"Une affaire turque" : la diaspora turque à l’écran
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Questions et réponses
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- 3:28OuverteRéponse directe
Et qu'est-ce que ça a changé pour les autres que vous changez de prénom, mais aussi pour vous ?
- 5:54OuverteRéponse directe
Pourquoi est-ce qu'il passe par le père ?
- 7:35OuverteRéponse directe
C'est une phrase que vous avez souvent entendue. C'est United in your soil ?
- 8:12OuverteRéponse directe
Aujourd'hui, la communauté turque en France compte à peu près 700 000 personnes et vous avez cette responsabilité entre guillemets de la porter à l'écran
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 8:12InvitéChiffre
« Aujourd'hui, la communauté turque en France compte à peu près 700 000 personnes »
- 2:07InvitéFait
« Abdallah a été tabassé par un assistant parlementaire européen, neveu d'un ancien ministre de l'Intérieur, mais surtout son chef de groupe à Strasbourg. »
- 2:15InvitéFait
« C'est un homme que lui, Mathieu, en tant qu'avocat, a quelque peu sous-doyé pour déposer un amendement à une loi européenne sur l'intelligence artificielle. »
Temps de parole
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Un avocat qui présente bien Mathieu Dumont, avocat d'affaires dans un cabinet prestigieux. Il travaille jour et nuit, il retire sa montre de luxe quand il va voir ses parents à Villiers-le-Bel. Mathieu est turc, son vrai prénom c'est Mustapha mais il a préféré changer. Tout lui sourit jusqu'au jour où sa sœur le sollicite au nom de toute la communauté.
Abbé, je peux te demander un service ?
Vas-y, je t'écoute.
Franchement, celle-là c'est pas pour moi. Je te jure, c'est pas pour moi.
Ouais, ouais, je t'écoute.
Tu vois le fils de Toulkouta Abbé, Abdullah, c'est un jeune du quartier. Et il est chauffeur de taxi, il s'est fait agresser par un client. Mais genre agression raciste, tu vois. Et il a besoin de conseil juridique. Donc je me suis dit, là, maintenant que t'es là, tu pourrais le voir. Tu sais, je te demanderais pas si c'était pas important. J'ai sa petite soeur au lycée, sa famille galère. Il peut t'attendre au café.
Il peut m'attendre ?
Oui.
T'as tout prévu, quoi.
Non, mais tu peux le voir, tu sais, avant de partir, tu le vois, c'est tout.
Ok, ok.
Je suis sûre que ça ferait plaisir à papa. Tu t'en fous ?
Non.
Merci.
Bonjour, c'est Lina Hedin-Gursoy.
Bonjour, merci pour l'invitation.
Merci à vous d'être ici dans le studio des Matins d'été. Bienvenue. Votre film Une Affaire Turque est sorti hier au cinéma. Alors, votre personnage, Mathieu, qu'on vient d'entendre ici avec sa sœur, accepte à contre-cœur cette demande. Il rentre chez lui. Il commence une rapide enquête sur l'homme qui a tabassé le jeune Abdallah. Et ce qu'il trouve ne l'arrange pas vraiment.
En effet, il se rend compte rapidement dans le récit que l'agresseur du jeune est un neveu de ministre, donc quelqu'un de protégé. Et donc, il va essayer de trouver une solution qui va non seulement arranger le jeune Abdallah, mais aussi il va essayer d'y trouver un gain personnel pour arranger tout le monde.
Abdallah a été tabassé par un assistant parlementaire européen, neveu d'un ancien ministre de l'Intérieur, mais surtout son chef de groupe à Strasbourg. C'est un homme que lui, Mathieu, en tant qu'avocat, a quelque peu sous-doyé pour déposer un amendement à une loi européenne sur l'intelligence artificielle. Parce que l'un de ses très gros clients, c'est une entreprise de la défense qui vend des instruments de reconnaissance faciale pour Frontex. Et cette entreprise ne veut surtout pas que cette loi passe, donc il y a déjà eu contact entre ces deux hommes avant qu'Abdallah n'arrive dans l'affaire. On n'en dira pas plus sur l'intrigue Husséine Aïdine-Gurseuil, il faut aller voir le film.
Mais ce qu'on peut dire, c'est que votre personnage, Mathieu, Moustapha, il est tiraillé sans cesse entre la vie qu'il s'est construite et la loyauté envers sa famille.
Oui, tout à fait, c'est vraiment au cœur du projet, de l'écriture, du scénario que j'ai co-écrit avec Ludovic Duclari. Et ça part de mon récit personnel. Moi, je suis né en Turquie, je suis arrivé en France à l'âge de trois ans et j'ai grandi avec un titre de séjour. J'ai fait des études en informatique et quand j'avais 20 ans, on s'est posé la question, quand j'ai eu la nationalité, de changer de prénom. J'ai fait le choix de changer de prénom. J'ai remplacé mon prénom turc Husséine par un prénom français, Raphaël. Et j'ai vu, par mes recherches de stages, ma recherche d'emploi, ma recherche de logement, la différence de traitement aussi que j'avais après avoir changé de prénom.
Et qu'est-ce que ça a changé pour les autres que vous changez de prénom, mais aussi pour vous ? Est-ce que ça vibre pareil en soi quand on vous appelle Raphaël plutôt qu'Husséine ?
C'est vrai que j'ai très mal vécu ce changement de prénom au début. J'ai beaucoup hésité à revenir sur ma décision. À l'époque, c'était plus compliqué, il fallait repasser par un tribunal. Aujourd'hui, c'est plus simple. Mais j'ai très mal vécu. C'est vrai que le premier stage que j'ai fait avec mon nouveau prénom, on m'appelait, je ne me retournais pas. Mais avec le temps, j'ai compris que ça m'enlevait aussi une charge mentale, parce que je pouvais décider, avec mes interlocuteurs, de donner mon prénom français ou turc, selon si j'avais envie de m'ouvrir un peu sur mes origines. Parce qu'il y a une bienveillance, parfois une curiosité, de poser la question d'où on vient, etc.
