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L'art de contrer les accusations

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Ça y est, je peux analyser avec vous un beau morceau de dialectique. Bien sûr, il y a eu des moments de clash. Pour empêcher Piotr Pavlensky, non, non, mais je veux finir cette phrase.

Ce matin, vous êtes là en direct, et donc il n'y a effectivement aucun contrôle, rien du tout. Moi, je vous interroge en direct, vous pouvez répondre. Que Piotr Pavlensky ne puisse pas chouer.

Mais c'est un des échanges les plus intéressants auxquels j'ai assisté depuis un moment, parce que Juan Branco a trouvé du répondant. Benjamin Griveaux, vous, Juan Branco, vous avez ciblé...

Benjamin Griveaux, moi je ne suis pas là pour décider qui est charmant ou qui ne l'est pas. Et j'estime que c'est justement tout le problème. Que vous aimiez ou non le personnage ou ses combats, je vous encourage vivement à suivre Juan Branco, parce que c'est un des débatteurs les plus compétents de notre paysage actuel.

Vous m'avez interrompu alors que j'étais en train de commencer un raisonnement pour essayer de le réduire, pour essayer de politiser de façon politicienne, pour le coup, le débat, alors qu'on essaie de comprendre ce qui est en train de se jouer, ce que je suis en train de dire. On n'essaye pas de...

Enfin, encore une fois, je...

Oui, vous, je ne sais pas de comprendre ça, on s'en a rendu compte. Grâce à un savant mélange d'insolence et de rigueur intellectuelle, il parvient à faire perdre leur sang-froid à ses adversaires, tout en marquant tranquillement des points sur le fond du débat. Mais cette fois, il a trouvé quelqu'un qui a rivalisé avec lui sur le plan de l'insolence.

Vous voyez la...

Oui...

Vous n'avez pas dû trembler beaucoup ? Ah bon ? Oui, pourquoi ?

Parce qu'envers, je n'ai pas crédible, je suis absolument d'accord avec vous. Non, parce que, visuellement, la menace dans ce pays n'était pas absolue. Et donc, quand il y a une...

Et dans le même temps, elle a su garder la tête froide à mesure qu'elle tissait un piège autour de son adversaire. Car oui, il y avait bien un piège pour Juan Branco. Celui de passer du statut de chevalier blanc qui dénonce les complots à celui de comploteur qui aurait instrumentalisé l'activiste russe Piotr Pawlenski pour satisfaire sa soif de vengeance à l'égard de Benjamin Griveaux.

C'est en tout cas ce que prétend Apolline de Malherbe à la fin de son échange avec Juan Branco. Plus on vous entend et plus on se demande si Piotr Pawlenski n'est pas que l'exécutant et vous le manipulateur. Merci d'avoir été quand même notre invité en direct.

Nous allons voir si la journaliste a su tirer de cet entretien de quoi fonder son affirmation. Ce que je peux vous dire à ce stade, c'est qu'à l'issue de son passage chez RMC, Juan Branco s'est senti si injustement traité qu'il a saisi le CSA. Il faut dire que son adversaire du jour lui avait concocté une interview à charge parsemée de traquenards.

Je vous en ai sélectionné trois parce que c'est typiquement le genre d'embûche que vous aurez à déjouer toutes les fois que quelqu'un cherche à vous nuire. Bien, vous connaissez les faits. Benjamin Griveaux a abandonné la course à la mairie de Paris suite à la diffusion d'une vidéo où il jouait avec son petit machin.

Celui qui a diffusé la vidéo est un artiste et activiste d'origine russe, Piotr Pawlenski, qui affirme avoir agi pour dénoncer l'écart entre le discours moralisateur de Benjamin Griveaux et son comportement dans la sphère privée. Rapidement, on a vu monter au créneau le jeune avocat Juan Branco parce qu'on lui refusait de défendre Piotr Pawlenski parce qu'il serait lui-même impliqué dans l'affaire. Branco, lui, affirme avoir seulement conseillé Pawlenski sur les conséquences auxquelles il s'exposait en diffusant les vidéos.

