François Ruffin : "Sur le plan du sentiment d'injustice, le pyromane, c'est Macron"
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L'invité du grand entretien de France Inter et donc le député de la Somme, La France Insoumise, intervenez, amis auditeurs. Vous avez la parole dans 10 minutes, 01 45 24 7000, les réseaux sociaux, l'application France Inter. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Merci d'être au micro d'Inter. Vous êtes l'un des organisateurs de la fête à Macron qui aura lieu demain à Paris et qui intervient dans un contexte politique très particulier, marqué par les violences du 1er mai et les débats qui les ont suivis. Hier, le président de la République faisait clairement le lien entre une initiative comme la vôtre, le climat qu'elle installe, les mots qu'elle emploie et les violences donc qui ont eu lieu.
Comment avez-vous reçu l'accusation ?
D'abord, moi, parce qu'il disait que je n'acceptais pas son élection et qu'on la remettait en permanence. Moi déjà, j'accepte pleinement l'élection d'Emmanuel Macron. Je l'ai accepté à 20h01, donc il n'y a pas de difficulté de ce côté-là. Maintenant, c'est lui qui doit accepter le fonctionnement de la démocratie. Le fonctionnement de la démocratie, ce n'est pas je mets mon bulletin de vote dans l'urne et ensuite je me tais pendant 5 ans et j'obéis au monarque républicain. Ce n'est pas ça. C'est le droit de manifester. Et c'est le droit de manifester en toute sécurité. Et nous, nous faisons tout pour que les gens puissent manifester en toute sécurité.
Moi, je pense que ça serait bien que le président de la République, le Premier ministre, le ministre de l'Intérieur, à la place de se livrer, à mon avis, de veines polémiques et qui sont complètement inutiles, ils cherchent à mettre toute leur énergie pour que la manifestation de demain se déroule dans les meilleures conditions possibles. Parce que nous, on veut un manifestement festif et joyeux. On l'a posé comme tel dès le début. On a parlé d'une manifestation pote au feu. Vous imaginez que quand vous voulez convoquer les forces révolutionnaires et les placer à Paris et que vous voudriez que ça pète, vous appelez ça une manifestation pote au feu.
Alors, c'est potage, justement, ou c'est violent ? Parce que Benjamin Griveaux disait hier à ce micro que la fête à Macron, faire la fête à quelqu'un, c'est quand même de la violence politique.
Écoutez-moi, ça fait 18 ans que j'écris et que j'agis. Et en 18 ans, jamais je n'ai prôné la violence. Et je vais même vous dire, ce n'est pas pour une raison morale. Parce que je pense qu'il y a un rôle de la violence dans l'histoire. Notre fête nationale, c'est le 14 juillet. C'est un jour violent. Il y a eu la destruction d'un bâtiment public. Mais il y a eu des morts, et ainsi de suite. Mais c'est pour une raison politique. Pourquoi ? Parce que mon objectif, c'est que le fleuve déborde. C'est qu'il y ait de plus en plus de monde dans les manifestations.
C'est qu'on passe de dizaines de milliers à centaines de milliers de personnes et peut-être qu'à un moment, on franchisse le cap du million, ce qui entraînerait naturellement des grèves, des blocages, un rapport de force puissant avec l'exécutif. Et dans ce cadre-là, comment avoir ce fleuve qui déborde, ces gens qui viennent en manifestation ? Ce n'est pas en ayant de la violence qui sert d'épouvantail et qui contribuerait à venir repousser les papas et mamans qui voudraient venir avec leurs enfants en poussette. Et moi, mon objectif, c'est que les papas et les mamans puissent venir en poussette pour protester contre la politique d'Emmanuel Macron.
Je pense qu'il y a de manière souterraine dans ce pays, il y a des secteurs qui sont en lutte, les cheminots, les étudiants. Mais au-delà de ça, je pense qu'il y a quelque chose de beaucoup plus massif et de beaucoup plus explosif, qui se compte là en centaines de milliers, en millions de personnes qui ne veulent pas de la société qu'on leur avance, qui ne veulent pas de cette concurrence de tous contre tous, qui ne veulent pas que tout soit donné aux riches. Et moi, mon objectif, c'est que dans des manifestations comme celle de demain, on vienne faire surgir cette France souterraine et qu'on lui donne un lieu d'expression.
