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interviewBFMTV· 17 septembre 2025 20 min

Crise politique, Sébastien Lecornu, dette... L'interview en intégralité de François Ruffin

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Invité

François Ruffin, bonsoir, député écologiste et social, merci d'être là. Les socialistes sont sortis frustrés, ils sont restés sur leur faim. Ils nous l'ont dit en sortant de Matignon, vous êtes surpris ?

0:10
François Ruffin

Écoutez, que le cuistot, le corps nu et des portions qui soient rationnés un petit peu ragoût-bougri, j'en suis pas surpris. Et pour ma part, je viens avec beaucoup d'appétit. Je viens avec beaucoup d'appétit pour les Français. Je pense que c'est d'abord un appétit de justice fiscale. La question aujourd'hui, c'est qui doit payer la facture ? Qui doit payer les factures des 1 000 milliards d'euros de déficit creusés par Emmanuel Macron ces dernières années ? On voit très largement à qui ça a profité. J'ai un chiffre qui me marque. Une année de crise Covid, où les Français sont restés chez eux. L'économie était à l'arrêt. Il y avait les aides à domicile, les charistes qui, eux, travaillaient.

Pendant ce temps-là, les milliardaires de notre pays ont fait plus de 136 milliards d'euros. À la bourse, notamment, en valorisation boursière. Sur leur patrimoine. En une année. Vous savez que c'est une multiplication de 14 sur 30 ans. Donc aujourd'hui, qui doit payer la facture ? Il me semble que c'est clair. Cette fois-ci, ce n'est pas aux malades de longue durée. Ce n'est pas aux malariés. Ce n'est pas aux chômeurs de payer à nouveau cette facture-là. Vous savez, juste avant d'entrer, j'étais au téléphone avec une dame. Je vais lui donner son prénom. C'est dans ma tradition, qui s'appelle Martine, qui habite dans le Rhône, qui est mère d'un gamin de 37 ans, qui est...

Ce n'est plus un gamin à 37 ans, quand même. C'est son fils, en tout cas, en situation de handicap, autiste lourd. Et jusqu'au printemps, elle touchait une prestation de compensation de handicap de l'ordre de 450 euros par mois. Et du jour au lendemain, elle reçoit un courrier du département du Rhône qui lui dit, compte tenu de la situation des déficits publics, Eh bien, c'est réduit. De 40%, vous passez à 250 euros par mois. Voilà. Et je veux dire, au moment où cette mesure a été prise, il n'y a pas eu des centaines de... Donc les riches vont régler tous nos problèmes. En tout cas, il y a une partie. Aujourd'hui, on n'est plus dans l'ordre symbolique quand on parle de ça.

Moi, je pose un chiffre. Vous savez, je demande qu'il y ait 15 à 20 milliards d'euros qui soient prélevés.

2:09
Invité

Ce chiffre est contesté. La taxe Zuckmann, c'est celle que vous citez, ne rapporterait que 5 milliards d'euros pour de nombreux économistes. Donc ça commence mal. C'est-à-dire que ça ne rapporte pas ce que vous souhaitez pour trouver l'argent ailleurs.

2:20
François Ruffin

Eh bien, je vous dis... C'est vous qui dites, tax Zuckmann. Et moi, je dis oui, tax Zuckmann. Mais il y a d'autres modalités. Le retour d'un impôt de solidarité sur la fortune.

2:27
Invité

Ça ne rapportera jamais 20 milliards, ça.

2:29
François Ruffin

Taxer davantage les dividendes en relevant le taux de la flat tax, en finir avec les sociétés écrans. Vous savez, c'est par le biais des sociétés écrans que quand Bernard Arnault touche 3 milliards d'euros de dividendes, il paye 0 euro. Il se trouve qu'aux États-Unis, les sociétés écrans...

2:43
Invité

Mais vous citez Bernard Arnault. Ce matin, je ne sais pas si vous avez écouté RMC, mais il y avait le patron de la BPI France, la Banque publique d'investissement, qui disait que la tax Zuckmann était un truc absurde, une histoire de jalousie à la française, qu'il faudrait plutôt faire des statuts à l'honneur, à la gloire de Bernard Arnault, de Xavier Niel ou de François Pinault, plutôt que vouloir les taxer dans un pays qui taxe déjà énormément les riches. Les riches français sont les plus taxés au monde.

