonjour. Avoir 20 ans au temps du Covid, c'est une journée spéciale sur France Info consacrée à la jeunesse. Comment vit-elle ces confinements à répétition ? Comment voit-elle l'avenir également ? Et puis comment l'aider à franchir cette vague ? Voici pour commencer un témoignage qui résume peut-être le sentiment d'une partie de la jeunesse aujourd'hui en France. Elle s'appelle Lyudmila, elle est étudiante, elle a 20 ans et voici ce qu'elle a à vous dire.
En fait, avoir 20 ans en 2020, c'est compliqué parce qu'on a l'impression d'être en même temps les victimes et en même temps les coupables. Et d'être responsable de beaucoup de choses qu'on choisit ou qu'on ne choisit pas. Et je crois que je plains d'autant plus les gens qui ont 23-24 ans et qui se sont habitués à cette liberté que d'avoir 20 ans et à qui on a tout pris du jour au lendemain. Et vraiment la seule chose que j'espère, c'est que tout ça, ça ne durera pas assez longtemps pour qu'on s'y habitue.
On est victime et coupable de cette situation. Elle a raison de dire ça et de le penser.
Vous savez, c'est le président qui a prononcé cette phrase. C'est dur d'avoir 20 ans en 2020. Parce qu'on est parfaitement conscient que les jeunes aujourd'hui, ils en ont énormément sur les épaules. Et c'est vrai que depuis le début de cette crise, sans doute on a parfois laissé le sentiment qu'ils étaient les coupables, qu'ils étaient des vecteurs absolus du virus sans se préoccuper.
Nous aussi les médias, vous aussi au gouvernement ?
Les scientifiques, les médias, le gouvernement, probablement. Il n'y avait évidemment nulle part une intention de les culpabiliser. Mais je pense que ce bruit-là a pu s'installer. Et c'est vrai que c'est culpabilisant. Et en plus de ça, on le voit dans les études, et moi je m'en rends compte quand je discute avec les jeunes, il y a une forme de culpabilité aussi. Du coup, de se dire, mais est-ce que j'ai contaminé quelqu'un de ma famille ? Est-ce que je risque de contaminer quelqu'un de ma famille ? Il y a une inquiétude. Évidemment, il y a aussi les inquiétudes autour de l'emploi, de l'insertion et de la possibilité ensuite de s'insérer dans la société. Donc oui, c'est dur.
Et le sens de notre action, tout ce qu'on fait depuis maintenant plusieurs mois, vise à faire baisser cette pression sur les épaules et à leur donner confiance dans l'avenir. Ce qui est évidemment difficile dans ce contexte.
Alors vous, vous avez 31 ans, vous êtes porte-parole du gouvernement.
Ce que veut dire Salaire, c'est que vous n'êtes plus tout à fait un jeune. Je dis souvent que la jeunesse est un état d'esprit, donc on est tous jeunes sur ce plateau.
Mais à 20 ans, est-ce que vous, vous auriez respecté strictement les règles du confinement ?
Je crois, oui, mais avec difficulté évidemment. Mais vous savez, j'ai beau avoir 31 ans et je pense que des personnes qui nous écoutent, qui ont 40, 50, 60 ans, c'est aussi difficile pour eux cette période. Parce qu'on a tous envie de créer du lien, on a tous envie de retrouver nos proches, on a tous envie de retrouver nos amis, de faire la fête. Et on en est empêché, c'est ça. Ce qui est terrible avec ce virus, c'est qu'ils s'attaquent à tout ce qui fait le sel de la vie et à tout ce qui donne un peu de joie de vivre dans le quotidien. Mais moi, ce que je constate, c'est que vous le disiez, les jeunes vivent une période difficile, sont inquiets, souffrent, on peut le dire.
Mais en même temps, ils sont très responsables dans la grande majorité. Alors il y a évidemment des risquilleurs, certains, on a vu des informations sur des soirées clandestines, etc. Mais il ne faut pas que ce soit l'arbre qui cache la forêt. La réalité, c'est que les jeunes, dans leur très grande majorité...
On a aussi vu des fêtes dans des écoles de police.
Évidemment. Mais les jeunes, dans leur très grande majorité, ils sont responsables. Ils respectent les règles. Et d'ailleurs, on voit dans l'étude que vous avez diffusée ce matin, que j'ai écouté, qu'en majorité, ils soutiennent le confinement. Ils considèrent que c'est des mesures...
