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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 26 avril 2018 23 minContradictoireActualité / polémiqueEurope & internationalInstitutions & électionsImmigration & asileSolidarités & famille

Jean-Pierre Raffarin : "Ce pays est un pays en cristal"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 65 %Attaque 20 %Défensif 15 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 85 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:51OuverteRéponse directe

    La France est-elle, d'après vous, de retour au premier plan de la diplomatie mondiale ?

  • 1:27RelanceRéponse directe

    Est-ce uniquement de l'image ou y a-t-il une avancée sur les dossiers de fond ?

  • 2:21OuverteRéponse directe

    La position de la France sur l'Iran vous semble-t-elle lisible et efficace ?

  • 3:42OuverteRéponse partielle

    Comment avez-vous reçu et analysé les bombardements sur la Syrie ?

  • 5:56OuverteRéponse directe

    Le pays est-il sur la bonne voie réformée en profondeur un an après l'arrivée d'Emmanuel Macron ?

  • 7:17RelanceRéponse directe

    Ce pays fragile est secoué trop vivement depuis un an ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:03Invité politiqueFait
    « on peut dire que la France a retrouvé un leadership international. »
  • 1:16Invité politiqueFait
    « on sent bien qu'en Europe, il a pris une position très puissante. »
  • 1:57Invité politiqueFait
    « Il pousse le multilatéralisme. »
  • 1:59Invité politiqueFait
    « On a avec Trump un certain nombre de désaccords stratégiques. »
  • 2:03Invité politiqueFait
    « D'une certaine manière, on est plus près des Chinois en matière de multilatéralisme que des Américains. »
  • 3:56Invité politiqueFait
    « Je pense que le principe de la ligne rouge est un principe juste. »
  • 4:02Invité politiqueFait
    « On a bien vu qu'Obama avait perdu de la crédibilité quand il avait dit qu'il y a une ligne rouge. »
  • 5:25Invité politiqueFait
    « C'est un doute de principe qui est de mon expérience personnelle de la crise de 2003 en Irak. »
  • 5:35Invité politiqueFait
    « ce qui vient des États-Unis et quelquefois du Royaume-Uni n'est pas toujours à prendre avec un degré de certitude complet. »
  • 6:58Invité politiqueFait
    « ce pays est un pays en cristal, il peut se fracturer rapidement. »
  • 7:08Invité politiqueFait
    « aujourd'hui, il faudrait parler des fractures, la fracture territoriale, la fracture médicale, la fracture digitale. »
  • 7:47Invité politiqueFait
    « Je trouve qu'il est normal que les retraités participent à l'effort national. »
  • 8:28Invité politiqueFait
    « Les grandes villes sont une réussite. Quand on dit qu'on n'a rien fait en 30 ans, quand vous voyez combien Lyon est devenu belle, combien Bordeaux est devenu belle. »
  • 10:01Invité politiqueFait
    « Je veux un parti qui soit un parti européen, un parti girondin, un parti d'inspiration libérale. »
  • 16:40Invité politiqueFait
    « L'intérêt de la France, c'est que M. Macron réussisse. »

Temps de parole

  • Jean-Pierre Raffarin73 %
  • Présentateur17 %
  • Invité5 %
  • Invité 23 %
  • Auditeur2 %

0,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

Première matinale de France, à suivre aussi en vidéo sur franceinter.fr

0:05
Présentateur

Et l'invité du grand entretien de France Inter ce matin fut jadis Premier ministre de la France et naguère sénateur, membre du parti Les Républicains. Alexandra Ben Saïd intervient dans dix minutes. Auditeur d'Inter, vous avez la parole au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et via l'application mobile de France Inter. Jean-Pierre Raffarin, bonjour.

0:29
Jean-Pierre Raffarin

Bonjour M. Le Moran.