3:09
François Ruffin

Vous savez, je suis assez peu surpris que... C'est Nicolas Dufour qui parlait. ...quant on décide de toucher à des milliardaires qui ont touché depuis des années et des années des cadeaux fiscaux en série, que finalement c'est une habitude qui était prise. Challenge appelle ça, c'est quand même pas une revue marxiste, appelle ça les 30 prodigieuses pour eux. Pour les salariés, ça a été les 30 piteuses. Je suis assez peu surpris que d'un seul coup il crie comme si on les a assassinés et qu'il trouve...

3:35
Invité

Je parle de Nicolas Dufour qui est patron de la Banque Publique d'Investissement.

3:38
François Ruffin

...et qu'il trouve mille relais sur les plateaux télé. J'en suis pas surpris. Mais je demande qui était le relais de Martine ce printemps. Il n'y a pas eu de relais de Martine.

3:46
Invité

Sébastien Lecornu n'est pas opposé au principe de se pencher sur une meilleure répartition de l'effort fiscale. C'est ce qu'il a dit le week-end dernier à la presse quotidienne régionale. Ça va dans votre sens.

3:55
François Ruffin

Écoutez, si jamais Sébastien Lecornu, qui incarne la rupture quand même dans la continuité, puisqu'il a été membre de tous les gouvernements de Macron depuis 2017, mais si jamais l'ange Gabriel a visité pendant la nuit Sébastien Lecornu avec ses petites ailes et qui lui a déclaré « Écoutez, maintenant, il faut en revenir à de la justice fiscale et faire que dans notre pays les petits payent petits et que les gros payent gros », moi j'en serais ravi et je serais le premier à applaudir. Maintenant, il ne s'agit pas que ça soit une mesure cosmétique. Il s'agit pas que ça soit une mesure superficielle. Et c'est pour ça que, moi, je donne un chiffre, je dis minimum 15 milliards d'euros.

C'est pas... Alors, les modalités, les moyens...

4:36
Invité

Il faut trouver 15 milliards sur les riches, c'est ce que vous dites.

4:38
François Ruffin

Voilà. Il y a... Vous savez, des cadeaux fiscaux, ne serait-ce que ce qu'on a fait comme cadeaux fiscaux aux plus riches, c'est de l'ordre de 10 à 15 milliards d'euros par an.

4:45
Invité

Quand vous dites cadeaux fiscaux, de quoi vous parlez précisément ?

4:48
François Ruffin

Vous le savez bien, quand même. Suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune, flat tax, exit tax. Vous mettez tout ça bout à bout, vous arrivez à 10 milliards d'euros par an. Alors, normalement, les impôts sont supposés rétablir la balance. Vous savez, ce que je viens de dire...

5:03
Invité

Il y en a beaucoup d'impôts, c'est faux de dire qu'il ne paye pas d'impôts.

5:06
François Ruffin

Vous allez bien, monsieur, venez contester ce graphique. Pour le contester, ce graphique. Attendez, déjà, il faut que je lise. Alors, qu'est-ce qu'il dit ? Il dit que les classes populaires payent au total 48% d'impôts, que les classes moyennes, c'est 52% d'impôts. C'est Zuckman qui dit ça. Que les classes aisées payent 53% d'impôts. Mais ça, c'est très contesté, vous le savez. C'est pas contesté. Que les milliardaires...

5:28
Invité

Gaëtan Mélin avait mis des doutes sur le graphique.

5:31
François Ruffin

Pays 28% d'impôts.

5:32
Invité

Attendez, je vais le montrer parce qu'on n'a pas beaucoup.

