Guerre au Moyen-Orient: Bruno Le Maire estime que la situation est "dans une impasse totale"
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
bonjour Ludovic Ligon de la Tribune dimanche et un invité exceptionnel Bruno Le Maire l'ancien ministre de l'économie. Merci d'être à nos côtés cette bascule du monde qui est en train de se produire sous nos yeux. Vous allez nous aider à la décrypter, à l'analyser.
C'est justement ce qui est très présent dans votre dernier ouvrage que vous venez de publier « Le temps d'une décision » aux éditions Gallimard. On va bien sûr voir aussi l impact économique majeur de cette guerre. La plus grave crise énergétique de l'histoire, selon un responsable de l'Agence internationale.
On l'a entendu à l'instant. Téhéran et Washington qui continuent de se jauger. Donald Trump qui doutent que le plan iranien soit acceptable.
Comment vous décryptez ce moment de tension extrême que nous vivons et cette escalade qui semble encore s'accentuer ? Ce plan, d'abord, n'est pas un plan. C'est une provocation puisqu'il ne traite pas la seule question essentielle qui est la question du nucléaire militaire et de l'accès de l'Iran au nucléaire militaire, qui serait une menace pour la région tout entière, et qu'il maintient la perspective d'avoir un péage dans le détroit d'Hormouz, ce qui est évidemment inacceptable du point de vue du droit, et qui ne ferait que renforcer les gardiens de la Révolution et le régime en place à Téhéran.
Donc c'est une impasse totale dans laquelle nous sommes aujourd'hui. C'est la preuve supplémentaire, si on était besoin, parce qu'on va avoir un plan toutes les semaines qui va se succéder à un autre, que la force sans le Et c'est ce que je raconte dans le livre, à l'origine de la crise iranienne, ne l'oublions pas, il y avait cette initiative européenne en 2003 que nous avions lancée avec Jacques Chirac et Dominique De Villepin, de traiter la question majeure de nucléaire iranien comment empêcher les mollahs d'avoir accès à la bombe par le droit et par la diplomatie ça avait conduit un accord le fameux accord de 2015 je pense que l'erreur nous avons commise nous, Européens, c'est de ne pas comprendre que le droit, désormais, doit être appuyé sur la force. Donald Trump qui dit qu'il est prêt à nouveau à frapper.
Comment vous décryptez cela ? C'est une menace qu'il fait depuis très longtemps. Lui ne croit qu'à la force.
Moi, je ne crois qu'au droit appuyé sur la force. Et si les Européens ont aujourd'hui un rôle à jouer, c'est justement dans les mois qui viennent et dans les années qui viennent, car cela prendra du temps de comprendre que désormais, ils sont seuls. Ils ne peuvent plus compter ni sur le soutien des États-Unis, ni sur le soutien d'autres alliés.
Et qu'ils doivent de toute urgence constituer des forces militaires, des forces énergétiques, des forces financières, des forces technologiques pour faire face au monde qui vient, que je décris dans le livre, c'est-à-dire un monde de force brute. Dans les médias, vous dites que nous sommes dans une impasse. Est-ce que pour vous cette guerre s'annonce longue on semble être en fait dans une sorte de guerre des nerfs par ailleurs entre les Etats-Unis et l'Iran.
Guerre longue et qui a la main aujourd'hui ? Je ne lis pas dans le mar de café donc je vais me garder de prévisions qui seraient hâties mais je ne vois pas d porte de sortie aujourd 'hui, sauf à ce que le président américain accepte de renier tout ce pourquoi il s'est engagé en Iran. Je ne vois pas de porte de sortie parce que les Iraniens résistent et parce que nous l'oublions pas derrière l'Iran, il y a le soutien de la Russie qui s'est manifestée de manière de plus en plus claire et il y a le soutien de la Chine.
Et que tout cet ensemble qui est radicalement hostile au monde occidental n'a aucun intérêt à donner la victoire à donald trump donc nous européens nous devons dans tous les cas de figure nous préparer un conflit qui peut être long avec des conséquences sur la vie quotidienne de nos compatriotes. Le prix de l'essence, le prix du diesel, des conséquences immédiates sur la sécurité de nos troupes et des conséquences de plus long terme sur la croissance économique. Mais vous comprenez quelle est la stratégie de Donald Trump ?
