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interviewBFMTV· 27 janvier 2026 12 min

Budget 2026: le discours en intégralité de Sébastien Lecornu avant le vote des motions de censure

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Sébastien Lecornu

Madame la présidente de l'Assemblée nationale, mesdames et messieurs les députés, il y a des moments où la politique cesse d'être un commentaire pour redevenir un choix. Je crois que nous y sommes. Cette motion de censure ne porte pas sur une ligne, encore moins sur une procédure. Elle porte sur une question beaucoup plus simple et beaucoup plus rude. Voulons-nous assumer la dépense publique de la France telle qu'elle est ou continuer à la dénoncer tout en refusant d'y toucher ? Depuis des semaines, un même réflexe traverse le débat. On réclame toujours plus de crédits, on réclame parfois des économies, mais personne ne veut s'accorder pour trouver une majorité pour dire lesquelles.

Et dans le même temps, on feint de s'étonner de la dette, du déficit et de la fragilité de notre pays. Cette contradiction n'est pas une erreur, c'est une stratégie pour certains. Elle consiste à ne jamais décider, à ne pas vouloir travailler à un compromis pour pouvoir toujours accuser. Ce budget, lui, décide. Il décide que la France ne peut plus vivre comme si ses finances n'avaient pas de limites. Il décide que l'effort doit porter d'abord sur la dépense publique puisque la fiscalité est stable par rapport à 2025. Il décide que l'État doit apprendre à faire mieux, parfois avec moins, sans casser ce qui tient le pays. Et c'est précisément pour cela que ce budget est attaqué ou caricaturé.

Car pour la première fois depuis longtemps, les chiffres disent une chose claire, la dépense ralentit réellement. En 2026, la progression de la dépense publique hors charge de la dette en volume tombe à 0,5% contre 1,4% en 2025 et plus de 2% les années précédentes. Ce n'est pas un artifice, ce n'est pas un tour de passe-passe, c'est un choix politique, celui de rompre avec l'illusion que tout est prioritaire et que rien n'a de coût. Ce choix permet une chose essentielle. Ramener le déficit public à 5% du PIB. Pas demain, pas après l'élection présidentielle. Maintenant, comme nous l'avons déjà ramené en 2025 à 5,4% du PIB avec le gouvernement de François Bayrou.

Et c'est ici que la clarification devient indispensable. Celles et ceux qui refusent ce budget refusent en réalité de dire où ils feraient réellement des économies. Ils parlent d'un autre budget mais sans jamais dire lequel. Ils parlent de justice mais sans jamais expliquer comment ils financeraient leurs promesses. Ils parlent de sérieux mais votent systématiquement contre toute mesure qu'ils l'incarnent. Il faut le dire clairement, il n'y a pas eu pendant ces 350 heures de débats parlementaires d'alternatives crédibles qui ne passent pas soit par plus de dettes, soit par plus d'impôts, soit par des économies qui n'existent pas. Certains moments ont même frisé la caricature.

On a d'abord vu surgir des impôts imaginaires, des recettes proclamées, jamais démontrées, des milliards annoncés sans base solide, sans rendement établi, sans crédibilité économique. Quand ils ne méconnaissent pas les règles élémentaires de l'état de droit comme le respect du droit de propriété ou l'égalité devant les charges publiques, rien que cela. Le gouvernement les a toutes repoussées, non par dogmatisme mais par sérieux et je tiens à remercier les groupes politiques qui nous ont aidés à le faire.

J'avais rappelé devant vous à l'automne dernier ce que Georges Pompidou disait « On ne peut pas traire indéfiniment la même vache en faisant semblant d'ignorer qu'elle finit par ne plus donner de lait ». Prétendre financer l'action publique par des recettes fictives, c'est exactement cela. Nous n'aurons non seulement pas touché à la vache, mesdames et messieurs les députés, mais nous aurons, je le crois, été juste dans la répartition du lait. Mais il y a sans doute pire encore que les impôts imaginaires, il y a les économies imaginaires.

