Croissance : le gouverneur de la Banque de France souligne la résilience de l'économie même si c'est "insuffisant"
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France Inter, Alibadou, Marion Lourdes. Grand entretien ce matin avec Marion Lourdes. Je vous le disais, nous recevons le gouverneur de la Banque de France. Son rôle, il est multiple et il est considérable. Rôle central dans la politique monétaire et la stabilité financière à l'échelle nationale et européenne. Il supervise les banques et les assurances. Il gère le crédit, le surendettement des ménages. Il surveille également les entreprises en très grande difficulté. Et il publie régulièrement des prévisions économiques qui font autorité et qui nous permettent de mieux comprendre et de mieux regarder à quoi ressemble la santé de l'économie française aujourd'hui.
Vos questions, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France. François Villeroy de Gallo, bonjour. Bonjour Alibadou. Et bienvenue docteur. Vous avez donc publié des projections macroéconomiques pour la France. On va s'y arrêter. Mais d'un mot, si vous deviez diagnostiquer le patient, il est malade, il se porte bien, il est résilient comme disent certains ?
Oui, il est résilient. Et là, il faut vraiment donner un coup de chapeau au courage des entrepreneurs qui continuent à se battre et puis au courage des Français qui travaillent. Il y a plus de 30 millions de Français au travail. Le résultat, c'est que nous remontons un peu notre prévision de croissance à 0,9% cette année. On pensait 0,7% jusqu'à présent. Et puis à 1% pour les deux années prochaines. Alibadou, je le souligne, c'est résilient, mais ça n'est pas suffisant. Il y a une faiblesse de la croissance dans toute l'Europe. Il va falloir aussi traiter.
Évidemment. Mais cette résilience, elle vous paraît surprenante. Dans la période d'incertitude que nous traversons et avec les difficultés qui s'accumulent et cette croissance qui reste à tonne, extrêmement faible, ça vous surprend ?
Il y a une forme d'autonomisation de la vie économique par rapport à la vie politique. Ceci dit... Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que les chefs d'entreprise et les Français continuent à faire tourner l'économie, à créer, malgré l'instabilité politique. Ceci dit, nous estimons que cette incertitude politique et budgétaire, elle nous coûte au moins 0,2 point de croissance pour la France. Donc on aurait pu, et on devrait faire encore mieux, en particulier, il faut traiter notre problème budgétaire. Ça, le problème des déficits, c'est la maladie, pour reprendre votre expression, numéro 1 de la France. Évidemment.
Mais 0,2% de croissance, juste d'un mot pour que tous les auditeurs et moi-même nous comprenions, qu'est-ce que ça représente très concrètement ?
Ça rapporterait, mécaniquement, ça rapporterait à la France 6 milliards de plus, donc ça ferait plus d'emplois, plus de pouvoir d'achat, ça ferait aussi plus de recettes publiques pour diminuer nos déficits. Alors, puisque vous nous parlez des déficits, justement, les discussions sur le budget 2026 sont en cours, elles touchent à leur fin, en réalité, puisqu'on est en commission mixte paritaire à partir d'aujourd'hui. À ce stade, en fait, il y a plusieurs versions du projet de budget. Il y a celui du Sénat, qui prévoit un déficit à 5,3%, et celui de Matignon, qui espère plutôt 5%. Pour vous, ce déficit à 5%, c'est vraiment un plafond ?
Vous dites que sinon la France serait en danger, pourquoi ? Oui, alors, d'abord, Marion Lourdes, il y a la procédure parlementaire, il y a effectivement cette commission mixte paritaire aujourd'hui, il n'est pas sûr que ça soit tout à fait la fin du feuilleton, mais on va regarder le chiffre global de déficit, c'est effectivement ça qui compte. On part de 5,4% du PIB, rapporté à la taille de notre économie, ça c'est cette année, 2025, il faut absolument être à 3% dans 4 ans, pourquoi 3% ? C'est l'engagement européen que nous avons pris, mais c'est surtout le niveau de déficit à partir duquel la dette commence enfin à reculer, rapportée toujours à ce PIB.
Alors après, moi j'ai eu l'occasion de dire...
Vous y croyez toujours, au 3%, c'est un objectif qui appartient au passé, non ?
Je crois à Libadou que c'est extrêmement important, parce que sinon...