0:30
Présentateur

Merci d'être au micro d'Inter ce matin. Le Président de la République, Emmanuel Macron, a achevé sa visite d'État aux États-Unis. Hier, il a prononcé un discours devant le Congrès, classique dans sa première partie, sur l'ancienneté et la qualité de la relation franco-américaine, nettement plus offensif contre la vision du monde qui est désormais celle de la Maison-Blanche. La France est-elle, d'après vous, de retour au premier plan de la diplomatie mondiale où c'est un effet de perspective lié à une actualité brûlante, celle d'un voyage d'État ?

1:01
Jean-Pierre Raffarin

Très clairement, et je crois le plus objectivement du monde, on peut dire que la France a retrouvé un leadership international. Il est clair, on l'a vu avec le voyage en Chine, on l'a vu quand il a reçu M. Poutine, M. Macron occupe une place internationale très très forte, les chefs d'État sont heureux de pouvoir parler avec lui, on sent bien qu'en Europe, il a pris une position très puissante. Donc, il est clair que le leadership aujourd'hui est de retour pour ce qui est de la France sur le plan international.

1:27
Présentateur

Et c'est uniquement de l'image ou est-ce qu'il y a une avancée sur les dossiers de fond, même si l'image est importante, les mots, les symboles sont importants en diplomatie ?

1:35
Jean-Pierre Raffarin

Oui, je pense que le fait qu'il y ait une sorte de demande de Macron dans le monde, une demande de France, c'est quelque chose qui est très important pour la France, pour nos entreprises et pour le rayonnement du pays. Je crois qu'il est évident qu'aujourd'hui, Emmanuel Macron pousse un certain nombre de dossiers avec une forme, je dirais, séduisante, mais en même temps énergique. Il pousse le multilatéralisme. On a avec Trump un certain nombre de désaccords stratégiques. D'une certaine manière, on est plus près des Chinois en matière de multilatéralisme que des Américains. En revanche, sur d'autres sujets, on est plus près des Américains.

Donc, il est au fond un homme libre qui parle à tout le monde. Qui, sur la scène internationale, aujourd'hui, peut se permettre de parler avec force à tout le monde ? C'est ça la France, parler à tout le monde.

2:21
Présentateur

La position de la France précisément sur l'Iran, vous semble-t-elle lisible et surtout efficace ? Elle a évolué, tout de même, substantiellement. Anthony Bélanger en parlait à l'instant.

2:31
Jean-Pierre Raffarin

Oui. En fait, au départ, les Américains sont quand même un peu égocentriques et égoïstes dans cette affaire. Puisqu'au fond, ils étaient contre un accord. Puis, Fabius était réservé sur cet accord. Puis, ils décident à Genève de signer cet accord. Mais finalement, ils ouvrent le marché iranien. Mais pour les entreprises américaines, quand une entreprise française va en Iran et qu'elle va ensuite aller aux Etats-Unis, elle a des pires complications. Donc, les Etats-Unis ne jouent pas toujours frangeux sur ces sujets. Donc, nous, on a vraiment intérêt à ce que cet accord soit appliqué, à ce que cet accord soit, en effet, vérifié en permanence. Et donc, il faut être vigilant.

Ce n'est pas le monde de bisounours, ni avec l'Iran, ni avec les autres, ni avec les Américains d'ailleurs. Donc, il faut, je crois, maintenir cet accord. Mais c'est vrai qu'il faut le faire avec vigilance. Et donc, le faire avec une vision multilatérale. C'est-à-dire, on ne peut pas discuter de ça qu'avec Trump. Parce que, de toute façon, cet accord, il dépend aussi des Russes, par exemple. Et donc, il faudra aussi discuter avec les Russes s'il faut un nouvel accord. Et vous avez vu que la réponse russe est arrivée très rapidement. Il n'y a pas d'accord alternatif. Donc, sur ces sujets-là, je pense que c'est bien d'essayer de faire bouger Trump. Mais visiblement, l'homme a la tête dure.

3:42
Présentateur

Comment avez-vous reçu et analysé les bombardements sur la Syrie ? Est-ce, rétrospectivement, une bonne décision dès lors qu'une ligne rouge a été franchie parce que des armes chimiques ont été employées ?

