François Ruffin : les droits de douane américains doivent être "une chance pour l'Europe et pour la France"
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le député Picardie Debout, qui se lance dans un tour de France avec en vue la présidentielle de 2027. Vos questions, vos réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application de Radio France. François Ruffin, bonjour. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter, vous vous dites légitime à représenter la gauche, vous avez officialisé ces derniers jours vos ambitions pour 2027, on va en parler dans quelques instants.
Mais d'abord, l'état du monde et cette guerre commerciale accélérée de manière spectaculaire par Donald Trump, en trois mois, il aura mis fin avec sa politique protectionniste et ses droits de douane à plus d'un demi-siècle de libre-échange. Voilà des années, François Ruffin, que vous appelez au protectionnisme ici, en Europe. Sur le fond, êtes-vous aussi éloigné que ça de ce que fait Trump depuis une semaine ?
Écoutez, Donald Trump rompt de manière brutale, unilatérale, agressive, avec 30 ans d'ordre mondial commercial. Maintenant, je vais le dire plus tard, mais moi je ne l'aurais pas fait du tout de cette manière-là. Je pense qu'il le fait de manière stupide et stupide d'abord pour son pays lui-même. Mais on est en France et je considère qu'ici, à votre micro, je dois dire tant mieux. Je dois dire tant mieux parce que c'est une chance pour l'Europe et une chance pour la France.
Vous savez, on ne peut pas, il y a 15 jours ou dans les mois qui précèdent, parler de souveraineté, de souveraineté sur l'industrie, de souveraineté sur l'industrie de défense et penser qu'il n'y a pas un enjeu à avoir des protections, à avoir des régulations et en avoir en partie une sortie de la mondialisation si on prend au sérieux la question de la mondialisation.
Donc il a raison. Sur le fond, on entend vos critiques sur la méthode, mais sur le fond, mettre des barrières douanières, taxer tout produit qui entre sur le sol américain à 20, 30 ou 40%. C'est ce qu'il faut faire ici, chez nous ?
C'est ce qu'il ne faut pas faire. C'est ce qu'il ne faut pas faire parce que pour moi, il n'a jamais été question. Vous savez, ça fait des décennies que j'ai réfléchi à ça parce que je considère qu'en Picardie, j'étais en première ligne pour voir des industries partir en série de mon coin. Mais jamais j'ai pensé qu'il fallait relever de 20, 30, 40% de manière unilatérale sur tous les produits. Il nous faut un plan. Il faut le plan des 100. Il faut le plan des 100 produits sur lesquels on veut retrouver notre autonomie. Et là-dessus, oui, on met en place des taxes aux frontières, des barrières douanières, des quotas d'importation. Qu'est-ce que c'est ces 100 produits, par exemple ?
C'est les aliments, les médicaments évidemment. Ce sont les masques, les surblouses en cas de crise sanitaire. C'est la poudre, les obus en cas de guerre. C'est l'acier. Parce que je mets cette alerte-là. Si on ne veut pas de protection, aujourd'hui, c'est l'acier qui disparaît. Ma siège est faite d'acier. Si je n'ai pas d'acier, je tombe par terre. Si jamais on n'a pas d'acier, il n'y a pas d'industrie de défense. Si jamais l'Europe s'est fondée, la CK, sur l'acier. Or, aujourd'hui, si on laisse faire, c'est la fin de l'industrie de sidérurgie française, la fin de l'industrie de sidérurgie européenne.
Mais vous mettez des droits de douane de combien sur ces 100 produits ?
Il y a plusieurs instruments, vous savez. Il y a les quotas d'importation, il y a les barrières douanières, il y a les instruments de défense technique. Ce que je veux vous dire, Madame Salamé, c'est que ce matin, ce n'est plus le François Ruffin qui a porté de manière un peu solitaire cette idée-là pendant des années. Aujourd'hui, c'est devenu une évidence, y compris chez les patrons. C'est le patron de Valeo qui dit ça. Ce sont les patrons de la sous-traitance automobile qui disent ça. C'est la fédération de la chimie qui dit ça. C'est le patron de Michelin qui dit ça, que si on ne met pas en place des défenses, on est cuivre.