5:33
Présentateur

Alors, tout d'abord, de quoi parlez-vous ? Est-ce que vous voulez parler de l'impôt sur le revenu ? Ou bien vous prenez tous les impôts, à savoir la TVA, toutes les taxes qui sont payées par les Français ? Mais là, on prend tout. Non, c'est important. Mais je vais vous dire. Voilà, parce qu'aujourd'hui, il faut rappeler juste aux téléspectateurs qui nous regardent qu'il n'y a que 45% des Français qui payent l'impôt sur le revenu. Juste pour revenir sur ce que vous proposez. Mais laissez-moi répondre. Mais laissez-moi répondre. Mais laissez-moi répondre. Je ne sais pas quelle est la source de M. Ruffin, mais en l'occurrence, mon bavage.

6:00
François Ruffin

Je veux dire, soit vous démontrez scientifiquement que ça, c'est faux, soit vous demandez à ce que ça soit corrigé ou vous dites « ça me convient très bien ». Aujourd'hui, je vous dis moi, je vous dis les yeux dans les yeux, soit vous le contestez, aujourd'hui, les milliardaires, c'est dans Challenge, vous savez, c'est pas une revue Marxiste.

6:16
Invité

Non, ce n'est pas les chiffres de Challenge, c'est les chiffres de Sikman.

6:18
François Ruffin

Ce sont les chiffres, on les retrouve dans Challenge, d'accord ?

6:21
Invité

Oui, mais les milliardaires de France sont surtout des fortunes professionnelles aussi. Mais ce n'est que des fortunes professionnelles. Les fortunes, ils n'ont pas 5 milliards d'euros dans la poche même. C'est des fortunes boursières.

6:33
François Ruffin

Il se trouve qu'ils sont taxés deux fois moins que ne l'est l'infirmière ou que ne l'est leur secrétaire. Aujourd'hui, c'est factuel. Pourquoi ? Parce que quand Bernard Arnault, je suis désolé,

6:44
Invité

Vous savez combien il emploi de salariés en France, Bernard Arnault ? Est-ce que vous connaissez ce chiffre ? Peu importe, ce n'est pas le sujet. Si, c'est le sujet. Parce que si Bernard Arnault s'en va, c'est peut-être une mauvaise chose pour ses salariés.

6:57
François Ruffin

Vous pensez que Bernard Arnault n'est pas un patriote et qu'à la moindre menace devant laquelle vous vous pliez, il partira ailleurs ? Non, ce n'est pas le sujet. Est-ce que vous trouvez juste que Bernard Arnault, quand il touche... C'est 200 000 salariés, le groupe LVLM.

7:12
Invité

Que Bernard Arnault, quand il touche... C'est important de savoir qu'il emploie 200 000 personnes.

7:15
François Ruffin

Je vois qu'on ne va pas pouvoir discuter. Vous donnez des chiffres, c'est aussi bien de donner tous les chiffres.

7:23
Invité

Si on prend tout son argent, ces 200 000 personnes vont se retrouver sans emploi.

7:26
François Ruffin

Mais non, il ne s'agit pas de prendre tout son argent, il s'agit de se demander. Je vois que vous les défendez avec ardeur. Non, non, non, non. Non, mais j'essaie d'être nuancé. Non, vous n'êtes pas nuancé, vous en êtes les avocats. Ah bon, aujourd'hui. Oui, vous en êtes les avocats. M. Ruffin, une question.

7:43
Présentateur

J'ai 80% des Français... M. Ruffin, une question, pardon moi. Qui crée les emplois ? Qui investit dans ce pays ? Non, mais répondez à cette question, s'il vous plaît. Qui crée les emplois et qui investit dans ce pays ?

7:54
François Ruffin

Ce n'est pas les sociétés du CAC 40.

7:55
Présentateur

Non, pardonnez-moi, c'est...

7:57
François Ruffin

Mais je vous réponds factuellement, parce que vous êtes là encore pour les défendre. Non, pas du tout, c'est une question tout à fait.

8:03
Présentateur

Vous parlez d'une politique punitive. Vous voulez décourager la croissance, l'investissement et l'investissement. Si vous taxez ces entreprises, comme vous le dites, ces entreprises, qu'est-ce qu'elles vont faire ? Elles vont renoncer à leurs investissements ?

