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InterviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 1 juillet 2023 18 minContradictoireActualité / polémiqueNumériqueInstitutions & électionsCulture, médias & sportEurope & international

Christophe Deloire - Alexis Lévrier : "Là où Vincent Bolloré passe, le journalisme trépasse"

Source d'origine 3 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:16OuverteRéponse directe

    Quel contour faut-il donner à la droitisation de la presse en France ?

  • 0:40OuverteRéponse directe

    Cette crainte d'une influence des investisseurs sur le contenu éditorial est-ce si nouveau ?

  • 1:40RelanceRéponse directe

    Ce qui change peut-être, c'est qu'avant, les actionnaires étaient patrons de presse. Aujourd'hui, les actionnaires ont fait fortune ailleurs et ils viennent racheter des titres.

  • 2:17OuverteRéponse directe

    Que vous a inspiré la nomination de Geoffroy Lejeune au JDD ?

  • 3:28OuverteRéponse directe

    Il n'y a finalement donc que très peu de presse d'extrême droite au regard des scores de cette même extrême droite dans les urnes. Comment l'expliquez-vous ?

  • 6:24OuverteRéponse directe

    Comment est-ce que vous expliquez cette dichotomie entre peu de journaux d'extrême droite et des scores électoraux élevés ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:57Invité politiqueFait
    « Il y a 99% de la rédaction qui est hostile à cette nomination et ça ne pèse rien. »
  • 0:59Invité politiqueFait
    « On a l'habitude avec Bolloré, il a fait la même chose à Itélé et puis il a fait la même chose à Europe 1. »
  • 1:01Invité politiqueFait
    « À chaque fois, c'est un rapport de force qui tourne toujours en défaveur des journalistes et avec un projet idéologique qui est assumé. »
  • 1:22Invité politiqueFait
    « Valeurs Actuelles, dont vient Geoffroy Lejeune, c'est un journal qui a été multi-condamné pour justement des provocations, des injures raciales, des injures d'ordre religieux également. »
  • 1:57Invité politiqueFait
    « Bolloré, précisément, c'est un peu nouveau de ce point de vue-là aussi. C'est-à-dire qu'il a vendu ses activités africaines et il se ressent tout sur les médias. »
  • 3:44InvitéFait
    « Là où Bolloré passe, le journalisme trépasse. »
  • 4:12InvitéFait
    « À Canal+, il a éradiqué le journalisme d'investigation, alors que c'était l'une des qualités de Canal+. »
  • 4:26InvitéChiffre
    « Il y a à peu près 13% des contenus qui sont réellement informatifs. Le reste, c'est de l'opinion, c'est de l'opinion tranchée. »
  • 4:43InvitéFait
    « À Paris Match, il a instauré un régime de terreur. C'est fascinant de voir la peur des journalistes. »
  • 6:03Invité politiqueFait
    « À partir de 2012, c'est Yves de Kerdrel qui a impulsé une ligne très radicale en multipliant les unes racistes et xénophobes, notamment hostiles à l'islam, aux étrangers présentés comme des nouveaux barbares. »
  • 6:17Invité politiqueFait
    « Oui, il y a eu plusieurs condamnations et c'est lui qui arrive aujourd'hui au JDD. »
  • 7:37InvitéChiffre
    « 80% des journaux de presse quotidienne nationale vendus appartiennent à un groupe de milliardaires. »
  • 9:40Invité politiqueFait
    « La loi anti-concentration en France, elle date de 1986, elle n'est pas du tout adaptée au paysage médiatique tel que nous le connaissons aujourd'hui. »
  • 10:03Invité politiqueFait
    « Paris Match, que vient donc de racheter Bolloré, comme un titre de la presse d'information politique et générale, alors que tout le monde voit bien que c'est un hebdomadaire en partie people. »

Temps de parole

  • Invité45 %
  • Invité politique31 %
  • Présentateur23 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

France Inter, Eric Delvaux, le 6-9 du week-end. Pas de JDD prévu demain, les salariés sont toujours vent debout contre la nomination de Geoffroy Lejeune, ex-Valeurs Actuelles. Alors quel contour faut-il donner à ce qu'on a appelé ces derniers jours la droitisation de la presse en France ? Question aussi sur la liberté de la presse, on en parle avec nos deux invités. Alexis Lévrier, bonjour. Bonjour. Vous êtes historien des médias, maître de conférences à l'université de Reims. Et en duplex, Christophe Deloire, bonjour. Bonjour. Vous êtes secrétaire générale de Reporteurs Sans Frontières. Je m'adresse peut-être d'abord à l'historien Alexis Lévrier.

