"L'Europe de la défense est la spoliation des moyens de la France par la Commission européenne", juge Jordan Bardella
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le président du Rassemblement National, également député européen. Vos questions au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Jordan Bardella, bonjour. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter. Votre dernière venue à ce micro remonte au 4 décembre dernier. Et depuis, en trois mois, le monde a connu une bascule avec l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, fin de l'aide américaine à l'Ukraine, remise en cause de l'alliance transatlantique, eau spectaculaire des droits de douane et perspectives de guerre mondiale.
La nouvelle administration Trump n'en finit pas de bousculer jour après jour l'ordre international. Alors dites-nous, comment vous avez accueilli au RN cette accélération de l'histoire ? Quels mots mettez-vous ce matin sur le moment historique que nous sommes en train de traverser ? Les Français qui nous écoutent ce matin et peut-être plus depuis, c'est vrai, ces dernières semaines, mais surtout depuis une dizaine de jours, ont le sentiment d'un monde sans dessus-dessous, avec à l'ouest une puissance, la première puissance mondiale, qui fait le choix de se recentrer sur la défense de ses intérêts.
Et à l'est, un État allié, l'Ukraine, qui subit depuis maintenant trois ans une guerre qui a fait plus d'un million de victimes, morts et blessés, et qui doit maintenant trouver une issue. On a le sentiment que la France, et c'est le sentiment que j'ai eu en écoutant le président de la République l'autre soir à la télévision, qu'il est rattrapé par un monde dont il a toujours nié l'existence.
Ce monde, c'est celui du retour des peuples, du retour des nations, et on comprend aujourd'hui que le fait d'avoir confié pendant plusieurs décennies notre sécurité aux Américains, nos industries à la Chine, et notre politique énergétique à la Russie, nous a placés dans une situation de dépendance, et on a le sentiment que nous vivons la fin d'une naïveté. Et puis nous vivons surtout une réalité géopolitique que nous avons prédit depuis 20 ans.
Ça fait 20 ans qu'on dit que l'avenir ne peut être qu'un avenir des États-nations, et notamment en Europe, parce que nous avons parfois des intérêts divergents, et que si on délègue notre sécurité et notre souveraineté à des puissances étrangères, alors nous ne sommes plus un pays libre.
On va parler de l'Europe, puisque vous pensez que l'avenir est dans la nation, d'autres pensent que l'avenir est dans l'Europe, pour nous défendre. Mais dans son adresse aux Français, Emmanuel Macron a déclaré que la Russie n'a jamais été aussi menaçante pour la France et pour l'Europe. Il a dit que Vladimir Poutine violait nos frontières pour assassiner des opposants, manipulait les élections en Roumanie, en Moldavie, organisait des attaques numériques contre nos hôpitaux. Réaction de Sébastien Chenu chez vous, au Rassemblement National, après l'allocution d'Emmanuel Macron, il en fait trop le Président, il joue avec les peurs des Français. C'est ça qu'il a fait ?
C'est ça que vous avez entendu dans son allocution à Emmanuel Macron ? Il jouait avec la peur des Français ?
Je pense que vous avez un peu rétréci la pensée de Sébastien Chenu, qui indiquait que la Russie est évidemment, et je le pense, une menace aujourd'hui multidimensionnelle pour la France et pour les intérêts européens. On l'a vu tout au long de la campagne électorale, on l'a vu à Mayotte, où la Russie a pris faite écosse pour les Comores, qui revendiquent la souveraineté d'une partie du territoire français. On le voit en mer Noire, où des bâtiments de l'armée française sont régulièrement mis en joue. On l'a vu au travers d'un certain nombre de choses que vous avez rappelées. Et pourquoi il dit Emmanuel Macron joue avec les peurs ?
Et on l'entend, je vous ai cité Sébastien Chenu, mais depuis quelques jours, on l'entend dans votre parti, par la bouche d'autres qui disent, ah là là, attention, il en fait trop, il joue avec les peurs, ça va, c'est pas si grave que ça.
La question fondamentale qu'on doit se poser, c'est est-ce que la Russie menace les intérêts français au point de se retrouver dans une situation de face à face et de guerre avec une puissance qui est une puissance nucléaire ?