8:16
François Ruffin

Elles vont renoncer à embaucher ? Je ne vous donne pas votre licence en économie. Parce que vous parlez... Je l'ai déjà. Excusez-moi, j'ai même une maîtrise, j'ai même un DESS. Je demandais s'il y a un contrôle, vous parlez de taxer les entreprises. Là, je n'ai pas parlé de taxer les entreprises. Non, je vous ai posé une question, je vous ai demandé qui crée des emplois. La taxe Zuckman, c'est l'outil professionnel qui est taxé. Non, ce ne sont pas les entreprises, ce sont des personnes. Ce ne sont pas les entreprises. Ce ne sont pas les entreprises.

8:40
Présentateur

Mais l'appareil productif fait partie du capital que veut taxer M. Zuckman.

8:45
François Ruffin

Vous mettez à 4. Prévenez quand les 4 mousquetaires sont rassemblés, là, d'accord ? Les 4 mousquetaires du capital...

8:51
Présentateur

Vous connaissez que l'appareil productif est dans la taxe Zuckman.

8:53
François Ruffin

Les 4 mousquetaires du capital comptent, oui, quelqu'un qui est pristant maître de la justice fiscale dans le pays. Si, Sébastien Lecornu, vous ne votez pas la censure. C'est bien parce que pour répondre à tout le monde, c'est compliqué quand même. Allez, répondez à... Non, mais je vous réponds, madame, parce que vous défendez, là, les grandes entreprises. Pas du tout. Les grandes entreprises... Je vous défend des PME.

9:13
Présentateur

99% des entreprises en France sont des PME.

9:15
François Ruffin

On est dans la confusion généralisée, c'est formidable. Mais vraiment... Les PME, vous traitez parfois si vous défendez les entreprises du capital. Moi, en tout cas, je ne vous le donne pas, votre licence. Mais je l'ai eue. Je ne vous le donne pas, pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, en 10 ans, les entreprises du CAC 40, c'est moins de 200 000 emplois dans notre pays. C'est-à-dire celles qui distribuent des dividendes tous azimuts, en 10 ans, à qui on a donné des milliards d'euros, eh bien, ce sont moins de 200 000 emplois. Mais c'est différent.

9:38
Présentateur

Les dividendes, c'est quelque chose de tout à fait différent. La taxation des dividendes, c'est quelque chose de différent par rapport à la taxe du Kman. Ça n'a rien à voir.

9:48
François Ruffin

Est-ce que je vous parle de ça ? Vous m'avez demandé, vous m'avez demandé, s'il crée de l'emploi, je vous réponds, les entreprises du CAC 40, c'est moins de 200 000 emplois. Donc pourquoi ? Vérifiez-le. Moins de 200 000 emplois sur 10 ans. Faites non. Alors là-bas, allez-y. Vous pouvez faire un contrôle sur votre téléphone portable. En régie, on peut faire un contrôle sur le téléphone portable. Ça fonctionne toujours bien là-bas, vous avez vu dans les pages de foot.

10:08
Présentateur

2 millions d'emplois créés depuis 3 ans.

10:11
François Ruffin

D'accord. Allez, allons-y. Est-ce qu'on peut avoir en régie la vérification ? On va regarder dans les 10 minutes. On va dire sur 10 ans, est-ce qu'il y a moins de 100 000 emplois sur les entreprises du CAC 40 ? François Ruffin, si Sébastien Le Cornu fait un geste, ça veut dire que vous ne votez pas la censure du gouvernement Le Cornu ? Je ne vous demande pas un geste, je vous demande une rupture, une rupture fiscale.

Si oui, ça se chiffre en dizaines de milliards, ce qu'on va chercher sur les plus grandes fortunes de notre pays, si jamais ce miracle advient, et on peut avoir confiance dans l'humanité, mais si jamais ce miracle advient, je vous assure, je serai le premier dans l'hémicycle à applaudir. Maintenant, compte tenu du pédigré, on peut être un petit peu sceptique, mais on peut avoir aussi confiance dans l'humanité.