Dans votre livre « Le temps de décision », vous écrivez que pour conquérir sa base, il a toujours besoin de résultats rapides et spectaculaires. On en est loin. Je pense que c'est une stratégie de fuite en avant.
Si la stratégie s'était éliminer l'arme nucléaire à l je ne comprends pas très bien. Il joue sur la mémoire de poissons rouges que nous avons tous. Mais il me semble qu'il y a quelques mois, il avait lourdement bombardé avec des bombes très spéciales les installations iraniennes et que la conclusion était qu'il n'y avait plus de menace nucléaire iranienne pourquoi cette opération s'il n'y avait plus de menaces nucléaires iraniennes c'était le temps du droit de la diplomatie et plus le temps de la force est -ce que c'est renverser le régime des mots là visiblement hélas malheureusement qu car ce régime est détestable pour la population iranienne, le régime est toujours en place.
Est-ce que c'était une opération sur le pétrole ? L'opération est visiblement manquée, puisque le prix du baril était autour de 60 dollars au début de l l'année et qu'il dépasse les 100 dollars aujourd'hui. Donc pour moi, c'est une stratégie de fuite en avant où la démonstration de force succède à la démonstration de force mais où la capacité à rétablir une paix globale n'existe pas.
Ça veut dire que vous doutez, vous l'avez dit, qu'il y a une porte de sortie et donc vous craignez une nouvelle escalade finalement ? Je crains une nouvelle escalade. Je ne vois pas aujourd'hui de porte de sortie mais j'espère que les événements me démentiront.
Et je pense que la leçon que doivent en tirer les Européens. Je la tire dans ce livre, je l'ai dit et écrit dans plusieurs interventions depuis un an. C'est que les Européens comprennent que désormais ils sont seuls et qu'ils doivent se séparer des États-Unis d'Amérique de Donald Trump.
Ça veut dire quoi ça concrètement ? Se séparer des États-Unis ? Se séparer des États-Unis, ça veut dire sur tous les volets sur lesquels nous avons accepté depuis 50 ans une dépendance totale vis-à-vis des États-Unis d Amérique.
Rattraper de toute urgence le retard pour être indépendant sur les armées. Mais regardez ce que vient d'annoncer Donald Trump. Le retrait de 5000 hommes d'Allemagne.
Mais attendez-vous à ce que demain, il retire toutes les troupes américaines d'Europe. Si demain, la Russie devait attaquer l'Europe et le nord de l'Europe, ce qui est une option haute et probable, croyez-vous vraiment que les Américains viendront à notre rescousse et utiliseront l'article 5 de l'OTAN ? Probablement pas.
Donc quand je dis qu'il faut nous séparer des États-Unis et être indépendant, ça veut dire être indépendant militairement. Ça veut dire, j'en parle beaucoup dans mon livre, être indépendant technologiquement, parce qu'on ne va pas continuer à dépendre à 100 % de Microsoft de Google ou des satellites en orbite basse de M. Musk et de Starlink, être indépendant sur les semi-conducteurs, qu'il faut fonctionner tout ce qu'il y a sur ce plateau et tout ce qui organise notre vie quotidienne.
Et plus important que tout peut-être, être indépendant mentalement. Se dire qu'il y a les États-Unis d'un côté, il y a l'Europe de l'autre et que malheureusement, c 'est plus les mêmes valeurs et c'est plus les mêmes intérêts. C'est encore C'est encore un allié ou ça ne l'est plus ? – Mais un allié n'aurait pas déclenché une opération militaire en Iran sans nous avertir.
Un allié n'aurait pas accueilli Vladimir Poutine qui a agressé l'Ukraine en grande pompe sur le territoire américain. Un allié ne frapperait pas au moment où la croissance européenne est si faible et où toute notre industrie automobile est en si grande de difficultés à cause des surcapacités chinoises qui n'auraient pas imposé des tarifs de 25 % sur l'automobile européenne comme ils s'apprêtent à le faire. Non, le comportement de Donald Trump n'est pas celui d'un allié, il est le comportement d'un un adversaire qui ne respecte rien sinon la force et qui a décidé, chacun doit le comprendre, d'affaiblir le continent européen.