Mais ça ressemble furieusement à une fiction depuis quelques années,
notamment depuis le Covid. Non, non, j'espère bien que ça n'est pas une fiction, d'ailleurs tous nos voisins européens sont descendus sous les 3%, on s'envoie de le faire comme l'Italie. Mais c'est quoi le danger ? Pourquoi est-ce que c'est très important ? Je crois qu'il faut l'illustrer pour les auditeurs. La France, sinon, est menacée d'étouffement budgétaire. C'est des choses très concrètes. Ça veut dire quoi ça ? Chaque année, aujourd'hui, les intérêts que nous devons payer sur la dette, ça nous coûte 7 milliards de plus. Donc au bout de 10 ans, ça fait 70 milliards qu'on dépense. 70 milliards, c'est énorme.
C'est plus que le budget entier. 74 milliards en 2026, c'est le deuxième poste de dépense de l'État après le budget de l'éducation nationale.
Et comme on ajoute chaque année 7 milliards, ça veut dire qu'au bout de 10 ans, on a englouti en supplément d'intérêts plus que le budget, effectivement, de l'éducation nationale ou de l'école. C'est ça l'étouffement budgétaire. Il vaut bien mieux qu'on consacre nos ressources à des dépenses comme notre sécurité, comme l'école, comme le numérique ou le climat.
Oui, mais ça implique de réaliser des économies. Et c'est là où votre discours est écouté de très très près. Parce que lorsque vous proposez de revenir à l'équilibre budgétaire ou quasiment qu'il faudrait réaliser 140 milliards d'euros d'économies d'ici 2029, les chiffres ont été différents selon les différents premiers ministres qui se sont succédés très rapidement à Matignon. Est-ce que cet objectif est atteignable sans massacrer le modèle social français ?
Je le dis brutalement. Non, non, moi je suis très attaché au modèle social européen comme la grande majorité des Français. Et quand on regarde nos voisins, c'est encourageant parce qu'ils ont réussi à le faire en gardant le modèle social. Mais si je peux revenir une minute sur les chiffres, pour être vers ces 3% en 2029, moi j'avais souhaité qu'on fasse le quart du chemin la première année et donc que le déficit descende à 4,8% l'an prochain. Je crois qu'au vu du débat parlementaire, ça n'est plus atteignable aujourd'hui. Il me semble qu'il y a une vraie frontière, c'est les 5% dont vous parliez et qu'au-delà, effectivement, la France se mettrait en danger. Pourquoi ?
Parce que les marchés financiers et les investisseurs internationaux peuvent être extrêmement volatiles et sensibles à un certain nombre de signaux négatifs. Une procédure européenne qui reprendrait contre la France pour déficit excessif, des agences de notation qui nous dégradent, etc. Ne prenons pas ce risque. Alors, comment est-ce qu'on fait ?
Ce risque, il existe. Les marchés internationaux continuent de suivre la France. Les investissements étrangers se portent extrêmement bien dans notre pays, malgré tous ces indicateurs qui vous inquiètent et vous alarment à juste titre.
Vous savez, les investisseurs internationaux, ils comparent. Et ils continueront, bien sûr, de prêter à la France, mais ils risquent de prêter beaucoup plus cher. Et à ce moment-là, si les taux d'intérêt français montent, c'est pas seulement un problème pour l'État qui emprunte, c'est aussi un problème pour les entreprises et c'est un problème pour les Français eux-mêmes à travers, par exemple, les crédits immobiliers. Alors, comment est-ce qu'il faut faire ? C'est la question que vous posiez. Je crois, d'abord, qu'il faut regarder les dépenses. Et pas pour faire du tout des coupes sauvages.
Il faudrait arriver à stabiliser globalement les dépenses, ce qu'on appelle en volume, c'est-à-dire après avoir tenu compte de l'inflation. Vous savez, pour le même résultat que nos voisins, dont j'ai parlé, avec le même modèle social, nous dépensons beaucoup plus qu'eux. Nous dépensons 9% du PIB en plus. Donc, regardons politique par politique, le logement, la sécurité, la santé, ce qui va le mieux chez nos voisins. Moi, je ne suis pas du tout idéologique ou politique. La Banque de France est indépendante. Je suis très pragmatique. Alors, à ce stade, l'option la plus probable, on va dire, c'est la mise en place d'une loi spéciale.
