Jean-Louis Bourlanges se dit "très choqué" par le départ du commissaire européen Thierry Breton
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France Inter, 5-7.
Il est 6h21, c'est aujourd'hui que nous devrions connaître la composition de la nouvelle Commission européenne pour les 5 prochaines années. Avec quelle place pour la France dans ce casting gardera-t-elle un poste important ? C'est là toute la question, après la démission surprise hier en pleine tractation du commissaire français Thierry Breton, qui s'apprêtait pourtant à effectuer un nouveau mandat. Avec nous ce matin, l'un des meilleurs connaisseurs de la mécanique européenne. Bonjour Jean-Louis Bourlange.
Bonjour.
Vous avez été député européen pendant près de 20 ans. Votre dernier mandat s'est fait en France, à l'Assemblée, député pour le Modem et président de la Commission des affaires étrangères. Vous ne vous êtes pas représenté en juin. Alors ce matin, c'est donc la stupéfaction à Bruxelles, un tel départ est rarissime, d'autant plus que dans sa justification, Thierry Breton n'est pas tendre avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Il dit qu'il a été désavoué, il lui reproche une gouvernance douteuse. C'était quoi le problème entre les deux ?
Écoutez, je ne sais pas quel est le problème, mais je suis quand même très choqué par la façon dont on procède vis-à-vis de M. Breton. Il incarnait une certaine politique, peut-être bien, peut-être mal, ça c'est à discuter, mais il incarnait une certaine politique, une certaine exigence de relève du défi technologique pour les Européens imposé par les Américains, et tout à coup le voilà éliminé du casting sans aucune justification rendue publique. Donc je trouve que c'est à la fois offensant pour Thierry Breton, et en même temps extrêmement désinvolte à l'égard des citoyens européens que nous sommes.
Nous avons un commissaire qui a joué un rôle important, c'est très important ce poste de commissaire, et nous devrions savoir en quoi il a démérité. C'est une lettre de cachet qui frappe M. Breton.
Thierry Breton qui était commissaire européen au marché intérieur, vous trouvez qu'il a un bon bilan ?
Écoutez, je crois que ça mériterait autre chose qu'une discussion comme ça sans être instruit. Si on avait des choses à lui reprocher, on n'avait qu'à le dire. En tout cas, il a incarné une volonté de redressement technologique de l'Union Européenne, dont on ne voudrait pas, juste au moment où le rapport Draghi insiste sur la nécessité de poursuivre dans cette voie, dont on ne voudrait pas qu'elle soit purement et simplement ignorée. Peut-être que Mme van der Leyen avait de bonnes raisons de se priver des services de Thierry Breton, mais on aimerait les connaître.
Ce départ, est-ce que ça peut être préjudiciable pour la France ? Est-ce que c'est le signe d'une perte d'influence de la France en Europe ?
Je crois que les conditions dans lesquelles ce départ est effectué et le fait que M. Breton démissionne et les conditions de nomination de M. Séjourné sont très peu satisfaisantes. Je crois qu'il faut insister sur le caractère très anormal de la procédure qui est en cours. C'est un poste éminent, c'est beaucoup plus important que la plupart des postes ministériels, ce poste de commissaire européen. Eh bien, regardez, c'est une décision unilatérale du Président de la République sans que le Premier ministre y soit officiellement associé.
Je trouve étonnant que Michel Barnier, qui vient de dire que le pouvoir devait être partagé en matière internationale entre le Président de la République et le Premier ministre, s'en soit accommodé. Je le trouve autant plus étonnant, j'insiste, que M. Barnier, en 1999, quand il a été nommé commissaire, a été nommé par une décision conjointe formelle des services de l'Élysée, c'était M. Chirac, et des services de Matignon, c'était M. Jospin. Pourquoi est-on revenu à une mesure discrétionnaire du Président de la République au moment même où tout le monde dit que le Président de la République doit un peu lâcher la main ?
Parce que le choix du commissaire français, ce n'est pas une prérogative du Président de la République, ce n'est pas inscrit en tant que tel dans les textes.
Ce n'est pas certainement pas. C'est une nomination du gouvernement. Alors, en période de non-cohabitation, le Président décide parce qu'il décide de tout, en réalité, mais nous sommes dans une situation très différente où le Parlement n'est pas sur la même ligne que le Président, où le Premier ministre est issu d'une formation d'opposition et où nous sommes en train de faire l'apprentissage d'une méthode de décision partagée. En matière de cohabitation, seul le commun accord entre le Président de la République et le Premier ministre devrait être la règle officiellement.
Jean-Louis Bourlange, le Président a donc choisi Stéphane Séjourné, un ministre des missionnaires de l'Europe et des affaires étrangères. C'est vraiment un très très proche, fidèle parmi les fidèles. Est-ce que c'est le pont candidat pour être commissaire européen ?
Écoutez, monsieur, je voudrais encore dire un mot sur la procédure. Quand on nomme un commissaire en cours de mandat, il n'y a pas de procédure de contrôle parlementaire. C'est un accord entre le Président ou la Présidente de la Commission et l'État qui nomme le commissaire. Là, donc, M. Séjourné va être nommé. Il n'y aura aucune procédure parlementaire et il n'y aura donc ni d'association du gouvernement, ni d'association du Parlement français, ni d'association du Parlement européen. Donc c'est le fait du prince ? Oui, c'est le fait du prince. Alors même que tout le discours aujourd'hui est de dire que justement, le fait du prince, ça n'est plus tout à fait là.
Alors la question que vous posez, sur son profil ? M. Séjourné est un homme tout à fait estimable, très sympathique. Je l'ai connu comme ministre quand il était ministre des Affaires étrangères. Simplement, je trouve que c'est un choix très particulier parce que c'est l'homme liche du Président. Il est totalement lié depuis sept ans. C'est vraiment un collaborateur, alors comme dirait M. Sarkozy, du Président de la République. Or, je crois qu'un commissaire européen, ça n'est pas cela. Un commissaire européen, c'est un homme indépendant qui se doit à l'Europe et qui doit, pour que l'institution marche, ne pas dépendre de son état d'origine.
Et là, je trouve qu'au moment, si vous voulez, au moment où le Premier ministre cesse d'être un factotum du Président de la République, il est quand même curieux que le commissaire soit lui-même un factotum du Président de la République. Il y a quelque chose de choquant.
Merci beaucoup Jean-Louis Bourlange d'avoir été en direct ce matin sur France Inter dans le 5-7.
Jean-Louis Bourlanges