Ils considèrent que le confinement est nécessaire et la moitié pense qu'il faudrait même peut-être le prolonger. Est-ce que le gouvernement arrive à parler à cette classe d'âge aujourd'hui ? Ou est-ce qu'il faut revoir entièrement les moyens de communiquer, les médias au travers desquels vous adressez à cette jeunesse de France ?
Moi, c'est ce que j'essaye de faire en tant que porte-parole du gouvernement. Je considère que je dois parler à tout le monde. Et que c'est vrai que quand je veux m'adresser, échanger, répondre aux questions des jeunes, ça ne passe pas forcément par les mêmes canaux que ceux que j'utilise.
Vous allez sur les réseaux sociaux. Vous vous servez des influenceurs.
Oui, mais au-delà de ça, moi, c'est vrai que j'ai un compte Instagram que je gère moi-même, que je réponds, je fais des séances de questions-réponses, je fais des lives pour répondre. J'essaye d'aller dans des émissions et sur des antennes qui sont plus écoutées par les jeunes. J'étais chez vos confrères, vos frères, on va dire, puisque c'est Radio France du Mouv, hier soir pour une heure de débat avec des jeunes. J'essaye d'aller aussi sur ce terrain-là, parce que c'est important d'aller échanger avec eux.
Mais est-ce que vous avez l'impression que ça marche quand vous passez par les influenceurs, quand ils créent un hashtag TousAntiCovidChallenge pour que les jeunes puissent télécharger l'appli, justement ? Est-ce que vous avez l'impression que ça marche ?
C'est deux choses différentes. Il y a effectivement ce challenge qui a été lancé à l'initiative de plusieurs influenceurs. Moi, quand je vais devant des influenceurs échangés avec eux, globalement des jeunes qui parlent aux jeunes, parce que le terme influenceur, il est un peu connoté. Je trouve qu'il donne le sentiment qu'on veut influencer. Non, moi, ce que je fais, c'est que je fais des séances de questions-réponses et je laisse des jeunes qui parlent aux jeunes remonter des questions et j'essaye d'y répondre le plus clairement possible. Moi, j'ai l'impression que c'est utile. Après, évidemment, on n'en fera jamais assez et il faut toujours faire plus.
Sur le chômage des jeunes, Gabriel Attal, comment éviter la vague qui arrive ?
En mettant les moyens. C'est ce qu'on fait depuis cet été. On a mis en place un plan de 7 milliards d'euros. Alors, ça, c'est toujours assez abstrait. Mais derrière ça, il y a des dispositifs extrêmement puissants et je crois qu'ils commencent à montrer leur efficacité. Je vous donne deux exemples. On avait une première inquiétude. Cette année, c'était de voir le nombre de jeunes en apprentissage s'effondrer. Et pour l'instant, ça tient. Pour l'instant, ça tient. Et a priori, on aura autant de jeunes en apprentissage en 2020 qu'en 2019, ce qui n'était pas gagné puisque l'an dernier, en 2019, on avait eu une hausse historique de près de 20%.
On a eu, je crois, autour de 500 000 jeunes en apprentissage durant l'année, ce qui était historique. Et on croit à l'apprentissage parce que c'est une manière de s'insérer dans l'emploi, c'est une manière de développer des compétences, d'avoir une expérience. Et on voit que ça marche ensuite pour trouver un boulot. Et on a mis une prime qui va jusqu'à 8 000 euros pour une entreprise qui recrute un apprenti la première année. Ça veut dire que ça coûte quasiment zéro pour l'entreprise de recruter un apprenti. On voit que ça marche. Deuxième chose, pour trouver un boulot, on a mis en place une aide aux entreprises de 4 000 euros quand elles recrutent un jeune de moins de 26 ans.
Et qu'est-ce qu'on a vu ? Quand cette rentrée 2020, il y a plus de jeunes qui ont été recrutés dans des entreprises qu'à la rentrée 2019, en août, septembre, octobre. Donc là aussi, on voit que ça marche. Mais évidemment, il faut continuer. Il y a des enjeux sur la formation. Il y a des enjeux sur l'insertion pour des jeunes qui sont non diplômés, qui sont éloignés, qui avaient décroché. Donc là, c'est tout le travail avec les missions locales, la garantie jeunes. Il y a le service civique qu'on renforce. Doubler le nombre de jeunes en service civique parce que c'est aussi une expérience très importante.
