Delphine : « En tant que sauveuse, je me suis retrouvée les genoux à terre »
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Delphine,
bonjour. Bonjour Hélène, bonjour Brigitte.
Bonjour
Delphine.
Je suis toujours
ravie de pouvoir vous apporter un petit peu de mon expérience et toutes vos explications au préalable de mon intervention m'ont fait sourire sur bien des points parce que je suis passée par tout ce contexte-là, la crise dans le couple. En tant que sauveuse, je me suis retrouvée les deux genoux à terre et j'ai pris l'initiative d'une thérapie où d'ailleurs, j'ai encore en tête la phrase de mon mari le jour où je lui ai annoncé qu'on me conseillait une psychanalyse pour réussir à me sortir du marasme dans lequel j'étais et il m'a regardée avec effroi et il m'a dit mais tu vas changer, tu ne seras plus jamais la même. Quelle lucidité !
Oui, parce que même moi sur le coup, j'ai pris la remarque comme je n'avais pas le droit de me soigner en fait. Immédiatement, j'ai bataillé contre
mon... C'est
intéressant ce que vous dites parce qu'on voit bien comment on interprète toujours ce que nous dit l'autre alors qu'à mon avis, il a plutôt dit ça parce qu'il a eu peur et il s'est rendu compte qu'il risquait de vous perdre.
Oui,
et puis je
voudrais juste ajouter que
pendant une thérapie, pendant une psychanalyse, on ne change pas pour devenir autre, au contraire, on change pour devenir soi. C'est-à-dire qu'on enlève toutes les pelures d'oignons et toutes les injonctions familiales pour devenir soi-même. Toutes ces croyances et ces mécanismes de défense qui nous empêchent
d'être nous. Oui, c'est sûr qu'il a eu
peur. Je pense qu'il a vraiment eu peur. Il a senti qu'il risquait de vous perdre.
Je
pense. Oui,
de toute façon, en plus, on a découvert par la suite sur tout notre chemin chaotique que ça remonte quand même à ça il y a 12 ans. Et on en sort juste là, on commence à sortir le nez du marasme dans le couple. Mais vous êtes toujours ensemble ?
Oui.
Alors, il avait tort
?
Oui. Le problème, c'est que j'ai affaire à une personne qui a un homme qui est dépendant affectif, évidemment. De toute façon, avec mon syndrome XXL de sauveuse, je suis un peu l'obélix du syndrome. Je suis tombée dedans à la naissance puisque je suis moi-même issue d'une grossesse qui a suivi plusieurs fausses couches. Oui. Donc, j'ai senti ce poids, en fait, très tôt d'être arrivée là, quelque part, à la place des... Tu
as réparé
? Oui. Oui. Bébé médicament, quoi. Oui. Donc, j'ai après eu mon frère en charge après une séparation avec mes parents qui a été catastrophique. Et puis, en 2014, un événement qui a fait que j'ai eu les deux pieds, les genoux au sol. Et je me suis dit, il ne
faut
pas que tu restes comme ça. et en direction d'un psy m'a conseillé une psychanalyse. Et là, j'ai commencé... Je reprends un petit peu parce que là, j'en ai besoin. J'ai commencé à vider ma charrue. J'ai réalisé, là, il y a quelques semaines, que, en fait, c'était le début de mon travail pour vider... Il y a 12 ans, j'arrivais chez le psy. J'étais effondrée en larmes et je lui disais, j'ai l'impression d'être un cheval de trait. Et j'ai dans ma charrue cette personne-là, cette personne-là, cette personne-là, cette personne-là,
cette personne-là. Mais ça fait beaucoup. En même temps, j'ajoute quelque chose qui vous concerne un peu, Delphine, mais qui concerne beaucoup de gens. Je remarque qu'on a souvent envie de traîner plein de gens et de vouloir les aider comme si ça nous permettait de ne
pas
nous écrouler.
Oui,
c'est le principe du sauveur et de la sauveuse.
Oui,
tout à fait.
Ça nous donne un peu un objectif, en fait. Oui,
oui, ça
donne du sens. Ça donne du sens, mais en même temps, c'est lourd. C
'est
épuisant. Oui,
c
'est épuisant. Et puis, c'est sans fin, quoi. Et puis, ça permet de s'oublier. Vous le décrivez très, très bien, Delphine. Ça permet de s'oublier et de ne pas aller creuser chez nous ce qui fait mal, quoi. Et d
'aller voir les blessures.
