Suicide de Lucas, 13 ans : Révélations sur une enquête bâclée
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Questions et réponses
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- 1:54OuverteRéponse directe
Est-ce que vous pouvez nous dire ce que vous faites, vous, déjà en tant que journaliste à Mediapart ?
- 2:28OuverteRéponse directe
Est-ce que ces révélations ne changent pas tout dans le dossier ?
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Comment on en arrive là ? Et pourquoi, justement, on n'auditionne pas le principal ?
- 5:37RelanceRéponse directe
Comment on en arrive là ?
- 6:19OuverteRéponse directe
Pourquoi il n'y a pas d'enquête administrative dans l'affaire du suicide de Lucas ?
- 8:12FerméeRéponse directe
Il y a combien de mails qui ont été envoyés, justement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Après plusieurs mois d'enquête, les quatre adolescents à l'origine des brimades ont finalement été reconnus coupables de harcèlement au mois de juin dernier. »
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« Malgré cela, le tribunal pour enfants d'Épinal n'a finalement pas reconnu de lien de causalité entre ces faits et le suicide de l'adolescent. »
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« Derrière la com du gouvernement, l'enquête administrative aurait été enterrée et le principal du collège de l'adolescent qui minimisait les faits n'aurait jamais été auditionné. »
- 1:00PrésentateurFait
« La direction du collège aurait donc livré de fausses informations à la police toujours selon les informations du journal. »
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« Dans des courriers, le principal parle de simples moqueries et non de harcèlement caractérisé, obsédé par l'image de son collège selon les mots de David Perrotin. »
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« C'est qu'il n'a pas été auditionné dans l'enquête judiciaire. »
- 4:51InvitéFait
« Elle n'a jamais appelé l'établissement. »
- 4:59InvitéFait
« Mediapart a consulté ses listings d'appels entrants. Elle a appelé juste sur la période de septembre à décembre, au moins sept fois l'établissement. »
- 5:17InvitéFait
« J'ai beaucoup de travail en retard. La police s'en contente. Le parquet s'en contente. »
- 5:58InvitéFait
« On a bien posé la question et on a notamment sollicité le parquet d'Epinal en charge de l'enquête. On attend toujours la réponse. »
- 7:00InvitéFait
« Pourquoi l'enquête administrative qui a été annoncée par Papendiaï dans la foulée de la mort de Lucas n'a jamais existé ? »
- 9:01InvitéFait
« Pourquoi ce principal, dans des courriers internes, minimise les choses ? »
- 10:16InvitéFait
« J'espère que ceux-là qui seront jugés ne seront pas condamnés pour harcèlement, sinon ce serait une jurisprudence très grave. »
- 10:41InvitéFait
« On parle de sale PD, sale gay, sale pédale, on parle de gamins qui menacent de se battre avec Lucas. »
Temps de parole
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Rappelez-vous, il y a un peu moins d'un an, le 7 janvier 2022, le jeune Lucas, 13 ans, collégien originaire de Golbet dans les Vosges, s'est donné la mort après avoir été victime d'un cruel harcèlement homophobe. Après plusieurs mois d'enquête, les quatre adolescents à l'origine des brimades ont finalement été reconnus coupables de harcèlement au mois de juin dernier. Malgré cela, le tribunal pour enfants d'Épinal n'a finalement pas reconnu de lien de causalité entre ces faits et le suicide de l'adolescent.
Mais après des mois sans nouvelles révélations, tout bascule le 10 décembre dernier, lorsque David Perrotin, journaliste à Mediapart, dévoile son enquête sobrement intitulée « Suicide de Lucas, 13 ans, révélation sur une enquête totalement bâclée ». Derrière la com du gouvernement, l'enquête administrative aurait été enterrée et le principal du collège de l'adolescent qui minimisait les faits n'aurait jamais été auditionné.
Alors que le rectorat affirmait que Lucas avait été victime de harcèlement seulement quelques jours, Mediapart a révélé qu'il était victime d'un jour homophobe durant toute sa scolarité, preuve à l'appui via des messages sur TikTok, des vidéos et des conversations Snapchat. La direction du collège aurait donc livré de fausses informations à la police toujours selon les informations du journal. Dans des courriers, le principal parle de simples moqueries et non de harcèlement caractérisé, obsédé par l'image de son collège selon les mots de David Perrotin.