Celles que l'on annonce sans jamais dire où elles tombent, celles que l'on empile sur le papier sans responsable identifié, celles qui laissent à penser à nos concitoyens qu'au fond tout cela serait facile, celles qui finiront tôt ou tard à abîmer encore un peu plus notre contrat social. Nous l'avons vu ici même pendant les débats, mais au Sénat également avec nos amis de la droite sénatoriale, se prétendant dans la presse plus rigoureuse et qui au final vote un budget à 5,3% de déficit du PIB. Plus rigoureuse comment ? Par des économies magiques, invisibles, indolores. Ce n'est pas de la rigueur, c'est une facilité.

Faire la leçon ne coûte pas grand-chose, mais cet épisode doit tout de même permettre à chacun d'en tirer quelques-unes pour soi-même, ne serait-ce que par crédibilité. Un budget sérieux ne repose donc ni sur des impôts fantômes, ni sur des économies incantatoires. Il repose sur des choix assumés, chiffrés, traçables. C'est ce que nous avons fait avec les ministres et je les en remercie. Je veux donc dire un mot des économies proposées dans ce budget, car là aussi le débat public tourne parfois à l'incohérence.

Certains font mine de ne pas les voir aujourd'hui, ils expliquent que ce budget ne ferait pas assez d'efforts, qu'il serait trop timide, presque inexistant sur la maîtrise de la dépense. Mais ce sont souvent les mêmes qui, dans quelques semaines, pour ne pas dire quelques jours, dénonceront ces mêmes économies comme étant trop dures, trop brutales, trop injustes. Ce jeu est bien connu, il n'est pas nouveau, il est simplement de moins en moins crédible, pour ne pas dire de plus en plus lassant. La semaine dernière encore, ce budget était qualifié de socialiste par certains. Cette semaine, les mêmes commentateurs ou presse commencent à le présenter comme étant quasiment d'extrême droite.

Voilà où nous en sommes rendus, dans une grande démocratie comme la France. Quand un budget n'est le texte de personne, qu'il est issu du compromis, chacun y projette ses peurs ou ses postures. Mais ce grand écart permanent dit moins de ce budget que de l'embarras politique de celles et ceux qui le commentent. Il est d'ailleurs devenu de bon ton d'affirmer que ce budget serait un mauvais budget. Ceux qui le disent sont souvent ceux que nous n'avons ni vu, ni entendu tout au long de cette séquence budgétaire. Absents des discussions, absents des compromis, absents des choix, mais très présents aujourd'hui dans la dénonciation, l'ont-ils au moins lu ?

Je ne ferai l'affront à personne de comparer ce budget à certains adoptés. Pourtant, avec des majorités absolues, ces 20 dernières années, ce serait sans doute trop cruel. J'entends aussi beaucoup de discours anxiogènes sur les entreprises. Là encore, la vérité doit être dite calmement et fermement. Il n'y a aucune modification du cadre applicable par rapport à 2025. Aucune. La stabilité est totale. Ceux qui prétendent le contraire prennent une responsabilité pourtant considérable, celle d'affaiblir la confiance, donc l'investissement, donc l'emploi, donc la croissance. On peut s'opposer au gouvernement en l'attaquant sur ce qu'il fait vraiment, mais pas sur des décisions imaginaires.

C'est aussi cela, la crédibilité, et j'ose le dire même, le patriotisme. Que certains défendent leurs intérêts personnels, y compris fiscaux, n'a rien de bien nouveau, mais la décence doit commander désormais la prudence et il devra amener demain encore plus de transparence dans une démocratie comme la nôtre. Mais le cœur politique de ce budget est encore ailleurs. Et je veux évidemment parler de l'effort militaire. En 2026, les crédits de la défense augmentent de 6,5 milliards d'euros. C'est un effort massif, historique. En 2017, le budget de la défense hors pension était de 32 milliards d'euros, soit environ 38 milliards d'euros pour les euros d'aujourd'hui en 2026.

En 2026, il atteindra 57 milliards d'euros. L'écart est de 19 milliards d'euros, soit 0,6 point de PIB. Disons-le sans détour, sans cet effort, le déficit public serait en 2026 autour de 4,4% du PIB et non de 5%. Voilà la réalité des chiffres. Voilà le prix assumé de notre souveraineté, de notre liberté. Et pourtant, ce qui frappe dans cette séquence, je remercie les orateurs précédents qui y sont revenus, c'est tout de même une forme d'hypocrisie collective. Beaucoup revendiquent cet effort militaire, beaucoup s'en réclament dans les discours, y compris pendant ces cérémonies de vœux, mais leurs votes, eux, ne sont pas au rendez-vous.

