Fabien Lainé, député Démocrate des Landes | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
-Il y a parfois des imprévus, en politique. Mon invité n'avait pas du tout prévu de devenir député. Il siège pourtant à l'Assemblée depuis 2017.
Générique ...
Bonjour, Fabien Lainé. -Bonjour. -Tous les chemins mènent à la politique.
Vous, c'est votre baby-sitter qui vous y a emmené. -Alors, oui, effectivement. C'était ma nounou, sur le bassin d'Arcachon, dont je suis originaire, qui gardait ma soeur et moi, et qui s'est présentée aux élections municipales, en 89, et qui donc m'a associé, en fait, à son choix politique, à sa volonté de s'investir pour l'intérêt général.
Immédiatement, ça m'a plu, sur les thèmes municipaux, - j'avais 13 ans - et de ce qui pouvait toucher la jeunesse. Elle m'a appris tout ce qui était aménagements, urbanisme, architecture, paysages... -Vous faisiez quoi ? -Elle m'emmenait, elle m'en parlait, elle me donnait des cours d'instruction civique, comment on est élu, les responsabilités.
Ca a rythmé mon adolescence, après. Arrivé au lycée, j'ai continué à m'intéresser à la vie publique. -Quelques années plus tard, vous vous êtes présenté dans cette commune, Le Teich. -Une commune à côté d'Arcachon. -Vous aviez 24 ans, tête de liste aux municipales.
Vous n'avez pas gagné. Vous avez siégé dans l'opposition. En 2014, vous vous êtes présenté et avez été élu dans une autre commune.
Vous aviez déménagé entre-temps. Vous vous êtes présenté à Sanguinet. Vous dites que ce mandat de maire correspond à votre âme de patron.
C'est quelque chose que vous retrouvez moins, dans le mandat de député ? Expliquez-nous un petit peu cette idée d'âme de patron. -J'ai eu la choix d'être le maire de cette belle commune de Sanguinet dans les Landes.
Vous prenez des décisions toute la journée, avec vos services, avec vos élus, et donc c'est de l'arbitrage en permanence. C'est différent du travail qu'on va demander à un parlementaire. Un parlementaire vote et amende la loi, il fait également du contrôle parlementaire, de l'influence. -On va en parler, mais c'est ce côté "aux commandes, aux manettes", qui vous plaisait ? -Evidemment, j'étais directeur commercial avant, et c'est vrai que je gérais une équipe commerciale, j'avais des clients, et il fallait prendre des décisions aussi, donc le travail de maire, même s'il est en faveur de l'intérêt général, m'a pas changé sur ma façon de manager.
Ce sont trois belles années que j'ai vécues à la tête de cette commune. Vraiment, moi, j'étais marqué, au début, parce qu'en fait, vous êtes très sollicité par l'administration. Le nouveau maire doit se positionner sur plein de choses.
Le maire est vice-président de l'intercommunalité. Vous êtes très attendu. -C'est une belle commune. -Oui, 5000 habitants, 20 000 l'été, on est une petite commune balnéaire.
Il y a déjà 100 salariés, donc il faut manager, il faut être à la tête de cette administration municipale. -Vous étiez très heureux dans ce mandat de maire, mais aux législatives de 2017, vous êtes devenu le suppléant de Geneviève Darrieussecq. A l'époque, vous pensiez qu'il y avait un risque, ou une chance, je sais pas, selon votre point de vue, que vous deveniez député ? -Non, tout ça était assez nouveau.
J'étais le 1er maire, avec Lionel Causse, il était socialiste, j'étais centriste, et on se met à soutenir Emmanuel Macron fin 2016. Les choses font qu'on s'aperçoit qu'il va devenir président de la République, et qu'il va falloir qu'il y ait des parlementaires, en tout cas des candidats. Je souhaitais que ce soit Geneviève qui se présente car elle était maire de Mont-de-Marsan, une politique éminente de notre département, très appréciée, donc j'ai été la voir en disant : "Geneviève, vas-y.
C'est ton tour." Elle me dit : "Tu l'as soutenu depuis le tout début, "donc tu es légitime pour y aller." Je venais d'être élu maire trois ans avant.