Donc, premier objectif de la fête à Macron, c'est déjà de vous compter, si j'ai bien compris.
Oui, il y a un objectif ça. Après, il y a un objectif qui est de la forme, puisqu'on va avoir un gâteau d'anniversaire, des chars d'anniversaire. Donc, il s'agit de renouveler les formes de manifestations. C'est un carnaval ? Il peut y avoir un côté carnaval. J'espère qu'il y aura. Vous savez, moi, je ne suis pas dans le contrôle. Donc, quand je lance quelque chose comme ça, derrière, je ne cherche pas à voir tout. Qu'est-ce que ça va être tel banderole ? Qu'est-ce que ça va être tel chat ? Je sais qu'il y a un Macron, Dracula. Enfin, il y a des trucs comme ça. Les gens, ils font un peu ce qu'ils veulent. Et je les invite à venir faire ce qu'ils veulent aussi. Il y a un concert debout.
Vous savez, les gens qui viennent avec leur instrument de musique pour jouer, faire un concert. Il y a Corille Maziero, alias Capitaine Marleau, qui vient prendre la parole. On a un certain nombre de prises de parole comme ça. Donc, voilà, moi, je crée un espace. Et j'espère que les gens vont venir l'habiter de la manière la plus festive qui soit.
Vous savez que la caractéristique du carnaval, c'est le retour à l'ordre, après l'inversion des rôles.
Oui, mais moi, je pense que... D'ailleurs, je vois une certaine fébrilité du pouvoir. Je ne prétends pas que demain, ça va être gigantesque. Mais je pense que là, il y a un frémissement. On ouvre un espace qui fait que... On va péter un plafond, je l'espère. Et le pouvoir se demande quand même qu'est-ce qui va se passer ensuite. On voit qu'il y a déjà une nouvelle date qui est placée dans le calendrier, qui me paraît une date très intéressante. La date du samedi 26 mai, il faut que ça soit encore validé par la base des organisations.
Mais là, on aurait un moment où le mouvement citoyen, ce genre de choses que nous, on a lancées, les syndicats et les partis se retrouvent tous ensemble pour appeler ensemble, ensemble, ensemble à une même date. Et ça, il me semble que c'est quelque chose qui est très intéressant. C'est-à-dire des espèces de cloisons qui tombent. Moi, vous savez, je suis citoyen et j'écris depuis 18 ans. Mais je suis aussi syndiqué puisque je suis à la CGT, SNJ-CGT, depuis mon arrivée à France Inter. Ils m'ont bien défendu quand j'ai été viré depuis 12-13 ans. Et puis ensuite, je suis député depuis un an.
Quand je vais en manifestation, je ne cloisonne pas en me disant quelle est la tranche qui va en manifestation demain.
Mais la CGT n'est pas là. Philippe Martinez l'a dit aussi très clairement cette semaine. une manifestation de ce type est une manifestation qui dilue le calendrier des mobilisations et du coup fragilise le mouvement social. Ce n'est pas le seul aspect de sa critique. Mais déjà, sur ce point-là,
que lui répondez-vous ? Moi, je pense qu'on est dans une dynamique. Il faut regarder les choses dans une dynamique. Je veux dire, quand on invite à une manifestation pote au feu, qu'on dit qu'il va y avoir un gâteau d'anniversaire, qu'il y a un hymne à Macron, et ainsi de suite, on comprend que les organisations syndicales traditionnelles se disent « qu'est-ce que c'est que ce machin ? » et y aillent avec précaution. Il y a quand même pas mal de bouts de la CGT qui viennent à l'intérieur de la manifestation. Maintenant, je comprends que... En plus, on est sur un mot d'ordre qui est directement politique. C'est faire la fête à Macron. Oui, mais qui n'est pas social, dit Philippe Martinez.
Oui, mais moi, je pense que...
Qui n'est pas une revendication sociale.
Je pense que ce mot d'ordre, il comprend plein de revendications sociales. Vous voyez, tout le monde le comprend, y compris au sein de la CGT. Les syndiqués le comprennent, mais les Français le comprennent. Quand, à l'automne, on a la décision d'Emmanuel Macron de supprimer les contrats aidés, d'instaurer la CSG pour les retraités, de gratter un peu d'APL pour les locataires, quand on a tout ça et qu'en même temps, en même temps, ils suppriment l'impôt sur la fortune pour les actionnaires à hauteur de 3,5 milliards d'euros, c'est quand même très significatif.