Vous savez, par exemple, on vient de promouvoir l'agri-voltamisme. C'est mettre des panneaux photovoltaïques dans les champs. Mais à un moment où la France vient de perdre sa dernière usine de fabrication de panneaux solaires, où ils partent en Syrie, en Allemagne, c'est fini pour toute l'Union européenne. Et on est dans une dépendance maintenant totale sur un produit stratégique, sur l'énergie de la Chine, désormais à 100%.
Je comprends et on comprend. Mais vous les mettez où, les droits de douane ? Vous les mettez à quelles frontières ? Aux frontières françaises ou aux frontières européennes ?
Aujourd'hui, c'est l'Europe qui doit penser différemment. Mais je constate que franchement, ils sont toujours aussi nuls. Mais il y a à changer et à faire changer tout ce qui se passe au niveau de l'Union européenne. Et on doit peser, évidemment, là-dessus. La France doit peser là-dessus.
Donc, sur ça, vous avez évolué. Parce qu'un temps, vous disiez, moi, je veux mettre des droits de douane et de faire du protectionnisme. Au niveau français, là, vous parlez d'Europe ?
Je dis toujours, il y a des mesures qui peuvent être prises au niveau français. Par exemple, à un moment, Emmanuel Macron a voulu relancer l'industrie du masque, vous savez. Et il a donné des millions d'euros pour qu'il y ait des usines de masques. Elles ont fermé dans les six mois, dans l'année qui suivait. Pourquoi ? Parce que 99% de nos masques continuent à être importés de Chine. Mais parce que 97% de notre commande publique, des pompiers, des lycées, des hôpitaux, importaient de Chine aussi. Et là, en revanche, sur la commande publique, on peut faire de la commande publique.
Donc, vous dites des mesures protectionnistes aux frontières françaises, sur certaines, et aux frontières européennes sur d'autres ?
Je dis qu'il y a des outils, par exemple, la commande publique est un outil qui peut être actionné au niveau français sans attendre l'Union Européenne. Mais je dis qu'en revanche, il s'agit de faire bouger l'Union Européenne. Parce qu'on ne peut pas faire des grands sommets sur la souveraineté en matière de défense et en matière militaire il y a 15 jours. Et 15 jours après, dire que sur notre industrie de défense, on n'aurait plus d'industrie de défense en France, si jamais l'industrie de défense ne s'était pas exonérée de l'Organisation Mondiale du Commerce, parce qu'il y a eu de la commande publique, parce qu'il y a eu de la planification en la matière.
C'est ce qui a sauvé en partie notre industrie de défense. Je veux dire que sur ce sujet-là, je pense qu'il y a moyen qu'on rassemble le pays. Que si jamais on disait aux députés, bosser sur identifier les sans-produits, sur faire un plan là-dessus, je suis convaincu qu'on pourrait siéger pendant tout l'été. Et vous savez, à la place de diviser, d'enliser les syndicats et le patronat aujourd'hui dans un conclave, je suis convaincu que les syndicats de salariés seraient prêts à signer là-dessus et que le patronat aussi. Je pense qu'il y a moyen de rassembler le pays pour se demander sur quels produits, les 100 produits sur lesquels on veut retrouver notre autonomie.
François Ruffin, face à la hausse des droits de douane, la Commission européenne promet de réagir, tout en maintenant la voie de la négociation encore ouverte. Est-ce que c'est la bonne solution ou il faut la méthode chinoise œil pour œil, dent pour dent ?
Écoutez, j'ai lu les pages que Ursula von der Leyen consacrent à la riposte. C'est ridicule. Dedans, vous savez qu'il y a les bidets, il y a les chewing-gums, il y a les combinaisons de ski, il y a la viande de Rennes. Est-ce qu'on a pour ambition, en France, en Europe, d'avoir une renaissance de l'industrie du bidet ? Non.
