Attal "continue et accélère une logique politique qui nous conduit dans le mur" : Clémentine Autain
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Clémentine Autain. Merci d'être avec nous ce matin. Vous êtes députée de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis. Vous serez dans l'hémicycle cet après-midi pour écouter Gabriel Attal. Qu'est-ce que vous attendez de ce discours, vous ?
Malheureusement, pas grand-chose. Vous savez, les premiers ministres changent, mais les politiques se suivent et se ressemblent tristement. Et le problème de Gabriel Attal, c'est qu'on peut tous constater son brio dans la communication. Le problème, c'est qu'il continue, il poursuit, il accélère une logique politique qui nous conduit dans le mur. Donc, malheureusement, ça, ça restera inchangé.
Ce que disait Julien Arnaud, évidemment, ce discours va être impacté par la crise des agriculteurs. J'imagine que vous suivez ça de près. Les premières annonces, vous les avez trouvées comment ?
Alors, c'était des annonces qui étaient essentiellement conjoncturelles. C'est-à-dire qu'enfin, le gouvernement s'engage à aider les agriculteurs face à des problèmes qu'ils rencontrent là tout de suite, les intempéries, des maladies pour les animaux, etc. Ça, oui, il est capable de le faire. C'est un petit bouger. Mais d'un point de vue structurel, on voit bien que la colère des paysans, qui est tout à fait légitime, profondément légitime, et qui couvre depuis très longtemps, elle implique un changement total, profond, une révolution dans le modèle agricole français. Et de ce point de vue, le gouvernement ne peut pas y arriver.
Parce que son logiciel, son logiciel idéologique ne le permet pas.
Les agriculteurs, par exemple, ils disent, on est assassiné de normes écologiques. C'est nous qui sommes dans la nature chaque jour, c'est nous qui fabriquons un manger pour les Français, et on nous demande des choses qui sont dingues.
Alors, la première revendication, si on écoute bien le monde paysan, c'est de pouvoir vivre de son travail. Ça, c'est quand même la première chose essentielle. Quand vous regardez la réalité du monde agricole, il y a des différences qui sont énormes entre des céréaliers...
680 euros, c'est le salaire d'un éleveur de chèvres.
Exactement, les éleveurs de moutons, ça c'est le bas de l'échelle, mais vous avez quand même des gros céréaliers qui gagnent beaucoup d'argent. Donc il y a un écart très grand. Mais le problème majeur, il est dans cet écart, mais surtout, plus encore, j'ai envie de dire, dans un problème de partage de la valeur. Regardez, un seul chiffre. Le chiffre d'affaires pour les agriculteurs, c'est 70 milliards d'euros annuels. D'accord ? Dans l'agroalimentaire, c'est 200 milliards. Quand vous mettez ces deux chiffres, vous voyez bien qu'il y a un problème.
C'est-à-dire que la rémunération, la rémunération, ce qui va pour les agriculteurs, est tout petit alors que ce sont eux qui produisent de leur main.
La loi EGalim a été votée par ce gouvernement, enfin, elle a été écrite par ce gouvernement.
Elle est mal appliquée, elle est très insuffisante, et elle est bourrée de paperasseries, de normes administratives qui sont ingérables pour la majorité des paysans. Donc, elle n'est pas adaptée à la situation. Donc, je dis, la première chose, c'est les prix planchers. D'accord ? La première chose, c'est les prix planchers. C'est-à-dire que les agriculteurs, les paysans, doivent arrêter de vendre à perte.
Donc, l'application de la loi EGalim 2 ?
Ça, c'est l'urgence. Non, les prix planchers, les prix planchers. Deuxièmement, il faut arrêter de signer des traités de libre-échange. Parce que le problème crucial que nous avons aujourd'hui, c'est qu'avec tout ce grand déménagement du monde, non seulement les paysans crèvent la dalle, mais nous, on mange très mal. Et en plus, pour un coût environnemental fou. C'est-à-dire importer de la viande, des laitages, du miel, de partout dans le monde. Alors qu'en France, on sait le fabriquer.