C'est une palette de solutions. Vous avez peut-être entendu tout à l'heure sur l'antenne de France Info, radio, un reportage à l'Université Saint-Charles de Marseille. 1 000 colis alimentaires distribués hier à des étudiants. 1 000 en une journée. Et à cela, vous dites quoi ? Puisque le RSA jeunes, c'est non. Le gouvernement ne reviendra pas sur cette décision. Quelles aides peuvent-ils demander ? Quelles aides peuvent-ils avoir pour remplir le frigo, tout simplement ?
C'est un enjeu qu'on a identifié dès le premier confinement. On sait que la précarité chez les jeunes, c'est une réalité. Ça l'était avant la crise du coronavirus et que la crise du coronavirus, elle amplifie ce phénomène-là. Et notamment au premier confinement où je crois que les restaurants universitaires, dans mon souvenir, étaient fermés. Donc pour des jeunes qui ont l'habitude de se nourrir aux restaurants universitaires, qui doivent du coup aller au supermarché où ça coûte plus cher.
Qui ont parfois perdu les petits boulots aussi en cours de route.
Qui ont perdu leur petit boulot aussi. Et donc on avait mis en place une prime exceptionnelle à l'époque de 200 euros pour les jeunes qui galéraient. Et à l'époque, c'était prévu de manière exceptionnelle.
Le RSA jeune, c'est vraiment non ?
On a décidé d'abord de rééditer cette prime. Donc là, dans quelques jours, tous les étudiants boursiers, c'est-à-dire 42% des étudiants en France, vont recevoir automatiquement une prime de 150 euros pour les aider à traverser. Oui, mais ce que je veux dire, c'est que je crois qu'on a montré depuis le début de cette crise, c'est ce que j'essaye de vous démontrer, qu'on s'adapte à la situation et que si les difficultés se prolongent, on est au rendez-vous pour y compris rééditer
De quoi avez-vous peur avec le RSA jeune ?
Moi, je vais vous dire, j'étais en charge de la jeunesse, donc j'ai regardé ce sujet. Le RSA, aujourd'hui, il démarre à 25 ans. Moi, ce que je vois, c'est qu'on a des dispositifs qui existent aujourd'hui, notamment la garantie jeune. La garantie jeune, c'est quoi ? C'est un dispositif qui permet de donner à des jeunes qui galèrent, qui ont décroché une aide financière qui est grosso modo la même que le RSA, qui est autour de 500 euros, en contrepartie de laquelle ils ont un accompagnement, des obligations y compris d'assiduité dans les missions locales pour se former, pour avoir des modules de formation et que c'est un dispositif qui a fait ses preuves et qui fonctionne.
Et moi, je préfère qu'on investisse sur ce dispositif qui a fait ses preuves en matière d'insertion plutôt que sur un RSA qui n'aurait sans doute pas les mêmes résultats. Pour moi, la question n'est pas de savoir...
Non, moi, je n'emploie pas ce terme.
Je n'ai jamais employé ce terme, mais je ne l'emploierai pas. Mais ce que je veux dire, c'est qu'il n'y a pas de débat sur le fait de savoir s'il faut accompagner financièrement ou pas les jeunes qui en ont besoin. Évidemment qu'il le faut. La question, c'est comment est-ce qu'on le fait ? Et moi, je crois que la garantie jeune, c'est un dispositif qui fonctionne. Le service civique aussi. Un jeune qui est en service civique, il a 580 euros d'indemnité par mois et en contrepartie, il fait une mission d'intérêt général dans une association auprès d'un service public. C'est aussi une ligne en plus sur le CV. Et donc, voilà, moi, je crois à ces dispositifs.
Il est 8h42, le Filinfo, et on poursuit juste après avec vous, Gabriel Attal. Vas-y, Diane Ferchit.
L'État fournira plus d'un million et demi de tests antigéniques aux EHPAD. Le ministère de la Santé recommande de tester les personnels de ces établissements toutes les semaines pour les visiteurs. Un test PCR est préconisé. Le confinement affecte tout le monde, mais surtout les jeunes. Plus d'un sur deux, entre 15 et 30 ans, le trouvent difficile à vivre, selon un sondage, Rodoxa Densou Consulting pour France Info. Le sort des commerces non essentiels examinés à Bercy aujourd'hui. Ils espèrent pouvoir rouvrir dès la fin de la semaine prochaine. Au cœur des discussions aussi, le report du Black Friday. Amazon accepte de repousser sa journée de promotion.