Mais là, aujourd'hui, où on vient nous répéter, j'ai un rapport là sur les EHPAD qui nous dit qu'il y a de la maltraitance institutionnelle dans les EHPAD. Pourquoi ? Parce qu'il y a du sous-effectif. Que la réponse de la ministre de la Santé, madame Agnès Buzyn, c'est de dire la France n'a pas les moyens budgétaires d'embaucher pour les maisons de retraite, d'embaucher pour que les vieux ne soient plus maltraités institutionnellement. Que là, il n'y a pas les moyens budgétaires.
Et que dans le même temps, en même temps, monsieur Emmanuel Macron, dans le magazine Forbes, vient nous annoncer la suppression de l'exil taxe, qui était une taxe mise en place par Nicolas Sarkozy, qui n'est pas quand même le plus gauchiste des présidents qu'on ait eu. Viens nous annoncer ça, que ça va encore coûter un petit milliard d'euros et qu'il n'y a pas de problème là pour trouver ça pour les riches. Il y a là une injustice, une injustice sociale que tout le monde comprend, que tout le monde saisit.
Il a reconstitué, pour rester dans les mots de Nicolas Sarkozy, un bouclier fiscal, d'après vous ?
Emmanuel Macron ? Oui. Mais je veux dire, il va plus loin. Je pense qu'il baigne tellement dans ce milieu des hyper-riches que son objectif est de leur faire plaisir en permanence sans même s'en rendre compte. Il baigne là-dedans. Donc il y a quelque chose qui est naturel pour lui. Vous savez, quand il parle de pyromanes, en disant, moi je suis un pyromanes, je suis un pyromanes, en effet, parce que moi... Pyromanes indignées. Pyromanes indignées. Je suis un pyromanes, en effet, parce que moi je cherche à rallumer le feu de l'espoir dans le cœur des gens. Voilà. Ça, c'est une donnée. Rallumer le feu, c'est une chanson de Johnny, je ne sais pas si Gérard Collomb va vouloir l'interdire aussi.
Mais enfin bon. Mais le pyromanes, je suis désolé, avec cette politique qui vient dire à tout le monde qu'il n'y a pas d'argent dans les caisses, qu'il n'y a pas d'argent dans les caisses, et qu'en même temps, je supprime pour près d'un milliard d'euros l'exil taxe pour les plus riches de ce pays, mais le pyromanes, je suis désolé, mais sur le plan budgétaire, sur le plan fiscal, sur le plan du sentiment d'injustice, c'est lui.
Mais est-ce que le sentiment d'injustice qui peut être vif, François Ruffin, se traduit en soutien pour vous et les vôtres ?
Ce n'est pas acquis du tout ? Rien n'est jamais acquis à l'homme, ni sa faiblesse, ni son cœur. Mais donc voilà, je ne prétends pas qu'il y ait quoi que ce soit d'acquis aujourd'hui. Ni même évident ? Non, c'est un chemin. Il faut montrer aux gens qu'on tient compte de leurs préoccupations, qu'on cherche à être leur voix, être leur représentant, et il faut qu'ils se reconnaissent dans ce que nous proposons. Et je ne prétends pas qu'aujourd'hui, ça soit fait. C'est un chemin.
Un mot de sociologie sauvage avant de donner la parole aux auditeurs de France Inter. Comment expliquez-vous que venant du même lieu qu'Emmanuel Macron, ayant fréquenté le même lycée, venant d'un milieu social comparable à bourgeoisie, pour le dire vite, vous ayez eu deux trajectoires politiques et idéologiques si différentes ?
Je n'ai pas envie de me lancer aujourd'hui dans un numéro de narcissisme et d'égo-centrisme. J'ai dit sociologie sauvage.
Je ne vous demande pas de vous allonger et de raconter votre vie. Juste, comme analyse politique de deux trajectoires.
Mon milieu social n'est pas celui d'Emmanuel Macron et mon milieu social, en vérité, n'est pas la bourgeoisie. Je veux dire, j'ai un père éduqué, mais au-dessus de ça, c'est très vite très populaire. Et donc voilà, il y a un lien avec une élévation du niveau d'éducation. Et maintenant, ce que je dis, moi, j'appartiens à la classe intermédiaire. Et la force potentiellement de la classe intermédiaire, vous savez, les armes aujourd'hui, c'est l'éducation quand même, c'est la culture et tout ça, ce sont quand même des armes. Et la force de la classe intermédiaire, c'est qu'elle peut choisir au service de qui elle met ces instruments-là.