3:56
Jean-Pierre Raffarin

Je pense que le principe de la ligne rouge est un principe juste. Et au fond, c'est une question de crédibilité. On a bien vu qu'Obama avait perdu de la crédibilité quand il avait dit qu'il y a une ligne rouge. Et puis qu'au moment où elle a été franchie, il n'est pas intervenu. Donc là, ça veut dire perte de crédibilité. Donc, à partir du moment où nous avons les preuves, à partir du moment où la situation est indiscutable, il faut intervenir sur ces sujets-là. C'était le cas. Pourquoi ? Parce que nous le verrons. L'histoire dira exactement... Moi, je n'ai pas toutes les informations nécessaires. L'histoire jugera exactement la situation. Mais ce qui est important, c'est que...

Vous avez un petit doute, Jean-Pierre Raffarin, sur l'usage précis d'armes chimiques ? Je pense qu'il faut être très prudent sur ces questions-là. Le chef de l'État, les services français ont une analyse. Je respecte cette analyse. Et je dis, s'il y a franchissement de la ligne rouge, nous devons intervenir. Mais nous devons intervenir en sachant que la solution à la crise syrienne n'est pas militaire. Il faut bien être clair. Aujourd'hui, nous sommes dans des situations où il y a des fois, parfois, des interventions militaires nécessaires, mais la solution n'est pas militaire. La solution est politique. Et donc, c'est autour de la table qu'on pourra régler les affaires.

5:04
Présentateur

Pour que votre position soit claire, Jean-Pierre Raffarin, vous doutez par principe, tout en disant que vous manquez d'informations et qu'il y en a sans doute eu un certain nombre si des frappes ont été décidées, ou c'est un doute plus radical encore, qui consiste à dire, moi, je ne sais pas si telles armes ont été employées là-bas ?

5:23
Jean-Pierre Raffarin

C'est un doute de principe qui est de mon expérience personnelle de la crise de 2003 en Irak et qui me fait dire que ce qui vient des Etats-Unis et quelquefois du Royaume-Uni n'est pas toujours à prendre avec un degré de certitude complet. Donc, je suis un sceptique rationnel. Donc, je fais attention. C'est quelque chose qui est une attitude de principe, mais d'une manière générale, j'approuve les interventions quand il y a une ligne rouge et je fais confiance aux chefs de l'Etat et à nos services pour avoir apprécié avec justesse la situation.

5:56
Présentateur

Quelques mots sur le plan intérieur du bilan d'Emmanuel Macron un an après son arrivée à l'Elysée. Jean-Pierre Raffarin, le pays est-il, d'après vous, sur la bonne voie réformée en profondeur ? Comment regardez-vous tout cela ?

6:12
Jean-Pierre Raffarin

Je pense qu'Emmanuel Macron est plutôt dans la ligne qu'il a tracée pendant sa campagne électorale et on ne peut pas lui faire un procès de nous prendre par surprise. Il a annoncé la réforme, il a annoncé le renouveau, il a dit clairement qu'il voulait participer à un véritable changement de notre vie politique et donc qu'il propose un certain nombre de réformes qui aujourd'hui me paraissent être dans la ligne de ce qu'il a proposé aux Français et qui a été voulu par les Français. Donc, d'une manière générale, j'approuve ce qui est fait.

Je mesure bien que c'est difficile, je mesure bien que la situation du pays est même assez dangereuse parce qu'il y a des souffrances, il y a des difficultés. Je pense qu'il faut faire très attention, je pense au conflit de la SNCF, en respectant les personnes, en faisant attention parce que ce pays est un pays en cristal, il peut se fracturer rapidement. Je me souviens avec Jacques Chirac, en 1995, on parlait de la fracture sociale. Aujourd'hui, il faudrait parler des fractures, la fracture territoriale, la fracture médicale, la fracture digitale. On ajoute des fractures aux fractures et donc le pays est extraordinairement fragile.