Alors justement on le voit évidemment, cette crise militaire, cet affrontement, cette guerre entraîne une crise diplomatique, une crise économique. Au cœur de cela et bien sûr ça fait partie du plan iranien, il y a le blocage du détroit d'Ormuzin, un super tanker iranien serait passé, on est en train de vérifier effectivement ces informations, on voit que ça bloque et économiquement le monde entier. Est-ce que vous jugez qu'aujourd'hui nous vivons un choc pétrolier ? – Oui, enfin ne tournons pas autour du pot, un choc pétrolier c'est quand le prix du pétrole flambe, je regarde très basiquement les faits, c'est toujours mieux de regarder les faits et les chiffres, 60 dollars, 110 ou 105 dollars ça varie d'une journée à l'autre.
C'est forcément un choc. Quand j'entends en revanche le patron de l'agence internationale de l – La plus grave crise énergétique de notre histoire, dit-il. – Oui, ça je pense que c'est totalement faux. – Pourquoi ? – Et je le dis parce que j'ai vécu une des crises énergétiques les plus graves quand j'étais ministre des Finances, celle provoquée par l'invasion de l par la Russie.
Et là, vous aviez non seulement les prix du pétrole qui augmentaient fortement, mais les prix du gaz qui ont été multipliés par 3, 4, 5, 6 jusqu'à 10, causant une inflation à deux chiffres dans tous les pays européens. On n'en est pas là, on n'en est pas là. Donc gardons la mesure de ce qui se passe, c'est un choc pétrolier, il a un impact sur la vie de tous nos compatriotes qui nous regardent aujourd'hui et qui voient à la pompe que le prix du diesel peut être à 2 ,22 2 ,23, 2 ,24 et qui n'arrivent même plus à se payer un plein pour aller travailler, pour circuler dans de bonnes conditions.
Donc dans la vie quotidienne de nos compatriotes c'est un choc et de ce point de vue la seule stratégie bonne c c'est d'accélérer la décarbonation de l'économie française et réduire notre dépendance aux énergies fossiles. 60 milliards d'euros. Qu'est-ce qu'il faut faire pour rouvrir ?
C'est ce que nous continuons à dépenser chaque année pour les énergies fossiles. Qu'est-ce qu'il faut faire pour rouvrir, comme le dit le président Macron, ce fichu Détroit ? Il faut envoyer la marine française, qu'est-ce qu'il faut faire pour rouvrir ce Détroit ? – Mais certainement pas.
On ne va pas les menacer, mettre sous un risque maximal, dans une nasse, nos marins et nos soldats alors que nous ne sommes pas partis à ce conflit et qu'il n'y a pas aujourd'hui de perspective, de diplomatie, de droit et d'accord de paix plus global. Je pense que ce serait une véritable erreur. Dans cette crise sur le pétrole, une entreprise française au moins fait des bénéfices majeurs, c'est total, puisqu'elle a vu ses bénéfices bondir de plus de 50 % au premier trimestre.
Est ce que comme le premier ministre français vous appelait Total à participer, à continuer d'aider les Français avec ce plafonnement et même plus ? Est-ce qu'il faut à l'inverse taxer les super profits de Total ? Assez avec les taxes.
Pendant 7 ans, j'ai garanti la stabilité fiscale de notre pays. 7 ans. Nous avons baissé l'impôt sur les sociétés, baissé le prélèvement forfaitaire unique et nous nous sommes assurés que les français aient une visibilité fiscale.
Cette instabilité fiscale, elle tue la nation française. Alors là ce serait à titre exceptionnel. Oui mais tout est à titre exceptionnel.
Mais le problème c'est que le provisoire en France, surtout en matière fiscale, ça a tendance à durer. Je rappelle qu'il y a déjà une surtaxe à l'impôt sur les sociétés, qu'il y a déjà une surtaxe à l'impôt sur le revenu, que c'était censé durer pour la surtaxe à l'impôt sur le revenu à peine un an et qu'elle est en place depuis plus de dix ans. Et croyez-moi, je suis prêt à parier beaucoup de bouteilles de champagne avec les journalistes qui sont autour de ce plateau.
La surtaxe à l'impôt sur les sociétés, je pense qu'on n'est pas près de la voir disparaître. Donc oublions les taxes. Soyons fiers de nos entreprises qui réussissent et qui font la force de la nation française.