Et j'aurais pu choisir de mettre mon savoir, je suis éduqué, j'ai fait l'école, le centre de formation des journalistes, j'aurais pu choisir de mettre mon savoir au service de Bernard Arnault, au service de ses journaux et au service de la pensée dominante. Et j'ai fait un choix, et peut-être que ce n'est même pas été un choix, ça a été une pente, mais j'ai fait un choix qui a été inverse et qui a été, comme je me trouvais au milieu, d'aller dans une autre direction et de mettre, je pense, mes paroles, mes lectures et tout ça au service des gens. Est-ce que vous êtes
un établi, comme on disait en 68 ?
Non, je ne crois pas du tout. Moi, vous savez, j'habite une petite maison à Amiens et tout ça. Un établi, c'est quelqu'un qui allait à l'usine. C'est un bourgeois qui allait à l'usine. Mais non, moi, je ne suis pas du tout. Moi, je m'assume dans ma condition de classe intermédiaire, mais je fais un choix. Hier, j'étais dans le Val-de-Nièvre, donc une vallée particulièrement touchée par le chômage. Et hier soir, j'assistais à l'Assemblée Générale de l'Association des Demandeurs d'Emploi dans le Val-de-Nièvre, qui est une petite association qui avait pour but d'aider les gens à se déplacer quand ils avaient un entretien à Épaule-Emploi ou un entretien d'embauche et ainsi de suite.
Et qu'est-ce qui est en train de se passer là ? C'est qu'ils s'interrogent sur la dissolution de l'association, non pas parce qu'il n'y a pas de besoin, mais simplement parce qu'il y a une baisse des financements. Et il y a une baisse des financements en particulier du Conseil départemental qui va dire, bah oui, parce que nous, on a une baisse des financements étatiques. Eh bien, voilà où je choisis de me trouver. Je me choisis de me trouver hier aux côtés des demandeurs d'emploi du Val-de-Nièvre.
François Ruffin au micro de France Inter, vous avez la parole. 01 45 24 7000 et tous les moyens modernes pour dialoguer avec François Ruffin. Bonjour Bernard, vous nous appelez de Lyon.
Oui, Bernard de Lyon. Bonjour monsieur le député Ruffin. Bernard de Lyon, je dis complètement mon identité. Je suis un marcheur historique du mouvement d'Emmanuel Macron. Oui, je ne vois pas, je vois très bien dans le terme la fête à Macron une contestation monsieur Ruffin violente. Le terme, pour moi, est clair. La langue française, disait Clémentine Autain, est une belle langue, mais quand elle est placée dans le contexte d'un mouvement de contestation, je vous ai entendu parler de Macron, de Dracula, d'un hymna à Macron. Vous avez même parlé du 14 juillet, notre fête nationale, en retenant que c'était d'abord une fête violente.
J'ai beaucoup entendu de termes violents et vous n'avez pas peur que dans votre manifestation demain, il y ait des débordements et plutôt que plutôt que de faire ce genre de manifestation avec ce terme-là en plus de fête à Macron, ce serait plus raisonnable d'avoir entre nous un débat démocratique surtout que vous êtes parlementaire.
Merci Bernard pour cette question. François Ruffin, il y en a énormément qui vont dans le même sens et sont quasiment sur le même thème.
Alors, je redis, moi, ça fait 18 ans que je fais le choix de la non-violence. Je le dis, je le fais pour une raison politique qui est que je veux faire gonfler le fleuve, ce que je crois en mouvement de masse. En gros, pour moi, ça remonte à la fin du 19e siècle. La question a été tranchée à ce moment-là.
À ce moment-là, vous avez des anarchistes qui mènent une propagande par le fait, c'est-à-dire par les bombes, en espérant qu'en tant un certain nombre de députés et ainsi de suite, on va solidariser le peuple contre l'élite et ça échoue puisque qu'est-ce qui se passe c'est qu'il y a une désolidarisation entre le peuple, le contraire, rejette ces méthodes et il y a un deuxième mouvement qui est le mouvement socialiste et je m'inscris moi dans cette tradition qui a fait un choix autre qui est le choix de l'amplification qui est le choix du mouvement de masse.
