L'humour façon Philippe Bouvard est-il toujours d'actualité ? Bernard Mabille est face à Alex Vizorek
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Votre santé, bougez plus ! 20h, c'est RTL Soir. Évidemment, elle a été adoptée par les grosses têtes. Non, vous ne vous êtes pas trompé d'heure. Mais aujourd'hui, RTL rend hommage à celui qui a créé cette émission devenue culte, Philippe Bouvard. On a appris ce matin sa disparition. Et on se demande s'il emporte avec lui un certain humour, une manière de rire de tout, sans précaution, avec beaucoup d'insolence. C'est l'objet de notre nouveau grand rendez-vous de débat, notre face-à-face, les grands esprits se rencontrent. Et j'accueille pour cela un humoriste qui a beaucoup côtoyé Philippe Bouvard, un pilier des grosses têtes, Bernard Mabille. Bonsoir. Bonsoir. Merci pour le grand esprit.
Le grand esprit, oui. On sait comment faire venir les gens. Et face à lui...
Faites gaffe, maintenant, ce que vous allez dire.
Et face à lui, un humoriste maison qui réalise l'exploit aujourd'hui de participer à la matinale, à son émission qui tout double à la mi-journée, et d'être encore là pour RTL Soir. Merci et bonsoir, Alex Mizorek.
Bonsoir, Sophie. Bonsoir, Bernard.
Alors, vous êtes tous les deux des sociétaires des grosses têtes. Il faut assurer un certain nombre d'émissions pour avoir le droit de s'appeler sociétaire, d'ailleurs, parce que, bon, évidemment, Bernard a un petit peu d'avance.
Alors, je ne connais pas les règles, mais je pense qu'à partir de la deuxième fois, quand Laurent a estimé que... Vous êtes sociétaire. Que, ben oui, vous avez le droit d'avoir votre nom sur cette grande liste, et on est fiers. Moi, le premier jour où j'ai entendu, Bernard, on a une grande, quand même, différence entre vous, la première fois où vous avez entendu le générique et moi. Mais moi, il y a trois ans, la première fois où je suis assis et j'entends ce générique, j'avais des frissons parce que je l'écoutais, évidemment, dans la radio avec papa à Bruxelles, en longue zone.
Alors, justement, vous le disiez, la différence, c'est que Bernard Mabie, il y est depuis un certain temps, et notamment... Non, ça fait 20 ans, 25 ans, je ne sais plus. Et donc, vous avez connu forcément l'époque Philippe Bouvard. Maintenant que vous avez un élément de comparaison, quel genre de patron était-il ?
Très dur, très dur, très dur.
Qu'est-ce que ça veut dire, dur ?
On entend ça, mais... Il n'était pas marrant, finalement. C'était boulot, boulot. Il bossait, c'était l'autodidacte flamboyant, et il a tout obtenu à force de travail, donc il ne fallait pas déconner. Il ne nous permettait la liberté que lorsqu'on enregistrait les émissions.
Et est-ce qu'il défendait ?
Il était toujours au travail.
Il défendait un humour particulier qui était propre aux grosses têtes ?
Ben oui, mais si vous voulez, à l'époque, il y avait quand même des monstres sacrés, des sacrés monstres, parce que moi, je me souviens que la première émission, à laquelle j'ai participé, il y avait Yann, Martin, Sim, oui, des monuments, quand même, des monuments. Alors, justement... Ce qui permettait, c'était ces monuments qui permettaient à Philippe de faire des gauloiseries, quoi, parce qu'on était quand même en cours de récréation.
Alors, on va écouter... Oui, les gauloiseries, c'est vrai que ça nous va assez bien. On va écouter à quoi ça ressemblait, justement, avec... Ben, vous évoquiez Jean-Yann, évidemment. Écoutez.
Ça me gonfle, ces trucs-là ! Mais qu'est-ce que vous reprochez au sexe, monsieur Yann ? Je dis que c'est comme le salon de l'agriculture, c'est plein de poils et ça sent la pisse.
Voilà, voilà, Alex, vous imaginez ça aujourd'hui ? Oui, qu'est-ce que vous dites ? Pardon, excusez-moi, Bernard. Je dis, vous imaginez ça aujourd'hui ? Ben oui, pourquoi pas ? Est-ce que c'est un humour trop gonflé, très gonflé, Alex ?