Nous agissons en responsabilité, déclare sur France Info le directeur général d'Amazon France, Frédéric Duval. Face au tollé autour de l'article 24 du texte sur la sécurité globale, le gouvernement va l'amender. Cet article prévoit la pénalisation de la diffusion d'images des forces de l'ordre. Le ministre de l'Intérieur va apporter des garanties en matière de liberté d'expression et d'informer.
France Info
Le 8.30 France Info Salia Brakia, Marc Fauvel Toujours avec le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. Je peux vous poser une question indiscrète ?
Vous pouvez la poser.
Si elle est trop indiscrète, je ne répondrai pas. Vous connaissez Harry Potter ? Oui. Vous savez que le méchant d'Harry Potter, Voldemort, on n'a pas le droit de prononcer son nom. En ce moment, au sein du gouvernement, on a l'impression qu'il y a un mot qu'on n'a pas le droit de prononcer. Ce mot, c'est déconfinement. Est-ce que vous le prononcerez ce matin ? Ou est-ce qu'on vous a demandé très clairement de ne plus l'utiliser parce qu'on ne va pas vers un déconfinement ?
Il n'y a absolument aucun mot tabou et je n'ai pas de problème à prononcer le mot déconfinement pour dire qu'on n'y est pas. On n'y est pas. Là, on a depuis deux semaines...
On n'y est pas ou on n'y va pas ?
On n'y est pas.
Ça, on n'y est pas, on est tous d'accord. On est confinés. Le 1er décembre, ce ne sera pas un déconfinement.
On a depuis deux semaines une diminution progressive du rythme de l'épidémie. C'est-à-dire qu'il continue à y avoir des nouveaux cas chaque jour, mais d'une semaine sur l'autre, ça diminue de l'ordre de 15 à 20%. Mais ça reste à un niveau élevé, à un niveau qui est celui qui existait à un moment où on a mis en place le couvre-feu dans les grandes métropoles et on commençait à s'interroger sur le confinement. Donc, c'est vous dire qu'on n'a pas refait en arrière tout le chemin, entre guillemets, négatif qui a été parcouru, mais qui a une amélioration.
Et je pense que c'est important de le dire parce que c'est aussi important de dire aux Français qu'ils ne font pas des efforts pour rien et que quand on se mobilise, ça porte ses fruits. Et je rappelle qu'y compris au début, quand on a annoncé le confinement, on entendait des gens nous expliquer dans l'opposition que ça allait servir à rien, qu'il n'y aura aucun effet. Ben voilà, ça montre aux Français que quand on fait des efforts, ça paye.
Et donc, la question qui est posée en ce moment, le travail qui est fait, c'est de savoir si cette amélioration, elle peut nous permettre autour du 1er décembre, comme l'avait annoncé le président de la République, d'avoir une adaptation du confinement pour permettre à des secteurs économiques de travailler.
Autour du 1er décembre, ça veut dire que ce n'est pas forcément le 1er décembre ?
Ben oui, ça veut dire que c'est autour, donc ça peut être... Ça peut être avant ? Ça peut, puisque autour du 1er décembre, ça veut dire ce que ça veut dire.
Et attention, ça peut être après donc ?
Oui, par principe. Mais bon, vous voyez bien que notre objectif, c'est de permettre à ceux qui ont envie de pouvoir travailler, qui en sont empêchés aujourd'hui, de le faire dès que ça sera possible pour des raisons sanitaires. Et avec la conscience que les derniers jours de novembre sont importants pour eux, etc. Je ne fais pas d'annonce ici, pas plus que ce que j'ai dit. Donc là, vous parlez des commerces de proximité ? Oui, mais l'objectif, c'est ça. Et donc, notre objectif, c'est que la situation continue à s'améliorer. Et pour ça, il ne faut pas baisser la garde. Renoncer à faire des efforts aujourd'hui, ça serait avoir fait des efforts pour rien jusqu'à maintenant.
Donc très clairement, par exemple, après le 1er décembre, aux alentours de cette date-là, l'attestation pour se déplacer, il faut s'habituer à la garder en poche, ou en tout cas la conserver sur son téléphone, très probablement.
Le Premier ministre l'avait dit, ce n'est pas une nouvelle que je fais ici. Il l'avait dit dans sa conférence de presse il y a deux semaines, je crois, l'attestation va se poursuivre.
La règle du kilomètre aussi, donc, forcément.