Donc je le redis, nous, nous faisons et ça fait 18 ans que je fais ce choix-là, le choix de la non-violence parce que je pense que c'est comme ça qu'on arrive à accrocher de plus en plus de monde. Vous savez, dans mon film, Merci patron, il y a un moment où le commissaire des renseignements généraux dit ce sont les minorités agissantes qui font tout. Moi, je ne crois pas. Je crois qu'il est trop gauchiste. Moi, je pense que les minorités agissantes peuvent beaucoup mais à condition de trouver le chemin des gens, le chemin des masses, le chemin du peuple qu'on appelle ça comme on veut, c'est-à-dire qu'on ne peut pas être une locomotive tout seul si derrière, on ne raccroche pas de wagons.
Et moi, mon objectif est en permanence de raccrocher des wagons derrière. Mais en effet, Emmanuel Macron que soutient Monsieur est une incarnation de l'oligarchie. Et moi, j'utilise des images. Des bâtons, dit Bernard. Des bâtons. Pas de char, pas de Dracula, pas de violence verbale. Des bâtons. Le débat, il se déroule toujours dans le cadre d'un rapport de force. Je suis pour le dialogue, moi. Je suis pour le dialogue social, politique, tout ce que vous voulez. Je viens débattre quand vous voulez, avec qui vous voulez. Mais ça, ça se déroule dans le cadre d'un rapport de force. Par exemple, je parlais des EHPAD tout à l'heure.
Mais quand on commence à discuter des EHPAD à l'Assemblée nationale, je suis renvoyé dans les cordes par Agnès Buzyn qui me dit mais ce n'est pas un problème, il n'y a pas de souci, les certificats sont en règle et tout ça. Et puis ensuite, les gens se mobilisent dans la rue. Il commence, il y a une journée d'action des EHPAD et à ce moment-là, la ministre vient nous parler de manière complètement différente.
Donc ça veut dire que le dialogue, il se déroule dans le cadre d'un rapport de force et tous les jours, Emmanuel Macron, il a un rapport de force qui est en sa faveur puisque là, il y a les grands patrons qui sont très satisfaits, il y a un certain nombre de personnes qui répandent ses idées partout et donc voilà. Et puis il y a un certain nombre
de Français qui le soutiennent, François Ruffin.
Oui mais je ne nime pas. Une majorité même. Alors là, il n'y a pas aujourd'hui une majorité, je pense qu'il y a même une majorité de Français qui n'est pas avec Emmanuel Macron. Maintenant, le problème qu'on a, c'est que ça se traduit par de la résignation, par de l'indifférence. Donc l'objectif n'est même plus de convaincre les gens que la politique d'Emmanuel Macron est injuste, mais elle est de convaincre qu'on peut faire quelque chose contre ça, qu'on n'est pas réduit à l'impuissance. Et moi, ma baccarpe principale, c'est de faire sortir les gens de ce sentiment d'impuissance. Eric, bonjour, vous nous appelez du Var, soyez le bienvenu.
Oui, bonjour, bonjour à toute l'équipe, bonjour à François Ruffin. Déjà, moi, je vais indiquer qu'en termes de débat, la République en marche, c'est rarement du débat, c'est plutôt on impose parce qu'on a gagné. Pour ce qui concerne François Ruffin et demain, nous, on va monter du Var, moi, je suis agriculteur, mardi soir, jour du 1er mai, on est allé servir des repas aux migrants qui sont bloqués à 20 000. Je viendrai en parler, je pense, avec les gens autour de moi, samedi. Et je voulais savoir comment éviter le piège de la politique spectacle puisque c'est souvent des choses qui te sont reprochées. La façon dont tu interviens, la façon dont tu...
Je pense que ça doit inquiéter un petit peu le pouvoir puisque tu sais très bien que les gens regardent ce que tu fais.
Merci, Eric, pour cette question tutoyée adressée à François Ruffin, le piège de la politique spectacle. Vous avez été journaliste, vous savez vous servir des médias.