7:17
Présentateur

Ce pays fragile est secoué trop vivement depuis un an ?

7:21
Jean-Pierre Raffarin

Non, je pense qu'il faut faire ces réformes, je pense qu'il faut avoir le courage de le faire. Je pense que si un jeune président élu à 39 ans avec une vision assez claire des choses ne les mène pas, qu'il pourra les mener. Donc moi, je suis plutôt confiant, je trouve qu'il a l'énergie pour se faire. Il y a des sujets sur lesquels il faut être particulièrement attentif. Je pense que la situation des retraités est une situation importante sur laquelle il faut être vigilant. Moi, je trouve qu'il est normal que les retraités participent à l'effort national, surtout, je dirais, ma propre génération qui a été quand même très gâtée par l'histoire. On n'a pas eu de guerre, on a eu de la croissance.

Donc je trouve ça très bien. Mais il faut protéger les petites retraites. Naturellement, quand ceux qui ont une retraite aisée doivent participer à la solidarité vis-à-vis des plus jeunes qui ont un monde plus difficile que ce que nous avons eu, mais naturellement, il faut être très attentif à toutes les petites retraites. Je pense aux retraites agricoles, je pense aux retraites des artisans. Il y a beaucoup de gens qui souffrent. Et je pense aussi qu'il faut être plus attentif à la question des territoires. Là, la France est une diversité. Les villages, les départements, les régions, tout ce tissu a besoin et de considérations et d'écoutes. Les grandes villes sont une réussite.

Quand on dit qu'on n'a rien fait en 30 ans, quand vous voyez combien Lyon est devenu belle, combien Bordeaux est devenu belle, la puissance de ces villes, aujourd'hui, c'est quelque chose de très important, mais il ne faut pas oublier tous les autres. Ici même,

8:41
Présentateur

sur France Inter, vous aviez placé Laurent Wauquiez, tout juste élu président du parti Les Républicains, sous surveillance. C'était votre mot, Jean-Pierre Raffarin. Bilan d'étape de cet exercice ?

8:54
Jean-Pierre Raffarin

Bien, je le trouve globalement dans la même ligne que cette ligne de campagne électorale. Donc, je trouve que pour moi, c'est une ligne qui n'est pas assez mesurée et tempérée. Je pense que le pays a besoin à la fois de détermination et de volonté de réforme, mais il faut aussi avoir un discours souvent plus apaisé et plus rassembleur. Et donc, je trouve qu'il est resté dans la ligne de sa campagne électorale. Je n'avais pas aimé cette campagne électorale. Je me suis donné la fin de l'année pour apprécier la situation, pour voir exactement

9:27
Présentateur

où il veut aller. Vous pensez quitter ce parti que vous avez contribué sous un autre nom à fonder ?

9:32
Jean-Pierre Raffarin

Nous verrons parce que, je l'ai souvent dit, c'est pour aller où, pour faire quoi. Je pense que les élections européennes seront assez déterminantes. Nous verrons. Moi, je suis profondément européen. Donc, c'est là où j'attends vraiment le renvoquer. Pour le moment, je n'ai pas d'indication suffisamment précise. Moi, je ne soutiendrai pas une liste eurosceptique. Je soutiendrai une liste européenne. Je pense que ce sera là l'axe où on va voir quelle est la stratégie de Laurent Wauquiez. Vous pourriez... Oui. Je veux un parti qui soit un parti européen, un parti girondin, un parti d'inspiration libérale. Donc, je n'irai pas dans l'euroscepticisme.

10:11
Présentateur

Mais, vous pourriez rejoindre La République En Marche ?

10:16
Jean-Pierre Raffarin

Pas vraiment, parce que... C'est pas un nom. Non, mais, je veux dire, s'il doit y avoir une liste des républicains eurosceptiques et une liste d'En Marche européenne, je serai avec la liste européenne. Moi, je serai avec la liste européenne. Si vous voulez, j'ai quitté volontairement, indépendamment, j'ai quitté la lutte pour le pouvoir. Donc, je ne suis plus dans la lutte pour le pouvoir. Je m'intéresse à la politique, je participe au débat de fond, je me suis engagé contre l'antisémitisme, je m'engage sur un certain nombre de sujets, mais je ne participe pas à la bataille du pouvoir.