Pire, l'Assemblée nationale a failli ne pas avoir de débat sur les crédits de la défense, pas un débat de fond, pas un vote clair, rien. Et c'est pour éviter ce silence que j'avais demandé un débat suivi d'un vote de principe selon l'article 50-1 de notre Constitution. Sur un tel sujet, dans de telles circonstances, avec un tel effort, il fallait que le Parlement se prononce sans ambiguïté. Mesdames et Messieurs les députés, cela restera, cela comptera.

Dans l'histoire budgétaire de notre pays, il y aura une trace nette, celle d'un des rares budgets de l'après-guerre froide, marquant un véritable sursaut, dont certains veulent pourtant aujourd'hui la censure ou l'empêchement, sans même que ces crédits aient été débattus. Entre celles et ceux qui auront permis à la défense française de s'accrocher, de se réarmer, de tenir son rang, et celles et ceux qui, une fois de plus, auront choisi le blocage. Comment ne pas penser à cette phrase du général de Gaulle sur les partis politiques dans les années 60 ? Ils mijotent dans leurs petites querelles et font cuire leurs petites soupes sur leurs petits feux.

Cela peut sembler abstrait aujourd'hui, mais cela ne l'est pas. Cela sera noté plus tard. La seule question militaire aurait pu, aurait dû conduire les partis politiques à traiter cette séquence budgétaire autrement. Parce que la défense n'est pas un sujet comme les autres. Parce qu'elle engage notre autonomie, notre sécurité, notre liberté de décision et les générations futures. Parce que nous changeons de monde et qu'il faut être inconscient pour ne pas en tirer des leçons pour nous-mêmes. La classe politique française, un peu comme pendant ces années 60, est face à ce moment de vérité.

Pour le gouvernement, cet effort militaire constitue à lui seul une raison suffisante d'engager sa responsabilité. Devant le Parlement, mais aussi devant l'histoire. Pour le dire encore plus clairement, s'il n'y avait pas eu cette question militaire, j'aurais pu être tenté de laisser les débats se poursuivre encore et de ne pas engager les dispositions de l'article 49.3 de la Constitution. J'assume d'autant plus cette position que cet effort n'est pas né par hasard.

Il est le fruit d'un travail engagé depuis plusieurs années, d'une trajectoire cohérente, d'un réarmement méthodique de notre pays auquel j'ai pris toute ma part comme ministre des Armées par la volonté sous l'autorité du Président de la République. On ne peut pas d'un côté se féliciter de ce réarmement et de l'autre empêcher le budget qui le rend possible. Tout cela, mesdames et messieurs les députés, n'est pas un jeu, c'est beaucoup trop grave. Et ce budget est de ce point de vue un budget de sursaut. Et cela suffit à en faire un bon budget. Car un bon budget traite l'essentiel. Et la défense et la protection de notre liberté et de nos intérêts font partie de l'essentiel.

Mais regardons plus loin. Si nous faisons le choix collectif et c'est le bon d'augmenter chaque année de près de 6 milliards d'euros les crédits militaires, si nous voulons à terme atteindre des niveaux proches de 90 à 100 milliards d'euros de crédits militaires par an tout en réduisant le déficit, alors une vérité s'impose. Nous ne pourrons pas éviter demain des réformes de structures profondes. Pas des fausses économies, pas des promesses sans lendemain, mais une réforme de l'État recentrée sur l'essentiel.

C'est là que se situe le vrai clivage politique aujourd'hui entre celles et ceux qui acceptent de regarder cette équation en face en disant la vérité et celles et ceux qui préfèrent entretenir l'illusion qu'on peut tout promettre sans jamais assumer le coup des choix. Cette motion de censure est donc un nouveau moment de vérité. Ce n'est pas un vote contre un texte ou contre un gouvernement. C'est un vote sur la capacité de la France à assumer ses priorités, à dire que la souveraineté, l'autonomie a un prix, à dire que la responsabilité n'est pas un gros mot, qu'un compromis dans un monde aussi agressif n'est pas une faiblesse.

Chacun ici prendra ses responsabilités devant l'Assemblée, devant le pays.