Interrogé pour savoir pourquoi l'enquête administrative annoncée après le suicide de Lucas a été enterrée et pourquoi Gabriel Attal a ignoré les alertes concernant le principal du collège et un nouveau cas de harcèlement, le ministère refuse toujours de répondre. Pour en apprendre plus, nous recevons donc aujourd'hui sur notre plateau l'homme à l'origine de ses révélations, David Perrotin. Monsieur Perrotin, bonjour. Bonjour. Je suis ravi de vous avoir aujourd'hui. Est-ce que vous pouvez nous dire ce que vous faites, vous, déjà en tant que journaliste à Mediapart ?
Moi, je suis au service société et j'écris principalement sur les questions de discrimination. Mais c'est vrai que le harcèlement et notamment le harcèlement homophobe est une thématique auquel on est attaché et qu'on souhaite couvrir régulièrement.
On a vu justement dans cette enquête quelque chose d'assez dramatique. On en est à un stade où il y aurait eu tromperie, où il y aurait eu des mensonges de la part du principal du collège. Et finalement, j'ai envie de vous poser ma première question. Est-ce que ces révélations ne changent pas tout dans le dossier ?
En fait, je ne sais pas vraiment si ça change tout. Mais ce qui est certain, c'est que tout ça n'a rien à voir avec la communication initiale. C'est-à-dire qu'en fait, par rapport à d'autres dossiers de harcèlement scolaire, nous, on a travaillé sur celui de Dina Gontier en Moselle. Il y a eu celui de Nicolas à Poissy. Il y en a eu beaucoup d'autres, hélas. À la différence de tout cela, c'est que dans la plupart, il y a une vraie interrogation sur la responsabilité de l'établissement et sur ce qui a été fait ou pas pour prévenir un suicide et pour gérer des cas de harcèlement.
Dans l'affaire de Lucas, il faut s'en souvenir, en fait, il y a eu une émotion très vive, très partagée, unanime, sur l'idée que c'était épouvantable de voir un jeune de 13 ans se tuer parce qu'il est gay et parce qu'on lui reproche son orientation et son identité, ce qu'il est. Mais il n'y a pas eu de communication sur l'établissement ou les seules qui ont existé. C'est celle du rectorat pour dire, en fait, on a eu des signalements, mais tout a été bien géré et c'était très circonscrit. Il n'était pas victime de harcèlement pendant tout un temps. Et la réalité de ce que Mediapart révèle, c'est que ce n'est pas ça. Ce n'était pas circonscrit et ça n'a pas forcément été bien géré.
Et en tout cas, que ce soit le gouvernement ou le rectorat, n'a absolument rien fait, et la justice non plus, pour essayer de comprendre ce qu'avait pu être en termes de responsabilité de l'établissement.
Oui, justement, et vous le dites bien, vous le précisez dans l'enquête, vous l'avez de nouveau précisé également via des tweets, en résumant un peu plus l'affaire, le principal du collège n'a jamais été auditionné ?
C'est même, je dirais, plus grave que ça. C'est qu'il n'a pas été auditionné dans l'enquête judiciaire, parce qu'il faut savoir qu'il y a généralement dans ces affaires-là une enquête administrative et une enquête judiciaire. Ça n'a rien à voir, mais les deux sont extrêmement importantes pour essayer de comprendre les responsabilités et de dénicher les enjeux. Là, vous avez un principal d'un établissement qui va voir la police qui est sur place dans la foulée de la mort du petit Lucas, et qui met en cause la crédibilité de la mère de Lucas, qui dit, en gros, je l'entends dire qu'elle a signalé des faits de harcèlement à l'établissement et que nous n'aurions pas réagi. C'est faux.
Et il va plus loin, parce qu'il dit, je me suis procuré les listings d'appels entrants de l'établissement. Elle n'a jamais appelé l'établissement. Mediapart a consulté ses listings d'appels entrants. Elle a appelé juste sur la période de septembre à décembre, au moins sept fois l'établissement. Et donc, il dit, je veux être auditionné pour contredire la mère. Puis, je pense que peut-être qu'il a été averti qu'en fait, ce qu'il racontait à la police était faux. Et c'est lui-même qui appelle les enquêteurs pour dire, finalement, je ne pense que mon audition ne sera pas utile. J'ai beaucoup de travail en retard. La police s'en contente. Le parquet s'en contente.