En revanche, quand il s'agira de mettre un bulletin dans l'urne, je voterai pour la liste la plus européenne. Ça, c'est clair. Vous êtes à jour de cotisation pour le parti Les Républicains ? Oui, je souhaite. C'est pour ça que j'ai donné cette échéance de la fin de l'année où on préparera le projet européen. C'est pour moi le révélateur clair et net. Je ne serai pas avec les eurosceptiques.

11:11
Présentateur

Jean-Pierre Raffarin dans le grand entretien de France Inter. Il est 8h33. Alexandra Ben Saïd.

11:21
Invité

Jean-Louis Borloo était votre ministre de la ville. Jean-Pierre Raffarin lorsque vous étiez Premier ministre est là. Aujourd'hui, nouveau plan banlieue. 15 ans plus tard, est-ce que c'est normal qu'on en soit encore là ? Il y avait déjà eu des dizaines de milliards mis pour les banlieues lorsque vous étiez Premier ministre.

11:38
Jean-Pierre Raffarin

On avait fait beaucoup sur le plan de cohésion sociale avec Jean-Louis, notamment avec l'ANRU, recréation d'un certain nombre de quartiers. Je pense que Jean-Louis Borloo est l'un de ceux qui a la plus grande expérience de ces questions-là. Je pense qu'entre-temps, il y a peut-être eu une certaine démobilisation sur ce sujet. donc il était important de la reprendre et je pense qu'il est tout à fait pertinent parce qu'il a ce savoir-faire de rassembler, il a le savoir-faire de parler à tout le monde pour que dans les quartiers on trouve d'autres solutions à l'affrontement.

12:07
Invité

Mais est-ce que c'est normal ? Est-ce que ce n'est pas un peu le tonneau des Danaïdes ? On a l'impression qu'il faut toujours mettre de l'argent pour les banlieues. Pourquoi ça ne se solutionne pas ?

12:15
Jean-Pierre Raffarin

Parce que c'est très difficile, parce que c'est très compliqué, parce que nous sommes dans une situation économique tendue, parce qu'il y a des problèmes de chômage, parce qu'il y a des problèmes de délinquance, parce que nous avons d'énormes difficultés que si c'était facile ce serait fait. En effet, je pense qu'on peut naturellement accuser les pouvoirs successifs de ne pas avoir suffisamment réussi. Il faut mesurer la complexité du sujet avec tous ceux qui aujourd'hui se sentent exclus de la société et ont pour la société une forme de rejet et qui est un problème. Je crois qu'il ne faut pas chercher des excuses.

Nous ne sommes pas dans une société d'excuses, mais il faut parler de responsabilité. Et aujourd'hui, l'État, les collectivités doivent se sentir responsables de la cohésion sociale et notamment territoriale dans ces quartiers.

12:59
Invité

On parle de 48 milliards d'euros aujourd'hui avec ce plan Borloo pour les banlieues. C'est seulement une question d'argent ?

13:04
Jean-Pierre Raffarin

Non, ce n'est pas seulement une question d'argent. C'est pour ça que Jean-Louis Borloo est pertinent. C'est parce qu'il apporte autre chose qu'une logique financière. C'est une logique humaine, une logique de cohésion. Je pense que, de ce point de vue-là, Jacques Chirac, il faudra lui rendre hommage sur ce terrain-là, il avait vu juste. Il avait vu juste avec le problème de la cohésion sociale dans ces quartiers.

13:22
Invité

Les élus disent qu'avec Emmanuel Macron, les élus des banlieues, ils sont un peu en train de passer sous le radar. Est-ce que pour la politique de la ville, à votre avis, il faut un ministre dédié ou c'est une question d'hommes ?