Cette crainte d'une influence des investisseurs sur le contenu éditorial,

0:45
Invité politique

est-ce si nouveau que ça ? Non, mais disons que ça n'a jamais été à ce point visible et assumé. C'est-à-dire que là, il y a 99% de la rédaction qui est hostile à cette nomination et ça ne pèse rien. Alors on a l'habitude avec Bolloré, il a fait la même chose à Itélé et puis il a fait la même chose à Europe 1. À chaque fois, c'est un rapport de force qui tourne toujours en défaveur des journalistes et avec un projet idéologique qui est assumé et qui est quand même assez rare dans la presse française.

Il faut revenir aux années 20, 30 pour voir des patrons de presse qui ont été sur une ligne aussi radicale et aussi ostensiblement raciste et xénophobe, puisque c'est quand même de ça qu'il s'agit. Valeurs Actuelles, dont vient Geoffroy Lejeune, c'est un journal qui a été multi-condamné pour justement des provocations, des injures raciales, des injures d'ordre religieux également. Donc ça n'est pas totalement nouveau qu'il y ait des ingérences, il ne faut pas être naïf. À partir du moment où il y a des actionnaires privés, même où des actionnaires publics,

1:40
Présentateur

Ce qui change peut-être, c'est qu'avant, les actionnaires étaient patrons de presse. Aujourd'hui, les actionnaires ont fait fortune ailleurs et ils viennent racheter des titres.

1:48
Invité politique

Oui, c'est ce qui s'était passé déjà avec Bouygues, puis avec Drahi, puis avec Niel, avec Kretinsky, qui est un nouvel acteur. Mais Bolloré, précisément, c'est un peu nouveau de ce point de vue-là aussi. C'est-à-dire qu'il a vendu ses activités africaines et il se ressent tout sur les médias. Et son modèle, c'est plutôt Murdoch, c'est-à-dire un groupe de médias très puissant avec des concentrations horizontales et verticales et un projet idéologique assumé.

2:07
Présentateur

Christophe Deloire, donc Geoffroy Lejeune, perçu comme proche d'Éric Zemmour ou de Marion Maréchal, la Société des journalistes estime que ces valeurs ne sont pas celles du JDD. Que vous a inspiré cette nomination ?

2:21
Invité

En fait, il y a plusieurs questions qui se superposent et qui ne doivent pas être confondues. Il y a la question de la ligne éditoriale du JDD, la question du pluralisme en France et la question de la liberté de la presse, comme vous l'évoquiez, et de l'indépendance éditoriale. Sur la ligne du JDD, 99% de la rédaction du JDD est hostile à l'arrivée de Geoffroy Lejeune parce qu'elle ne se reconnaît pas dans sa ligne, aussi parce qu'il y a une forme de trahison de l'histoire du journal et de rupture historique, de rupture du contrat de lecture avec les lecteurs du JDD et d'ailleurs un risque pour la pérennité du JDD.

Il y a une deuxième question qui est celle du pluralisme en France, avec un combat à mener dans l'audiovisuel. Je sors un instant du sujet de la presse écrite, où on a une logique de pluralisme interne, c'est-à-dire qu'à l'intérieur de chacune des antennes, il doit y avoir un pluralisme et le modèle Bolloré le récuse. Dans la presse écrite, c'est le pluralisme externe qui règne, c'est-à-dire la diversité de lignes éditoriales. Et de ce point de vue-là, il n'est pas illégitime, évidemment, qu'il y ait une presse de droite plus développée. Chacun jugera de l'extrême droite.

Et puis, il y a la troisième question, qui est le combat pour reporter à 100 frontières, qui est la question de l'indépendance éditoriale et du traitement du journalisme dans les médias qui sont la propriété de ces hommes d'affaires dans le cadre de concentration verticale. Et ce qu'on peut dire de Bolloré, parce qu'on l'a expérimenté à chacun de ses rachats, c'est que là où Bolloré passe, le journalisme trépasse. C'est un ogre qui digère les médias et qui les transforme en organes d'opinion.