C'est-à-dire qu'on ne va pas auditionner le principal d'un établissement dans lequel un jeune de 13 ans s'est suicidé, s'est donné la mort.
J'ai de suite une question qui me faisait à l'esprit. Comment on en arrive là ? Et pourquoi, justement, on n'auditionne pas le principal ? Qu'est-ce qui faisait à l'esprit des enquêteurs pour ne pas auditionner une des personnes qui serait potentiellement responsable, au niveau, en tout cas, administratif, du harcèlement d'un garçon quand même de 13 ans ? Comment on en faisait là ?
On a bien posé la question et on a notamment sollicité le parquet d'Epinal en charge de l'enquête. On attend toujours la réponse. On a bien tenté de questionner le ministère de l'Éducation et le Rectorat. On n'a eu aucune réponse.
Ducom, ça va me faire un pont vers mon autre question qui concerne Gabriel Attal. Gabriel Attal, que vous avez interrogé en vidéo, que vous avez interrogé avec d'autres collègues à vous et qui ne vous a pas répondu concernant le dossier. Pourquoi il n'y a pas d'enquête administrative dans l'affaire du suicide de Lucas ? C'est un sujet qui vous est cher. Aujourd'hui, le ministère ne répond toujours pas et ça, vous l'avez rappelé tout à l'heure. Qu'est-ce que ça veut dire également de ce dossier ? Pourquoi on ne vous répond pas aujourd'hui ?
Alors, hélas, je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que cette absence de réponse, franchement, c'est inédit. C'est-à-dire qu'avant, on a fait une vidéo pour rebondir sur les révélations de Mediapart et on avait vraiment une question très sincère et très simple. pourquoi l'enquête administrative qui a été annoncée par Papendiaï dans la foulée de la mort de Lucas n'a jamais existé ? Et vraiment, c'est-à-dire que moi, je n'ai pas souvenir de beaucoup d'enquêtes administratives annoncées par un gouvernement et enterrées. J'en ai pas. Donc, on a essayé de chercher une réponse.
On a, avant de faire cette vidéo à Mediapart, on a évidemment, le principe du contradictoire nous est très cher à Mediapart, on a envoyé des mails, on a même été avec le cabinet de Gabriel Attal au téléphone et on a envoyé des SMS. Et quand je dis ça, c'est le cabinet de Gabriel Attal, c'est le rectorat, etc. Ils n'ont pas voulu répondre. On a publié l'enquête de Mediapart pour révéler tout ça. On a re-sollicité le cabinet Gabriel Attal, on n'a pas eu de réponse. Donc, on est allé le trouver là où il se déplaçait, c'est-à-dire à Paris, à la station F. Il n'a pas souhaité répondre à, je crois, sept reprises.
Alors, parfois, il rigole, parfois, il nous évite, parfois, il rappelle que ce sujet est grave, mais il répond pas. Et là, aujourd'hui, après cette vidéo, qui met quand même en lumière le silence assourdissant du ministère de l'Éducation, moi, j'ai retenté. C'est-à-dire que là, j'ai encore envoyé des mails et des courriers. Je n'ai pas de réponse. Il y a combien de mails qui ont été envoyés, justement ? Je pense, alors, la première communication, elle a été faite le 29 novembre. Je pense que là, on doit être à plus d'une quinzaine de courriers, d'appels ou de SMS.
En plus des appels, en plus de la vidéo, etc. Et donc, à ce moment-là, toujours pas de réponse ? Aucune. Aucune. Aucun chat, même pas un communiqué. Personne ne vous répond à ce moment-là ?
Personne. Personne. Au gouvernement, puisqu'on a aussi interrogé la ministre de la Culture, qui était en déplacement avec Gabriel Attal, personne ne souhaite dire pourquoi l'enquête administrative n'a pas existé, pourquoi aujourd'hui, le principal d'un établissement, d'une affaire extrêmement grave, qui a ému toute la société, c'est-à-dire le suicide de Lucas, 13 ans, pourquoi ce principal, dans des courriers internes, minimise les choses ? Pourquoi, quand on l'a appelé à Mediapart et qu'on lui a demandé, voilà, qu'est-ce que vous pensez de cette affaire ? Pourquoi il estime qu'il n'y a pas de harcèlement ? Ça, on n'a pas de réponse.