10:49
Invité

Un mot, François Ruffin, sur la mobilisation de demain. Même Bruno Retailleau dit qu'elle sera très très forte. Les chiffres du renseignement, c'est autour de 800 000 personnes, mais c'est pour l'instant une prévision. Vous le sentez, ça, que demain, il y aura beaucoup de colère et de mobilisation dans la rue ?

11:05
François Ruffin

Ce que je sens, c'est un vaste « ça suffit ». Ça suffit, cette injustice fiscale, que les milliardaires soient moins taxés que leurs secrétaires, ça suffit. Mais que les boueurs, aujourd'hui, recevoir le 5 du mois un SMS de la banque pour dire qu'il va devoir payer des agios, ça suffit.

11:22
Présentateur

Mais est-ce qu'il ne faut pas travailler davantage sur le salaire, justement, sur l'augmentation des salaires ? On voit bien, les prix ont considérablement augmenté, notamment pendant la période d'hyperinflation. L'alimentaire, et on voit bien que les salaires, eux, n'ont pas progressé d'autant. Est-ce que ce n'est pas ça, finalement, le plus important pour tous ces gens qui défileront demain dans les rues ?

11:38
François Ruffin

Écoutez, il y avait une promesse faite par le président de la République pendant la crise Covid qui disait qu'il fallait reconnaissance et rémunération, notamment pour les personnes qui avaient continué à travailler. Tout à fait. On a vu zéro. Au contraire, qu'est-ce qu'on a vu sur les métiers physiques et populaires ? On a vu, d'un côté, l'inflation qui est venue grever les petits salaires, et on a vu, ensuite, deux années de plus sur la retraite. Voilà le « ça suffit ». Donc, oui, il faut que les Français puissent vivre de leur travail, bien en vivre et pas seulement en survivre.

Mais les Français, ils sont aussi soucieux du mal qui est fait à notre pays, du mal qui est fait à notre pays en matière d'industrie. Oui, on vient de passer sous la barre des 10% de PIB, ce qui ne s'était jamais produit. Alors qu'on a fait des centaines de milliards d'euros de cadeaux. On a une école où un tiers des enseignants disent qu'ils veulent quitter l'éducation nationale. Voilà dans quel état on a mis notre pays.

12:29
Présentateur

Parce qu'ils ne sont pas suffisamment payés, encore une fois.

12:31
François Ruffin

Entre autres, parce qu'ils ont trop de gamins dans leur classe, parce qu'on est le record d'Europe sur le nombre de gamins par classe, aux primaires et aux collèges. Peut-être parce qu'il y a un sens de l'éducation nationale qui doit être posé aussi. Mais au férité, ce qui se passe là, le sentiment des Français. D'abord, c'est du dégoût pour la petite politique qui est menée, pour les institutions, pour destitution, pour démission, matignon, et ainsi de suite. Il y a un dégoût qui s'exprime. Par ailleurs, de manière plus vaste, il y a un horizon qui est bouché. Une inquiétude qui est devenue une certitude que nous vivons moins bien de nos parents et ce sera pire pour nos enfants.

Et je crois que la seule manière de déboucher ça, on voit que ça ne va pas se passer par les petites rancres. À Matignon, ça ne va pas se passer par l'Assemblée. Donc on s'en est sortis dans notre pays quand il y a eu des grands élans populaires qui ont permis de déboucher.

13:17
Invité

Vous vous situez où, François Ruffin, entre les écologistes, les socialistes, les communistes qui vont discuter avec le Premier ministre et qui disent peut-être, en tout cas pour les socialistes, qu'on peut trouver une porte de sortie, et les insoumis qui ne vont même pas à Matignon parce qu'il n'y a plus rien à discuter. Vous êtes où, vous ?

13:33
François Ruffin

Je n'ai pas de difficulté à ce que quand il y a un nouveau Premier ministre, on aille échanger avec lui, l'écouter, regarder ce qu'il a à mettre sur la table et ce qu'il a dans la tête. Bon, voilà, ça fait partie du protocole républicain. En revanche, j'irai avec beaucoup de doutes. Je ne suis pas invité à y aller. Mais si j'y allais, ça serait avec beaucoup d'exigences et beaucoup de doutes.