J'ai même fait un film qui repose pour beaucoup sur de la mise en scène. Je pense que la politique, c'est aussi la mobilisation des affects, de la colère, de l'espoir, de la joie, d'émotions. Et donc, dans l'émotion, vous savez, il y a mouvement. Et moi, mon objectif est de mettre en mouvement. Donc, ça passe aussi par des émotions, mais pas seulement. J'ai fait un tas d'interventions à l'Assemblée nationale, longues, par exemple, sur les questions agricoles ou encore, par exemple, sur les femmes de ménage dans mon intervention à l'Assemblée nationale. Il n'y a pas de spectacle. Et ça fait 13 millions de vues.
Donc, je suis satisfait où on n'entend pas les gens, sur les femmes de ménage, les auxiliaires de vie sociale, les assistantes maternelles et sans le moindre usage de spectacle, simplement par le verbe et des fois, ça marche. Vivien dans l'Aisne. Bonjour, bienvenue.
Bonjour. On vous écoute.
Je voulais questionner, M. Ruffin, sur l'appel continuel à la convergence des luttes, ce qui me semble louable et auquel j'aspire aussi. Mais est-ce que ça ne passait pas aussi par une convergence des gauches ?
Merci, Vivien, pour cette question, François Ruffin. Je dois dire que,
personnellement, la convergence des luttes, pourtant, j'étais dans une nuit debout qui n'arrêtait pas de parler de ça, mais c'est jamais un truc que j'ai fait pleinement bien. Et jamais j'ai prôné ça. Pourquoi ? Parce que, finalement, des luttes, il faut dire ce qu'il y a aujourd'hui, il n'y en a pas tant que ça non plus. Et donc, faire converger les luttes, c'est insuffisant. J'ai entendu une avocate, on a eu plein de réunions de préparation de ce qui va se passer demain, il y a une avocate du syndicat des avocats de France qui a proposé l'expression convergence des causes.
Et ça me paraît beaucoup plus intéressant, pour moi, parce que ça veut dire qu'il y a des causes qui, aujourd'hui, ne sont pas encore en lutte et qui, néanmoins, ont besoin d'être représentées, ont besoin d'être mises en mouvement. Et ensuite, dans la manifestation de demain, vous aurez un front politique très large, puisque le Parti communiste appelle, Génération sera là, que, évidemment, la France insoumise, dont je suis, se trouvera présente. Enfin, voilà. Donc, là, il y a des composantes de la gauche qui sont là. Maintenant, moi, c'est vrai que ce n'est pas mon truc. Donc, les machins de... Enfin, comment l'alliance des gauches, le cartel, le machin, tout ça, ce n'est pas mon...
Mais je pense que dans une lutte, dans un mouvement, il y a possibilité que tout le monde se rassemble, syndicats, partis et mouvements citoyens.
Un mot, Bernard, notre premier auditeur, disait, posez la question des débordements possibles en marge de la fête à Macron, de votre manifestation de demain. Que pouvez-vous lui répondre ?
D'abord, je vais répondre que nous, nous faisons tout avec un serviseur et même deux, avec... Je rencontre le préfet de police de Paris juste après cette émission. Nous faisons tout pour que sur le caractère festif de la manifestation, annoncé dès le départ, pour que... Vous allez demander quoi au préfet ? Moi, je vais lui demander... Je ne suis pas un champion du maintien de l'ordre, donc je vais lui demander que le travail, ce que je demande au président de la République, au Premier ministre et au ministre de l'Intérieur, qu'à la place d'avoir des polémiques, ils fassent leur travail le mieux possible. De sécurisation du parcours.
Maintenant, ce que je veux dire, c'est que de toute façon, regardez la manifestation du 1er mai, il n'y avait pas d'appel à la révolte. C'était une manifestation très traditionnelle, d'organisation syndicale combative, certes, mais enfin, dont la combativité se situe tout comme moi sur le terrain du verbe, sur le terrain démocratique, et néanmoins, il y a eu des débordements, donc ça n'a rien à voir avec les organisateurs. Si jamais il y a des choses qui se produisent, ça ne sera absolument pas de notre responsabilité. Nous, nous faisons tout pour que ça se passe le mieux possible.
Stéphanie, bonjour. Stéphanie qui nous appelle du Morbihan et à laquelle je vous souhaite, je vais arrêter de parler de vous à la troisième personne, je vous souhaite la bienvenue, Stéphanie.