Vous parlez à un moment dans le papier de quelqu'un qui cherche à protéger son image. Est-ce que vous pensez, justement, que c'est seulement une histoire d'image, seulement une histoire d'ego, j'ai envie de dire, pour protéger et le collège et la personne du principal, pour le coup ? Ou alors, est-ce que ça va plus loin ? Est-ce que c'est l'académie, peut-être, de Metz-Nancy qui essaye d'être protégée ? Est-ce qu'il y a quelqu'un, il y a un vrai responsable ? Comment ça se passe à ce moment-là ?
Le problème, c'est que dès lors qu'il n'y a pas d'enquête administrative et que le gouvernement ou l'administration ne souhaitent pas répondre, c'est compliqué de savoir qu'est-ce qu'on veut cacher ou qui est responsable. Ce qui est certain, c'est que nous, on a récupéré des courriers internes du principal du collège qui, pendant des mois après la mort de Lucas, ne va pas avoir un mot régulier pour Lucas, pour sa famille, etc.
Dans ces courriers-là, il est obsédé par l'image de son établissement, il dénonce l'emballement médiatique, il dénonce ses parents qui verraient du harcèlement scolaire partout, et l'un des courriers qui est édifiant, c'est de dire, j'espère, parce qu'il y avait une enquête qui ne portait que sur quatre mis en cause d'élèves accusés d'avoir harcelé Lucas, ils les défendaient, ils minimisaient leurs actes en disant, j'espère que ceux-là qui seront jugés ne seront pas condamnés pour harcèlement, sinon ce serait une jurisprudence très grave, ce qu'il a dit en substance.
C'est-à-dire que Mediapart révèle quand même que vous avez un harcèlement établi, vous avez des injures homophobes que même les élèves mis en cause reconnaissent. On parle de sale PD, sale gay, sale pédale, on parle de gamins qui menacent de se battre avec Lucas. Vous le mettez bien en avant justement, vous avez les vidéos, c'est ça, sur TikTok ? Et on le documente, c'est-à-dire que ce n'est pas juste des témoignages. Lucas, il avait laissé des vidéos sur TikTok pour faire part de sa souffrance, du fait qu'il était victime d'homophobie.
Il y a une vidéo, une vidéo qu'une élève a prise en permanence, où vous avez Lucas et vous avez plusieurs jeunes non identifiés, qui le menacent, qui disent qu'ils vont aller le frapper à l'arrêt de bus, qui lui disent qu'ils veulent casser son téléphone portable, et la vidéo se termine par ces mots, Lucas, gros PD. Donc l'homophobie et le harcèlement, il est documenté. Le principal le sait, le principal le sait, puisqu'il a évidemment communiqué avec les professeurs, les parents, il a été au courant par Mediapart. Quand on l'interroge sur ça, il est catégorique.
Pour lui, ce que je viens d'évoquer, ces injures homophobes extrêmement violentes, ces menaces d'agression, il parle de simples moqueries. Il n'y a pas de harcèlement, c'est ces mots, il n'y a pas de harcèlement scolaire, ce sont simplement des moqueries. Et Gabriel Attal, il est informé du comportement et des propos de ce principal. L'avocat de la famille de Lucas lui a envoyé les courriers, les éditos qu'il signait. Donc même l'avocate qui a envoyé, c'est en pièce jointe, on a vu ce courrier, Gabriel Attal ou son cabinet n'ont jamais répondu. Ils n'ont pas répondu à l'avocate, ils n'ont pas répondu à la mère de Lucas sur ce comportement du principal, et ils ne répondent pas à Mediapart.
Ça va plus loin que les journalistes du coup ? Ça va plus loin, c'est-à-dire qu'en fait, il y a un mépris de bout en bout sur cette affaire, sur quelque chose qui devrait faire consensus en fait.