Cela a été pensé aussi, à un moment donné, pour dire la vérité, pour que nos paysans puissent exporter leurs produits. Parce qu'il y avait une forme d'excédent dans la fabrication. Ce n'est pas complètement le cas.
Vous voyez bien que ça ne fonctionne pas. Vous voyez bien que la PAC a produit, quoi ? Une agriculture toujours plus productiviste. Elle a obligé les paysans à s'endetter, cruellement. Évidemment, peut-être vous avez vu ce film d'Edouard Bergeon, Au nom de la Terre, où vous voyez bien l'évolution du modèle, jusqu'au suicide du paysan, qui s'est endetté pour essayer d'être compétitif en achetant des machines. Et à la fin, qu'est-ce qui se passe ? À la fin, il n'est pas compétitif. Parce qu'il ne peut pas... Comprenez-le, il ne peut pas l'être. Là, vous avez le Mercosur, le traité de libre-échange avec le Mercosur. Pour l'instant, il est suspendu. Suspendu. Le mot est juste.
Est-ce que le gouvernement a dit clairement « Nous ne signerons pas ? » On va voir. Non, mais il faut qu'il s'engage. Moi, j'attends de Gabriel Attal tout à l'heure qu'il dise « Nous ne signerons pas le traité avec le Mercosur. » Parce que c'est impossible d'être compétitif avec des pays qui n'ont pas du tout les mêmes normes, n'ont pas du tout les mêmes coûts de la vie, etc. Ça n'est pas possible.
Un dernier mot à ce sujet, Gabriel Attal, dans l'hémicycle aujourd'hui. Première chose, parfois, les députés insoumis se sont faits remarquer par leurs coups d'éclat, des t-shirts, des banderoles, des champs. À quoi faut-il s'attendre comme ambiance ?
En général, quand on essaye de prendre ce type de décision, d'avoir une forme qui permet d'être entendu, on ne fait pas un communiqué de presse avant. Donc, si jamais on avait une idée géniale pour cet après-midi, je ne suis pas sûre que je vous la dirai ce matin. Mais...
Et donc, il y aura bien un vote ? Vous allez bien appeler une motion de censure cet après-midi ?
Rendez-vous compte, il n'y a pas de motion de confiance. Voilà, un gouvernement, c'est quand même typique de la Ve République, et vous comprenez bien que c'est impossible de fonctionner comme ça.
Ça existait, vous venez de le dire vous-même, c'est typique de la Ve République, ça existait par le passé.
C'est ce que je vous dis, c'est la Ve République. Sous le précédent quinquennat, il y avait quand même des motions de confiance. Si ça n'existe plus aujourd'hui, sous ce deuxième quinquennat, c'est parce que le gouvernement n'a pas de majorité dans l'hémicycle. Donc, c'est la moindre des choses que de faire une motion de censure et de la soumettre au vote, parce que nous verrons bien à ce moment-là qui est dans l'opposition et qui est dans la majorité. Et par ailleurs, c'est notre manière de dire que c'est inacceptable ce fonctionnement qui méprise le Parlement.
Vous le savez, le législatif, et c'est un seul homme, un seul homme, le président de la République qui a un pouvoir absolument démesuré, colossal, et c'est ce qui lui a permis d'imposer aux Français de travailler plus, c'est-à-dire la retraite jusqu'à 64 ans, alors qu'il n'y avait aucune majorité dans le pays pour le faire.
Vous avez rédigé cette tribune, elle est parue hier dans Libération, elle est consacrée au service public, il y aura un colloque à l'Assemblée nationale ce samedi. Vous voulez plus de service public ? Mieux. Oui, alors plus et mieux. C'est intéressant parce que vous en faites même un argument politique en disant que c'est une manière de contrer l'extrême droite. Ça va absolument contre, a priori, ce que souhaite le gouvernement. Vous avez vu les propositions de rémunération au mérite des agents du service public. C'est pas mieux un agent efficace qui serait payé parce qu'il est efficace pour les Français ?