Merci beaucoup et merci pour la qualité de vos émissions. Déjà, je voulais remercier M. Ruffin pour parler des EHPAD. Je suis cadre en EHPAD et on se bat au quotidien pour justement être bienveillants et lutter contre la maltraitance et bien accompagner nos aînés. M. Ruffin, moi, je voulais vous appeler pour vous donner un conseil et surtout dire de nous aider.
on a besoin de vous à la France Insoumise parce que moi, la première, je n'irai jamais voté pour Mélenchon qui est quelqu'un de hargneux, enfin voilà, c'est pas qu'il prône la haine mais qui est vraiment quelqu'un de trop hargneux, de trop en colère et on a besoin de vous dans un parti comme la France Insoumise et je pense que si vous, vous preniez le leadership, il y aurait beaucoup de gens comme moi qui vous suivraient. Il vient de dire non.
Stéphanie, il vient de dire non à votre proposition mais il va pouvoir développer.
Merci pour la question.
D'abord, je dis mon accord avec Jean-Luc Mélenchon sur les principaux axes, c'est-à-dire le rouge et le vert, le social et l'écologie et ça nous fait quand même un socle commun et ensuite, je vais vous dire, le fait que Mélenchon soit un peu, je vais dire ça comme ça, Moïse ramenant les tables de la loi et énonçant ce qu'il faut faire pour la gauche, bon voilà, ça me permet moi d'avoir une immense marge de manœuvre et de pouvoir être oui, un espèce d'électron libre qui tente des choses et vous savez, tenter des choses c'est parfois réussir, parfois pas mais qui tente des choses, qui est une liberté de parole, vous imaginez si aujourd'hui je devais venir en incarnant un mouvement qui compte des centaines de milliers de personnes et qui est là pour proposer la gauche de demain, je crains d'avoir un discours plus figé, plus rigide et à vrai dire, voilà, donc non, je veux pas de leadership.
Vincent, par Twitter vous demande la chose suivante, je crois que c'est Twitter, François Ruffin pousse à la haine, dit-il, et si Marine Le Pen et le FN proposaient de faire la fête à Mélenchon, que dirait-il ?
Bah, écoutez, si jamais il considérait que c'était le principal problème du pays, enfin bon, voilà. Vous voyez bien le sens de la question. Oui, oui, oui, non mais moi je le redis. C'est sur la forme de violence que véhiculerait l'intitulé. Mais bon, nous, je veux le redire, on a absolument, dès le départ, ça a été présenté comme une fête joyeuse. Maintenant, on a quelqu'un qui est président de la République et qu'il y a eu de l'hostilité qui, vous savez, il y a deux, trois jours, j'entendais la chronique de Thomas Legrand qui disait comment ça se fait qu'il y a tant de tensions dans la société française alors qu'on a un président modéré.
Mais je ne suis pas d'accord, je préférerais qu'il soit là pour lui dire, mais je ne suis pas d'accord avec M. Legrand. On n'a pas du tout un président modéré. Parce que je n'aime pas parler des gens dans leur dos, vous savez. Mais donc, on n'a pas du tout un président modéré. On a un président qui prend des décisions radicales pour la finance et pour les gens d'en haut et pour les puissants de l'argent sur l'exit tax, par exemple. Et si jamais on prenait, nous, les mêmes décisions sans davantage tenir compte de ce qui peut se passer dans le pays pour les gens, pour le peuple, je pense qu'on nous traiterait de radicaux.
Et donc voilà, moi, je ne pense pas qu'on est aujourd'hui un président modéré. Vous voulez ajouter une note de bas de page Thomas Legrand
et puis ensuite
on avance. Il est central dans le monde politique, central au sens géographique politique, il est au centre. Voilà, c'était juste un paradoxe, je ne parlais pas du fond.
Alors, il est peut-être au centre sur le plan horizontal.
Non, mais pour beaucoup de gens, il prend des mesures modérées. Vous les traduisez en radicalité. Les amis, s'il vous plaît, tout le monde autour de la table,
vous débattrez ailleurs.
Peut-être qu'Emmanuel Macron est au centre d'un point de vue horizontal et politique, mais il n'est pas du tout au centre d'un point de vue vertical et social. C'est-à-dire de la géographie ? Allez, merci, merci, merci,
merci. Oh, s'il vous plaît, François Ruffin, merci. Député de la France Insoumise, Thomas Legrand, on vous retrouve dans quelques instants. Sous-titrage ST' 501
François Ruffin