En revanche, je partage ce qu'a dit le Premier ministre. Total fait déjà un effort en plafonnant à 1 ,99 € le prix de l'essence. S'il pouvait avoir la même politique pour le diesel et pour tous ceux qui aujourd'hui roulent au diesel, je pense que ce serait juste et je pense que ce sera un geste apprécié de tous les Français.
Face à la hausse des carburants, le gouvernement de Sébastien Lecornu a pour l'instant choisi de décider uniquement des aides ciblées, compensées par des coupes budgétaires égales. Est-ce qu'il en fait assez ? Est-ce qu'il faut faire autre chose ?
Non je pense qu'il a raison. On a été payé pour voir que la La fuite en avant pour dépenser toujours plus d'argent sur les carburants, c'est tout simplement de l'argent jeté par les fenêtres. Qu'on aide ceux qui en ont le plus besoin, c'est ce que fait le gouvernement.
Les gros rouleurs, ceux qui ne peuvent pas se passer de leur voiture pour aller travailler. J'ai été élu 15 ans d'une circonscription rurale. Donc les ouvriers, les salariés qui ne peuvent pas faire autrement que prendre leur voiture, qu'on les aide, c'est une question de justice.
La justice, c'est ce qu'il y a de plus important en politique. En revanche, il y a de l'argent à mettre quelque part, mais accédérons la décarbonation, augmentons le leasing social pour permettre à tous ceux qui veulent un véhicule électrique de s'en procurer un parce que ça reste trop cher, le véhicule électrique pour la majorité de nos compatriotes. Accélérons la décarbonation de l'économie, c'est là qu'il faut mettre l'argent.
Mais mettre plus d'argent pour financer du pétrole ou du gaz que nous ne produisons pas et qui ira uniquement dans la main des producteurs de pétrole du golf. C'est pourtant ce qu'on a fait il y a quelques années. La pompe, c'était une erreur pour vous ?
Je pense que je me suis beaucoup battu pour qu'elle soit limitée. À chaque fois, c'était de la surenchère. Je ne sais pas assez, il faut faire plus.
Mais à quoi est-ce que ça a servi ? Très franchement. Donc sachant tirer les leçons, l'expérience pour nous dire qu'on ne va pas refaire la même chose.
Nous n'en avons ni les capacités, ni l'intérêt puisque nous ne produisons pas de pétrole. S'il y a de l'argent à mettre, c'est pour aider ceux qui sont plus en difficulté. C'est fait et le gouvernement a raison de s'en tenir à cela.
Pour le reste, investissons dans les énergies décarbonées et dans l'électrification du pays. Mais les Français voient ce qui se passe au-delà des frontières. Par exemple, l'Allemagne va baisser provisoirement la taxe sur l'énergie qui est appliquée au carburant.
Et c'est pas rien, ça ferait 17 centimes par litre de moins, au moins jusqu'à la fin du mois de juin. Les Français se disent « Mais pourquoi on ne fait pas pareil ? » – Mais l'Allemagne a une marge budgétaire que la France n'a plus. – La La faute à qui, si nous ne l'avons plus ?
La faute à un modèle social qui aujourd'hui est totalement déséquilibré. La vraie raison pour laquelle aujourd'hui vous avez un niveau de dette qui est aussi élevé, et un niveau de déficit qui est si dur à réduire, c'est C'est que nous avons un modèle social qui a été créé dans les années 40, 1946 pour être tout à fait précis, où il y avait beaucoup d'enfants et peu de prestations. Depuis 80 ans, on a multiplié des prestations. et on a toujours moins d'enfants moyennant quoi depuis 40 ans nos comptes publics dérivent et depuis 2007 pour être tout à fait précis la part de la dette dans notre richesse nationale est passée de 60 % à plus de 110 % donc si vous voulez vraiment résoudre ce problème il faut aller à la racine du problème avoir un modèle social qui soit financement et vous qui avez été cette année à bercy vous plaidez pas un peu coupable je mets évidemment ma de part de responsabilité.