Non mais vous avez bien compris, le bidet on en est loin maintenant, c'est plus ça la question. Vous avez bien compris qu'ils ont deux choix au niveau de la Commission européenne. Soit ils font à la chinoise, c'est-à-dire qu'on augmente immédiatement nos droits de douane, au risque de l'escalade et au risque de faire perdre des profits à nos entreprises françaises et européennes. C'est ça le risque, c'est ça qu'il faut peser, parce que tout le monde aurait envie de dire « Ah oui, d'accord, tu nous augmentes de 30% ! » Tout le monde n'est pas moi ! Mais tout le monde n'est pas moi ! Oui, donc qu'est-ce qu'il faut faire ? Non, ne dis pas tout le monde, tout le monde n'est pas moi.
Alors, que préconise François Ruffin au niveau de la Commission européenne ? On veut une riposte symbolique. Bon, quel est le symbole de l'Amérique de Trump et de Musk ? C'est la Tesla. Plus une voiture Tesla vendue sur le continent européen.
Donc vous interdisez Tesla ?
On interdit. Si on veut prendre une mesure symbolique, on frappe là-dessus. Deuxième point, évidemment, les GAFA, sur lesquels il s'agit de retrouver une souveraineté numérique. Dans un premier temps, on les taxe, dans un deuxième temps, on les remplace. Mais surtout, il faut bien comprendre que ce n'est pas par le travail, ce n'est pas par, finalement, les biens qu'on est concurrencés aujourd'hui par les Américains. Le problème, c'est qu'on l'a vu avec Alstom Energy, on l'a vu avec Technip, on l'a vu avec la TECOER, c'est que ces dix dernières années, ce sont 1500 entreprises françaises, souvent des fleurons, qui ont été rachetées par des fonds anglo-saxons américains.
C'est là-dessus qu'on doit empêcher ça. Alors, plutôt que de faire la danse du ventre pour attirer les capitaux américains dans notre pays, on doit se demander sur quoi on maintient notre souveraineté et on refuse...
Et donc, on fait quoi avec les entreprises qui...
Celles qui les sont déjà, on va avoir bien du mal à exproprier. Je ne propose pas ça, mais par contre, je dis, pour la suite, plutôt que d'aller faire la danse du ventre dans des Tchous France pour attirer les capitaux américains, on devrait plutôt s'en protéger.
Ils viennent, François Ruffin, ils viennent, et depuis l'élection de Trump, ils viennent beaucoup les capitaux américains. Vous ne voulez pas les capitaux américains ?
Je dis que non, il ne faut pas. Je dis qu'on a un capital national en matière d'assurance-vie et ainsi de suite, qu'on doit d'abord mobiliser le capital national et qu'on ne doit pas laisser partir, par exemple, le Doliprane aux Etats-Unis. Donc, ça veut dire maintenir une souveraineté. Aujourd'hui, vis-à-vis des Américains, ça se joue plus sur le capital que sur les droits de douane.
Les industriels français étaient réunis hier à Bercy autour du ministre Marc Ferracci pour tenter d'élaborer une position commune face à la guerre commerciale. La semaine dernière, Emmanuel Macron a appelé les industriels à suspendre leurs investissements aux Etats-Unis. Quel message enverrions-nous si de grands acteurs européens investissaient des milliards dans l'économie américaine au moment où les Etats-Unis s'en prennent à nous, disait Emmanuel Macron ? Il a eu raison de le faire. Je vous dis, ce n'est pas la réponse que je propose.
Là, ils se reposent sur les patrons en leur disant « N'allez pas investir aux Etats-Unis ». Bon, c'est leur faire confiance pour ça. Vraisemblablement, ils diront « Là où il y a du profit, mais comptons sur leur patriotisme ». Je dis, en revanche, il y a quelque chose où M. Macron a la main, c'est les investissements américains sur le sol français, voire européens. Et là, s'il veut, c'est lui qui peut dire « Non, c'est fini ».