Et donc, l'objectif d'Apolline de Malherbe, c'est, par ces questions, d'essayer de voir si Juan Branco n'a pas eu un rôle plus important dans l'affaire, s'il n'a pas été un élément moteur de cette machination visant à faire tomber Benjamin Griveaux. Ce qui ne joue pas en la faveur de Branco, c'est qu'il a publié des pages qui témoignaient du fait qu'il avait depuis longtemps Benjamin Griveaux dans son viseur. Voici donc le premier piège que lit tant la journaliste.

Juan Branco, vous avez ciblé Benjamin Griveaux depuis longtemps et de manière systématique. Je vous cite, Benjamin Griveaux, aux poches bien remplies, est devenu, lui et Gabriel Attal, respectivement, le plus jeune ministre de la Vème République. Et croit-il, vous l'écriviez en décembre 2018, croit-il le futur maire de Paris, le tout sans avoir, c'est ce que vous dites, rien démontré ni rien fait dans leur vie ?

Ça, c'est une situation dans laquelle vous pourriez très bien vous retrouver. Par exemple, au travail, vous découvrez qu'un collègue, que par ailleurs vous n'aimez pas, fait des choses répréhensibles. Si vous décidez de parler, si vous décidez d'essayer de le faire tomber, eh bien on pourra facilement vous reprocher de ne pas avoir agi pour le bien-être de l'entreprise, mais par jalousie, par haine, par opportunisme, tout un tas de choses qui pourraient nuire à votre image.

Et c'est précisément ce que fait ici Apolline de Malherbe, essayer de corrompre les intentions de Branco aux yeux du public. Mais il parvient à lui répondre du tac au tac. Vous avez une haine quasi obsessionnelle à l'endroit de Benjamin Griveaux, J'ai un grand plaisir à décrypter les mécanismes d'accession au pouvoir, ce que j'ai fait dans Crépuscule, mais bien sûr, la corruption, le pantouflage, l'utilisation des réseaux de l'État pour être recruté par Unibail et gagner des dizaines de milliers d'euros, alors que l'on n'a jamais exercé de fonction dans le privé jusqu'alors.

Au fond, il y a toujours quelque chose de personnel quand on cherche à faire tomber quelqu'un, même si cette personne mérite de tomber. Mais si vous ne voulez pas qu'elle vous emmène dans sa chute, vous avez intérêt à avoir des motifs nobles à montrer au public. Et c'est ce que parvient à faire ici Juan Branco.

Voyons maintenant comment il s'en sort du second piège. La deuxième technique employée par Apolline de Malherbe pour déstabiliser son adversaire est celle de la requalification des faits. L'idée, c'est que quoi qu'il se soit passé, il y a toujours une manière de décrire les faits qui vous sert et une manière qui vous desserre.

Donc par exemple, si vous êtes un employé modèle, on peut toujours vous décrire comme un lèche-botte. Si vous donnez une pièce à quelqu'un dans la rue, on peut vous accuser d'essayer de vous acheter une bonne conscience. Si vous parlez avec certitude, on peut vous accuser d'être péromptoire.

Si vous vous exprimez avec nuance, on peut vous accuser de faire de la langue de bois. On peut toujours jouer sur la manière dont on décrit les faits. Et donc, un bon exercice à faire, si vous vous retrouvez dans une situation où vous allez devoir répondre d'accusation, c'est de vous mettre à la place de vos adversaires et de vous demander quelle est la pire manière dont on peut décrire la situation et mon comportement.

En l'occurrence, est-ce que Juan Branco a seulement conseillé Pavlensky ou est-ce qu'il a eu un rôle plus moteur dans cette affaire ? Voilà comment Apolline de Malherbe cherche à faire pencher la balance. Il s'en prend à Benjamin Griveaux, lui russe, qui parle mal français, qui arrive en France en 2017.

Mais Juan Branco ne va pas se laisser avoir aussi facilement. Il va procéder en deux temps. Il va d'abord disqualifier la vision de son adversaire en la présentant comme pleine de préjugés.

Toute la classe politique, il choisit un homme. Non, non, c'est très factuel. Il est russe et donc quoi ?

Et donc, il n'a pas le droit de s'appliquer politiquement dans le pays qui lui a donné l'asile politique ? Il a parfaitement le droit. Ce n'est absolument pas ce que je dis, Juan Branco, je dis vite.

Et dans un second temps, il va proposer une description alternative de Piotr Pavlensky en le montrant non pas comme un idiot utile, mais bien comme un activiste avec une solide culture politique qui sait très bien ce qu'il fait. Je reviens à la question de Piotr Pavlensky. Si vous dites, oui, mais attendez, il a choisi par exemple...