Mais ça, ça fait partie des choses qui peuvent être travaillées, qui peuvent être discutées. Vous savez qu'on a, ce soir, avec le Premier ministre, on reçoit les chefs de partis, de groupes politiques. On va aussi avoir un échange avec eux, entendre les propositions éventuellement qu'ils voudraient faire, et discuter de tout ça.
Alors, parmi les chefs de partis que vous allez recevoir, il y en a un qui était à votre place hier, Gabriel Attal, c'est le président des Républicains, Christian Jacob. Voici probablement ce qu'il vous dira tout à l'heure.
Le gouvernement a fait une faute grave, majeure, sur le petit commerce. C'est n'importe quoi ce qui a été fait. Il faut sortir de cette mascarade. Et on est en train de mettre toute l'économie à plat, tout simplement parce que le gouvernement s'est complètement planté.
Gabriel Attal, quand vous voyez la mobilisation, quand vous entendez Christian Jacob, est-ce que vous vous dites que la fermeture des commerces de proximité, c'était une erreur ?
Ou alors vous l'assumez, mais vous allez la corriger assez vite ? D'abord, si vous me permettez, une petite incise. J'écoutais Christian Jacob hier, dans ma voiture, en allant au travail, et je fulminais. Parce qu'il a raconté n'importe quoi. Notamment sur le sujet des réanimations. D'ailleurs, j'ai vu que BFM TV hier avait fait un sujet pour montrer qu'il avait raconté n'importe quoi. J'ai fulminé aussi sur cette question des commerces. Vous avez vu que Bruno Le Maire, mercredi, a annoncé qu'on souhaitait, dans l'optique d'essayer de rouvrir les petits commerces un peu plus tôt que prévu, demander le report du Black Friday à la grande distribution et au commerce en ligne.
Et j'ai vu Christian Jacob, patron des Républicains, comme Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, se précipiter dans les médias pour expliquer que c'était impossible, qu'on n'allait pas y arriver. J'ai même noté les phrases. Christian Jacob, expliquer qu'on va décaler le Black Friday, autant expliquer qu'on va reporter Noël au 14 juillet. Bruno Retailleau, tout ça c'est de la foutaise, ils n'en ont aucun pouvoir. Bruno Le Maire, pas plus qu'aucun nombre du gouvernement, n'a la possibilité de pouvoir annuler cette journée, etc.
Vous l'avez fait, en tout cas vous avez convaincu les plateformes de le faire.
Bah oui, voilà. Et moi ce que je veux dire, c'est que franchement, il y en a marre des gens qui sont dans la capitulation permanente, qui nous expliquent que ça ne sert à rien de prendre des mesures, qu'on doit capituler face au virus, qui nous expliquent que ça ne sert à rien d'essayer de faire bouger la grande distribution et les commerces en ligne. Je crois que cette séquence et cette période, elle montre qu'un gouvernement, que des responsables politiques, ils ont justement un pouvoir de protéger les Français et de changer les choses, et pas d'être dans la capitulation en permanence.
Vous dites un gouvernement, Gabriel Attal, mais très clairement depuis plusieurs jours, peut-être depuis plusieurs semaines d'ailleurs, il y a plusieurs lignes qui semblent s'opposer sur cette question de la réouverture des commerces. On a un Bruno Le Maire à Bercy qui dit le plus tôt possible, et un Olivier Véran qui dit, un peu comme vous aujourd'hui, attendons que l'épidémie recule vraiment. Et on a le sentiment qu'entre ces deux lignes, il n'y a pas de patron au-dessus pour trancher. Et que ça tire des deux côtés de la corde.
Non mais un gouvernement, c'est quoi ? C'est des membres du gouvernement, des ministres qui ont chacun un périmètre ministériel. C'est normal que le ministre de l'économie, dont les contacts réguliers sont les commerçants, les acteurs économiques, ait à cœur de leur permettre de travailler. Et c'est normal que le ministre de la Santé, dont le rôle est protéger la santé des Français...
Et ces débats-là, est-ce qu'ils ne doivent pas se tenir dans un cercle fermé ? Et à la fin, il y a un président ou un Premier ministre qui tranche. Là, les débats se font quasiment sur la place publique.
Non, je ne suis pas d'accord avec ça. Et par ailleurs, je veux vraiment lutter contre cette idée que des ministres en charge de l'économie ne se préoccuperaient pas de la santé. Et inversement, Olivier Véran, il est élu sur un territoire, il connaît des commerçants, il a envie qu'il puisse travailler. Et Bruno Le Maire, il a eu le Covid. Et il l'a eu de manière très difficile. Donc il n'est pas là à se dire, c'est un petit sujet, c'est pas grave.