13:33
Jean-Pierre Raffarin

Je pense qu'il faut qu'il y ait un ministère des collectivités territoriales. Aujourd'hui, les élus, vous avez vu les maires de France, les régions de France, les départements de France. Si vous prenez les trois présidents, c'est plutôt des gens qui sont assez proches d'Emmanuel Macron. Et pourquoi le dialogue ne passe pas ? Je pense qu'il manque un intermédiaire là parce qu'une partie des dossiers est traité à l'intérieur, une partie à la cohésion territoriale, une autre partie à la fonction publique. Donc je pense que là, il faut que les territoires soient considérés, qu'on puisse discuter avec eux. La décentralisation, ça a été quelque chose de très important.

On ne peut pas l'effacer comme ça et la recentralisation participera à la congestion du pays. Notre pays est congestionné par le haut. C'est une congestion cérébrale cette année.

14:16
Présentateur

Et le macronisme l'a amplifié ça ?

14:18
Jean-Pierre Raffarin

Et donc, je pense que c'est la crise qui l'a amplifié. Je pense que c'est à partir de 2008 d'ailleurs. Dans tous les pays, il y a eu des plans de relance, il y a eu des... La cabine centrale présidentielle a repris le pouvoir partout pour relancer les choses. Mais à partir du moment où la croissance peut revenir, il faut libérer l'énergie des territoires.

14:35
Invité

Les maires, justement, les maires s'inquiètent de la réforme constitutionnelle, la révision constitutionnelle qui s'annonce qui va être présentée le 9 mai. Ils disent qu'il faut préserver, graver dans le marbre l'autonomie fiscale et financière des communes. Il y a un risque de perte d'autonomie ?

14:50
Jean-Pierre Raffarin

Ah bien sûr, bien sûr, à partir du moment où avec la taxe d'habitation, mais on l'avait vu avec la réforme de la taxe professionnelle, à partir du moment où il n'y a plus les recettes qui sont décidées par le territoire, il est clair qu'il y a une perte d'autonomie. Et cette autonomie, elle est constitutionnelle. Il faut donner de la liberté au territoire. Et la liberté, ça veut dire la liberté de la recette et la liberté de la dépense. Comment on peut sauver la décentration ? C'est par la responsabilité. Les élus sont bons, on les garde. Les élus ne sont pas bons, on s'en bat. C'est la responsabilité. C'est, je pense, très important.

On a besoin, aujourd'hui, on a fait un certain nombre de réformes. Les grandes régions, par exemple, il faut digérer tout cela. Il faut faire confiance aux élus, il faut leur parler, il faut respecter les territoires. Je vous disais tout à l'heure, les grandes métropoles, c'est un énorme succès. Mais à côté de ça, les petites villes moyennes, qu'est-ce qu'elles vont devenir ? Parce que, naturellement, l'attractivité, quand vous êtes à 50 km de Bordeaux, vous êtes sous la flange. Et ça, on ne l'entend pas à l'Elysée. Et ça, il faut l'entendre davantage.

15:47
Présentateur

On passe au standard. Intervenez 0145 24 7000. Bonjour, Leslie.

15:52
Auditeur

Bonjour, M. Demorand. Bienvenue. Bonjour à toutes les types. Bonjour, M. Raffarin. Bonjour. Donc, vous êtes macroniste, donc acte. Moi, ce que je voudrais savoir, c'est si vous cautionnez les avisements de néfastistes qu'ils se permettent, avec fortes hélicoptères, fortes moyens, de faire le travail du gouvernement, ce qui est vrai, le travail du gouvernement, c'est-à-dire d'empêcher les migrants de passer les Alpes. Alors, on en reste là

16:22
Présentateur

pour commencer, Leslie, sur cet événement dont Thomas Legrand livrait l'analyse tout à l'heure dans son édito. La réponse de Jean-Pierre Raffarin.