Et depuis le début de ce conflit, nous réclamons que la France prenne l'initiative d'une conférence internationale pour la paix, parce que je suis un soutien de l'Ukraine et je défends la souveraineté territoriale de l'Ukraine, mais je crois que l'avenir de la France et de l'Europe ne peut passer dans une guerre larvée avec une puissance qui est une puissance nucléaire qui est sur le plan géographique le plus grand pays du monde et qui se retrouve dans une alliance renforcée depuis trois ans avec le pays le plus peuplé du monde, notamment la Chine et je crois précisément que la France doit retrouver son rôle de puissance libre, indépendante, équilibrée, non alignée, empêcher l'escalade et permettre en même temps aux présidents ukrainiens et à l'Ukraine de retrouver non seulement les voies de la paix, mais d'obtenir des garanties de sécurité.
Et c'est peut-être là où l'approche européenne est différente de l'approche américaine.
C'est-à-dire qu'on doit parler tout de suite avec Vladimir Poutine ?
L'approche américaine...
Répondez-moi sur ça.
D'abord, je pense qu'il faut réunir les Occidentaux autour de la table. Parce qu'on ne peut pas arriver devant une puissance qui conteste des intérêts français et des intérêts occidentaux si les Occidentaux eux-mêmes ne sont pas unis. Et c'est ce qui m'a fait beaucoup de peine dans l'échange extrêmement houleux entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump il y a quelques jours dans le bureau Val. C'est qu'on a le sentiment d'une partition et d'une division du camp occidental.
Donc moi je pense que la France doit prendre l'initiative d'un sommet qui réunisse l'ensemble des puissances occidentales, l'Ukraine, les Etats-Unis, mais aussi les nations européennes et notamment les grandes nations européennes comme la France.
Et je crois que dans ce mouvement à la fois de négociation de la paix et en même temps de retour à une forme d'indépendance et d'autonomie stratégique, la France doit être une puissance d'entraînement majeure aujourd'hui en Europe parce que nous avons un siège au Conseil de sécurité de l'ONU, parce que nous avons l'arme nucléaire et que nous sommes le seul pays aujourd'hui de l'Union Européenne, exite évidemment la Grande-Bretagne, à avoir une armée et une base industrielle de défense qui doivent justement nous permettre d'aller vers l'autonomie stratégique et de retrouver une forme de souveraineté. Je pense qu'on doit se donner deux priorités, la paix et l'indépendance.
Parce que tant que notre avenir s'écrira à Washington, à Berlin ou à Bruxelles, la France ne sera pas un pays libre. Depuis l'altercation que vous mentionniez à l'instant entre Trump et Zelensky dans le bureau ovale, suivi de l'annonce de la suspension de l'aide à l'Ukraine, trois Français sur quatre estiment que les États-Unis ne sont plus aujourd'hui un allié de la France. Vous, vous dites qu'ils sont toujours nos alliés ? Je pense que les Américains, non seulement, doivent demeurer des alliés de la France, mais il faut sortir de la naïveté. En matière de géopolitique, nous n'avons pas d'amis, nous n'avons que des intérêts.
Et c'est avec cette philosophie que les États-Unis abordent, avec l'arrivée de Donald Trump, qui met en œuvre ses promesses et les promesses sur lesquelles il a été élu, le monde tel que nous le vivons aujourd'hui. Les Américains défendent leurs intérêts, les Russes défendent leurs intérêts, la Chine défend ses intérêts, les puissances émergentes défendent leurs intérêts. La question, c'est est-ce que la France et l'Europe vont continuer dans le monde que nous vivons à défendre les intérêts des autres, ou est-ce que nous allons penser à notre propre sécurité ? Et moi, je plaide précisément pour que la France retrouve sa capacité, ses moyens et sa souveraineté en matière de défense.
Ça ne veut dire pas un budget de défense inférieur à 3% du PIB. Ça veut dire la préférence européenne dans les marchés publics. J'entends beaucoup parler d'Europe de la défense, mais l'Europe de la défense, aujourd'hui, elle ne nous profite pas. Et si retrouver notre sécurité, ça consiste à donner l'argent des Européens pour se réarmer avec du matériel américain, ce n'est pas ça la liberté.
Jordan Bardella, vous avez salué, au moment de l'élection de Trump, le retour de Trump aux affaires. Et je vous cite ce vent de liberté qui souffle sur toutes les démocraties occidentales et que vous voulez incarner en France. Ce vent de liberté de Trump, c'est un modèle. C'est vrai que vous avez eu des mots à son élection assez positifs, assez enthousiastes sur Donald Trump.
Moi, j'aime les dirigeants politiques qui défendent l'intérêt de leur pays.