Personne ne soupçonne Bruno Le Maire de sous-estimer l'épidémie. Simplement, l'urgence économique est importante aussi.
Il y a des débats, je vous le confirme, et c'est normal. Et ensuite, il y a une décision qui est prise et tout le monde est solidaire de la décision. Et moi, je ne vois pas de débat sur la place publique.
Mais alors, il y a un débat sur la réouverture des commerces, mais il y a aussi un débat sur Noël. Parce qu'on a le ministre des Transports qui nous dit, c'est bon, vous pouvez réserver vos trains. Et on a le ministre du Tourisme qui dit, non, non, non, attendez encore. Là, qu'est-ce qu'il faut faire ?
Sur la question de Noël, Jean Castex, qui avait été interrogé il y a deux semaines dans sa conférence de presse, a dit que notre souhait, ce qu'on allait faire, c'était donner de la visibilité. Il a dit que la SNCF nous avait dit qu'elle avait encore la possibilité, début décembre, d'adapter son offre de transport, notamment de mettre plus de trains s'il y a des possibilités importantes de circuler au moment de Noël. Et que donc, les Français auraient le temps, à ce moment-là, de se positionner et de faire des choix. Et donc, moi, ce que je vous dis, c'est que le Président de la République va s'exprimer la semaine prochaine. Donc on attend.
Qui va faire un point, qui va donner des perspectives pour la suite, pour les vacances de Noël, pour les fêtes.
Vous, aujourd'hui, vous ne savez pas encore si on peut réserver notre billet de train ?
Je crois que c'est possible de réserver. Alors s'il faut le faire, on sait qu'on peut se faire rembourser, mais... Il y a des remboursements qui sont possibles, je veux dire, voilà.
Vous dites aux Français, attendez la prise de parole.
Je pense que les Français, ils ont envie d'être fixés le plus rapidement possible. Et je les comprends. Justement, c'est pour ça qu'on vous pose la question. Ben oui, mais je les comprends. Et je pense qu'ils peuvent comprendre aussi qu'il vaut mieux attendre début décembre, c'est-à-dire la semaine prochaine, donner à ce moment-là de la visibilité sur les vacances, plutôt que de se précipiter et de voir après changer de pied, parce qu'on constate que la dynamique épidémique n'est pas celle qu'on attendait. Le Président de la République, il devrait s'exprimer quand ? La semaine prochaine ? La semaine prochaine. Je n'ai pas de date à vous annoncer. Non, je n'ai pas de jour à vous annoncer.
Je crois que c'est encore en discussion.
Moi, j'ai un horaire à vous donner. Celui-là, vraiment, je suis formel. Il est 8h51. C'est le fil d'info. Diane Ferschit et on poursuit juste après avec vous, Gabriel Attal.
Le report du Black Friday et la réouverture des commerces non essentiels au cœur d'une réunion à Bercy avec les représentants des commerçants. Ils doivent aussi convenir d'un nouveau protocole sanitaire pour accueillir les clients. Des clusters recensés dans plus d'un EHPAD sur cinq. Le ministère de la Santé recommande désormais de tester le personnel toutes les semaines. L'État fournira plus d'un million et demi de tests antigéniques. Une mesure qui va dans le bon sens, mais il faut que les structures disposent des budgets. Réagir sur France Info, l'association des directeurs au service des personnes âgées.
Il risque d'y avoir 10 millions de pauvres en France cette année, selon un rapport du Secours catholique. Dans ce contexte, plusieurs élus écrivent au Premier ministre. Il demande au gouvernement de tenir ses engagements et de les aider à venir en aide aux plus fragiles. L'arrivée des vaccins anti-Covid se précise selon la présidente de la Commission européenne. Une autorisation à la commercialisation de ces vaccins pourrait être donnée dès la deuxième moitié du mois de décembre. Couvre-feu en Californie, fermeture des écoles à New York. Les États-Unis connaissent une flambée exponentielle de la pandémie. Le coronavirus a fait plus de 2000 morts en 24 heures dans ce pays.
France Info.
Le 8.30 France Info. Salia Braquea, Marc Fauvel. Gabriel Attal, depuis plusieurs mois, les centaines d'hôtels qui sont mis à disposition des Français qui voudraient se placer à l'isolement ou en quarantaine sont vides. On le voit très régulièrement, seuls quelques poignées de malades ont accepté sur la base du volontariat d'aller y passer quelques jours en isolement. Journal Le Monde croyait savoir hier que le gouvernement réfléchit à une forme d'isolement obligatoire pour ces patients à l'avenir. Est-ce que c'est le cas ?