J'avais lancé plein de projets, je me voyais pas partir à l'Assemblée nationale. Elle a accepté d'y aller. Quand elle me l'a demandé, j'ai dit oui. -Sans vous dire qu'elle pouvait devenir ministre. -Non, elle pensait pas l'être. -A peine élue, elle a été nommée ministre et elle a pas quitté le gouvernement.
Vous avez siégé en continu, depuis. Elle a été réélue en 2022 avec toujours vous comme suppléant, mais elle peut redevenir députée, si au prochain remaniement, elle n'est plus ministre. Est-ce que ça fait pas de vous un député en sursis ? -Je suis le plus ancien suppléant siégeant, de ce que je sais, donc on apprend à vivre avec le sursis.
C'est comme ça que ça a été convenu. Je serais sûrement un peu nostalgique, de quitter l'Assemblée nationale, car j'y ai pris mes marques, depuis six ans, en donnant du sens à mon engagement au niveau national, et également local, mais je retrouverais la mairie avec bonheur. -Vous avez une formule qui a retenu mon attention.
Vous dites qu'un député, c'est un influenceur. Je suis allé voir vos réseaux sociaux, et sur Instagram, je suis tombé sur ça. Musique héroïque ...
Musique émouvante ...
J'aime bien la musique. C'est "Star Wars", sur l'examen de la loi de programmation militaire, mais là, vous êtes pas influenceur. "Député influenceur", c'est quoi ? -Deux choses : déjà, ce qui m'a marqué dès les premiers jours, c'est en fait, là, vous prenez plus de décisions.
C'est pas ce qu'on vous demande. On vous demande de représenter votre territoire, d'apporter de la plus-value au travail législatif. Il y a des amendements, également via des rapports, donc vous allez faire un travail un peu plus universitaire, j'oserais dire. -Ca, c'est l'autre volet, après. -Vous faites un travail de fond pour influencer le travail législatif.
C'est pour ça que je parlais d'influenceur. Et en même temps, moi, ce que j'ai vu, c'est que nos administrés, nos électeurs, nos citoyens, connaissent mal le travail du parlementaire, comme je pouvais mal le connaître avant de l'être. Je me suis mis pour modeste mission, mais au moins là où je suis élu, de rendre compte de ce que je fais, et en quoi consiste mon travail quotidien de parlementaire, qu'il s'agisse de représenter les territoires et de mon action en commission de la défense. -Vous dites qu'un député doit être un universitaire.
C'est pour ça que quand vous avez commencé à siéger à l'Assemblée, vous avez pris des cours d'anglais, vous avez suivi une formation en géopolitique, vous suivez des cours de l'IHEDN, l'Institut des hautes études de la défense nationale. C'est ça, le côté universitaire ? -J'ai pas fait de longues études, j'étais constructeur de maisons individuelles.
Quand vous siégez dans des assemblées qui traitent de questions de défense, de géopolitique, - je siège à l'assemblée parlementaire de l'OTAN - vous avez le devoir de vous former et d'être vraiment au point. L'anglais, effectivement, quand vous êtes à la défense, vous avez beaucoup de rencontres avec nos partenaires étrangers, européens mais pas seulement, vous voyagez, vous représentez le pays, et à l'assemblée parlementaire, même si le français est la langue officielle, en off, quand vous parlez du Scaf avec des parlementaires allemands... -Le futur avion de combat. -...il faut être aguerri techniquement sur le fond, mais également sur la forme. -Vous êtes spécialisé sur les questions de défense, vous avez deux bases aériennes et un centre de tir de missiles sur votre circonscription.
Sur la chasse, beaucoup pratiquée dans les Landes, est-ce qu'on peut être élu député des Landes si on n'est pas chasseur ou si on est contre la chasse ? -Je suis favorable à la chasse. Mon père l'était et ma famille l'est depuis très longtemps.