Mais je pense que si on s'amuse, comme on le fait trop souvent sur tous les sujets, à faire des chasses à l'homme, plutôt que de définir les problèmes fondamentaux d'un modèle. Vous allez faire partir les gens et puis le problème ne sera pas réglé. La preuve, Ludovic-Vigogne, je suis parti il y a deux ans.
La dette a augmenté de 250 milliards depuis deux ans. Donc vous pouvez liquider les ministres des Finances les uns après les autres, en disant c'est lui le responsable. Si vous n'allez pas à la racine des problèmes, c'est-à-dire un modèle qui dépense trop par rapport aux richesses qu'il produit, vous continuerez à avoir une dette qui continue de progresser.
Or moi, ce que je souhaite, c'est que nous traitions le problème à la racine et que nous apportions des réponses que les Français sont en droit d'attendre. Réduire la place de l'État-providence pour choisir vraiment ce qui est indispensable pour ceux qui en ont réellement besoin. Produire plus, avec plus de croissance et plus d'emplois en utilisant notamment la chance exceptionnelle que sera l'IA pour améliorer la productivité dans notre pays.
Et enfin, dernier volet de la réponse du futur, avoir une organisation politique où on sait qui fait quoi, qui est responsable de quoi. Cette espèce de gigantesque désorganisation politique française fait qu'on ne sait jamais qui est responsable de quoi. là aussi, ça participe de l'augmentation de la dette et de la dépense publique.
Bruno Le Maire, ce qui est passionnant dans votre ouvrage, c'est que vous décrivez ce qui est en train de se passer finalement sous nos yeux au niveau mondial, dans cet affrontement et cette guerre au Moyen-Orient. On le dit, une bascule qui est en train de se faire. Certains considèrent que cette guerre au Moyen-Orient c'est une bascule géopolitique telle qu'on l'a vécue au moment de la chute du mur.
Est-ce que vous partagez cette opinion ? Oui sauf que la chute du mur c'était une bascule positive qui a fini très mal, peut-être que cette bascule qui est la bascule vers des régimes autoritaires pourra finir bien. C'est ce que je raconte dans le livre avec les souvenirs de 1989 en 1989, on pensait tous, le mur de Berlin est tombé, le communisme est vaincu.
C'est l'ère de la démocratie, de la paix perpétuelle. On a été payés pour voir ce qui s'est passé, ça a été l'heure des régimes autoritaires, des prédateurs que je décris, les Xi Jinping, les Poutines, les Donald Trump. Et nous avons vu le retour de la guerre sur le sol européen.
L'épisode que nous vivons aujourd'hui, qui est celui de l'Iran, qui est celui de l'Ukraine, c'est le retour de la force brute, la force pour la force comme seul règlement des conflits. C'est une opportunité historique pour l'Europe d'affirmer enfin ce qu'elle est, comme continent de droit, de paix, de liberté, pour montrer à tous ces régimes autoritaires que la force pour la force ne fait que conduire le monde au bord du chaos et au bord du désastre. C'est un moment d'affirmation européenne qui doit être massif et immédiat. — Ludovic. — Mais vous avez le sentiment que la prise de conscience européenne est là ?
On n'en a pas encore vraiment le sentiment. — Je pense qu'il y a une prise de conscience des peuples. Et malheureusement, pas des dirigeants.
Je vais vous donner un exemple très concret. Quand Donald Trump nous frappe avec des tarifs à 15 % et que nous, au lieu de dire c'est inacceptable, on va dans un golf de M. Trump pour dire c'est formidable, 15 % c'est quand même pas trop, c 'est bien la preuve que les peuples eux ont compris qu'il fallait se protéger résister, défendre nos intérêts, là où le dirigeant, en l'occurrence la présidente de la Commission européenne, n 'a pas utilisé l'instrument qui était à cette disposition, l 'instrument anti-coercition, mis en place il y a deux ans, qui dote la Commission européenne de tous les pouvoirs pour riposter quand les États-Unis ou n'importe quel autre pays du monde vous attaquent commercialement.
Il y a juste, pour les Européens, et quand je dis les Européens, ce sont les dirigeants européens, la nécessité de prendre conscience de notre propre puissance. Nous sommes un des premiers marchés de la planète. Nous avons 450 millions de consommateurs.
Nous sommes riches. Mais nous pesons déjà économiquement. Et quand vous pesez économiquement, vous, vous pouvez peser militairement.