C'est en tout cas une piste qui existe, qui est sur la table par principe, puisque d'abord c'est un modèle qu'un certain nombre de pays, et pas uniquement en Asie, mais y compris chez nos voisins, à des degrés différents ont retenu. Ensuite, parce qu'il y a aujourd'hui des parlementaires qui font cette proposition, qui disent finalement, dans cette nouvelle étape qui s'ouvre dans la lutte contre l'épidémie, est-ce qu'il ne faudrait pas adapter nos dispositifs, notamment sur l'isolement, et avoir un isolement des cas positifs et des cas contacts, avec des contrôles, voire des sanctions, s'il n'est pas respecté comme c'est le cas dans certains pays.
Pour les arrêts maladie par exemple, comme c'est le cas aujourd'hui, avec une obligation de rester à un endroit, chez soi ou dans une chambre d'hôtel.
C'est une proposition qui est faite par des parlementaires, je le constate. Et qu'est-ce qu'on dit là-dessus ? Il faut être très clair sur ce sujet-là. On dit que ça nécessite une discussion et un débat démocratique. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, dans la loi française, vous ne pouvez pas imposer à un malade de rester isolé parce qu'il est malade. Ça n'existe pas. Par ailleurs, ça n'a jamais été dans les valeurs entre guillemets de la France, y compris pour des maladies comme la tuberculose, ça n'avait pas été utilisé. Et pour l'instant, dans le cadre de cette épidémie, nous, on a parié sur la confiance et la responsabilisation. Mais ça mérite un débat démocratique.
Et je disais tout à l'heure que ce soit...
C'est bien une piste qui est en cours d'examen en ce moment au sein du gouvernement et sur laquelle Emmanuel Macron pourrait trancher.
Par principe, on examine toutes les pistes. Emmanuel Macron, il s'est exprimé sur ce sujet-là dans son allocution au moment du confinement.
Pour l'instant, il l'avait écarté.
Non, il avait dit que ça méritait un débat. Je ne sais plus le terme exact qu'il avait... Il l'avait dit, je crois, nous l'écartons pour l'instant. Il faudra un débat sur ce sujet-là.
Comment ça va se passer concrètement ? Quand vous dites qu'il va falloir un débat, le Premier ministre va en parler au chef de parti qu'il va recevoir ?
Oui. Cet après-midi, on va recevoir des chefs de parti, de groupes politiques. Ce n'est pas une réunion sur ce sujet-là, mais ça fait partie des sujets qu'on va mettre dans le débat et, entre guillemets, sur lesquels on va attendre qu'ils puissent se positionner et nous dire ce qu'ils en pensent. Puisque l'idée au départ et la piste a été poussée par des parlementaires à l'Assemblée nationale.
Saliar Braclia, question sur la loi sur la sécurité globale qui est en cours d'examen en ce moment à l'Assemblée nationale.
Oui, parce que le gouvernement va amender l'article 24 qui fait polémique. Il va l'amender en garantissant la liberté d'informer. Les journalistes pourront donc continuer à faire leur travail, à filmer tout ce qu'ils veulent, c'est ça ?
Oui, c'est un amendement qui est bienvenu, puisque j'ai vu ces derniers jours qu'il y avait des questionnements, des inquiétudes, des doutes chez des journalistes, mais pas seulement. Il s'était justifié, ces doutes ? Par principe, quand il y a des doutes et des questionnements, c'est que les choses ne sont pas claires et qu'il faut y répondre.
Il y avait bien, contrairement à ce que disait Gérald Darmanin depuis des semaines, matière à s'inquiéter.
Non, je ne dis pas ça. Je dis qu'il y avait des questions qui étaient posées et qu'à l'évidence, les choses n'étaient pas suffisamment claires.
Le ministre a expliqué de plateau en plateau qu'il n'y avait aucune raison de s'inquiéter de cet article 24, qui vise à recadrer la diffusion des images.
Je n'ai pas de doute sur les intentions qui sont celles des parlementaires qui ont rédigé cette proposition de loi. Et du gouvernement qui la défend, maintenant, le fait est qu'il fallait clarifier les choses et que ça va être fait. Vous savez, moi, je suis par parole du gouvernement. Mon travail, c'est d'être notamment en lien avec les journalistes pour leur répondre.