Piotr Pavlensky vient en France. La première action qu'il fait, c'est s'attaquer. Vous le savez, vous vous en souvenez ?

À la Banque de France. La Banque de France, mais pourquoi il le fait ? Et il le décrit dans un texte qu'il écrit.

Il l'attaque parce qu'il considère que c'est une insulte, que la Banque de France est une dépendance face à la place de la Bastille, alors que la Banque de France a appuyé le régime de Versailles contre la Commune en 1871. Combien de Français sont au courant de cette histoire ? Branco se sort donc bien du second piège.

Mais le troisième, comme on va le voir, est bien plus dur à esquiver. En rhétorique, on distingue deux types de preuves. Les preuves techniques et les preuves extra-techniques.

Les preuves techniques, c'est quand vous essayez d'emporter l'adhésion en vous appuyant seulement sur votre maîtrise de l'art du discours, sur la technique. Les preuves extra-techniques, c'est quand vous essayez d'emporter la conviction en apportant des éléments matériels, en dévoilant des morceaux de réalité, des empreintes digitales, des relevés ADN, des enregistrements audio, des enregistrements vidéo, etc. Et quand vous vous apprêtez à avoir un entretien délicat, vous avez tout intérêt à anticiper les preuves extra-techniques que peut mobiliser votre adversaire.

D'autant plus qu'à l'heure des réseaux sociaux, on est constamment en train de semer des traces. Quoi qu'il en soit, les preuves mobilisées jusqu'à présent par Apolline de Malherbe étaient des preuves techniques, des preuves qui relèvent de l'art du discours. Parce que quand on spécule sur les intentions de quelqu'un ou quand on requalifie les faits, c'est discours contre discours.

C'est à qui aura le discours le plus vraisemblable. C'est ça une preuve technique. C'est une preuve qui dépend de la force de notre discours.

Mais une fois qu'elle a épuisé cette piste, Apolline de Malherbe va dégainer une preuve extra-technique, un enregistrement vidéo, où Branco semble bel et bien affirmer avoir agi de concert avec Pavlensky pour faire tomber Griveaux. Vous n'avez participé en rien, je voudrais simplement vous écouter. On l'a fait sans haine, sans quoi tout ça.

On a juste montré un désaccord entre des actes et des paroles. Et pour vous dire que cette preuve n'est pas à prendre à la légère, c'est sur cette même preuve que s'est appuyé le bâtonnier de Paris pour refuser à Branco sa capacité de défendre Pavlensky au motif qu'il serait trop impliqué dans cette affaire pour pouvoir le défendre efficacement. Mais c'est justement là qu'on réalise à quel point Branco maîtrise la dialectique.

Ce qu'on a fait. Mais oui, j'ai accompagné Piotr Pavlensky en tant que conseil, en tant qu'avocat et je continue à le faire. Non, non, non, fait, action, action.

Oui, oui, je l'ai accompagné en tant qu'avocat. Je ne sais pas si vous vous rendez compte à quel point il arrive à écarter facilement cette preuve. Comme si de rien n'était.

Il laisse transparaître aucune gêne. Et après, il va même jusqu'à montrer que c'est précisément parce qu'il fait corps avec les idées et avec les actes de son client qu'il est dans son rôle d'avocat. Moi, toutes mes défenses, que ce soit avec Julian Assange, auparavant avec Jean-Luc Mélenchon, avec les Gilets jaunes, consistent en une chose très simple.

C'est-à-dire, je l'accompagne et j'épouse son action de façon à détourner le feu, de façon à devenir, en effet, moi aussi, un objet de la polémique, c'est ce qu'on appelle une défense de rupture, de façon à lui permettre de pouvoir se défendre sans être la poire d'accablement, notamment médiatique. En somme, si vous devez faire face à une situation où on va juger votre comportement, anticipez la pire manière dont on peut écrire l'histoire. Anticipez la pire manière dont on peut décrire votre comportement.

Anticipez les pires éléments factuels qu'on peut vous mettre sous les yeux. Face à ces trois pièges, Juan Branco nous a, une nouvelle fois, fait une belle démonstration de dialectique. Et si vous voulez comprendre d'où il tient ça, ça se passe ici.