Mais si vous ne faites pas usage de votre arme économique, en ripostant à Trump, en faisant des mesures protectionnistes contre les surcapacités industrielles chinoises, largement subventionnées par l'État chinois, qui demain vont submerger l'économie européenne et éliminer des pans entiers de notre industrie, à commencer par l'industrie automobile. Si vous n'êtes pas capable de faire une preuve d'une démonstration de force, nous serons broyés entre la Chine et les États-Unis. J'appelle...
Pardon, vous dites « chacun dévore l'autre dans ce nouveau monde ». Je cite « le monde est suspendu aux décisions de trois hommes qui a Washington, Pékin et Moscou ont la paix et la guerre entre leurs mains ». Ce monde qu'on voit se dessiner sous nos yeux, qu'on voit avec cette guerre au Moyen-Orient, c'est un monde sans règles à vos yeux ou c'est le règne de la force ?
C'est les deux. C'est la force brute et la force n'a pas de Or, dans un monde amoral, le rôle de l'Europe, c'est de remettre des principes et de la morale. C'est ça notre destinée historique aujourd'hui, dans les décennies qui viennent, de montrer que la force brut ne règle absolument rien et que nous avons besoin sur le commerce, sur la définition des frontières, sur les intérêts économiques, de règles, de principes, de lois et de droits.
Mais nous y arrivons, je le redit que si l'Europe prend conscience de sa force est capable d'imposer à la Chine et aux États-Unis les coûts qu'ils nous imposent. Dans l'immédiat, vous avez dit tout à l'heure que Donald Trump était un adversaire. Vous dites aussi dans votre livre qu'il n'est plus très loin de franchir le pas d'un pays qui ne sera bientôt plus une démocratie.
Est-ce que vous considérez que Donald Trump, je ne sais pas comment le dire, mais est un danger aujourd'hui pour son pays et pour le monde ? – Je trouve confiance dans les États-Unis d Amérique et dans leur capacité à défendre l'État de droit. Mais ce que je constate, c'est que la dérive de Donald Trump, c'est la dérive d'un régime kleptocratique, où la mélange des intérêts financiers privés et des intérêts politiques est totale et constante.
Je constate que des éléments clés d'un état de droit, par exemple l'indépendance de la Banque centrale, sont en train d être remise en cause par le président Trump et que la dérive vers un régime autoritaire se fait jour après jour. Donc ce n'est ni ma conception, ni la conception qui devrait être celle des Européens et des dirigeants européens. C'est pour cela que j'appelle à dire très clairement, très sereinement, sans pertes et fracas, nous devons désormais nous séparer des Etats-Unis d'Amérique, que chacun vive sa vie tranquillement.
Mais dans l'immédiat, est-ce que pour vous on est à la veille d'une crise beaucoup plus majeure, déjà économique à cause de tout ce qui est en train de se passer ? Inflation, taux d'intérêt, prix, énergie. Et est-ce qu'on est même au-delà de la crise économique, à la veille d'une guerre sur le continent européen ?
Jusqu'où peuvent aller les dehors à pages ? La guerre, elle est déjà sur le sol européen. Elle est en Ukraine.
La menace que Vladimir Poutine puisse intervenir soit par une cyberattaque, soit par une attaque militaire sur un autre pays européen, elle est permanente. Je pense que tous nos concitoyens en ont conscience. – Mais à court terme ? – Oui, à court terme.
Quand je dis à court terme, c'est dans les mois qui viennent. Si dans les mois qui viennent vous avez une cyberattaque massive sur les Etats baltes ou un missile russe qui par provocation atterrit à Varsovie ou en Pologne, je pense que personne ne serait véritablement surpris. C'est une option que chacun a en tête.
Soit la situation économique, mais nos compatriotes la vivent déjà. Ils voient déjà que les prix flambent à la pompe, que les prix alimentaires peuvent augmenter et que nous courons le risque en Europe d'avoir en 2026 une croissance faible et une inflation forte. Donc c'est là que j'appelle les pays européens à prendre toute la mesure de la situation où nous sommes, de mobiliser les forces qui sont à notre disposition, résister aux surcapacités industrielles chinoises, riposter aux menaces de Donald Trump sur les tarifs et accélérer l'intégration européenne pour avoir des capacités d'investissement dans l'innovation, dans la tech, dans l'intelligence artificielle et dans l'industrie verte le plus rapidement possible.