Si les députés et les sénateurs n'arrivent pas à s'entendre et si le budget ne passe pas le cap de l'Assemblée, ce qui est quand même, à ce stade, l'option privilégiée, est-ce que cette loi spéciale, c'est-à-dire, en quelque sorte, cette reconduction du budget pour arriver à payer les retraites et toutes les prestations, c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle ? Parce qu'au fond, ça permet de faire des économies. La loi spéciale, c'est une solution de très court terme. Comme nous l'avons d'ailleurs fait l'année dernière. Il y a eu une loi spéciale adoptée en décembre 2024, mais ça a été pour quelques semaines, parce qu'ensuite, il y a eu un budget adopté début février de cette année.
Pourquoi est-ce qu'il faut un budget ? Pour deux raisons. La première, c'est que la loi spéciale ne fait aucun choix. Or, nous avons besoin, par exemple, de dépenser plus pour la défense. Et puis, l'autre raison, c'est que la loi spéciale, elle nous conduirait à un déficit nettement supérieur à ce qui est souhaitable, parce qu'elle ne comporte pas de mesures d'économie, elle ne comporte non plus aucune mesure fiscale. Mais pas de revalorisation des retraites non plus, par exemple. Alors, si la revalorisation des retraites, elle l'est acquise depuis le vote de ce qu'on appelle le PLFSS, pardon du jargon, le projet de loi de la sécurité sociale.
Au passage d'ailleurs, ce PLFSS a été acquis par une majorité au Parlement, ça c'est plutôt une bonne nouvelle pour la stabilité politique. Grâce à la suspension. Mais sur le contenu, ça fait plutôt le choix des seigneurs, dont je suis d'ailleurs, plutôt que des jeunes, parce qu'il y a indexation complète des retraites, même des plus aisées. Or, il est arrivé en France, entre 2014 et 2016, qu'on freine un peu les retraites les plus aisées, beaucoup de nos voisins l'ont fait. Il n'y a aucune économie sur des dépenses de santé et de confort, et on lègue trop de déficits à nos enfants et petits-enfants. Marion Lourd, je vais dire une chose très simple.
D'habitude, les parents ou les grands-parents aident leurs enfants. Là, collectivement, nous sommes en train de faire l'inverse. C'est-à-dire qu'on leur transmet une charge supplémentaire. Donc, il faut vraiment revenir à la solidarité.
Avec la disparition des boomers, et ça, c'est un transfert aussi absolument considérable. Donc, la situation est plus compliquée. François Villeroy de Gallo, deux questions rapides avant de rejoindre les auditeurs d'Inter. L'opinion des Français sur la situation économique du pays, pour l'année à venir, c'est nettement dégradé. Et c'est ce qu'on peut lire dans la dernière note de l'INSEE parue cette semaine. La part des ménages pessimistes pour le pays est passée de 23% avant la pandémie à 43%. Près d'un Français sur deux est inquiet quant à l'avenir économique de la France. Vous aussi ?
Alors, ce sondage de l'INSEE, que vous citez, est très intéressant, parce qu'il montre que les Français sont à la fois pessimistes sur le plan collectif, et relativement confiants sur leur situation individuelle. Quand on nous compare, d'ailleurs, à l'Allemagne ou à l'Italie, c'est une spécificité française. Donc, on a des joueurs français formidables, on le disait tout à l'heure à propos de l'économie, il y a 68 millions de Français, il y a 30 millions au travail, simplement, notre moral collectif, il est très mauvais. Bonheur individuel, malheur collectif.
Si vous me permettez, je suis frappé, je crois que nous sommes à la fois un peu trop complaisants avec nos faiblesses, on a parlé des déficits et de la dette, et pas assez confiants dans nos propres atouts. Vous savez, l'économie française et européenne, elle a beaucoup d'atouts, une épargne privée abondante, un grand marché intérieur, un réservoir de talent, c'est ça qu'il faut mobiliser, puisqu'on parlait de la croissance. Moi, je vais mettre un souhait, mais qui est réaliste, on disait autour de 1% croissance résiliente. Mais nous pourrions porter la croissance française et européenne plutôt à 1,5% en moyenne.
Mais vous parliez de l'épargne. Et ça changerait tout. L'épargne, elle est liée aussi à l'inquiétude, à l'incertitude. François Villeroy de Gallo, le taux d'épargne est en forte hausse, 18,4% au troisième trimestre 2025. C'est une hausse de 4 points par rapport à l'avant-pandémie. Les Français, ils épargnent trop, ils ne dépensent pas assez. La consommation, c'est la moitié du PIB du pays.