3:58
Présentateur

Ça veut dire qu'avec Vincent Bolloré, ce sera forcément une presse aux ordres. C'est son concept.

4:05
Invité

Forcément, on peut toujours nourrir quelques espoirs. Mais enfin, quand on est fort de l'expérience de ce qui s'est passé dans les autres médias, regardons à Canal+, il a éradiqué le journalisme d'investigation, alors que c'était l'une des qualités de Canal+. À ITV, il a réduit les tranches d'information. On peut considérer maintenant, on a fait une étude dans le cadre d'un recours contre l'ARCOM au Conseil d'État. Il y a à peu près 13% des contenus qui sont réellement informatifs. Le reste, c'est de l'opinion, c'est de l'opinion tranchée, c'est de l'opinion âgée continue dans le même sens ou quasiment. À Paris Match, il a instauré un régime de terreur.

C'est fascinant de voir la peur des journalistes. Et évidemment, ce qu'on peut dire avec cette nomination au JDD, c'est que la même chose devrait se passer.

4:58
Présentateur

On doit l'éviter. Quand je dis « devrait », c'était évidemment une exposition. Alexis Lévrier, on ne découvre pas ce matin la presse d'opinion. Mais ce qui inquiète avec Vincent Bolloré, c'est la fin d'une certaine pondération journalistique qui a longtemps existé et qui existe toujours, fort heureusement, dans la presse.

5:15
Invité politique

Oui, alors une presse d'opinion, elle existe, elle doit exister, il y en a depuis le XVIIe siècle et ce n'est pas du tout un problème. Vis-à-vis de l'histoire de la presse d'extrême droite, il y avait une espèce de cordon de sécurité parce que cette presse a été extrêmement forte de la belle époque jusqu'à la collaboration. Et puis avec la mort d'Audrey Ola Rochelle ou de Brasillac, il y a depuis l'idée quand même que cette presse-là n'est pas une presse comme les autres et qu'elle a conduit de l'affaire Dreyfus jusqu'au soutien à l'Allemagne nazie un certain nombre d'excès, de dérives qui sont difficilement pardonnables. Alors la presse d'expondance n'a jamais disparu.

Minute a tiré à 250 000 exemplaires dans les années 60 et 70.

5:49
Présentateur

Aujourd'hui, elle a disparu. Minute Rivarol, ça n'a pas trouvé son public aujourd'hui en tout cas.

5:53
Invité politique

Oui, mais précisément, elle était tenue à l'écart des médias mainstream et depuis 2012, Valeur Actuelle, c'était un journal assez classique, conservateur, mais pas du tout un journal d'extrême droite. Et à partir de 2012, c'est Yves de Kerdrel qui a impulsé une ligne très radicale en multipliant les unes racistes et xénophobes, notamment hostiles à l'islam, aux étrangers présentés comme des nouveaux barbares. Ça a été d'une violence inouïe. Et Valeur Actuelle s'est fait condamner pour ces mêmes raisons. Oui, il y a eu plusieurs condamnations et c'est lui qui arrive aujourd'hui au JDD. C'est pour ça que ça ne passe pas, parce que c'est complètement contraire à l'histoire de ce journal.

6:24
Présentateur

Christophe Deloire, il n'y a finalement donc que très peu de presse d'extrême droite au regard des scores de cette même extrême droite dans les urnes. Comment est-ce que vous expliquez cette dichotomie ? Pas de journaux, mais pourtant du monde dans les urnes.

6:38
Invité

Alors, je ne suis pas du tout un spécialiste de la question, mais pas très légitime. Oui, mais certains invoqueront le fait que les journalistes penchent de manière générale plus à gauche, même s'il y a une presse de droite, il y a des journalistes de droite, et évidemment, il ne faut pas systématiser. On pourra aussi s'interroger sur pourquoi, s'il y avait un tel déséquilibre et ce décalage, pourquoi la presse de droite ou d'extrême droite ? Parce qu'elle existe, elle n'a pas... Même si, parfois, elle a été très faible en termes de parution, mais précisément, pourquoi elle n'attire pas plus de public au regard des scores électoraux ?