On a été capable, je l'ai fait avec le président de la République, Mme Merkel et M. Scholz, qui étaient ministres des Finances à l'époque, face au Covid, de lever 750 milliards d'euros pour nous protéger. Pourquoi ne serait-on pas capable de lever la même somme pour investir, innover, développer l'IA partout en Europe et retrouver de la croissance et de la production ?
Bruno Le Maire, vous disiez que sur cet affrontement au Moyen-Orient, vous ne semblez pas en voir l'issue. On le disait, les Iraniens disent il y a quelques instants que c'est soit une opération impossible pour les Américains ou un mauvais accord. Le président Trump donne son côté difficilement possible et doute que le plan iranien soit acceptable.
Ça veut dire quoi On se prépare à des mois de blocus à Hormuz. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Est-ce que les Américains néanmoins doivent faire ce qu'on appelle une frappe décisive ?
Concrètement, qu'est-ce qu'on fait militairement ? C'est à eux de le décider. J'aurais pas la la prétention de me définir comme le stratège de ce conflit.
Simplement, je veux faire part de l'expérience qui est la mienne et des convictions fortes qui m'animent sur ce sujet. Première chose de mener ses opérations au sud Liban. Si on dézoome encore un peu plus, derrière l'Iran, je le disais tout à l'heure, vous avez la Russie, vous avez la Chine, vous avez tout un bloc de pays qui se dit c'est le moment clé où nous pouvons montrer la faiblesse de l'Occident, la faiblesse de ses valeurs puisqu'ils interviennent sans le droit et sa faiblesse tout court puisqu'ils ne sont pas capables de ramener l'Iran à une meilleure politique et de les faire céder.
Quel peut être le rôle de l'Europe là-dedans ? Certainement pas de s'allier aux côtés des États-Unis dans une opération militaire dont on ne connaît pas les buts et qui n'obéit pas à des règles de droit. Mais en revanche, être capable de ramener tout le monde autour de la table de négociations en montrant que ce n'est l'intérêt de personnes, y compris de la Chine, d'avoir un conflit militaire.
Mais personne ne nous écoute en fait. Mais personne ne nous écoute parce que nous ne parlons pas d'une seule voix. Le jour, le jour, le jour, le jour où nous serons capables et les choses peuvent progresser, tout travail qui a été fait en Ukraine sur la coalition des volontaires montre que l'Europe, quand elle parle d'une seule voix, ça progresse.
Alors ça met trop de temps, je suis d'accord. C'est pas encore assez puissant. Mais la capacité, elle Il existe.
Donc si l'Europe sur l'Iran parle d'une seule voix pour réclamer d'urgence des négociations qui ne se limiteraient pas à l'Iran et aux États-Unis, mais qui seraient plus globales, il y a une possibilité d'arriver à un accord de paix. – Est-ce que vous diriez, comme certains même responsables européens le disent, que les États-Unis, dans cette guerre, ont été humiliés par l'Iran ? – C'est ce qu'a dit Mertz. – Chancelier. – Moi j'en pleurerais que Mdémola n'ait malheureusement pas de l'attaquer de l'extérieur car j'ai bien peur que ça le renforce.
C'est l'illustration une nouvelle fois de ce que j'ai connu en 2003 en Irak quand nous nous sommes opposés à la guerre en Irak parce qu'elle n'avait pas de légitimité contre le président Bush. L'usage seul de la force ne sème que le chaos ou le renforcement de nos adversaires. Mais nous sommes dans le chaos, là ?
Nous sommes aujourd'hui dans le chaos et dans une impasse totale. La carte que peut jouer l'Europe, la carte que doit jouer l'Europe avec toute sa puissance du premier marché de consommateur de la planète, de ses capacités financières, de ses capacités technologiques. C'est de dire d'une seule voix, retour à la table de négociations, dont des négociations qui ne seront pas simplement Iran-États-Unis, mais des négociations beaucoup plus globales.
Merci beaucoup Bruno Le Maire, un plan iranien qui a été mis sur la table.
Bruno Le Maire