Visite du président syrien, Ahmed al-Charaa, aux États-Unis : "Il espère lever les sanctions américaines"
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Et alors comment vous l'expliquez?
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Il y a quoi d'autre aussi comme enjeu?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« C'est vrai que c'est bluffant pour parler. »
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« C'est le côté, l'ouverture américaine, le soutien américain à ce président en particulier. »
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Il est 6h21, c'est un voyage historique. Le président syrien va rencontrer Donald Trump aujourd'hui à la Maison Blanche. Il s'agit de la première visite bilatérale d'un chef d'état syrien aux Etats-Unis depuis 1946. Un déplacement qui illustre le réchauffement des relations entre les deux pays et que vous allez nous expliquer à la Côte de Manille. Bonjour. Bonjour. Vous êtes journaliste à Libération, spécialiste de la Syrie et vous êtes franco-syrienne. Cet événement diplomatique vous intéresse bien évidemment comme journaliste mais est-ce qu'il vous touche aussi en tant que franco-syrienne ?
Oui, c'est certainement, enfin, il me touche, il m'épate tout simplement. Plus en tant que syrienne et en tant que journaliste et qu'en tant que quelqu'un qui suit la région. C'est vrai que pour le premier président syrien qui aille aux Etats-Unis, qui aille à la Maison Blanche, soit celui-là.
Oui, qui a dirigé la branche syrienne d'Al-Qaïda quand même.
Oui, qui a passé plusieurs années dans des geôles américaines en Irak, qui dirigeait un mouvement terroriste recherché partout. C'est vrai que c'est bluffant pour parler.
Et alors comment vous l'expliquez ? Qui était l'initiative de ce voyage par exemple ?
Ah mais je crois que bon, évidemment que le président syrien est partant pour aller à Washington comme il est partant pour aller partout, parce qu'on l'a vu au Brésil il y a trois jours, il était à Moscou il y a une dizaine de jours. Non, il est très dynamique, il n'a pas de problème pour voyager. Et là, non, ce qui est plus surprenant, c'est que Donald Trump le reçoive à la Maison Blanche. C'est le côté, l'ouverture américaine, le soutien américain à ce président en particulier. D'abord, c'est jamais vu pour la Syrie, mais pose beaucoup de questions, d'interrogations notamment aux Syriens, qui sont vraiment, qui s'interrogent.
Ils se disent qu'il y a un loup, si Donald Trump fait ça, c'est qu'il a forcément une intention derrière. On parle de cette base militaire que les Américains veulent installer à Damas par exemple.
Il y a plusieurs choses, mais les Syriens, si vous voulez, depuis un moment, depuis l'arrivée tellement facile, la conquête du pouvoir par Amrachala, ça va faire un an. Le Syrien moyen est convaincu que, de toute façon, c'est les Américains qui l'ont encouragé, appuyé, soutenu, et depuis longtemps. Et c'est vrai qu'il y a des relations secrètes. Même quand il était encore chef de son mouvement d'HTS dans le nord syrien, bon, il a certainement collaboré avec les Américains, notamment pour éliminer quelques djihadistes beaucoup plus méchants.
Et donc, il y a cette base militaire que veulent les Américains. Il y a quoi d'autre aussi comme enjeu ? Est-ce qu'il y a un enjeu aussi économique avec la reconstruction du pays ? J'ai vu que la Banque mondiale dit qu'il y avait, grosso modo, ça va coûter 200 milliards d'euros. Ça, c'est une opportunité économique que ne veut pas rater Donald Trump ?
Je crois que là, les priorités ne sont pas les mêmes du côté de Trump et du côté de Jolani, pardon, d'Ahmed Shara. Il est certain que là, les Syriens veulent la clé économique, veulent vraiment, enfin, le président et tous les Syriens, il est vraiment pour, il espère lever des sanctions américaines, parce qu'elles sont encore là, qui ne dépendent pas uniquement du président Trump, c'est le Congrès qui doit décider là-dessus. Et alors que bon, côté américain, qu'est-ce qu'ils veulent de la Syrie ? Ce qui est intéressant, c'est de savoir qu'il y a un intérêt, et surtout, il table sur la Syrie dans la région pour être un facteur de stabilisation.
J'allais y venir parce que c'est un sacré bouleversement géopolitique quand même. La Syrie, jusqu'à présent, c'était un pays qui était aligné sur la Russie, sur l'Iran. La Syrie et Israël sont, en théorie, toujours en état de guerre depuis 1948, alors que les Etats-Unis sont les alliés les plus fidèles d'Israël. Ce n'est pas super lisible, ce rapprochement entre les Etats-Unis et la Syrie.
C'est pour ça que je dis que c'est spectaculaire, c'est étonnant, bien sûr. Mais bon, c'est vrai qu'avec le renversement du régime Assad, que l'alliance avec l'Iran tombe, ça, c'était tout à fait attendu, que la Russie, alors ça, c'était plus inattendu, qu'ils se remettent en relation avec la Russie. Cela dit, il faut savoir qu'historiquement, la Syrie a des relations privilégiées avec la Russie. Depuis l'indépendance... C'est que là, la Russie, elle héberge Bachar el-Assad. Et même à l'ère pré-Assad. Ah oui. C'est pour ça, par exemple, que l'armée syrienne a toujours été entraînée par les Russes, qu'elle a du matériel russe et tout ça.
Donc ça pourrait changer les équilibres géopolitiques du Moyen-Orient, vous pensez ? Ça a déjà changé. Là, la présence américaine est beaucoup plus forte, et justement parce qu'elle peut s'appuyer sur la Syrie, entre autres, qui n'est plus aux mains de l'Iran et complètement sous la coupe des Russes. Mais du côté américain, c'est vrai que la place centrale de la Syrie, quand on regarde la carte, c'est le pays frontalier d'Israël, de la Jordanie, de l'Irak, du Liban, de la Turquie. C'est quand même... Donc il pourrait y avoir un apaisement peut-être avec Israël ? C'est envisageable ? Alors, il y a maintenant un accord.
Les Américains auraient souhaité carrément faire rentrer les Syriens dans les accords d'Abraham, parce que c'est le gadget de la Maison-Blanche, ou de Trump, personnellement, dans la région. Mais avec la Syrie, ce n'est pas possible. Je veux dire, la Kazakhstan, il a fait adhérer le Kazakhstan pour dire que ces accords sont toujours vivants. Mais bon, la Syrie a quand même, non seulement une frontière, une histoire de guerre, et surtout un territoire occupé. Le Gaul en Syrie est occupé par Israël, internationalement reconnu comme territoire occupé, même s'il a été annexé, et même s'il n'a pas reconnu l'annexion.
On va suivre tout ça très attentivement. Il y a encore beaucoup de choses à dire. Merci beaucoup à la Codemani, journaliste à Libération. Vous étiez l'invité du 5-7.