Ce n
'est
pas évident à comprendre, ça, cette notion que c'est le meilleur moyen, en fait, de ne pas se regarder soi. Et encore aujourd'hui, je cherche désespérément à désactiver ce foutu bouton de sauveur parce que ça me pourrit la vie, quoi. Oui, mais
ne cherchez pas à désactiver ce mécanisme de sauveur. avancez sur votre chemin. Et il se désactivera tout naturellement. Exactement. Vous voyez ? C
'est toujours pareil. Le travail que
vous êtes en train de faire, le travail que vous êtes en train de reprendre, puisque vous dites que vous le reprenez, au fur et à mesure de votre remplissage, vous n'aurez plus besoin de vous remplir des autres. Donc, c'est s'axer sur soi. Et puis, une fois que tout sera... que le plus gros du
travail sera fait,
ça sera vraiment inutile. Vous vous rendrez compte que vous saurez dire non, que vous saurez aider ponctuellement, que vous ne prendrez pas en charge totalement, etc. Et que vous serez bien avec vous-même, tout simplement. Vous savez, je crois qu'il y
a
une différence phénoménale à faire entre la psychanalyse et la thérapie. Et là, visiblement, vous êtes en analyse. Donc, la thérapie, on va voir un thérapeute parce qu'il
y a
quelque chose qui ne va vraiment pas bien. Il faut vite trouver un mécanisme qui nous permet
d
'aller bien. La psychanalyse, c'est un chemin. Et donc, quand on fait une analyse, on ne sait pas où est-ce que ce chemin va nous emmener. Et on n'a pas la motivation d'arriver à tel endroit. Vous voyez ? Donc,
n
'y allez pas en disant je veux désactiver ce mécanisme. Allez-y et profitez du chemin.
Oui, oui, c'est vrai. C'est vrai que je n'avais pas regardé cet objectif-là, ces deux différences-là. Vous
êtes d'accord, Hélène ? Oui,
exactement. Et bravo pour cette définition courte et frappée au saut du bon sens. La différence entre les psychothérapies et la psychanalyse, la psychanalyse travaille sur l'inconscient. Donc, pour faire une image, un être humain, d'un point de vue psychique, c'est un peu comme un iceberg. Il y a un huitième conscient et sept huitièmes qui sont inconscients. Quand tout va bien, la dynamique, les allers-retours entre le conscient et l'inconscient sont à peu près fluides. Quand ça ne va pas, il y a quelque chose qui est bloqué, douloureux dans l'inconscient. Et tout le travail psychanalytique, ça va être d'arriver à éclairer ces zones d'ombre de ce qui ne dépend pas de nous consciemment.
C'est-à-dire, il y a des choses qu'on va dire qu'on ne voudrait pas dire, il y
a
des choses qu'on fait qu'on ne voudrait pas faire, il y
a
des choses qu'on pense qu'on ne voudrait pas penser. Et tout le travail psychanalytique, ça va être d'améliorer un peu ce pourcentage, ce rapport entre inconscient et conscient. Tandis que les psychothérapies, on travaille sur le conscient. C'est-à-dire, justement, comme le dit Brigitte, on arrive, on a tel problème, on va travailler sur ce problème pour le déjouer, pour arriver à le résoudre, et puis on va avancer comme ça. Tandis qu'en psychanalyse, souvent on arrive avec un problème en disant qu
'il
y a ça qui ne va pas, et puis à partir de là,
on va laisser... Et on en
découvre un autre. Oui, voilà. Et puis surtout, parfois, on n'en parle même plus. Au bout d'un moment, on a complètement oublié parce que le principe, c'est la libre association. C'est-à-dire qu'on va dire les choses qui nous passent par la tête et puis ça va être tout d'un coup un sujet qui va avoir un lien avec notre père, puis avec notre mère, puis avec nous, puis avec notre conjoint, puis notre enfant, puis notre patron, puis tout d'un coup, on va avoir un rêve qui va nous éclairer sur quelque chose d'incroyable. Enfin, voilà. Et effectivement, on va avancer comme un travail de puzzle. Exactement.
C
'est marrant.
J
'avais l'image du puzzle, oui.
Voilà.
Et les petits morceaux... Moi,
je voyais la
rivière. Voilà. Et les petits morceaux, de temps en temps, on va avoir des petits tableaux qui vont tout d'un coup nous éclairer, d'autres petits tableaux, puis voilà. Donc, effectivement, on vient souvent avec un objectif, mais on le perd et puis on finit par avancer sur soi.
Voilà. C'est tout à fait ça. Moi, je voyais la rivière avec les petits cailloux où on saute d'un caillou à un caillou et on ne
va
pas forcément droit. Parfois, on tombe dans la rivière.