13:54
Invité

Vous appelez la gauche à trouver des voies de passage avec le Premier ministre, à faire aussi des concessions, chacun doit faire un geste ?

13:58
François Ruffin

Je vais vous dire, je vous ai dit, M. Daré, je vous ai dit, si jamais il y a un miracle qui se produit et qu'il y a de véritables ruptures, s'il y a une véritable rupture sur la justice fiscale, s'il y a une véritable rupture sur le plan social, abrogation de la retraite, qui a été refusé par 80% des salariés et qui est en fait un viol démocratique qui est encore ressenti aujourd'hui.

Si, par exemple, il y a une rupture sur aller signer des triplés de libre-échange tous azimuts et accepter la politique de Mme von der Leyen à l'égard des États-Unis ou sur le Marc-Aussure, si jamais il y a Sébastien Loughranou, Marc, une vraie rupture là-dessus et qui est en accord, sur les trois thèmes que je viens de donner, qui est en accord avec 80% des Français, si jamais il y a ce débouché, je vous le redis à l'Assemblée, j'applaudirai. Maintenant, oui, c'est pas fait.

14:44
Invité

Alors, vous avez demandé de vérifier. Vous avez partiellement raison, François Ruffin. C'est-à-dire qu'il y a eu une nette baisse d'emplois dans les entreprises du CAC 40 sur une période de 10 ans. En revanche, elles ont recruté ces mêmes entreprises françaises du CAC 40 sur les marchés étrangers. Et selon un reportage qui date d'il y a à peine une semaine, ça vient d'Usine Nouvelle, le magazine que vous connaissez, deux grands groupes vont recruter le plus en 2025, 17 700 emplois chez LVMH et 13 000 personnes du côté de Bouygues, qui sont deux grosses entreprises du CAC 40, la moitié en CDI et en particulier des étudiants en alternance.

15:23
François Ruffin

En tout cas, la VAR dit moins de 100 000 emplois pour les entreprises du CAC 40 en 10 ans. – Même si les marchés sont souvent à l'étranger pour ces entreprises. – Je vous dis que d'ailleurs, c'est une erreur.

15:33
Invité

– Oui, mais vous avez vu, elles recrutent cette année en France.

15:36
François Ruffin

– Oui, d'accord. Marguerons là-dessus. Vous savez, ça fait des années qu'on nous le promet. Donc voilà, revenons dans un an. En tout cas, ce qui est au présent, la réalité, c'est moins de 100 000 emplois en 10 ans. Deux choses, nulle part. La taxe Zuckmann et les autres taxes qu'on propose. Ce sont des taxes, quand il y a eu patrimoine, qui est supérieur à 100 millions d'euros. Donc on ne nous parle pas des PME. Ce n'est pas le sujet. Et par ailleurs, les aides publiques, elles ont largement profité aux entreprises du CAC 40, bien plus qu'aux autres entreprises.

16:04
Présentateur

– Il y a eu des aides publiques également pour les ménages. Au moment du Covid, vous avez oublié de le mentionner.

16:08
François Ruffin

– Je vous dis, en tout cas, les aides publiques pour les entreprises, elles ont largement plus bénéficié. – C'était des prêts. – La suppression de la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises a largement plus bénéficié aux grandes entreprises qu'aux petites entreprises. Et j'ajoute, c'est le point fondamental, que quand on donne 1 million d'euros à une grande entreprise, ça produit 0,6 emplois. Quand on donne 1 million d'euros aux PME, ça produit 13 emplois. C'est un rapport officiel. Donc ça veut dire un rapport de 1 à 20. Donc évidemment, ce que je recommande, c'est qu'il n'y a pas 1 euro de plus pour les TPE, les PME et les ETEI.

Au contraire, que les aides publiques, à la place de les arroser, 211 milliards d'euros d'aides publiques, qu'à la place d'arroser tous azimuts, on cible. Moi, je demande depuis des années du ciblage. Du ciblage sur l'industrie, d'une part, et du ciblage sur les PME, ETEI, parce que c'est là qu'il se produit.