Et en parlant de ça, il y a quelque chose qui m'a particulièrement choqué dans ce que vous écrivez également. Gabriel Attal aurait été mis au courant d'un autre cas de harcèlement dans ce même établissement, dans ce même collège ? C'est bien ça ?
Alors, c'est plus compliqué que ça. C'est-à-dire qu'en gros, ce qui est certain, c'est contrairement au discours du rectorat qui a défendu cet établissement en disant qu'il était en pointe sur la lutte contre le harcèlement, qu'il s'inscrivait dans le protocole FARC et le protocole mis en place, ce que montre Mediapart, c'est que Lucas n'était pas le seul élève à être harcelé. C'est-à-dire que les quelques auditions de l'enquête judiciaire ont montré que plusieurs élèves se plaignaient de harcèlement scolaire, et que récemment, le cabinet de Gabriel Attal avait été alerté d'un autre cas de harcèlement.
Le cabinet a pris attache avec le rectorat, c'est-à-dire qu'ils ont réagi pour essayer de trouver une situation sur ce harcèlement. En revanche, ils n'ont, encore une fois, jamais répondu à l'avocate de la famille de Lucas qui les a alertés de ce cas de harcèlement. C'est pour ça que je dis qu'il y a un mépris de A à Z, c'est-à-dire qu'informer des courriers du principal, ils ne répondent pas, informer du comportement du principal, ils ne répondent pas, et informer de nouveaux cas de harcèlement par la famille de Lucas, ils ne répondent pas.
Aujourd'hui, le principal, il est toujours en place dans cet établissement. Après tout ce qui a été révélé, après les comportements à l'égard des avocats, à l'égard des journalistes, à l'égard des familles, pour quelqu'un qui n'a même pas été interrogé, comment ça se fait qu'aujourd'hui, ce principal-là est toujours en place et qu'il n'y ait rien, qu'il n'y ait pas de suivi ?
C'est quoi la suite des événements ? Alors moi, encore une fois, à partir du moment, c'est vraiment ça qui est très compliqué dans ce dossier, c'est qu'à partir du moment où on n'a aucune réponse. Je ne peux pas présager, je ne sais pas ce qu'il y a pour ce principal, je ne sais pas s'il a été convoqué depuis nos révélations. Ce que je ne comprends pas, c'est comment un gouvernement qui a décidé de mettre en priorité le combat contre le harcèlement scolaire, je pense que cette démarche, elle est sincère. Je pense que Gabriel Attal, quand il parle du harcèlement scolaire, il y a en tout cas, ce qui apparaît, c'est une volonté sincère.
Ce que je ne comprends pas, c'est comment on peut avoir cette communication aussi forte et derrière avoir un mépris aussi fort sur il y a quoi derrière cette histoire ? Il y a quand même une mère complètement dévastée par la mort de son fils. Il y a quand même un établissement dévasté par la mort d'un camarade, par la mort d'un élève, par la mort... Donc, je ne comprends pas comment le minimum, c'est d'interroger les responsabilités.
Je ne dis pas qu'il faut accabler l'équipe pédagogique ou le principal, mais nous, en tant que journalistes, on essaie de comprendre les mécanismes, qu'est-ce qui fait, qu'est-ce qui a conduit la mort d'un gamin de 13 ans pour justement comprendre et faire en sorte que ça ne se reproduise pas. Là, vous avez une des seules affaires de harcèlement, un suicide qui a bouleversé la France, dont on ne saura jamais, puisqu'il n'y a pas d'enquête administrative et qu'il n'y a pas d'enquête judiciaire qui porte sur l'établissement, ne saura jamais ce qui en a été véritablement la cause ou qui aurait pu prévenir ce suicide et qui n'a pas peut-être bien fait les choses.
Justement, il n'y a toujours pas de responsable aujourd'hui et pour l'instant, il ne peut pas y en avoir. Il n'y a pas de réponse, il n'y a rien. Est-ce que vous pensez tout de même qu'avec votre travail, vous, à Mediapart en tout cas, ou grâce à votre enquête, M. Perrotin, il y aura des suites, il y aura peut-être des poursuites, il y aura autre chose ?