16:30
Jean-Pierre Raffarin

Bonjour, Leslie. Vous me dites d'abord macroniste. Je ne suis plus dans une logique d'esprit partisan. Je suis aujourd'hui pour que la France réussisse. Et l'intérêt de la France, c'est que M. Macron réussisse. Donc, ce n'est pas par macronisme que je dis ça. C'est par goût de la France, c'est par la pensée pour mes enfants, pour mes petits-enfants. Je souhaite que le pays réussisse. Et donc, je ne souhaite pas simplement renverser un gouvernement pour le remplacer par quelqu'un d'autre. Je ne vois pas aujourd'hui sur la scène politique qui, aujourd'hui, est en situation de faire mieux que M. Macron. Donc, je soutiens la France plus que Macron.

Il se trouve que c'est le président des Français. Deuxièmement, je condamne tout ce qui est milice privée, tout ce qui n'est pas l'État de droit. Et je pense que c'est à l'État de faire respecter nos frontières. Et donc, je condamne toutes les manœuvres qui veulent, à un moment ou à un autre, suppléer l'État. On peut faire des reproches à l'État, mais on ne supplé pas l'État. Je pense que là, on en serait dans des situations très dangereuses.

17:23
Présentateur

Est-ce que le Parti des Républicains a fait le clair, a mis les choses au clair sur sa relation avec le Front National ou pas ?

17:32
Jean-Pierre Raffarin

Je pense que oui. Je pense que c'est vraiment une position fondamentale. Il y a eu, vous savez, un débat qui a été une sorte de fissure dans le Parti avec le Nini à l'occasion de l'élection présidentielle. Nous allons voir les évolutions sur ce sujet, mais il est évident que ça fait partie du pacte fondateur des ex-RPR et des ex-UDF quand ils se sont rassemblés. Ce n'était pas d'alliance, pas d'accord avec le Front National et clairement des positions différentes avec le respect de nos valeurs. S'il devait y avoir sur ce sujet-là une fracture, il est clair qu'il y aurait une fracture du Parti.

18:08
Présentateur

J'ai l'impression que vous parlez de tout ça comme si c'était déjà au passé Jean-Pierre Raffarin.

18:14
Jean-Pierre Raffarin

Non, je pense que...

18:15
Présentateur

Une chose est votre propre vie politique et une autre, une sorte de lien qui s'est distendu avec votre propre famille politique.

18:22
Jean-Pierre Raffarin

Si vous voulez, pour le moment, on est quand même dans une phase d'incertitude. D'abord, la Ve République, c'est le président de la République qui est en charge de l'essentiel. C'est le général de Gaulle qui le disait. Et donc, on est pour ou contre le président. Donc, aujourd'hui, je suis dans une situation où il faut aider le président. Je suis dans une situation où je ne connais pas actuellement la ligne politique sur le sujet qui est pour moi prioritaire qu'est l'Europe. Donc là, je suis dans une situation en effet d'observation. Et je dis très clairement que je n'accepterai pas que mon parti ne soit pas engagé pour l'Europe.

On a un président de la République qui a fait des propositions, qui le soir de son élection nous a fait exprimer l'hymne européen. On est sur ces lignes-là. Sur cette ligne-là, je serai décidé et ferme.

19:03
Présentateur

Sur l'application de France Inter, question de Marie, ne regrettez-vous pas d'avoir signé la tribune sur le nouvel antisémitisme ? N'avez-vous pas l'impression d'avoir jeté de l'huile sur le feu ?

19:14
Jean-Pierre Raffarin

Non, pas du tout. Je pense vraiment que l'antisémitisme qui est de plus en plus meurtrier en France n'est pas seulement l'affaire des Juifs, c'est l'affaire de notre pays. Et que notre pays doit réagir dans sa diversité sur ces sujets-là. Et quand je vois les imams qui, d'une certaine manière, prennent la parole après, pas forcément en réponse, mais en participant à ce débat et qui disent qu'ils veulent, qu'ils sont au service de la République, je dis qu'on a bien fait de dire ça. Parce que ce qu'on attend aussi des imams, comme on attend de tous les religieux, c'est qu'ils aient leur propre conviction, mais qu'ils défendent les valeurs de la République et leur appartenance à la France.

