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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 24 juillet 2017 9 minComplaisantFond programmatiqueÉconomie & entreprisesEurope & internationalTravail & emploi

Pierre Moscovici : "La Commission européenne n'est pas la gardienne de l'austérité"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 83 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse partielle

    Pierre Moscovici, bonjour.

  • 0:04OuverteRéponse directe

    La Grèce est-elle en voie de sortie de sa crise financière ?

  • 0:09OuverteRéponse directe

    Va-t-on desserrer l'étau sur les Grecs ?

  • 2:53OuverteRéponse directe

    Y a-t-il les promesses électorales, baisse d'impôts, priorité à l'éducation, la sécurité, la défense ?

  • 3:08OuverteRéponse directe

    Êtes-vous un briseur de rêve ?

  • 4:29OuverteRéponse partielle

    On est sur la bonne trajectoire ? Avec cela, la France va repasser sous les 3% de déficit à la fin de l'année ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:31Invité politiqueFait
    « aujourd'hui, oui, les choses vont nettement, nettement mieux. »
  • 0:51Invité politiqueChiffre
    « On a déboursé 8,5 milliards d'euros envers la Grèce. »
  • 3:38Invité politiqueChiffre
    « les déficits moyens dans la zone euro sont aujourd'hui à 1,4%. »
  • 3:44Invité politiqueFait
    « Il y a pour le coup une passion française pour le déficit. »
  • 5:05Invité politiqueFait
    « On est sur la bonne trajectoire. »
  • 5:11Invité politiquePromesse
    « J'ai confiance dans la capacité du gouvernement français à faire 3% en 2017, j'espère légèrement en dessous, et ensuite à descendre clairement en dessous de 3% en 2018. »
  • 6:56Invité politiqueChiffre
    « la reprise est vraiment ici présente. Elle devrait être à 1,5% ou un peu au-delà. »

Temps de parole

  • Pierre Moscovici82 %
  • Présentateur18 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Pierre Moscovici, bonjour. Bonjour. Vous êtes commissaire européen aux affaires économiques et financières. Alors, la Grèce, Anthony Bélanger en parlait, la Grèce est-elle en voie de sortie de sa crise financière ? Va-t-on desserrer l'étau sur les Grecs ?

0:13
Pierre Moscovici

Incontestablement, ça va mieux. C'est vrai que j'y passe beaucoup de temps, mais ça n'a pas été seulement une passion française, ça a été un problème mondial. La Grèce a été au premier rang de l'actualité internationale, la Grèce a failli sortir de la zone euro, la Grèce a été au cœur d'une tempête économique et financière incroyable. Et c'est vrai qu'on y passe beaucoup, beaucoup d'énergie. Et aujourd'hui, oui, les choses vont nettement, nettement mieux. Il y a quelques semaines, l'eurogroupe, c'est-à-dire la réunion des ministres des Finances de la zone euro, a pris des décisions qui permettent maintenant à la Grèce d'être sur un trend de réformes qui est beaucoup plus raisonnable.

La Grèce a d'ailleurs pris 140 réformes extrêmement courageuses. On a déboursé 8,5 milliards d'euros envers la Grèce. Et il y a maintenant des perspectives, enfin, de trouver une solution au problème de la dette et de prendre des mesures de dette à la fin du programme pour la Grèce qui se termine à l'été 2018. Et je serai effectivement à Athènes ce soir et demain, je verrai Alexis Tsipras. Pourquoi ? Pour préparer la sortie du programme.

Parce que ce qui importe, on parlait du Portugal, j'étais à Lisbonne la semaine dernière, c'est que la Grèce devienne un pays, j'allais dire, normal dans la zone euro, c'est-à-dire un pays réformé, un pays qui a des structures économiques et sociales qui sont beaucoup plus solides qu'hier, un pays qui peut se tourner vers l'avenir, un pays qui travaille enfin sur sa croissance et l'emploi, un pays qui a mis fin à l'austérité. Oui, ça va mieux. Et oui, nous avons une responsabilité, nous, Européens, nous, Français aussi, à l'égard de la Grèce. Je me réjouis qu'il y ait enfin une lumière au bout du tunnel de l'austérité.

1:41
Présentateur

Oui, les Grecs peuvent espérer la fin des baisses de salaire, baisses des retraites, cure d'austérité sans précédent, maintenant qu'il y a une croissance en Grèce de 2,1%.