On a vraiment ça dans notre ADN. -Des députés contre la chasse, vous en connaissez, dans l'histoire politique des Landes ? -Ils feraient pas long feu. -Oui, c'est ça. -Mais moi, j'ai cet attachement à ma terre. -Sans être chasseur. -Oui, parce que les chasseurs, c'est pas l'acte cynégétique, c'est le côté de contemplation de la nature, d'être vigie de l'environnement.
On voit sur la photo Biganon, qui est un chasseur de sanglier, mais c'est un écologiste qui prend soin de nos milieux. Si jamais il y a une dégradation, une pollution, ce sont ces gens-là qui vont nous le dire. -C'est pas parce qu'il y a beaucoup de chasseurs dans les Landes ?
Ca se résume pas à ça ? -J'aime beaucoup l'environnement et les questions qui touchent autour de la biodiversité. On est au coeur du réacteur sur la biodiversité.
Je plaide pour une vision scientifique de la chasse, et non pas affective. En fonction de l'évolution des espèces, on a des quotas qu'on peut chasser ou pas, et on rationnalise les choses. En même temps, la beauté de la nature est très présente.
La plus grande forêt d'Europe est dans les Landes. La chasse est aussi tout ça, c'est une tradition. -On pratique la corrida, dans votre circonscription, dans votre département des Landes.
Il vous arrive aussi d'aller en voir. Vous êtes un aficionado. Vous vous êtes opposé à la proposition de loi d'Aymeric Caron, qui voulait abolir la corrida.
Vous vous êtes justifié dans un communiqué : "En tant qu'élu de la Nation, "ce n'est pas mon avis qui compte mais celui des concitoyens "que je suis censé écouter et représenter." Ca veut dire que votre avis ne compte pas ? Vos idées, vos valeurs, votre programme, ça passe après ce que pensent vos électeurs ?
Comment vous concevez les choses ? -La corrida fait partie de l'identité de ma région. Y toucher, quand on est député parisien et qu'on veut interdire aux gens du sud-ouest leur pratique, c'est irritant. -Dans votre façon de définir votre conception du mandat de député, on a l'impression que ce que pensent vos électeurs passe avant vos idées.
Quand vous défendez l'exploitation du pétrole au-delà de 2040, - et vous avez des engagements écolos par ailleurs - ça peut donner le sentiment que vous portez des idées... -Vous voulez dire "contradictoires" ? -En harmonie avec vos idées. -L'affaire du pétrole, c'est qu'après 2040, on puisse continuer à produire du pétrole, parce qu'on en aura besoin.
Le pétrole qui est produit en France, il est trois fois moins émissible dans nos extractions que celui qu'on importe. C'est un choix responsable en matière d'environnement. En plus, ceux qui produisent du pétrole chez moi, ils chauffent un écoquartier, ils chauffent des serres, donc tout ça est plus responsable. -Vous êtes pas influenceur, vous êtes lobbyiste, en fait. -Non, j'essaye d'être rationnel.
L'élu doit être rationnel avant tout. On l'a vu pendant la crise du Covid, on est partis dans des délires affectifs alors que l'idée, c'est d'être rationnel. Quand on est rationnel, on sert l'intérêt général. -On va passer à notre quiz, si vous le voulez bien.
L'idée, c'est que vous allez devoir compléter les phrases que je vais proposer. "Ma première prise de parole "dans l'hémicycle..." -Je pense qu'ils n'ont entendu que les voyelles.
J'étais tellement ému qu'il n'y avait plus les consonnes. -Un peu stressé ? -Extrêmement stressé au moment où j'arrive à la tribune.
Avant, ça allait, et d'un coup, grosse d'émotion dans ce lieu chargé d'histoire. -"Pour comprendre le jargon "des militaire, il faut..." -Il faut beaucoup travailler, parce qu'il y a beaucoup d'acronymes.
Il faut se former et beaucoup discuter avec eux. J'en apprends encore tous les jours. -Enfin, "Quand Geneviève Darrieussecq "quittera le gouvernement..." -J'aurai le plaisir de rentrer chez moi, à Sanguinet, et si le conseil municipal le souhaite, je reprendrai mes fonctions de maire comme je m'y étais engagé. -Merci beaucoup. -Avec plaisir.
SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA
Fabien Lainé