C'est un modèle, donc ?
Non, je n'ai pas besoin de prendre des modèles dans d'autres pays. Mais je peux apprécier le patriotisme d'un dirigeant politique sans pour autant considérer qu'il défend mes propres intérêts. Vous m'aviez posé la question il y a quelques semaines. L'élection de Trump, c'est bon pour l'Amérique, mais c'est mauvais pour l'Europe, c'est mauvais pour la France, et c'est mauvais par définition pour les autres pays. On vit aussi la fin d'une ère où on a considéré que les Américains, à l'éad vitam aeternam, assurent la sécurité des nations européennes. Donc, Donald Trump, il fait ce pour quoi il a été élu.
Il a été élu sur une promesse qui est celle du désengagement militaire et financier de l'Ukraine. Maintenant, là où je précise qu'il y a une différence d'approche dans les négociations de la paix entre la vision européenne et la vision américaine, c'est que les Américains considèrent que les 20% de territoires qui ont été amputés à l'Ukraine, précisément par la Russie depuis trois ans, doivent demeurer comme un statu quo. La Russie ne peut pas obtenir par la paix ce qu'elle n'a pas obtenu par la guerre.
Donc, il faut continuer à défendre ces 20% de territoires ?
Je pense qu'on ne peut pas, avant même d'avoir débuté les négociations, considérer que les 20% de territoires qui ont été gagnés par la Fédération de Russie resteront à la Fédération de Russie. Alors, comment on fait ?
Comment on fait ? D'abord, les questions maintenant vont être très précises. Est-ce qu'il faut envoyer tout de suite, tout de suite, plus d'armes pour pallier l'Amérique à arrêter les armes, l'envoi d'armes ? Tous les envois d'armes sont bloqués aux frontières. Est-ce qu'aujourd'hui, la France doit envoyer davantage d'armes aux Ukrainiens, là, tout de suite ?
Nous n'en avons pas les moyens. Dans un monde idéal, dans un monde idéal, la France, par sa puissance industrielle, serait capable d'exporter des armes. Nous faisons partie des premiers exportateurs dans le monde en matière d'armement. Mais aujourd'hui, il faut être très clair et très pragmatique, ne pas mentir. Si les Américains retirent leur soutien logistique, matériel et financier, l'Ukraine ne peut pas continuer à se battre. Là, vous seriez au pouvoir aujourd'hui en France,
vous arrêtez l'envoi d'armes.
Non, moi, je prendrais l'initiative d'un sommet. C'est la proposition de Mme Mélanie que je trouve extrêmement pertinente dans la période de mettre tous les Occidentaux autour de la table et de négocier les conditions de la paix. Je suis résolument opposé à ce qu'on envoie des troupes françaises et notamment des troupes européennes sous pavillon national en Ukraine. En revanche...
Mais là, les Ukrainiens nous demandent des armes tout de suite, très vite.
Vous vous dites non. Mais quelles armes ? Sébastien Lecornu propose de livrer au plus vite des chars et des blindés qui font partie de nos équipements les plus anciens sur ce point-là. Est-ce que vous lui donnez raison ? Non, mais attendez. On aura la même discussion, envoyons ce qu'on peut encore envoyer, si on n'est pas en train de dépecer la France. Parce qu'aujourd'hui, la réalité, c'est que nous n'avons plus de stock stratégique en France. Et moi, je me rappelle d'un rapport parlementaire du Sénat il y a quelques mois qui disait qu'en cas de conflit de haute intensité, la France ne tiendrait pas trois semaines.
Donc, aujourd'hui, nous n'avons plus les moyens, mais il faut arrêter la guerre. Et moi, je prends au mot les propos du président ukrainien à la sortie du Conseil européen qui dit que la priorité n'est pas de continuer le combat. Il dit que la priorité, c'est un cessez-le-feu en mer et sur terre. Donc, je veux dire, 2025 doit être l'année de la paix. Cette guerre a fait beaucoup trop de morts et donc je pense que la première initiative des Occidentaux devrait être de se mettre autour de la table pour déterminer de potentielles conditions de paix qui seraient des conditions avec lesquelles nous irions voir la Fédération de Russie. Premièrement.
Deuxièmement, je pense qu'il doit y avoir une zone tampon. Ça doit faire partie des garanties de sécurité qui soient sous l'égide des Nations Unies et notamment des casques bleus. Parce que le rôle des casques bleus et le rôle des Nations Unies, c'est précisément dans ce cadre-là d'assurer le maintien et la paix dans une zone tampon qui délimiterait l'Ukraine et la Russie.