1:51
Pierre Moscovici

Oui, mais il faut quand même comprendre une chose. Tout à l'heure, Anthony Bélanger évoquait l'entrée de la Grèce dans la zone euro. Elle a été faite dans des conditions très particulières. On n'a pas fait l'austérité pour le plaisir en Grèce. On n'a pas fait des réformes pour le plaisir en Grèce. Il faut être conscient que les comptes publics de ce pays étaient maquillés, falsifiés. Il faut être conscient que les structures économiques étaient vermoulues. Il faut être conscient que le système social était atrocement coûteux. Et donc, il y avait des réformes à faire. Cela dit, ces réformes étant faites maintenant pour l'essentiel, il faut poursuivre. Il ne faut pas s'arrêter en chemin.

Il ne faut pas s'arrêter de pédaler. Mais on se tourne vers une nouvelle phase qui est celle de la croissance, de l'emploi, de la création d'emplois, notamment pour ces jeunes Grecs. Moi, je pense à eux. Près de 50% sont au chômage. Et il y a aujourd'hui une attractivité nouvelle de la Grèce. Soyons conscients que c'est une société extrêmement créative, qui est dans un pays qui est un pays magnifique. Donc, il y a un avenir pour la Grèce dans la zone euro. Et il y a un avenir européen pour la Grèce.

2:47
Présentateur

La situation économique de la France vue par Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques et financières. Y a-t-il les promesses électorales, baisse d'impôts, priorité à l'éducation, la sécurité, la défense ? Et la Commission européenne qui nous ramène à la réalité avec son exigence de contenir le déficit à 3% du produit intérieur brut. Êtes-vous un briseur de rêve ?

3:10
Pierre Moscovici

Permettez-moi peut-être de revenir là-dessus, parce que c'est le sujet central. Si la France veut et doit respecter la règle de 3% du déficit, ce n'est pas pour faire plaisir à Bruxelles. Ce n'est pas une injonction de Bruxelles. Ce n'est pas un ordre de la Commission européenne. C'est un engagement que tous les pays de la zone euro ont pris ensemble. Et tous les pays de la zone euro, à l'exception de l'Espagne, mais qui va tenir cet engagement bientôt, et de la France, respectent cet engagement. Est-ce que vous savez que les déficits moyens dans la zone euro sont aujourd'hui à 1,4% ? Il y a pour le coup une passion française pour le déficit.

Et je crois qu'il est important que la France, tout simplement, tienne à tenir ses engagements. Que la parole de la France pèse. Emmanuel Macron a une ambition, c'est d'être le leader en Europe. C'est que la France soit leader en Europe. Pour être leader en Europe, il faut être exemplaire chez soi. Donc non, ce n'est pas la Commission qui oblige la France à tenir cette règle. Ce sont des engagements pris par la France de longue date et qui n'ont pas été tenus à ce jour. Et moi, je salue cette volonté et je suis tout prêt à traiter la France, mon pays aussi, avec confiance, mais aussi avec exigence. Et ensuite, c'est au gouvernement français de voir comment il entend tenir ses engagements.

Ce n'est pas moi qui vais lui dire quelles économies il doit faire ou quels impôts il doit baisser ou augmenter.

4:29
Présentateur

Pierre Moscovici, des coupes claires, sévères dans les dépenses publiques pour compenser les allègements fiscaux. Dernier en date, cette baisse sur l'allocation logement, baisse de 5 euros par mois. On est sur la bonne trajectoire ? Avec cela, la France va repasser sous les 3% de déficit à la fin de l'année ?

4:45
Pierre Moscovici

Encore une fois, ce n'est pas à moi de dire au gouvernement français quelles dépenses il doit couper, quels impôts il doit alléger. Mais vous avez une opinion sur ce que fait le gouvernement ? Je l'ai comme commissaire européen. Ce qui importe pour moi, c'est que l'équilibre, c'est que la trajectoire de finances publiques soit soutenable. Et j'ai confiance. On est sur la bonne trajectoire.

J'ai confiance dans la capacité du gouvernement français à faire 3% en 2017, j'espère légèrement en dessous, et ensuite à descendre clairement en dessous de 3% en 2018, ce qui permettrait à la France de sortir enfin d'une procédure dans laquelle elle est aujourd'hui la seule avec l'Espagne, qu'on appelle la procédure de déficit excessif. Et à partir de ce moment-là, d'attendre aussi de ses partenaires, notamment l'Allemagne, qu'il y ait plus d'investissements en Europe, qu'il y ait plus de politiques de croissance en Allemagne, donc en Europe. Tout cela d'ailleurs, il faut être conscient d'une chose, c'est que c'est bon pour la croissance.