Mais parfois, on n'a pas envie d'ouvrir ces questions, ou en tout cas de se rappeler qu'on vient d'ailleurs et qu'on n'est pas vraiment d'ici, en tout cas.
Votre personnage, Moustapha, alias Mathieu ou vice-versa, joué par Lionel Erdogan. Aucun lien ?
Non.
Il vous l'avait plongé dans les hautes sphères du pouvoir. Il doit absolument contrôler son image. Il est avocat dans un grand cabinet dont le directeur est joué par Charles Berling. Il a la pression à la fois du travail, mais aussi les attentes des siens, qui lui reprochent davantage son absence, qu'il ne le félicite pour ses succès. Que reste-t-il chez Mathieu, de l'éducation qu'il a reçue ?
C'est élémentaire pour moi. Il y a une vraie nostalgie quand on pense à la communauté d'Ouenville. Il y a beaucoup d'amour. C'est comme ça qu'on a voulu aussi le traiter quand il revient chez ses parents.
C'est très tendre, le regard sur la famille.
Oui, on a essayé en tout cas de vraiment installer ça. Mais c'est vrai que nos parents, quand ils viennent en France, ils sacrifient beaucoup. Ils viennent dans un pays dont ils ne parlent pas la langue. Mais en réponse à ça, ils s'attendent à ce que nous, on se sacrifie pour eux. Donc il y a une vraie charge mentale, un fardeau, nous, que l'on porte dans nos choix, dans notre besoin, dans notre culpabilité de rendre à la communauté. Et c'est un peu ça qui va amener le personnage de Mathieu Moustapha à aider le jeune et qui va un peu entraîner tout le reste du récit.
Ce jeune joué par Méthéane Aigune. Alors Mathieu lui donne d'abord une très grosse enveloppe pour qu'il ne porte pas plainte contre ce client qui l'a non seulement couvert d'un jeu raciste, mais qui lui a aussi envoyé la portière au visage et lui a fait perdre un oeil. Donc il n'arrive pas à convaincre ce jeune. Donc il va passer par son père. Pourquoi est-ce qu'il passe par le père ?
En fait, il y a cette idée dans la communauté. En tout cas, c'est un père un peu plus conservateur qu'il retrouve à la mosquée. Et il va, en fait, dans son récit, Mathieu va tout faire pour retourner tout le monde contre Abdullah, pour le convaincre de jeter l'éponge jusqu'à aller, à faire des choix assez immoraux. Dans le récit, c'est comme ça qu'on le traverse dans un arc un peu négatif, de retourner le père contre son fils en lui expliquant qu'il s'est fait aider par une association qui déplaît au père.
Le père est donc convaincu par ce que lui dit Mathieu. Il accepte l'enveloppe et il demande à son fils de raccompagner Mathieu à l'ascenseur.
Je suis désolé Abdullah. J'ai essayé de t'expliquer mais tu ne m'as pas écouté. On ne sera jamais vraiment chez nous ici. On sera toujours ramené à nos origines. Donc soit tu acceptes les règles, tu fais des compromis comme moi, soit tu te fracasses contre le mur.
Moi je n'en veux pas de tes compromis. Je suis chez moi ici. Mon père avait une chute au travail parce qu'il ne suivait pas les consignes de sécurité. Il disait biché en masse. Moi il me fait payer tous les jours pour ces conneries. Là dès que je décide, enfin par moi-même, c'est toi qui départ qui détruis tout.
Tu dois accepter les compromis. C'est une phrase que vous avez souvent entendue. C'est United in your soil ?
Oui, c'est quelque chose aussi que je me suis appliqué à moi-même dans mon parcours personnel et dans cette relation entre ces deux personnages, j'avais envie de poser un peu cette fracture générationnelle entre ceux qui sont nés en Turquie, qui grandissent avec un titre de séjour commun, donc qui deviennent français un peu sur le tard, donc qui ont un rapport plus complexe à la nationalité française et les nouvelles générations qui naissent en France, qui sont français, qui sont nés français et donc qui assument le fait d'être pleinement dans cette quête de justice comme Abdoulade. Donc il y a une vraie fracture générationnelle qu'on a voulu traiter.
Aujourd'hui, la communauté turque en France compte à peu près 700 000 personnes entre les Turcs et les Français issus de cette immigration et vous avez cette responsabilité entre guillemets de la porter à l'écran parce qu'il me semble que pas que d'autres films de cinéma les mis au centre.
Oui, c'est en effet quelque chose d'assez inédit. C'est vrai que c'est une vraie fierté quelque part de pouvoir le faire et l'intérêt à travers ce film aussi, c'était de pouvoir montrer la communauté turque dans toute sa diversité avec des personnages, une multitude de personnages qui ne sont pas forcément d'accord entre eux, qui ont différents points de vue sur la question et ce qui nous permet de montrer aussi que la communauté turque n'est pas un bloc uni mais qui est aussi très diverse.
On le suit d'ailleurs Mathieu dans certaines traditions alors qu'il rejimbe un peu à suivre mais on lui demande de le faire. La fête de fin du ramadan où on se souhaite joyeux Bayram ou la fête du aîné qui précède un mariage. Ce Mathieu qu'on n'arrive pas à détester pendant à peu près les trois quarts du film alors qu'il va d'erreur en erreur. Merci beaucoup Husséen Aydin Gursøy. Votre film Une Affaire Turque est sorti hier au cinéma. Merci.
Merci beaucoup. Merci.
Merci. Merci.