C'est compliqué parce que sur le volet judiciaire, le procureur a refusé de mener, on va dire, une enquête large. C'est-à-dire qu'en fait, dans cette affaire, c'est un peu compliqué parce qu'il y a plusieurs enquêtes, mais le volet judiciaire s'est intéressé étonnamment aux mises en cause. C'est-à-dire que, comme il y avait quatre noms d'élèves qui revenaient souvent, on a dit, on va regarder, on va les interroger, les auditionner et les juger. C'est ce qui s'est passé.
La loi étant mal rédigée, on a reconnu les injures et le harcèlement, mais on a estimé que, comme la mère de Lucas ne pouvait pas apporter la preuve de la dégradation physique et de la causalité de son suicide, ils ont été relaxés. Sauf que cette enquête, elle aurait pu permettre d'interroger les responsabilités de l'établissement. Je vous donne une comparaison. Dans l'affaire de Dina Gontier en Moselle, vous avez 120 auditions. Vous avez les profs, la psychologue scolaire, l'infirmière qui ont été interrogés par la justice. Donc les auditions, ça permet de savoir ce qu'on savait, ce qu'on ne savait pas, ce qu'on a fait, ce qu'on n'a pas fait.
Dans l'affaire de Lucas, vous avez six personnes. Vous avez trois professeurs sur une équipe de plus d'une dizaine de profs qui ont été auditionnés. On n'a pas interrogé les autres. Vous avez trois camarades de classe sur une classe de 25 qui ont été interrogés. Pourtant, vous avez une dizaine d'amis de Lucas qui n'étaient pas dans sa classe, qui disent, il me disait souvent qu'il était harcelé. Il me disait qu'un tel en cours de latin l'insultait. Il me disait, voilà, on n'a pas élargi. Et l'avocate, elle a écrit au procureur pour dire, je demande un supplément d'information. Je voudrais qu'un juge d'instruction enquête sur cette affaire et je voudrais que tout le monde soit auditionné.
Le procureur a refusé. Donc en fait, vous n'avez aucun élément qui permet de savoir pourquoi il était victime de harcèlement, Lucas, pourquoi il s'est suicidé et qui n'a pas fait ce qu'il aurait dû faire.
Est-ce que finalement, oui, cette mort aurait pu être évitée, tout simplement ?
Moi, je ne peux pas répondre à cette question sur est-ce qu'elle aurait pu être évitée parce qu'un suicide, c'est parfois multifactoriel. On n'est pas dans la tête des gens. Et moi, je ne sais pas complètement comme il n'y a pas d'enquête ce qu'il a vécu. En revanche, la mère de Lucas, elle, estime que son suicide, évidemment, aurait pu être évité. Bien sûr. Et moi, j'ai quand même une question. C'est qu'au-delà de savoir si on aurait pu éviter cette mort, il y a quelque chose de tout bête. Est-ce qu'on aurait pu éviter qu'un gamin de 13 ans soit victime d'homophobie de manière aussi puissante et aussi répétée ? Oui.
Ça veut dire qu'aujourd'hui, vous avez un établissement qui, officiellement, entérine l'idée que si un élève de son établissement est victime d'un gamin de l'homophobie de manière répétée, il ne mérite pas de sanction. Parce que qu'est-ce qu'il y a derrière ? De toutes les injures homophobes qui, pendant un an, ont été proférées à l'égard de Lucas. Les parents des mises en cause, quand les pédagogiques ont été mis au courant, n'ont pas été convoqués. Les élèves qui ont reconnu pour certains avoir tenu des propos homophobes n'ont jamais été sanctionnés. L'avocate de la famille du col résume les choses comme ça.
Elle me dit « Dans cet établissement, des propos homophobes, des injures homophobes ne valent même pas une heure d'école. » Et quand vous avez le principal qui dit « Ce sont des simples moqueries, il n'y a pas de harcèlement scolaire », quand on parle de sale PD, quand on parle de menace, d'agression, juste parce qu'il a le malheur d'être gay et qu'il n'y a pas de sanctions et qu'on estime que c'est des moqueries, ça, c'est sûr qu'on pourrait l'éviter.
Écoutez, merci beaucoup. Merci en tout cas à M. Perrottin d'avoir répondu à notre sollicitation ici sur le plateau du Média TV. En tout cas, je vous souhaite plein de courage pour la suite de votre enquête. Merci M. Perrottin. Sous-titrage Société Radio-Canada