Mais je pense que si vous écoutez les grosses têtes aujourd'hui, il y a encore ça, en fait. Et la force de cette émission, c'était que vous pouviez avoir cette blague-là. Et la minute d'après, il y avait une citation de Jacques Prévert et on devait en trouver la réponse. Et donc, je pense qu'il a cultivé beaucoup de gens avec comme produit d'appel cet humour, justement, gaulois. Parce que Laurent a, je pense, persévéré. Et donc, il y a encore cette blague-là de Yann, on peut la faire de la même manière aujourd'hui. Et surtout, quand c'est quelqu'un qui a cette réputation que Jean-Yann avait d'être quelqu'un de brillant, d'intelligent.
Et que donc, on n'est pas au café du commerce quand Jean-Yann prend la parole. Justement, c'est même d'autant plus drôle qu'on n'attend pas à ce qu'il sorte un truc comme ça. Et donc, c'est encore existant. Alors évidemment, il y a quelques marottes qui ont évolué. Il y a quelques, comment dire, faciles... Non, mais on sentait qu'Yann en avait sous le pied. C'est ça, bien sûr. Oui, oui, mais voilà, tu l'as mieux dit que moi.
Mais Bernard, vous disiez, vous imaginez ça aujourd'hui. Et Alex, il l'imagine très bien. Vous, vous estimez que ça a changé, que ce n'est plus possible ? Ah, écoutez, je ne veux pas faire vieux con, mais...
Ça va être raté, je crois. Je pense que l'humoriste, dans les dix ans qui viennent, sera mime. C'est vrai qu'on ne peut plus rien dire.
Mais vous vous sentez bridé aujourd'hui ? Parce que vous participez toujours.
Pas sur scène, vous voyez, pas sur scène. C'est pour ça qu'on continue tous à faire de la scène. Parce que la scène, on peut dire ce qu'on veut, mais... À brider, il y a quand même un montage. Derrière, il y a un enregistrement, il y a un montage. Ah oui, ça coupe beaucoup ? Alors, c'est pour ça que je conseille aux gens de venir nous voir en studio, parce qu'il y a quand même l'un ou l'autre truc qui tombe. C'est intéressant, ça. Vous êtes censuré ? Non, on n'est pas censuré. C'est Laurent, on est vachement libre. Oui, bien sûr. Et de toute façon, parfois, il coupe des trucs parce que ce n'est pas drôle. Parce qu'évidemment, ça arrive.
Et parfois, il coupe des trucs parce que, ma foi, ce qui peut être drôle entre amis, si on fait un barbecue dimanche avec vous, Anne-Sophie, qui, je sais, a beaucoup d'humour...
On me propose beaucoup de barbecue aujourd'hui. C'est le deuxième.
Je ne savais pas. Et avec Bernard, ce ne sera peut-être pas drôle de la même manière quand vous avez deux millions de personnes qui vous écoutent. Donc, c'est toujours où on le fait. Et Bernard a raison. Sur scène, les gens, ils payent pour vous voir vous. Donc, ils vous demandent de dépasser les bornes. Ici, on allume la radio qui est RTL. C'est RTL qui nous accueille. Et donc, on gère un tout petit peu différemment.
On va écouter quand même ce qu'il se disait encore dans une émission de Philippe Bouvard. Un extrait avec Carlos.
Olivier, je l'ai vu l'autre jour arriver dans une soirée. Je peux dire, en smoking blanc, il jette grave. T'es beau avec ses yeux bleus et tout. Et il y avait une espèce de créature de rêve d'un mètre 83. Genre Marisa Berenson en mieux, avec des yeux qui font le tour du visage, une bouche qui fait cinq fois le tour. 47 dents et tout, belles comme tout, le diable. Il s'approche d'elle, il la regarde d'une façon négligente. Il dit, dis donc, toi et moi, on baise. La fille dit, oui, chez toi ou chez moi. Et il dit, si tu commences à discuter, c'est pas la peine.
Bien sûr, ça nous fait rire, il se fait au plateau.
Mais Bernard, il y a un gros cochon, alors ça me fait rire.
Mais est-ce que ce serait considéré comme un dérapage aujourd'hui, ça ?
Oui, je pense.
Ah oui ? Non, il n'est pas d'accord.
À la limite, le mot baise, on peut le remplacer. Mais la drôlerie, elle ne vient pas du tout en plus de la sexualité. Donc, je ne crois pas, moi.
Bernard, vous avez changé de ton, vous ?
Pardon ?
Est-ce que vous avez changé de ton, vous ?