La Commission européenne a présenté la semaine dernière un plan à 800 milliards pour accélérer le réarmement du continent qui a été accepté par les 27. Vous seriez au pouvoir. Là, tout de suite, vous l'auriez voté ou pas, ce plan d'Ursula von der Leyen ?
Alors d'abord, il faut rentrer dans le détail parce que sur les 800 milliards qui ont été annoncés par la présidente de la Commission européenne, c'est 150 milliards de prêts aux États.
Absolument.
Les 650 milliards d'euros restants sont des vœux pieux. On appelle en gros les États à s'endetter davantage
pour se réarmer.
Je ne vais pas vous rappeler le taux d'endettement de la France, même si moi, je vais vous dire, je suis extrêmement pragmatique sur les investissements de défense. Les investissements de défense, et je tiens à le dire aux Français, ça rapporte plus que ça ne coûte. Et quand vous mettez un euro dans les investissements liés à la défense, vous en récupérez le double au bout de 10 ans. Donc les investissements dans la défense, c'est extrêmement rentable et ça permet non seulement d'assurer notre sécurité.
Ce plan d'Ursula von der Leyen, vous l'auriez voté ou pas ?
Une condition. C'est qu'on mette en place la préférence européenne dans ces achats de défense.
Elle n'est pas dans le plan.
Si c'est pour... Ah ben alors non.
Donc non, vous l'auriez pas... C'est là où j'aimerais avoir votre... Sincèrement, je voudrais avoir votre avis. Parce que, voyez, ce plan de 800 milliards que vous contestez depuis qu'il a été voté, il a été voté par Victor Orban, qui n'est pourtant pas le plus grand europhile. Il a été voté par Georgia Meloni. Et vous vous dites non, on ne l'aurait pas voté.
Parce que ce sont des états qui sont précisément sur le plan de leur défense, en tout cas une partie des pays d'Europe de l'Est, sous pavillons américains et sous le parapluie nucléaire américain. Nous sommes la France. Nous avons une grande armée. Nous avons une base industrielle de défense qui est remarquable, qui est enviée dans le monde entier. Et nous avons précisément un siège de conseil de sécurité de l'ONU qui nous garantit une forme d'indépendance. Si l'Europe de la défense, ça consiste à acheter du matériel américain, à acheter des F-35 plutôt qu'à acheter des Rafales, alors ça ne nous bénéficie pas.
Donc, moi je veux bien que les nations européennes s'engagent dans un effort financier sans précédent pour se réarmer. Ça a été fait globalement depuis 10 ans, même si la France a en pourcentage moins d'efforts financiers pour se réarmer depuis 10 ans. Elle a augmenté de manière... C'est vrai. Reconnaissez qu'elle a augmenté
de manière ultra sensible son budget de la défense depuis 7 ans.
Et nous avons soutenu ces efforts de réarmement. Mais quand j'entends le chancelier allemand venir dire qu'on a besoin du parapluie nucléaire français pour se substituer au parapluie nucléaire américain, eh bien moi je lui propose une chose, c'est qu'il commence par renoncer à ses commandes de F-35 américains et qu'il achète des Rafales français. Parce qu'on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Et sur le fond, Jordan Bardella et Emmanuel Macron veulent ouvrir le débat sur l'extension du parapluie nucléaire français aux partenaires de l'Union européenne.
On précise que ce n'est pas un partage du bouton nucléaire qui reste français mais la possibilité d'étendre le parapluie nucléaire à d'autres pays. Pour vous, c'est non ? Ce n'est pas ce qu'a indiqué le gouvernement polonais qui a reçu les propos d'Emmanuel Macron sur le partage de la dissuasion nucléaire avec un argument ce partage vaut si la Pologne peut accéder au système de déploiement du feu nucléaire.
La réponse de la France est claire, c'est non.
Donc, moi, je suis opposé
à ce que la France partage.
Oui, mais alors, quel est l'intérêt de ce débat ? Parce que s'il s'agit de partager le bouton nucléaire, les Français y sont opposés. Je pense que la France doit conserver la conception, la mise en œuvre et le déclenchement du feu nucléaire de manière souveraine et entre les mains du président de la République. C'est le cas, Jean-Bernard Delain ? Deuxièmement, il s'agit de partager la capacité de défense de la France. D'abord, la défense des intérêts vitaux de la France ne s'est jamais arrêtée aux frontières de l'Hexagone. C'est la doctrine du général de Gaulle qui avait été rappelée dans le livre blanc de la défense par Michel Debré en 1972. Nous sommes très clairs là-dessus.