Et là, il y a quelque chose de sociologiquement et politiquement intéressant. Mais je dirais que dans tous les cas, la théorie du rééquilibrage, selon laquelle les médias seraient plutôt orientés à gauche. On peut d'ailleurs s'interroger là-dessus au regard des tensions capitalistiques de la plupart des médias et du fait que 80% des journaux de presse quotidienne nationale vendus appartiennent à un groupe de milliardaires. Alors, il y a des effets à la fois sociologiques sur le journalisme et sur les propriétés. Mais en tout cas, cette théorie du rééquilibrage, moi, je la récuse parce qu'on ne fait pas du rééquilibrage, dans tous les cas, par l'accroissement de la capture oligarchique.

On ne fait pas du rééquilibrage par des logiques de conflit d'intérêts. Et là, c'est ce que fait Bolloré. Bolloré confond totalement la fonction de propriétaire à la fonction de rédacteur en chef. Il pense qu'il revient un businessman d'être le rédacteur en chef de ces journaux, évidemment par délégation. Et ça, c'est extrêmement dangereux, qu'on soit de droite, de gauche ou du centre.

8:23
Présentateur

Ça veut dire chez Vincent Bolloré, au final, qu'il va, au JDD notamment, favoriser la clause de conscience des journalistes en ouvrant le carnet de chèques pour laisser partir ceux qui ne se sentiraient plus à leur place dans ce nouveau JDD, Christophe Deloire ?

8:36
Invité

En tout cas, il faut absolument qu'on évite cette logique censitaire selon laquelle il suffirait d'avoir beaucoup d'argent. Quand je dis qu'il faudrait l'éviter, on est un peu en plein dedans. Mais selon laquelle il suffit d'avoir beaucoup d'argent pour pouvoir capter un média et modifier radicalement sa lignée éditoriale. Et pour ça, il faut des garde-fous. Je pense qu'il est temps maintenant et à la faveur, j'allais dire, de cette affaire du JDD, il apparaît plus clairement à beaucoup, qu'il faut avancer sur les principes à mettre en place pour sécuriser l'indépendance éditoriale du journalisme.

Ça, c'est pour le droit à l'information de l'ensemble des citoyens, ce n'est pas pour des avantages catégoriels.

9:16
Présentateur

Alexis Lévrier, l'un des principaux freins à l'OPA que souhaitent Vincent Bolloré et donc Vivendi sur les médias de la Gardère. Finalement, ce sont les lois antitrust de Bruxelles ?

9:27
Invité politique

Oui, c'est quand même très marquant. C'est pour ça que Christophe Deloire l'évoquait à l'instant. Il va falloir réfléchir sur l'évolution de nos règles, de notre droit, peut-être l'application de ce qui existe déjà, une meilleure application des règles dont nous disposons. Mais la loi anti-concentration en France, elle date de 1986, elle n'est pas du tout adaptée au paysage médiatique tel que nous le connaissons aujourd'hui. Et effectivement, les seules limites sont venues de l'Europe au nom de la lutte contre les monopoles.

Alors c'est vrai dans l'édition, c'est-à-dire que Bolloré va certainement, qui avait le numéro 2, Editis, et qui a racheté le numéro 1 à la Gardère, va devoir se séparer d'Editis. Et l'Europe a bien mis en évidence qu'il y avait un risque de monopole sur la presse people. Et là, ça envoie une certaine ambiguïté, voire une hypocrisie des pouvoirs publics français qui considèrent Paris Match, que vient donc de racheter Bolloré comme un titre de la presse d'information politique et générale, alors que tout le monde voit bien que c'est un hebdomadaire en partie people.

Et il possède, parce qu'il a racheté le groupe Prisma à Bertelsmann, alors c'est un peu compliqué, mais une vingtaine d'hebdomadaire. Mais il a voici Gala et Paris Match, ça veut dire qu'il a les trois principaux journaux people français, et Bruxelles va l'obliger à en vendre un. Ça sera sans doute Gala, parce qu'il veut évidemment garder Paris Match.

10:30
Présentateur

C'est la règle des deux tiers, il faut que Bolloré se sépare de sa filiale éditiste pour cause de doublons, par exemple entre Paris Match, Gala et Voici. Christophe Deloire, comment limiter l'influence des investisseurs sur le contenu éditorial ? Est-ce qu'il faut, par exemple, généraliser ce qui se fait au journal Le Monde, ce qui se fait à Libération, c'est-à-dire associer les salariés à la nomination d'un nouveau directeur ou directrice de l'information ?