Non, non, non, non, non. Mais moi, je suis un vieux machin, maintenant. Donc, je peux me permettre. Mais je commencerai aujourd'hui, j'attaquerai le métier aujourd'hui. Je pense que je changerai de ton, oui, effectivement. Alors, justement, est-ce qu'il y a des sujets interdits ? Est-ce qu'on peut rire de tout ou pas ? Vous parlez avec Alex, Alex Vizorek, c'est un humour fin, cultivé. Vous voyez, c'est un peu hors sujet quand il dit aujourd'hui, on peut le faire, parce qu'il ne le fait pas sur scène. Ben, ce n'est pas vrai. Moi, je le fais sur scène et je peux vous dire qu'aujourd'hui, on le fait de plus en plus difficilement. Ben non, je vais reprendre cette vanne qui est un peu la même.
C'est-à-dire que je disais, je faisais le raffiné, j'avais ma cravate et tout, et j'ai dit, moi, j'adore écouter Chopin, j'adore lire Simone de Beauvoir, mais ce que je préfère, c'est quand même baiser des salopes. Et voilà. Et évidemment, la drôlerie, elle vient de l'inattendu absolu. Tout le monde trouve que la blague, elle est raffinée, parce que j'ai cité Beauvoir et que j'ai cité Chopin.
C'est le contraste, en fait.
Mais bien sûr. Ça vous autorise tout, en fait. Je crois, et c'est là où Bernard, je pense qu'on peut être d'accord, c'est d'où ça vient. Tout le monde connaît Bernard Mabie et tout le monde sait que c'est une bonne personne. Oui, on sait que dans la vie, je ne suis pas du tout comme ça. Mais non, ce n'est pas ça. Vous avez le droit d'être grivois, mais il faut connaître la source. C'est-à-dire que quand Coluche faisait des blagues pour se moquer des pauvres, personne ne pensait qu'il n'aimait pas les pauvres, vu qu'il était Coluche et qu'il avait créé les Restos du Coeur et qu'il les aimait deux fois plus, peut-être. Enfin, il leur tendait la main deux fois plus.
On peut prendre cet exemple qui est un peu le parangon dans le métier. quand Dieudonné fait des blagues sur les Juifs, on n'est pas certain qu'il les aime autant que Coluche aimait les pauvres. Donc, on rigole moins facilement. Mais on a le droit de faire cette même blague et que s'il n'y a pas le doute sur d'où ça vient, elle fonctionne.
Vous êtes d'accord ?
J'étais très étonné parce que j'ai revu le spectacle de Sylvie Joly, mis en scène par François Boursier. C'est une merveille, mais ça va très très loin. C'est très très sexuel, grossier et tout. Mais l'avocate, elle le dit avec une telle dédicatesse que ça passe.
Mais c'est vraiment le sexe le sujet le plus compliqué à aborder aujourd'hui ?
Je vais vous dire, le sexe ne vous fait pas procès en difficulté. C'est une bonne réponse. Alors, c'est quoi le sujet interdiction ? Le jour où le sexe parlera, peut-être qu'on sait. Non, mais évidemment, c'est souvent les races, les religions, les couleurs de peau. Parce que aussi, le monde a évolué. Et souvent, moi je dis en bien. C'est-à-dire que certains sketchs... Moi, je ne rapproche pas une seconde à Michel Lepp d'avoir fait des accents et d'avoir fait des personnages. Sauf que le fait qu'aujourd'hui, on ne le fasse plus et qu'on ne puisse plus le faire, que ce soit évidemment totalement hors d'époque de le faire... On ne se me gêne pas. Moi non plus.
Donc ça, je trouve que c'est bien. Alors évidemment, il y a les réseaux sociaux qui sont arrivés. Je ne sais pas comment Philippe aurait vécu ça à Bouvard. Est-ce qu'il se serait levé le matin en lisant Twitter pour savoir ce qui s'était dit de l'émission de la veille ? Je ne pense pas que Philippe connaissait... Mais vous deviez recevoir des sacs de courrier. Est-ce qu'il les ouvrait ou est-ce qu'il les mettait au feu ? Ce qui était très étonnant, moi j'ai eu la chance quand même de le fréquenter parce qu'en plus, il a été mon producteur. Donc on s'est fréquenté de très très près. C'est quand on arrivait dans son bureau, il y avait 4000 volumes magnifiques. Et il les avait tous lus.
Et quand vous écoutiez ce qu'il faisait en radio, vous disiez que ce n'est pas possible, ce n'est pas le même mec.