Mais qui va juger de l'efficacité ? Pour qu'un service public soit efficace, il faut qu'il ait les moyens de faire son travail et que les agents soient valorisés. Or, aujourd'hui, ce qui se passe, c'est qu'on a un appauvrissement colossal de tous les agents de la fonction publique et on a une obsession de la réduction de la dépense publique et puis ce qu'on appelle le new public management, ça parlera aux agents sans doute qui m'écoutent, c'est-à-dire cette folie de la politique du chiffre, c'est la T2A à l'hôpital, du reporting, des tableaux Excel qui sont en train d'assommer l'esprit public.
Ce n'est pas logique de se dire qu'il faut avoir un suivi de l'efficacité du service public et ce n'est pas parce qu'il est public qu'il ne peut pas être efficace ?
Mais le public est plus efficace que le privé, ça dépend efficace. Si vous introduisez, comme c'est le cas aujourd'hui, la logique de rentabilité dans le service public qui lui doit garantir l'égalité, l'égalité pour tous et l'égalité partout et que vous introduisez comme le fait le gouvernement et comme font les gouvernements depuis très longtemps, cette obsession de la rentabilité, alors ça ne marche pas. On a dit du coup ça ne marche pas, donnons au privé, regardez le résultat, le scandale des EHPAD, le scandale dans les crèches. Donc moi je dis, il faut investir dans les services publics et non pas prendre les questions en les saucissonnant.
Écoutez-moi bien, on parle de l'hôpital, c'est une case, on parle de l'école, c'en est une autre, des transports, c'est une troisième case, des personnes âgées, c'en est une autre, etc.
Ce n'est pas saucissonné au gouvernement, il y a un ministre de la fonction publique.
Non, il n'y a pas de ministre de la fonction publique, vous faites bien de le dire, on l'attend.
Oui, mais il y en a eu un jusqu'à maintenant, il y en aura un prochainement.
Je note précisément qu'à l'annonce du premier gouvernement, on n'a personne pour la fonction publique, quand même au total quasiment 7 millions de personnes qui ont vu le service public, 5 millions de fonctionnaires. Pourquoi il n'y a que des élites de gauche qui ont signé ? Parce que je pense que le service public est une question qui pourrait être prise en charge correctement, doit l'être, par des forces politiques qui sont convaincues qu'il faut remettre de l'esprit public.
Vous savez qu'aujourd'hui, c'est au sommet de l'État, même avec le recours aux agences de conseil, qu'on se rend compte qu'on a un gouvernement, on a un État qui n'est plus au service de l'intérêt commun, mais qui est davantage un allié du privé. Et ça, ce n'est pas possible, on ne peut pas s'en sortir avec cette loi.
Un dernier mot, Mme Autain. On a appris, c'était Manon Aubry qui allait contenir la liste de la France insoumise aux élections européennes derrière la liste du PS aujourd'hui. Derrière Raphaël Glucksmann dans toutes les études qui paraissent jusqu'à maintenant. Ce n'est pas exactement l'équilibre de l'Assemblée nationale. Ça dit quoi de l'état de forme de votre famille politique aujourd'hui ?
Ça veut dire qu'il reste quand même un certain nombre de mois de campagne et qu'il va falloir faire mieux.
Et quand vous voyez que c'est le Rassemblement national qui est donné grand favori de cette élection, ça vous inspire quoi ?
D'abord, je regrette qu'on n'ait pas une liste nupesse parce que dans le cadre de ces trois pôles maintenant qui structurent la vie politique, en effet, l'extrême droite, l'extrême centre, j'ai envie de dire, en tout cas la Macronie, et nous, et ce nous, il faut le consolider. Il faut le consolider.
C'est-à-dire que si on veut justement être capable d'être au rendez-vous pour les Français et sortir de ce choix mortifère entre prolonger, accélérer tout ce qu'on a connu depuis des décennies ou alors plonger le pays dans le chaos et la guerre civile avec l'extrême droite, notre responsabilité à gauche, c'est de se rassembler et se rassembler sur un projet qui porte des ruptures, des ruptures positives pour les Français. Évidemment qu'il faudra Jean-Luc Mélenchon dans ce rassemblement. Il faut qu'il y ait tout le monde dans ce rassemblement. Merci beaucoup, Madame Autain. Merci d'avoir été avec nous ce matin.
Clémentine Autain