10:56
Invité

En fait, il y a plusieurs propositions sur la table, et celle-là est l'une des propositions majeures et les plus séduisantes, c'est effectivement d'associer les rédactions au changement de direction, garder évidemment une initiative du directeur de publication, c'est-à-dire de celui qui dirige le journal, qui peut proposer, mais avec un droit de veto, avec un pourcentage à définir, pour la rédaction, pour éviter qu'on se retrouve dans cette situation où un directeur de la rédaction est nommé contre l'avis de 99% des effectifs du journal.

Il y a d'autres pistes qui ont été évoquées, y compris dans un rapport sénatorial récemment de la commissaire Assoubine, nommé un administrateur pour l'indépendance et contre les conflits d'intérêts. Il peut y avoir la généralisation des comités d'indépendance qui ont été imposés par la loi de Bloch en télévision, mais pas en presse écrite. Il y a l'instauration que nous portons depuis longtemps, un reporter sans frontières, d'un délit de trafic d'influence, mais dans le champ de l'information, pour lutter contre les conflits d'intérêts. Bref, il y a matière à avancer.

11:58
Présentateur

Alexis Lévrier, faut-il conditionner, par exemple, les aides d'État à la presse au respect des règles déontologiques, tout simplement ?

12:06
Invité politique

Les règles déontologiques, elles sont difficiles à maintenir. Il y a des chartes éthiques dans tous les grands médias. Il y en a aussi chez Bolloré. Elles ne sont pas toujours respectées. On peut regretter que les médias ne soient pas saisis de l'existence du CDJM, le Conseil de déontologie journalistique et de médiation, qui est un moyen, justement, de faire appliquer des normes éthiques.

12:23
Présentateur

Je fais une parenthèse, parce que l'ARCOM ne tape pas suffisamment du poing sur la table.

12:28
Invité politique

Alors, c'est un point, et moi, je rejoins, je trouve qu'on a une ministre qui, de ce point de vue-là, a tout à fait raison, Yann Abdelmalat, qui renvoie aux insuffisances de l'ARCOM.

12:35
Présentateur

L'ARCOM nouveau CSA, le régulateur des médias. C'est ça,

12:38
Invité politique

et qu'il y a des chartes qui ont été signées par CNews, par exemple, avec le CSA, qui ne sont pas appliquées, et on l'a bien vu dans la campagne présidentielle, et il y a très peu de condamnations en réalité venues de l'ARCOM au nom de la nécessité de respecter la liberté d'expression, qui est un principe extrêmement important, mais qui n'a jamais été... Il n'y a que l'extrême droite qui croit que la liberté d'expression peut être absolue dans toute démocratie, et aussi le respect d'un certain nombre de règles, et elles ne sont pas appliquées.

13:02
Présentateur

La liberté s'encadre par la loi, évidemment.

13:04
Invité politique

Oui, et on peut tout à fait imaginer que les aides publiques soient conditionnées déjà aux condamnations. Quand vous avez une... Alors, les condamnations, tous les médias en ont eu à un moment donné, mais quand ça devient systémique, c'est-à-dire que quand un média fait le choix de risquer les condamnations pour des causes graves. On parle de presse d'opinion, mais le racisme, la haine de l'autre, ce ne sont pas des opinions, ce sont des délits. Ce sont des délits, et quand ça se répète, on doit pouvoir revoir les aides publiques à la presse.

13:28
Présentateur

Christophe Deloire, un mot aux Etats-Unis. Les annonceurs ont fui Twitter depuis qu'Elon Musk a donné la parole sans retenue à une droite américaine controversée. En France aussi, est-ce que la presse de Vincent Bolloré pourrait connaître la même défiance des investisseurs, enfin des publicitaires, et donc là aussi, cette fuite des annonceurs, notamment au JDD ?

13:49
Invité

Difficile à dire. En France, il y a un groupe anonyme qui s'appelle les Sleeping Giants qui a attaqué la presse d'extrême droite en faisant en sorte de faire fuir les annonceurs. Et que des personnes anonymes, un groupe constitué sur les réseaux sociaux, fassent pression comme ça, moi je ne trouve pas ça très légitime parce que c'est une forme d'arbitraire et qu'il revient aux institutions démocratiques et pas à des groupes sociaux de faire pression pour assécher économiquement tel ou tel. L'enjeu, c'est certainement pas de faire de la régulation de contenu, c'est-à-dire d'interdire certaines lignes éditoriales ou certains contenus. L'enjeu, c'est de favoriser l'honnêteté intellectuelle.