Mais l'appel au patriotisme, qu'est-ce que vous en pensez ? Parce qu'à la fin, qu'est-ce que vous feriez à sa place face à ces grandes entreprises ? Et on l'a vu au début de l'arrivée de Donald Trump. C'est-à-dire que quand Donald Trump promet une baisse de l'impôt sur les sociétés à 15%, alors que chez nous, elle est à 25%, les grands patrons, effectivement, et on les a vus, que ce soit Stellantis, LVMH, CMA, CGM, ils sont partis aux Etats-Unis, ils ont commencé à investir là-bas, à ouvrir des usines là-bas. Vous leur diriez quoi ?
Écoutez, d'abord, la question, c'est est-ce qu'ils vont produire aux Etats-Unis pour le monde, pour l'Europe, ou est-ce qu'ils vont produire aux Etats-Unis pour les Etats-Unis ? Si c'est ça, je l'entends. Si c'est en revanche pour faire de l'importation ici en Europe, je ne l'entends pas. Mais je vous redis, sur la question industrielle, on est bénéficiaire dans nos exportations avec les Etats-Unis. Donc le souci n'est pas là. Il ne faut pas prendre la proie pour l'ombre.
Aujourd'hui, on a un souci sur ça qui est vis-à-vis de l'Est, vis-à-vis de la Chine notamment, et ce souci va être redoublé parce que comme les exportations chinoises ne parviendront pas aux Etats-Unis, ça va d'autant plus débouler sur le marché européen. Donc je dis l'urgence de se protéger, et je ne suis pas le seul à tirer la sonnette d'alarme. Vous savez, quand je vais sur le site d'Arcelor à Dunkerque, sur l'acier, ce sont les ouvriers qui m'alertent dans l'endroit où se trouve le plus grand haut fourneau d'Europe. Parce qu'il est en fin de vie et ça sera bientôt fini.
Mais c'est aussi le patron d'Arcelor qui vient en commission des affaires économiques et qui nous prévient qu'il va aller produire en Brésil ou en Inde parce que c'est moins cher là-bas et qu'il importera si jamais on ne met pas de protection. Donc il y a la nécessité aujourd'hui.
Il vous dit aussi, n'augmentez pas trop nos impôts sur les sociétés.
François Raffin, c'est ça qu'il dit aussi. Non, ce n'est pas ce qu'il vient dire. Ce n'est pas ce qu'il vient dire. Vous savez...
Il faut les augmenter à nouveau. Emmanuel Macron les a baissés de manière drastique. On est passé de 33% à 25%. Vous, si vous revenez au pouvoir, il faut revenir à 33% d'imposition sur les sociétés.
Écoutez, madame Salamé, moi je regarde ça. Je regarde les échos de mon ami Bernard Arnault. Je vois quoi dans les échos ? Un nouveau record de dividendes. Les entreprises tricolores ont une nouvelle fois été les premières contributrices à l'échelle européenne. Une hausse moyenne de 8,2%.
Donc il faut les taxer davantage.
Vous savez, il y a 80-90% des Français qui trouveraient juste que dans notre pays, les petits payent petit et que les gros payent gros. Et que, oui, là où il y a des hyper-dividendes, là où il y a des méga-frosse-filles, la justice fiscale, si on veut faire du commun, c'est qu'en effet, elle paye davantage.
François Ruffin, il y a l'économie selon Trump, mais il y a aussi la guerre idéologique menée contre les chercheurs, contre les sciences, les listes entières de mots désormais interdits. Cette dimension du trumpisme, elle vous glace ?
Alors vous allez dire que ce matin, j'ai choisi décidément l'optimisme de la volonté plutôt que le pessimisme de la lucidité. Parce que je veux en faire à nouveau une chance.
Vous avez décidé de défendre Donald Trump. Non, non, pas du tout.