Oui, alors ça, c'est le reflet direct de l'incertitude politique dont nous parlions. Mais donc, il faut l'épargne. On voit partout, dans les économies avancées, une épargne qui est beaucoup plus élevée qu'avant la pandémie, à cause de ce contexte international inquiétant, y compris la guerre en Ukraine. Mais nous y ajoutons, nous, Français, une couche supplémentaire d'incertitude. C'est ça qui coûte 0,2 points de croissance. C'est ça qui fait aussi, Alibadou, que si on règle notre problème de dette, qu'on commence à réduire sérieusement nos déficits, ça ne pèsera pas sur la croissance.
Cette fois-ci, je le souligne, parce que ça réduirait l'incertitude et probablement, ça ferait un peu moins d'épargne et plus de consommation de la part des Français.
Question de Jonathan sur l'application Radio France, M. le Gouverneur. L'inflation a été largement maîtrisée. C'est l'un des rôles de la Banque de France, notamment. Il est temps de baisser les taux d'intérêt pour relancer l'investissement, notamment les crédits immobiliers nécessaires aux Français pour accéder au logement. Il y a urgence. Pourquoi est-ce que ça ne se fait pas ?
Ça s'est fait, Alibadou. Je veux le dire très clairement. J'étais hier à Francfort pour la réunion à la Banque Centrale Européenne du Conseil des Gouverneurs sous la présidence de Christine Lagarde. Les taux de la BCE, les taux applicables sur l'euro, nous les avons baissés huit fois depuis l'année dernière. Ils sont aujourd'hui à 2%, alors qu'ils sont à 3,6% aux Etats-Unis ou 3,75% en Angleterre. Et ça se traduit sur le crédit immobilier qui soucie légitimement l'auditeur. On était à plus de 4% au début 2024. On est aujourd'hui à un peu plus de 3%. Les Français, d'ailleurs, ont recommencé à emprunter. C'est une bonne chose. Vous parliez des sujets européens.
Les dirigeants européens sont parvenus à un accord la nuit dernière pour aider l'Ukraine à se financer contre la guerre d'invasion russe. Donc les Européens vont prêter 90 milliards d'euros à Kiev, un argent qui sera adossé sur le budget européen et non pas sur les avoirs russes qui étaient gelés, notamment parce que la Belgique, qui abrite la plupart de ses avoirs, craignait des mesures de rétorsion russes. D'après vous, banquier central, est-ce que c'est la moins mauvaise des solutions ? Oui, il y a eu beaucoup de débats sur comment faire avec un débat juridique extrêmement compliqué autour de ces avoirs russes. Je ne vais pas prétendre avoir une compétence particulière.
Je crois qu'il faut plutôt saluer une bonne chose, c'est qu'il y a cette décision européenne de financer l'Ukraine. Nous devons aider l'Ukraine, parce que son combat est un combat juste. Et puis c'est aussi notre intérêt économique d'essayer que ce pays tienne bon. Il y a des risques financiers à adosser ça sur les avoirs russes gelés ? Il y a des risques juridiques qui existaient. C'était ce débat compliqué avec la Belgique. Vous savez, les modalités ne comptent pas beaucoup. Simplement, c'est besoin de financement. Évidemment, il faudra les couvrir, qu'on ait pris d'ailleurs les avoirs russes ou le budget européen.
D'où l'électivement de prêter 90 milliards d'euros à taux zéro ? Ce que font les Européens pour aider les Ukrainiens ? Vous avez parlé de l'ampleur de la dette et on connaît l'ampleur des déficits. Est-ce que nous sommes en situation de prêter 90 milliards d'euros à un pays tiers sans taux d'intérêt ?
Alibadou, je crois qu'il faut regarder les choses. C'est le monde tel qu'il est. Évidemment, nous préférions tous qu'il n'y ait pas eu d'agression russe en Ukraine. Ça a d'autres conséquences budgétaires. Ça veut dire aussi que nous devons augmenter nos dépenses de défense. Mais l'aide totale à l'Ukraine, ça représente moins de 1% du PIB européen. Ça, je crois malheureusement que c'est un bon investissement pour notre sécurité, pour la paix et du coup, à terme, pour la croissance économique. Je souhaite beaucoup qu'on puisse arriver à un accord de paix équilibré. Mais raison de plus pour être rigoureux, sérieux sur les autres dépenses. Nous avons des marges de manœuvre.