De Gaulle lui-même disait que les intérêts vitaux de la France étaient menacés à partir du moment où le territoire du Benelux était lui-même menacé. Deuxièmement, notre appartenance à l'Union Européenne aujourd'hui nous confère d'ores et déjà un devoir d'assistance mutuelle à l'égard des pays de l'Union, à l'égard des pays européens qui seraient agressés par une puissance étrangère hostile. Donc, quel est l'intérêt de ce débat si ce n'est alimenter l'idée que le président de la République est dans une fuite en avant fédéraliste, qu'il considère qu'il faut désarmer la souveraineté de la France pour la partager avec des partenaires européens.
Je veux dire, l'Europe de la défense, c'est une chimère. Et le choix des armes, il ne peut être que souverain. Et moi, je ne souhaite pas que demain ou après-demain, la présidente de la Commission européenne puisse décider d'envoyer des soldats français mourir sur des théâtres d'opérations extérieures. Ce n'est pas du tout sa compétence.
Ce n'est pas sa compétence.
La défense, ce n'est pas sa compétence. Alors,
pourquoi prend-elle l'initiative ? Pourquoi vous dites ça ?
Parce que l'Union Européenne profite des crises pour s'approprier des compétences qui ne sont pas les siennes. Elle l'a fait pendant la crise sanitaire avec la compétence de santé.
Ça nous a permis d'avoir des vaccins, Jordan Barbella.
Elle l'a fait pendant la crise migratoire avec le pacte pour les migrations.
Pendant le Covid sur les vaccins, c'était pas bien.
On progresse il y a quelques secondes. Vous m'avez dit que ça n'était pas le cas. Vous voyez bien que la Commission européenne utilise chaque crise pour s'approprier des compétences qui ne sont pas les siennes. Et moi, je vous dis une chose que je crois beaucoup de Français partagent. Le choix des armes ne peut être que souverain. Et l'Europe de la défense, c'est la spoliation des moyens de la France par la Commission européenne. Donc, j'y suis résolument opposé. Je pense que la France a un rôle aujourd'hui moteur mais que nous devons renouer avec une diplomatie libre et indépendante.
Et précisément, à partir du moment où des partenaires européens font le choix d'acheter du matériel américain plutôt que d'acheter du matériel français et européen, on ne peut pas parler d'Europe de la défense.
Emmanuel Macron vous a d'ailleurs attaqué sur vos positions dans ce débat. Estimant au Figaro, ces sujets ne souffrent pas d'amateurisme. Madame Le Pen n'est pas sérieuse. Sinon, elle ou M. Bardella seraient venues à la réunion sur l'Ukraine et la défense que j'ai faite la semaine dernière avec les partis. L'un était à Washington pour découvrir que M. Steve Bannon faisait des saluts nazis. Quand à Mme Le Pen, je comprends qu'elle était en vacances.
Bon, je pense que quand on est président de la République, non seulement on doit avoir un peu de hauteur mais on doit éviter de raconter n'importe quoi. Parce qu'à chaque fois que le président de la République a convoqué des réunions de chefs de partis, je m'y suis rendu. Marine Le Pen s'y est systématiquement rendu. En l'occurrence, la réunion que vous mentionnez, nous avons été sollicités par l'Elysée quelques heures avant la réunion et effectivement, j'étais dans l'avion. Donc, je ne fais pas mon agenda en fonction de l'agenda du président de la République, Emmanuel Macron.
vous étiez dans l'avion
pour aller au CIPAC. Au CIPAC, ce rassemblement conservateur qui se tenait à Washington. Vous avez annulé votre discours après un salut nazi de Steve Bannon, ancien conseiller de Trump. Bannon, qui vous a ensuite très violemment attaqué. S'il est si inquiet que ça et qu'il se fait pipi dessus comme un petit garçon, alors il est indigne et ne dirigera jamais la France. Il estime que seuls les hommes ou les femmes à poignes peuvent diriger le pays. Alors, je reconnais que les termes sont peu diplomatiques, mais vous lui répondez quoi ? Rien du tout. Je ne réponds pas et je ne débats pas avec quelqu'un qui lève le bras sur scène.
C'est tout.