Et entendez bien que sur les droits de douane, je ne dépends pas du tout la méthode de Donald Trump. Et là, au contraire. Mais je veux dire, faisons-en une chance. Je veux dire, on nous a dit que pendant des années, les cerveaux partaient aux Etats-Unis. Faisons-les revenir. Ayons un grand plan d'accueil, je dis de réfugiés scientifiques. Parce qu'aujourd'hui, c'est la science. Il faut les payer. Pardon ?
Il faut les payer mieux.
Eh bien oui, je suis favorable à ce qu'il y ait un grand plan. Plutôt qu'on entraîne nos universités dans la misère, parce qu'en vérité, on a diminué très nettement le budget par étudiant et très nettement diminué le budget de nos facultés. Il s'agirait aujourd'hui de le revaloriser pour deux raisons. D'abord, pour attirer ces cerveaux qui, en effet, il y a une chasse à la science, il y a une guerre au savoir qui est menée aux Etats-Unis. Et il y a un certain nombre de personnes qui pourraient avoir une aspiration pour un lieu de refuge, un lieu d'accueil. Mais aussi parce que comment on pense qu'on va gagner la bataille économique demain et qu'on va redevenir une puissance ?
Je vous ai dit la nécessité de protection. Est-ce que je prétends que ça suffit ? Non. Il est évident qu'il y a besoin d'innovation. L'innovation, on ne l'aura que parce qu'on aura une ébullition. Je dis aussi, vous voyez ma surprise, dans ce temps où le monde bascule, un jour, enfin, il y a deux semaines, le monde bascule sur la sécurité mondiale et en particulier européenne. Aujourd'hui, le monde bascule sur la guerre commerciale. Et je ne sens pas un pays en ébullition où on aurait des chercheurs, des scientifiques, des intellectuels qui se réuniraient à l'Elysée, dans les ministères, à l'Assemblée et qui viendraient imaginer. Parce que là, on change d'époque.
Le temps où c'était concurrence, croissance, mondialisation qui fonctionnait à tir larigot et que ça formait le cadre duquel on ne pouvait pas sortir. C'est fini. Donald Trump le fait exploser. Donc soit on fait du bouche à bouche à ça, soit on fait du massage cardiaque au libre-échange, soit on se dit que c'est le temps de l'imagination au pouvoir. Il faut imaginer autre chose et ça, ça doit se faire avec des intellectuels.
Sur la défense, l'autre versant de l'arrivée de Trump, c'est la politique européenne de réarmement partout. Les 27 augmentent leur budget de défense. On parle aujourd'hui d'une défense commune. Commune, vous êtes favorable à ça, François Ruffin. Vous êtes où sur la question de la défense commune et sur la question de l'augmentation des budgets militaires ? Emmanuel Macron, Edouard Philippe, parle d'arrivée à 3,5% du PIB. Vous, vous dites quoi ?
Écoutez, il y a une course à l'échaloc. Un jour, c'est 3%. Le lendemain, c'est 5%. On revient à 3,5%. Je dis d'abord, il faut identifier nos points de faiblesse. Et là, on a vu des points de faiblesse dans la guerre en Ukraine, alors que nous ne sommes pas directement engagés. On est à court des produits de base. Tout comme pendant la crise Covid, on avait été à court des produits de base. C'est-à-dire les masques et les surblouses. Là, on se retrouve à court des produits de base. Les obus, les munitions, la poudre. Les choses de base. Évidemment, là-dessus, il faut retrouver notre souveraineté et il faut investir sur ce terrain-là.
Et ensuite, il faut voir comment on ne fait pas, en Europe, une série d'armées bonsaïes. Vous savez qu'on dit que l'armée française est une armée bonsaïe, c'est-à-dire qu'elle a tout en petit. Il ne faudrait pas qu'on ait 27 fois tout en petit dans l'Union européenne.
Et donc, vous êtes favorable à une défense commune ?
Je suis favorable. Non pas à une norme de la défense, mais à une défense de l'Europe. Et évidemment, ça demande des moyens. C'est-à-dire que je ne crois pas qu'il y aura une grande armée européenne. Et je ne le souhaite pas.