Et puis, il faut peut-être des mesures exceptionnelles du côté des recettes fiscales. On ne peut pas augmenter beaucoup les impôts. Mais si je me permets de citer un exemple, une surtaxe temporaire d'IS, comme elle existait l'année dernière, d'impôt sur les sociétés, sur les grandes entreprises, jusqu'à ce qu'on soit descendu sous 3% de déficit, s'est peut-être justifié.
Bonjour, Edouard. Et bienvenue sur France Inter avec le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Gallo. Vous aviez une question, justement, sur l'institution qu'il dirige.
Bonjour, M. François de Gallo. Bonjour. Je m'interrogeais, avec les déficits qu'on a, de l'intérêt du maintien de la Banque de France, étant donné qu'il y a une banque centrale européenne et que le coût de la Banque centrale de France est quand même extrêmement cher.
Bonne question. Vous nous appelez, Edouard, de la Réunion. Réponse, François Villeroy de Gallo, il n'est pas le seul à se poser cette question.
Je vais répondre sur deux choses. La première, c'est l'engagement que nous avons pris vis-à-vis des Français, qui sont nos actionnaires, puisque la Banque de France, elle est 100% publique. C'est de réduire sensiblement nos coûts. Ce que nous avons fait ces dix dernières années, ça a été un effort très exigeant de la part des hommes et des femmes de la Banque de France que je salue. Et l'autre chose qui est très importante, c'est que l'euro, il fonctionne avec un système fédéral, c'est-à-dire une banque centrale européenne qui est de taille assez limitée, et puis des banques centrales nationales dans chaque pays, dont la Banque de France.
C'est ça qui nous permet d'être en proximité des Français et de rendre tous les services dont nous parlions, cette analyse de conjoncture que nous faisons sur le terrain, le sur-endettement, la surveillance des banques, etc. L'euro, si vous me le permettez, l'euro n'est pas hors sol dans une tour à Francfort. L'euro, il est en proximité des acteurs économiques
et des citoyens. La proximité des citoyens, justement, avec les citoyens, c'est une question qui se pose à de nombreux Français.
Avec les règles du découvert bancaire, cette proposition de loi qui vient d'être présentée en Conseil des ministres, les banques devront mener une analyse de solvabilité, comme pour les crédits à la consommation. En fait, ça veut dire qu'on pourra refuser, la banque pourra refuser un découvert en cas de revenu trop faible. Qu'est-ce que vous pouvez dire aux Français inquiets ? Alors, il ne faut pas que ça change la situation pour les petits découverts. Cette directive européenne, si vous me permettez, elle a été adoptée à l'unanimité parce qu'elle protégeait mieux, justement, les consommateurs et les emprunteurs.
les banques, en fait, ça n'était pas la loi, mais les banques, jusqu'à présent, faisaient une étude assez simple de leurs emprunteurs. Oui, elles sont payées des agios.
Ça n'est pas de la philanthropie
ni de la générosité. Ça n'est pas de la générosité. Il n'y avait pas de droit automatique. Nous allons veiller dans ce qu'on appelle l'observatoire de l'inclusion bancaire avec les associations et les banques parce que les choses ne changent pas. Et effectivement, il y a des agios. Ça, c'est un aspect positif de la directive qu'on a moins souligné. Oui. C'est que ces agios vont être beaucoup mieux plafonnés.
Et une question aussi conjoncturelle, c'est celle des virements, Marion, puisque c'était une question qui s'est posée et de nombreuses personnes se demandaient s'ils pourraient faire des virements.
À la fin de l'année, entre Noël et le jour de l'an, pas de virements ? Comment ça se fait ? Comment est-ce possible ? Alors, j'avoue que là... Ça vous échappe ? Non, je crois que les choses sont tout à fait possibles. Il peut y avoir telle ou telle mesure technique, à chaque fois, les banques ont pris effectivement des dispositions pour que les gens puissent effectuer leur paiement. Il n'est pas question d'arrêter la vie économique. Fusse, pendant la période des fêtes, que je souhaite quand même bonne à toutes celles et ceux qui nous écoutent.
Vous incitez, oui, les Français à aller dépenser, dépenser pour acheter des cadeaux et faire justement les fêtes de la plus belle manière qui soit. Aller casser vos livrets d'épargne pour faire des cadeaux
à ceux que vous aimez ? Non, à Libadou, moi je suis assez respectueux de la liberté des Français qui encore une fois sont les propriétaires de la Banque de France et les citoyens. Vous n'êtes pas le Père Noël ? D'abord, je ne suis pas le Père Noël et le Père Noël en matière économique n'existe pas. C'est d'ailleurs plutôt une bonne nouvelle, c'est que notre santé économique est le résultat de notre travail. Donc quand on travaille de façon efficace, ce que les Français ont fait, ont fait des résultats économiques, on a des meilleurs résultats.