Et ce texte des imams est un bien des points, un texte très beau. Et si cette déclaration que nous avons signée à près de 300 personnes, si cette déclaration n'a eu comme seul effet que celle déclaration des imams, eh bien je crois qu'on a bien fait de le faire.

20:08
Présentateur

Allez, on retourne au standard. Frédéric, bonjour. Oui, bonjour à tous.

20:12
Invité

Bienvenue. Merci. Monsieur Raffarin, bonjour. J'aurais beaucoup de questions à vous poser sur les institutions. Je n'en poserai qu'une concernant les parlementaires. On nous a dit que les partenaires moins nombreux seraient plus efficaces. Bon, c'est une vérité révélée. Moi, je demande à voir. Ne pensez-vous pas qu'il aurait mieux valu, disons, avoir des parlementaires peut-être aussi nombreux, mais plus efficaces ?

Et je pense en particulier au cumul que l'on a gardé, que l'on a conservé, à la fois dans le temps et au tenté, puisque l'on peut être à la fois député et conseiller régional ou député européen et conseiller départemental, ce qui fait que les élus restent des carriéristes et qu'ils sont plus, disons, à défendre leur carrière. Ce n'est pas trop mal. Alors, il a quitté,

20:55
Présentateur

il a quitté la carrière, Jean-Pierre Raffarin, donc on va lui demander de réagir à votre question, Frédéric. Merci.

21:01
Jean-Pierre Raffarin

Frédéric, je pense que le cumul a quand même été amputé sérieusement. On ne peut plus être aujourd'hui à la tête d'un exécutif et parlementaire. On ne peut plus être député-maire, on ne peut plus être sénateur-maire. Donc, il y a quand même eu des avancées qui sont sur ce plan-là considérables, même si je pense que personnellement, un mandat local avec un mandat national, personnellement, je trouvais que c'était pas mal d'équilibrer l'enracinement avec la vision nationale. Je crois, si vous voulez, que là où Emmanuel Macron voit les choses clairement, c'est qu'on ne peut pas demander au pays des réformes dans tous les secteurs et que la fonction politique ne se réforme pas.

Et donc, je crois que la politique doit faire elle-même un geste d'autoréforme pour montrer qu'elle est dans le mouvement du pays qui est un mouvement de réforme.

21:44
Présentateur

Et vous êtes l'archiste sur cette réforme des institutions ?

21:48
Jean-Pierre Raffarin

Je pense que, oui, je pense que le président du Sénat défend bien la cause, il défend la cause du Parlement. Moi, je suis pour qu'on défend le droit du Parlement. Ce n'est pas le nombre des parlementaires qui compte le plus. Il ne faut pas qu'on supprime les élus ruraux, il ne faut pas qu'on supprime les kilomètres carrés dans notre représentation nationale. Il y a la population, il y a aussi les territoires. Donc, je pense qu'il faut être attentif à cela, mais globalement, ce n'est pas le nombre de parlementaires qui fait la qualité du Parlement.

Et donc, si on a des parlementaires moins nombreux, mais qui ont des moyens de travail, qui ont des procédures dans lesquelles ils sont respectés, je pense que le pays y gagnera. En tout cas, je crois qu'il serait dommage de dire le pays, la classe politique vous appelle à la réforme, mais elle ne veut pas se réformer. Moi, quand j'ai dit j'ai 69 ans, je quitterai, c'est parce que je considère qu'à un moment, il faut participer au renouveau. Alors, personne ne m'a demandé de partir, j'avais encore 3 ans à faire, mais je m'étais fixé depuis très longtemps que je ne serais pas à 70 ans parlementaire.

22:39
Présentateur

Merci Jean-Pierre Raffarin d'avoir été au micro de France Inter ce matin.