Il n'en est pas question, là, pour l'instant.
C'est pour ça que je fais la nuance et que je dis que je suis favorable à une défense de l'Europe, c'est-à-dire à ce qu'il y ait des moyens mis en commun, que ça soit coordonné. Alors, est-ce que c'est l'OTAN ? Est-ce que c'est plus l'OTAN ? Est-ce que c'est l'OTAN sans les Américains ? Mais qu'il y ait une coordination de cette défense de l'Europe et qu'on ne fasse pas des séries d'armées côte à côte, mais qu'il y ait bien une coordination entre elles.
Oui, deux questions sur l'application Radio France. Thomas, bonjour pour le travail, j'utilise beaucoup Google Docs. Pas parce que c'est américain, mais parce que c'est ergonomique. On peut notamment l'utiliser sur son portable avec l'application dédiée. Vouloir remplacer les entreprises américaines est une idée à l'emporte-pièce. Hervé, bonjour. Les Tesla Model Y sont fabriqués en Allemagne. Réponse de M. Ruffin, s'il vous plaît. Sur les Tesla, j'en ai bien conscience qu'elles sont fabriquées en Allemagne.
Maintenant, je dis de la même manière qu'on a fait un Airbus européen par la coopération entre les pays. Je pense qu'à se dire, on en finit avec Tesla et on fait une voiture électrique européenne par la coordination entre les pays où tout serait à 100% européen à l'intérieur de cette voiture-là.
Oui, mais ça, c'est dans un moyen terme.
Le moyen terme, vous savez...
Vous fermez l'usine Tesla en Allemagne ?
Non, immédiatement, on continue de produire, mais on produit autre chose. On produit un autre type de voiture électrique. Bon, voilà. Et ensuite, j'ai bien conscience que le remplacement des logiciels et pas seulement des logiciels, ça ne va pas se faire en un claquement de doigts. C'est pour ça que j'ai bien dit, dans un premier temps, on taxe les GAFA parce qu'aujourd'hui, les GAFA échappent à l'impôt. Bon, quasiment complètement. Et dans un deuxième temps, il faudra aller vers le remplacement et pas être dépendant. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, le nouvel or de nos pays, ce sont les données.
Et on a une aspiration des données qui se fait aujourd'hui par les Etats-Unis et par le biais des GAFA. Google Doc, vous l'utilisez, vous ? Mais j'utilise plein de choses. J'utilise des frigos.
Vous êtes même sur X ?
Mais je suis... Voilà. Il est évident qu'on ne va pas se dire « Ah bah tiens, je me coupe un bras. Est-ce que ma chaise, elle est bien française ? » Je vais cesser de mettre ma chaise sur ma chaise quand je rentre.
Oui, mais quand vous dites « on taxe ou on interdit Tesla »,
c'est qu'on n'a pas d'alternet. Je le dis, mais sur la voiture, excusez-moi, madame... Sur les réseaux sociaux, on en a. C'est pour ça que pour l'instant, c'est quand même un grand échec. C'est quand même un grand échec de la Macronie qui nous a prétendu être la start-up nation depuis maintenant une dizaine d'années. Et finalement, on se retrouve dans une totale dépendance des réseaux sociaux américains ou chinois aujourd'hui. C'est un échec français, un échec européen. Il s'agit d'en sortir.
Quelques questions politiques, il reste quelques minutes. D'un mot, la course à la présidentielle semble ou s'être ouverte la semaine dernière avec une sortie probable de sa favorite, Marine Le Pen, condamnée à 4 ans d'emprisonnement et à 5 ans d'inéligibilité avec application immédiate. Elle a fait appel de sa condamnation. Jean-Luc Mélenchon et votre ancien parti, La France Insoumise, estiment que la décision de destituer un élu devrait revenir au peuple et pas à la justice. Donc vous avez compris cette réaction ?