Lui-même faisait des petites blagues et n'était pas le dernier dans l'humour. Écoutez, cette fameuse phrase.
La mademoiselle bel-père de Loche. C'est resté. C'est un classique. Mon graal, c'est quand je l'ai fait rire la première fois. Mais c'est arrivé au bout d'un mois. Au bout d'un mois. Ah oui ? C'est la pire cochonnerie que j'ai racontée. Et là, il s'est mis à rire. Il s'est secoué sur ce fauteuil.
Vous oseriez nous la raconter ? Ou c'est vraiment pas possible ?
Non, non, non, non. D'accord. J'ai gardé ma place sur RTL. Je rigolais.
Alors Alex, tout le monde sait que vous êtes belge. Alors on vous a gardé une petite histoire belge des grosses têtes époque Philippe Bouvard. Les grosses têtes de Philippe Bouvard sur RTL. Sur RTL.
Il y a trois ouvriers sur un échafaudage qui ont leur gamelle aussi. C'est un peu le goûter de l'ouvrier. Il y a un américain, un italien et un belge. Et alors l'américain, ils sont tout en haut d'une grue, à 40 mètres de haut, ils s'emmerdent un peu. L'américain, il ouvre son truc, il dit « Ah, encore des hamburgers ! Terrible ! Si j'ai encore des hamburgers demain, la vie est tellement triste, je monte sur la grue, je me jette, je me suicide. L'italien, il ouvre son truc, il dit « Ah, des lasagnes ! » « Qu'est-ce que c'est ? » « Ah, si j'ai des lasagnes, demain, je monte, je me jette de la grue, je me suicide. » Et le belge, il dit « Ah non, encore des moules et frites ?
» « Ça, c'est pas possible. » « Si demain, j'ai encore des moules et frites, je monte sur la grue, je me suicide. » Le lendemain, ils sont tous les trois. Le mec, il ouvre « Ah, des hamburgers ! » « J'avais dit que je me suicidais, il mange, il jette, il s'écrase en bas l'américain. » L'italien, il dit « Ah, les lasagnes, encore, terminé ! » « Il se jette, là ! » Et le belge, il fait « Ah non, encore des moules et frites ? » « Ah, je fais ce que j'ai dit. » Et je me suicide. « Ah, bon ! » Et les trois sont morts. Et les trois veuves, le lendemain, par l'ensemble. Et l'américaine dit « S'il m'avait dit qu'il n'aimait pas les hamburgers, j'aurais fait autre chose, des hot-dogs, n'importe quoi.
Du poulet rôtis. » Et l'italien, il dit « Ah, s'il m'avait dit qu'il n'avait pas les lasagnes, j'aurais fait des spaghettis, j'aurais fait quelque chose d'autre. » Et là-bas, je me suis embêté parce que c'est lui qui a fait sa gammelle.
Alex, il aurait pu venir.
À un moment, un peu, mais moi, j'aime bien les blagues sur les Belges. Elles sont marrantes. Je ne me projette pas. Peut-être que je devrais. C'est ça que vous êtes en train de me dire ?
Non, pas du tout, pas du tout. Mais c'était une petite médicace.
Pour moi, quand la blague, elle est bien tournée, on peut rire de tout. Elle est bien racontée. Ça, il faut dire qu'il y avait des grands, grands raconteurs d'histoires. Que ce soit Sim, Philippe Castelli, Guy Montagné. Guy Montagné, oui. Oui, oui. Et ça, peut-être qu'il y a une façon de raconter qui est un peu différente aujourd'hui. Et ça, on aimerait avoir des gens comme ça parce que ça, c'est quand même chouette. On a envie de les écouter jusqu'au bout.
Et notez que si vous en voulez plus, ce soir, de minuit et demi à 3h du matin, RTL rediffuse des grosses têtes Époque Bouvard. Merci beaucoup, Alex Visevrec, et Bernard Mabie d'être venus inaugurer les grands esprits se rencontrent dans le RTL soir. On vous retrouve, Alex, demain matin, car vous dormez ici. Pour ceux qui ont une vie en dehors de RTL, si vous n'avez pas pu écouter RTL toute la journée, vous avez peur d'avoir manqué les meilleurs moments, y compris les vannes d'Alex.
J'espère que je suis dedans.
Pas de panique, Florian Gazon a récolté le meilleur et vous a concocté la story RTL juste après la pause. Bonne soirée, RTL.