École et coronavirus : les conseils de spécialistes de « l’école à domicile »
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« Quand Emmanuel Macron a annoncé le 12 mars 2020 que « les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermés » »
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« Le 24 mars 2020, près de 80 % de la population scolaire mondiale n'avait plus accès aux établissements en raison de la lutte contre l'épidémie de Covid-19. »
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« En France, ce n'est pas l'école qui est obligatoire, c'est l'instruction qui l'est. »
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« Toutes les familles ne sont pas égales devant le confinement, puisque des parents plus diplômés, plus instruits, plus familiers de l'école et de ses attendus sont évidemment en meilleure position pour s'improviser temporairement enseignants. »
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« Il y a un risque de décrochage qu'on prend très au sérieux. »
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Quand Emmanuel Macron a annoncé le 12 mars 2020 que « les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermés », logiquement, la réaction de beaucoup de jeunes a été celle-là : « Ouais ! Ouais ! Ils sont fermés ! » Sauf que la fin des cours n'est pas synonyme de vacances.
Le système éducatif tel que nous le connaissions a été bouleversé et des millions d'élèves ont dû s'adapter en urgence à l'instruction à domicile. Les 12 millions de Français en âge d'étudier ne sont pas les seuls dans ce cas. Le 24 mars 2020, près de 80 % de la population scolaire mondiale n'avait plus accès aux établissements en raison de la lutte contre l'épidémie de Covid-19.
Mais cette instruction à domicile, qui est une complète nouveauté pour des millions de familles, certains la vivent depuis longtemps. Et des chercheurs en ont étudié les avantages, les inconvénients et les critères de réussite. Voici ce qu'ils peuvent apprendre à ceux qui n'ont connu que les bancs de l'école, comme moi et peut-être aussi comme vous.
En France, ce n'est pas l'école qui est obligatoire, c'est l'instruction qui l'est. Cette instruction, en même temps qu'il l'a rendue obligatoire, Jules Ferry a permis, dès 1882, qu'elle soit suivie dans des écoles ou hors des établissements scolaires. Une situation que connaît bien Anna, 15 ans, en sport étude équitation à Conches, dans l'Eure, depuis deux ans.
Parmi les 30 000 jeunes qui étudient à distance en France, une majorité prend des cours avec le Centre National d'Enseignement à Distance, le CNED. C'est le cas d'Anna. Selon elle, cela lui a permis de se focaliser sur le contenu des leçons plutôt que sur les contrôles et les interrogations.
Elle affirme que sa curiosité en a aussi été décuplée. Bref, aux yeux d'Anna, inutile de copier à la maison des méthodes appliquées en classe. Et c'est aussi l'avis de nombreux spécialistes du sujet.
En fait, ça serait assez artificiel et contre-productif de chercher à reproduire à la maison un horaire scolaire. L'horaire scolaire est pensé en fonction de groupes d'enfants, de salles de classes, d'un programme à couvrir. Dans la famille, la dynamique peut être très différente tout en atteignant les mêmes objectifs.
Il serait recommandé, par exemple, de réduire la longueur des périodes d'apprentissage parce que l'intensité de l'apprentissage va être plus grande. On peut aussi profiter du fait qu'on n'est pas dans une institution pour laisser l'enfant poursuivre ses intérêts, ses projets, au-delà de la période prévue. Face au confinement, le ministère de l'Éducation nationale tente de partager en urgence certaines méthodes et outils de l'instruction à distance.
Par exemple en rendant accessibles des cours du CNED ou en recommandant des programmes éducatifs. Les professeurs, eux, ont été chargés d'assurer la continuité pédagogique et de tenir des cours en ligne. Sauf que le confinement pose des défis à l'instruction à domicile.
Pour les familles qui la pratiquent depuis des années, les échanges avec l'extérieur sont essentiels. Les familles qui instruisent à domicile, comme on dit, sont loin d'être repliées sur leur domicile. Elles sortent, elles voient d'autres familles, elles sont loin d'être confinées.
Donc, la situation actuelle de confinement n'a rien à voir avec l'ordinaire d'une famille qui fait l'école à la maison, mais qui est loin d'être repliée comme on l'est actuellement. C'est ce qui rend la situation du confinement si spécifique. Elle entraîne la réduction des rapports sociaux, et ça, il faut le limiter grâce aux outils du numérique.
Peut-être que la façon d'éviter l'isolement social, ce sera par Skype, justement, par des conversations téléphoniques, par des moyens de communication à distance. Autre défi soulevé par l'un de nos chercheurs, celui des différences socioculturelles. Toutes les familles ne sont pas égales devant le confinement, puisque des parents plus diplômés, plus instruits, plus familiers de l'école et de ses attendus sont évidemment en meilleure position pour s'improviser temporairement enseignants que ne l'ont d'autres parents qui ont moins de ressources culturelles, moins de ressources scolaires.
C'est un point qu'on évalue et qui est une faiblesse du système éducatif français, qui est évalué dans toutes les évaluations internationales — PISA, TIMSS. Et évidemment, ce qui nous inquiète beaucoup, c'est que ce changement brutal de modalités d'enseignement risque de les renforcer. Les enseignants, au niveau local, travaillent beaucoup à réduire ces fractures.
Les professeurs et les conseillers principaux d'éducation sont donc chargés de contacter les élèves afin de fournir des outils et des méthodes de travail adéquats aux familles en difficulté. Faire cours de façon improvisée, pourquoi pas ? Mais quand ça dure plusieurs semaines, n'y a-t-il pas un risque de décrochage ?
Il y a un risque de décrochage qu'on prend très au sérieux. Et pour ça, les établissements sont en première ligne et n'ont pas attendu, dès les premiers jours ont multiplié les contacts. Cette multiplication des contacts par téléphone, mail ou visioconférence ont pour objectif de ne pas perdre le lien avec des élèves qui cesseraient de suivre le programme durant le confinement.
Pour l'Américain Peter Gray, il faut savoir distinguer ce décrochage d'une tendance très normale de l'enfant à vouloir faire autre chose que suivre un programme, surtout en période de confinement. Cette idée est au cœur d'un courant d'éducation alternatif : « l'unschooling ». Il concerne une minorité de familles qui instruisent à domicile.
Cette responsabilisation peut aussi se transmettre au sein d'activités du quotidien. Moi, il me semble que la situation de confinement, c'est l'occasion ou jamais d'enseigner à nos enfants des choses qui ne sont pas à proprement parler scolaires, mais qui vont leur servir plus tard. Par exemple, quand vous faites une recette de cuisine avec un enfant, vous lui apprenez à planifier, vous lui apprenez les quantités, vous lui apprenez les règles de trois, vous lui apprenez beaucoup plus de choses qu'il n'y paraît a priori.
Et donc, toutes ces choses que vous pouvez leur montrer et qui sont, on va dire, domestiques, de la vie quotidienne, finalement c'est aussi des apprentissages qui pourront leur servir plus tard. Et donc, ce n'est pas perdu, il faut qu'on profite de ces moments-là avec eux. Assouplir les horaires, favoriser la sociabilisation, développer des centres d'intérêt en dehors des cours, ces bonnes pratiques permettent de continuer l'instruction en période de confinement.
Mais cela peut aussi s'appliquer à tout le monde, comme à des adultes en situation de télétravail, comme par exemple moi, en fait. Et peut-être vous.
Emmanuel Macron