Mais il a fallu attendre le salut nazi de Steve Bannon pour prendre conscience de la radicalité du personnage ?
Pardon, je n'étais pas en nuit de noce avec Steve Bannon. C'est pas ce qu'on dirait. Je me suis rendu à meeting aux Etats-Unis dans lequel il y avait beaucoup de partis patriotes dont des représentés des partis qui sont au pouvoir. Le parti de Madame Mélanie, le parti du président argentin, le parti du président américain Donald Trump. Et puis, il s'avère que sur scène, sur les dizaines d'orateurs qui se sont exprimés sur la scène pendant près de trois jours, il y a un intervenant qui s'est exprimé avant moi, qui est un ancien conseiller de Donald Trump, qui a levé le bras durant son discours et je n'ai pas souhaité prendre la parole après sur scène.
Mais si vous me reprochez de ne pas avoir voulu m'exprimer sur scène où quelqu'un a fait un salut nazi, là je suis extrêmement inquiet par vos griefs.
Un mot sur la situation en Syrie, Jordan Bardella, près de mille morts en trois jours, essentiellement dans la communauté alaouite, le pays est-il hors de contrôle ?
Oui, il l'est depuis plusieurs années, mais moi vous voyez ce qui m'interpelle, c'est que tout le monde s'est félicité de la chute d'un dictateur, dont acte le régime de Bachar el-Assad, et que la France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, M. Barraud, a été le premier à se rendre à Damas pour aller se prosterner devant le régime, le nouveau régime syrien qui est tenu par les héritiers d'Al-Qaïda, de Daesh, et par une organisation terroriste qui a organisé des attentats contre la France. Il ne faut pas leur parler.
C'est-à-dire que quand je vois qu'en pleine tentative de négociation de la paix avec la Russie, le ministre des Affaires étrangères ne veut pas prendre le ministre des Affaires étrangères russe, M.
Lavrov, au téléphone, mais qu'il va se prosterner devant les héritiers de Daesh et d'Al-Qaïda en Syrie, je trouve que ça ridiculise la diplomatie française, ça ridiculise sa fonction, et permettez-moi d'avoir un mot pour les minorités alawites et chrétiennes qui depuis maintenant plusieurs heures subissent des massacres sans commune mesure de la part de gens dont la réaction, l'action et l'hostilité civilisationnelle et viscérale qu'ils portent à notre civilisation, en tout cas à la civilisation chrétienne, étaient parfaitement prévisibles. Le verdict du procès des assistants parlementaires du FN est attendu dans trois semaines maintenant, le 31 mars.
Rappelons qu'une peine de cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire a été requise contre Marine Le Pen, ce qui l'empêcherait de facto de se présenter en 2027 au RN. Vous vous préparez à toutes les éventualités, y compris à ce scénario où Marine Le Pen ne serait pas candidate ? Je ne crois pas à l'inéligibilité de Marine Le Pen parce que Marine Le Pen est totalement innocente dans ce dossier.
Je me permets de rappeler encore et toujours qu'on parle d'un désaccord administratif sur la façon dont on travaillait les assistants du Parlement européen et qu'une inéligibilité, en tout cas avec exécution provisoire qui priverait une candidate qui était trois fois candidate à l'élection présidentielle et qui est aujourd'hui donnée au second tour dans tous les sondages, constituerait effectivement un problème démocratique. Si elle était empêchée de se présenter,
qu'est-ce qui se passe ?
Je ne me mets pas dans cette hypothèse.
Mais si jamais ?
Je ne me mets pas dans cette hypothèse. Vous gouvernez, c'est prévoir Jordan Bardella. Oui, mais à partir du moment où Marine Le Pen est innocente et à partir du moment où je cesse son innocence, nous ne nous mettons pas dans cette situation.
C'est la justice qui décide de son innocence ou pas ?
C'est vrai, mais si condamnation il doit y avoir, nous ferons appel. Et en tout cas, s'il y a une exécution provisoire sur une paix d'inéligibilité prononcée, comme ça a été évoqué dans les réquisitions du parquet, ça poserait un problème. Elle, elle dit
heureusement on est deux et heureusement il y a Jordan Bardella.
Voilà.
Donc c'est vous.
Non mais je gère, vous m'avez posé la question, je ne crois pas à son inéligibilité. Donc voilà, la réponse est trouvée. Merci. Merci à vous. Merci beaucoup. Merci d'avoir été au micro d'Inter. Jordan Bardella, président du Rassemblement National.
Jordan Bardella