16:58
Invité

Oui, mais là aussi, là où il y a un secteur qui peut embaucher, c'est le secteur de la tech. Vous avez entendu ce qu'ils disent ? Ils disent « Mais attendez, aujourd'hui, nous, on n'a pas l'argent pour payer cette taxe de l'Ukman, puisqu'on a une valorisation. » Mais aujourd'hui, notamment le patron de Misra, il dit « Peut-être qu'il faut plus de justice fiscale, mais ça ne peut pas passer par cette taxe. Cette taxe va nous tuer. » Est-ce que vous l'entendez, ça ?

17:22
François Ruffin

Je vous dis, moi, je pique un volume. Je dis « Il faut de 15 à 20 milliards d'euros qui soient pris là. C'est ceux qui ont gagné 1 000 milliards en 30 ans. » Donc c'est quand même raisonnable. Ce n'est pas gigantesque. Et après, les instruments qui sont employés. La taxe Zuckman a ses vertus. Peut-être qu'elle ne répond pas à toutes les questions. Qu'il soit ajouté la suppression des sociétés écrans. Je vous le redis, comment ça se fait que la France et l'Europe acceptent des sociétés écrans qui sont en fait des possibilités d'évasion fiscale permanente qui font que l'impôt sur les revenus des plus grandes fortunes est de 2%. Voilà.

Vous savez, quand je dis « Les milliardaires payent moins que leur secrétaire. » Warren Buffett, qui était le numéro 1 mondial, à un moment, il déclare « La guerre des classes existe, c'est un fait, mais c'est la mienne, la classe des riches qui mène cette guerre et nous sommes en train de l'arrêter. » Quand il déclare ça, parce qu'il voit, il regarde sa feuille d'impôt et il voit qu'il est moins imposé en proportion que ne l'est sa propre secrétaire. En plus, le discours que je tiens là, je pense qu'il serait raisonnable que vous le fassiez passer dans les milieux d'affaires, que vous le fassiez passer auprès des dirigeants.

Parce que moi, je veux qu'on parvienne à la justice fiscale par le biais de la démocratie, par le biais de l'échange, par le biais de la loi, et que ça ne produise pas du ressentiment dans le pays qui dépoucherait par un tel sentiment d'injustice qu'on en arriverait à de la violence.

18:44
Invité

François Ruffin, merci d'avoir été avec nous. Juste une dernière chose. Les anciens premiers ministres, on enlève leurs privilèges. Est-ce qu'il faut moins payer les députés ?

18:53
François Ruffin

Vous savez que je n'ai pas de problème avec ça. Je suis le seul député au SMIC. Je ne me pose pas de problème. Mais sur les anciens premiers ministres, moi, je suis pour que... Vous savez, François Vérou est parti avec une prime de 50 000 euros à la fin. Gabriel Attal est parti avec une prime de 50 000 euros. Comment ça, avec une prime ? Non, c'est les trois mois. On les paye trois mois ensuite. Oui, c'est une prime. 50 000 euros. Je suis pour qu'on supprime cette prime de 50 000 euros. Surtout au rythme où on use des premiers ministres par les temps qui courent. Et moins rémunérer les députés aussi. En tout cas, c'est une piste qui peut être remettre.

Mais vous savez, je n'ai pas de difficulté avec ça. Je suis un député au SMIC. Mais je vous dis... Comment ça, quand vous dites que vous êtes un député au SMIC, ça veut dire ? Ça veut dire que je reverse l'essentiel de ce que je touche. Je le reverse à des associations. Voilà. Parce que c'est une promesse de campagne que j'avais faite en 2017. Je m'y tiens. Mais en revanche, là où il y a des ressources qui sont possibles, c'est pas là. De manière symbolique qu'on le fasse pour être à l'égal du peuple, pour ainsi dire. Ça me va. Là où il s'agit de financer la nation, ça se fera par les grandes fortunes et par les grandes entreprises.

Et le temps de la justice fiscale, le temps d'un robin des bois qui se retrouverait à Matignon est venu. J'ignore si Sébastien Lecornet va demain être transformé en robin des bois. Merci François Ruffin.