Mais c'est les Français qui décident, réduisons les taux d'intérêt, on l'a fait, réduisons l'incertitude, ça on a encore à le faire et je pense qu'effectivement notre pays se portera mieux. on parlait, vous savez, de l'équipe des 30 millions de Français au travail. Nous avons fait, nous, Français, une chose formidable, si vous me permettez de terminer par ça, c'est la réussite des Jeux Olympiques il y a un an. Nous avons étonné ensemble le monde entier. Alors, ayons plutôt l'esprit des Jeux Olympiques que les Isanis d'Astérix qui ne nous aident pas du tout à avancer. J'espère qu'il y aura des compromis politiques possibles pour un budget qui redresse enfin les comptes de la France.
Et 64 médailles sur l'application Radio France Jean-Charles, puisque vous parliez de la croissance et de son importance, Jean-Charles vous demande comment il est possible de conserver le modèle économique actuel de croissance à tout prix tout en tenant les objectifs de développement durable et de soucis de préservation de la planète. Alors,
c'est aussi une question très importante. On peut avoir une croissance qui soit plus verte, qui soit moins émettrice de CO2 avec des énergies décarbonées, la France a le nucléaire, il faut développer le renouvelable, mais c'est aussi l'intérêt stratégique de l'Europe. Je souligne une chose qu'on ne dit pas très souvent, c'est que les économies, les énergies décarbonées, que ce soit le renouvelable ou le nucléaire, chaque pays choisit sa combinaison. Ce sont les seuls que nous sachions produire en Europe. Les énergies fossiles, on peut prendre le pétrole, le gaz, le charbon, il faut aller les chercher en dehors d'Europe et ça crée de la dépendance stratégique, on l'a vu avec le gaz russe.
Donc, notre intérêt écologique rejoint notre intérêt économique, il faut évidemment continuer sur la transition et là, je suis désolé de dire que M. Trump et son administration sont en déni de la réalité climatique, mais le changement climatique, il faut le combattre, l'Europe, heureusement, continue ce combat. À propos d'environnement et de commerce extérieur, il faut parler quand même du report du traité du Mercosur, la signature qui était prévue ces jours-ci et qui va être reportée au mois de janvier. Le commerce extérieur, il porte aussi la croissance française. Est-ce que vous trouvez que c'est dommage de ralentir sur cet accord ?
Alors, c'est un accord qui a été très longuement négocié. Je pense qu'en général, l'Europe a intérêt à passer ce type d'accord a fortiori face au nouveau protectionnisme américain et puis à une certaine offensive commerciale chinoise. C'est le moins qu'on puisse dire. Parce qu'il y a des tas d'autres partenaires dans le monde avec qui il faut que nous passions des accords. Le Mercosur est un sujet sensible, on le sait, pour les agriculteurs. Donc, je crois qu'on s'est donné un peu plus de temps pour regarder des clauses qui protègent mieux les agriculteurs européens. Si c'est un délai qui permet d'arriver à un meilleur accord ou plus de garanties, ça n'est pas une mauvaise chose.
Mais l'intérêt global, c'est que l'Europe soit au centre de coalitions de volontaires qui veulent garder un monde juste. L'Europe, on en a beaucoup parlé. D'un mot, oui. L'Europe, ça doit porter... L'Europe, c'est peut-être mon souhait de cette fin d'année. L'Europe, vous savez, elle porte un certain nombre de valeurs. On a parlé de notre modèle social, mais aussi des règles du jeu équilibré, que ce soit pas toujours la loi du plus fort et puis le respect, bien sûr, des valeurs démocratiques. C'est un combat qui vaut la peine d'être mené.
Vous avez une drôle de liste pour le Père Noël, le François Villeroy de Gallo. Merci, monsieur le gouverneur. C'est une belle liste, vous connaissez. Vous êtes optimiste ? C'est plutôt rare.
Je suis en tout cas déterminé et je trouve que l'exemple des chefs d'entreprise et des Français qui ont continué de travailler nous montre la voie grâce à cette résilience économique.
Bonne journée et bonne fête, monsieur le gouverneur de la Banque de France. Merci d'avoir été l'invité d'Inter. Sous-titrage ST' 501