On
boit la
tasse...
Et
on se relève
sur le caillou qui se fait. J'ai quand même réussi à comprendre une chose durant tout ça, c'est qu'effectivement, je ne pouvais pas être le thérapeute de mon mari. Il fallait qu'il aille vers ce travail personnel parce que tant que lui ne le voulait pas, moi, je ne pourrais rien faire pour lui.
Donc, vous voyez que vous
avez fait un pas énorme en tant que sauveuse puisque vous avez renoncé à sauver votre mari.
Ah
oui, oui,
oui.
Non, non, mais comme tout à l'heure, vous disiez, je continue à être sauveuse.
Pas tout le temps, quoi.
J'ai encore des fois des réflexes qui se mettent... Ça ne part pas si facilement. Non, ça ne part pas si facilement que ça, qui se mettent très vite en action. Et je fais, oui, mais alors là, il faut que tu le voies comme ci, comme ça. Puis tu fais, hop, là, là,
là, là.
Il faut que tu réfléchisses et que tu le laisses prendre conscience de ça. Mais ce qui est assez terrible déjà, c'est les décalages comme vous expliquez au départ de compréhension. Oui. Et de réussir à se retrouver à peu près sur le même niveau du chemin l'un, l'autre. Et il
y
a des moments où on a... Vous avancez
pas au même
rythme. Oui, oui. Et il
y a
des moments qui sont très rudes.
Et
cet été encore, à un moment donné, face à ses fonctionnements, parce que c'est pareil, lui, il a des fonctionnements qui ont été ancrés liés à son enfance et qui me reviennent, en fait, en figure.
Bien
sûr. Et là, à un moment donné, cet été, je me sentais vraiment à bout de force, à bout de capacité de pouvoir supporter. Et clairement, je me suis astreinte à lui dire si ça ne change pas, tu fais ce
que
tu choisis, ce que tu veux. Tu prends le chemin que tu souhaites. C'est pas à moi de te dire. Mais moi, aujourd'hui, mon état est tel que je souffre trop et la relation ne pourra pas continuer dans cette condition-là.
Et
là, il s'est mis à
réagir. Oui, parce que vous n'aviez pas donné de solution. Vous avez donné...
Vous avez fait un état
des lieux et vous avez
parlé de lui donner
sa responsabilité. C'est ça.
Oui.
C
'est à ce moment-là où il a commencé à dire bon, OK, je vais... Alors, il a répondu quand même à la thérapie de couple. Il y est allé, on en a fait deux ans, au bout d'un an et demi, j'ai réalisé qu'il venait surtout pour me faire plaisir. Donc, il avait tendance à répondre oui, oui, oui, oui, avec son côté dépendant affectif et si je lui dis non, elle va s'en aller. Donc, c'était oui, oui, oui, oui, oui, oui, mais ça n'évoluait pas. La relation n'évoluait
pas.
Mais Delphine,
je voudrais juste vous mettre en garde sur une chose. J'entends bien ce que vous dites et je le comprends tout à fait. Il y a forcément une distance sur le plan psychique qui s'installe entre vous et qui va certainement augmenter. Voyez juste qu'est-ce qu'il y a dans votre couple qui fait que ça a du sens de rester ensemble. Ne voyez pas que cet éloignement qui est en train de se faire et qui est réel et qui est tout à fait inévitable. Mais voyez s'il y a des choses qui font que ça a du sens d'être en couple.
C'est-à-dire la sexualité, les choses que vous pouvez partager ensemble, tout ce qui fait que parfois on est bien avec quelqu'un même si on ne parle pas tout à fait la même langue qu'on parle une langue très différente. Et puis c'est important et vous l'avez peut-être déjà abordé dans votre propre travail réfléchissez aux raisons qui vous ont fait choisir un homme dépendant affectif. Ceci étant, moi je modulerai l'expression dépendance affective mais bon on ne
va
pas faire un cours là-dessus. Je pense que heureusement qu'on est dépendant affectif dans un couple. tout dépend de l'intensité
de l
'indépendance mais heureusement qu'on est dépendant affectif. Ceci étant, je reviens à ce que je disais pourquoi lui vous a choisi sauveuse et pourquoi vous vous l'avez choisi dépendant affectif ? Je pense que si tous les deux vous vous questionnez là-dessus vous allez vous trouver un terrain d'entente et de quoi continuer à construire plus solidement.
Merci
beaucoup Delphine en tout cas et on continue
bien sûr avec
David dans un instant qui
est là-dessus.