Est-ce que c'est un recadrage pour Gérald Darmanin qui est allé trop loin ?
Non, pas du tout. C'est Gérald Darmanin qui a proposé un amendement pour clarifier les choses. Il a clarifié les choses dès le début de semaine, quand la discussion du texte de loi a commencé à l'Assemblée nationale. Et il a proposé lui-même que pour aller encore plus loin et vraiment clarifier absolument les choses dans le texte de la loi, on fasse un amendement, d'abord pour dire que, évidemment, la liberté de la presse était garantie, et ensuite pour dire que seraient poursuivis ceux qui utilisent une image de force de l'ordre manifestement pour porter atteinte à leur intégrité physique ou psychique. Le rajout du mot « manifestement » est important.
Ça veut dire très concrètement que ce qui pourra être poursuivi éventuellement par le juge, c'est s'il y a clairement un appel à la violence, un appel au meurtre.
Ça veut dire qu'un citoyen non journaliste qui filmerait ce qui lui semble être aujourd'hui des violences policières ne pourra pas se faire retirer son téléphone portable, par exemple par des forces de l'ordre. Il pourra continuer à filmer ? Oui.
Il pourra diffuser sa vidéo sur les réseaux sociaux ?
Oui. En direct ou plus tard ? Oui. C'est ça que ça peut dire. C'est ça que ça peut dire. Et que si ensuite cette vidéo est assortie sur les réseaux sociaux de commentaires, par exemple d'une autre personne, dans ce cas-là, c'est la justice qui fera retirer la vidéo ?
Bien sûr. Non, c'est la justice qui analysera qui sont ceux qui font des appels au meurtre et qui utilisent une image pour s'en prendre à quelqu'un et qui éventuellement poursuivra. Ce n'est pas l'État ou la police qui va retirer des vidéos. Tout ça se fait sous le contrôle du juge. C'est important de le rappeler.
Gérald Darmanin a aussi dit...
Je veux rappeler aussi pourquoi on le fait. Je veux rappeler qu'aujourd'hui, vous avez des policiers qui sont agressés, dont l'image est utilisée, véhiculée, et qui parfois sont pourchassés jusqu'à leur supermarché, où on les reconnaît et sont victimes d'agressions. C'est important de lutter contre ce phénomène. Et je veux rappeler, deuxième chose, que ce texte de loi ne se résume pas à cet article, mais qui vise à renforcer la sécurité des Français en investissant...
On en a parlé très longuement, Gérald Darmanin, rassurez-vous, avec le ministre...
Une dernière question rapide, puisque Gérald Darmanin a dit dans la semaine qu'il fallait une autorisation pour les journalistes pour qu'ils puissent couvrir un événement dans l'espace public, une autorisation délivrée par la préfecture. Est-ce que ce sera le cas ? Ou alors, c'était une mauvaise idée et il est allé encore une fois trop loin ?
Non, mais là aussi, les choses ont été clarifiées. Il y a une possibilité qui est donnée aux journalistes dans le cadre de manifestations de se signaler, entre guillemets, auprès des forces de l'ordre... Possibilité ou obligation ? Pour être identifié. Une possibilité, il n'y a pas d'obligation.
La presse pourra continuer à aller sur toutes les manifestations sans appeler la préfecture avant ?
Évidemment, il n'y a pas de régime d'autorisation pour la presse à couvrir des manifestations.
Et le coup, Gérald Darmanin s'est avancé trop loin lorsqu'il l'a dit ?
Non, mais il a tout de suite dit que c'était une possibilité. J'ai vu, je me dépêche à FP, que tout de suite, ça avait été dit. Non, mais moi, je peux comprendre qu'il y ait des questions, etc. Je peux comprendre qu'il y ait des débats. Et d'ailleurs, je suis là pour y répondre. Mais pour moi, l'important, c'est qu'une fois que les choses sont clarifiées, on le dise aussi et que ça puisse permettre de rassurer. Parce que c'est des sujets, je sais, auxquels les journalistes sont sensibles, mais auxquels les Français aussi. Peut-être pas uniquement les journalistes. Oui, les Français aussi, c'est ce que je dis. La liberté de la presse, c'est une valeur fondamentale.
Et évidemment qu'elle doit être protégée.
Merci beaucoup, Gabriel Attal. Très bonne journée à vous, porte-parole du gouvernement. Invitez ce matin de France Affaires.
Gabriel Attal