C'est ça l'éthique journalistique. C'est ça la méthodologie journalistique. Et ça, c'est légitime que des institutions démocratiques cherchent à l'assurer. Et l'honnêteté intellectuelle, disons-le, c'est pas de droite, de gauche ou du centre. Ça appartient à tous les camps et c'est un enjeu qui devrait nous unir alors que monte, malheureusement, une polarisation sur ces sujets là où il devrait y avoir du commun parce que c'est du commun démocratique.

14:53
Présentateur

Christophe Deloire, secrétaire général de Reporteurs sans frontières, il y aura en septembre prochain les états généraux du droit à l'information. C'est une promesse de campagne d'Emmanuel Macron. Vous en attendez quoi ?

15:04
Invité

L'autre jour, lorsque nous avons organisé un meeting pour la rédaction du JDD, les états généraux ont été cités à multiples reprises, ça sera l'occasion et il y a matière puisque les sujets ne manquent pas et il n'y a pas que le sujet des oligarques, il y en a tant d'autres, l'intelligence artificielle, les réseaux sociaux. L'ingérence étrangère aussi ? Les ingérences étrangères, la qualité du journalisme, son développement économique parce qu'on a besoin aussi de logique industrielle.

Le journalisme, l'information en général doit être financée et on est à un moment de basculement lié notamment aux nouvelles technologies, aux changements de conditions de marché et où il faut reconstruire notre espace public, notre champ des médias dans une logique très pluraliste mais avec une exigence sur l'honnêteté de l'information et de son indépendance.

15:55
Présentateur

Christophe Deloire, quel rôle allez-vous jouer dans ces futurs états généraux du droit à l'information ? Est-ce que vous allez piloter ? Ma question est claire. Est-ce que vous allez piloter ces états généraux ?

16:07
Invité

Ce que je peux dire pour l'instant simplement, c'est que j'ai travaillé au projet, que j'ai formulé des propositions, on verra.

16:13
Présentateur

Merci, c'est laconique on va dire. Une dernière question, Alexis Lévrier sur le système Bolloré. Est-ce qu'on peut dire que c'est une exigence de presse avec un retour immédiat sur investissement, donc une presse qui ne coûte pas cher avec des polémistes qui remplacent les éditorialistes par exemple ?

16:29
Invité politique

Oui, c'est le modèle CNews, mais attention, parce que ça n'a pas fonctionné sur Europe 1, dont les audiences se sont étiolées. Et ce qu'on peut faire sur une chaîne comme E-Télé qui n'avait pas une histoire très forte, on ne peut pas le faire avec des marques médiatiques solidement enracinées. Et Europe 1 avait une histoire forte, une identité forte. Et donc, le juge de paix, c'est le lecteur ou l'auditeur.

Et s'il veut imposer de manière extrêmement brutale au JDD à Paris Match une ligne d'extrême droite complètement contraire à leur histoire, le risque, c'est ce qui s'est passé au Figaro dans les années 20 quand François Coty a essayé d'en faire un journal fasciste, c'est que le lectorat déserte. Donc, il faut faire attention et peut-être c'est un industriel avisé quand même et qu'il se ressente sur les médias, donc il a besoin que ça fasse de l'argent.

17:08
Présentateur

Une information de l'extrême droite, dites-vous, est-ce qu'on peut parler aussi d'information rentable ? Est-ce que l'information peut-être rentable ?

17:14
Invité politique

Immédiatement. C'est ce que je vous disais avec ces marques médiatiques, elles se sont construites sur le long terme, le JDD Paris Match, le JDD C48, la naissance, le Paris Match en 1949, la qualité, l'image de marque, ça se construit sur la durée et des choix à courte vue comme celle-là peuvent se retourner contre un industriel qui a choisi d'en faire un outil au service d'un combat idéologique.

17:34
Présentateur

Eh bien, merci d'être venu en parler ce matin tous les deux, Alexis Lévrier, historien des médias, maître de conférence à l'Université de Reims et Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. On saura peut-être bientôt si vous serez le futur patron des états généraux du droit à l'information. Ce sera en septembre prochain. Merci et bonne journée à tous les deux.