Quand un pays sans dette, il est incapable de financer ses services publics, il est incapable de préparer son avenir. Et limiter le déficit, c'est limiter la dette, c'est préparer l'avenir. Ensuite, au gouvernement français, de dire ce qu'il entend faire, avec des préoccupations, qui doivent être des préoccupations économiques, mais aussi des préoccupations sociales, des préoccupations de justice sociale, des préoccupations de lutte contre les inégalités. Dernière remarque, il y a une question de méthode qui est fondamentale.

En matière budgétaire, quand on fait des économies, on procède souvent à ce qu'on appelle le rabot, c'est-à-dire on coupe de manière plus ou moins uniforme, enfin, on coupe tout petit à petit. Et à la fin, on tape dans le dur. Je pense qu'il faudrait qu'à un moment donné, on soit capable de changer de méthode. C'est-à-dire qu'on fasse vraiment des réformes structurelles, c'est-à-dire qu'on passe de coupes plus ou moins uniformes à des vraies priorités. Des réformes structurelles, ça ne fait pas forcément mal. C'est aussi ce qui prépare l'avenir, c'est ce qui enrichit le capital humain, c'est la formation, c'est l'innovation, c'est l'investissement.

Et c'est à ça qu'il faut donner la priorité, très clairement. Et j'ajoute que la justice sociale, pour moi, est aussi un investissement économique.

6:42
Présentateur

Partagez-vous le constat du FMI qui a qualifié récemment les programmes économiques du gouvernement Macron d'ambitieux, complet, équilibré ?

6:50
Pierre Moscovici

Je pense, en tout cas, qu'il est de nature à faire en sorte que la France augmente sa croissance. Aujourd'hui, la France, la reprise est vraiment ici présente. Elle devrait être à 1,5% ou un peu au-delà. Mais si on veut réduire fortement le chômage, car c'est ça la priorité des priorités, eh bien, il faut être capable d'augmenter le potentiel de croissance des commis françaises. Et pour ça, il faut que les entreprises se sentent en confiance, il faut que les ménages aient envie aussi d'exprimer leurs demandes. Et donc, je pense qu'il y a là un chemin qu'il faut suivre, qui est un chemin, je sais, exigeant, un chemin pas facile, mais c'est le chemin que les Français ont choisi.

C'est pas le chemin que Bruxelles impose. Encore une fois, c'est ça, mon message. Les Français sont libres de choisir leur politique économique. En même temps, tenir ses engagements, ça fait aussi partie de la crédibilité. C'est ce qui crée la confiance, la confiance des acteurs économiques, la confiance des partenaires européens.

7:42
Présentateur

Pierre Moscovessi, que pensez-vous du style Macron, président, autoritarisme, inexpérience, surtout de la com, ou parfaitement à l'aise dans le costume présidentiel ? Que choisissez-vous ?

7:53
Pierre Moscovici

Je pense surtout qu'Emmanuel Macron, on voit les sondages. Les sondages, ça veut toujours dire quelque chose. Il faut toujours les interpréter. Il faut toujours tenir compte des messages qu'il donne. Mais ce qui compte pour lui, c'est d'imprimer une trace, c'est d'être capable de changer le pays, c'est d'être capable de le rendre plus fort. Et au final, pardonnez-moi, aucun de ces objectifs ne m'importe à moi. Ce qui compte, c'est l'action, ce sont les résultats, c'est la trace qu'il laissera. De la réponse, prudence. Non, ce n'est pas de la prudence.

Encore une fois, on est dans le commentaire quotidien des sondages, alors qu'en vérité, un quinquennat dure cinq ans, et que ce qui compte, ce sont les résultats qu'il produit, ce sont les changements qu'il imprime. Et là, manifestement, en tout cas, je vais utiliser un adjectif, tiens, il y a une volonté, Emmanuel Macron est volontaire.

8:36
Présentateur

Vous n'êtes pas surpris par la forte baisse de popularité d'Emmanuel Macron ? Ses sondages publiés ce week-end, la presse parle de fin de l'état de grâce.

8:45
Pierre Moscovici

Gouverner, c'est compliqué. Et gouverner, c'est aussi affronter l'impopularité. Et la manière dont on affronte l'impopularité est aussi le signe de ce qu'un homme d'État est capable de faire.

8:52
Présentateur

Pierre Moscovici est notre invité ce matin. Vous pourrez l'interroger dans Interactive, 01 45 24 7000, ce sera vers 9h moins 20.