Non, c'est une réaction que je n'ai pas compris. D'autant plus que je me souviens qu'il y a une dizaine d'années, ont manifesté Place de la Bastille avec des balais pour une opération de coup de balai au moment de l'affaire Cahuzac et c'était un temps où on avait comme souci la probité et l'exemplarité au cœur d'un programme de gauche. Donc je pense qu'il faut le maintenir. Je vois qu'il y a eu une séance de rattrapage qui s'est déroulée le week-end dernier. Donc j'espère qu'on va en revenir sur plus une ligne de défense de l'État de droit et des magistrats.
Et puis il y a vous, François Ruffin, vous avez lancé récemment un Tour de France, de meeting et de réunion publique, une campagne que vous avez appelée Notre France. Ce week-end, dans la tribune dimanche, vous vous êtes déclaré déterminé à être candidat à la présidentielle et légitime à représenter la gauche. Ce qui veut dire que vous êtes officiellement candidat pour 2027 ?
Vous savez, c'est une chose que je prends très au sérieux. Être candidat à présider la France, ça veut dire 500 maires, ça veut dire 5 millions d'euros et ça veut dire des soutiens, des militants qui se trouvent partout dans le pays. Ce n'est pas l'heure de ça. Aujourd'hui, ce que par contre j'ai vu, c'est une espèce d'apathie, je le disais, dans le pays mais à gauche aussi et qui fait que dans un temps où tout bascule, quand on demande aux gens comment ça va, ils font la liste de tout ce qui ne va pas. Et je me suis dit, comment on fait pour remettre de l'énergie ? Comment on fait comme le chantait Johnny pour redonner l'envie d'avoir envie ?
Et donc, notre France, c'est notre France qui protège, qui protège l'industrie, qui protège les emplois, qui protège la santé, qui protège le vivant, qui protège les enfants. C'est une déclinaison d'une France qui protège. Vous savez, je pense que la question de la protection est aujourd'hui centrale. Et si j'ai eu une grande colère populaire depuis des années et des années, qui ne naît pas aujourd'hui, c'est parce que les gens ont la certitude de ne plus être protégés.
Olivier Faure souhaite une primaire de la gauche sans Jean-Luc Mélenchon. C'est ça, ce qu'il faut faire ?
En tout cas, il faut une candidature commune. Il va falloir avancer. On ne peut pas se permettre, dans le temps où il y a l'extrême droite et l'extrême argent qui prennent en tenaille, on ne peut pas se permettre, dans ce temps-là, d'avoir la division qui pèse sur notre camp.
Mais une candidature commune, ça pourrait être celle de Jean-Luc Mélenchon.
Je pense que ce n'est pas à moi de le décider, ce n'est pas à Olivier Faure de le décider, ce n'est pas à Jean-Luc Mélenchon de le décider tout seul, mais qu'il peut y avoir un mode de désignation. La primaire est en état, on verra bien quel mécano se met en place, mais pour arriver à une candidature commune qui puisse soulever l'espoir et amener à la victoire.
À la dernière présidentielle, François Ruffin, vous avez soutenu Jean-Luc Mélenchon. Quand vous l'écoutez, vous qu'il connaissez bien, est-ce que vous avez un doute sur le fait qu'il soit un nouveau candidat ?
Écoutez, Madame Salami, je ne viens pas pour faire un entretien sur Jean-Luc Mélenchon.
Ce n'est pas la question. Je noterais qu'on vous a posé 250 questions qui n'aurait rien à voir. Ça fait trois fois,
il y a trois questions sur Jean-Luc Mélenchon. Je le dis, mon objectif, c'est faire mieux pour qu'on ne me pose plus la question. Voilà. Faire mieux, pour moi, aujourd'hui, c'est notre France qui protège, c'est notre France qui partage. C'est parler au pays en entier, pas à moitié. C'est demander comment on fait pour rassembler la gauche et pour rassembler la France quand il y a tant de forces dans le pays qui cherchent à la fracturer, à la diviser, à la séparer.
Vous disiez le 1er avril dernier en meeting, vous allez dire que ça en fait une quatrième de questions. En référence à Jean-Luc Mélenchon, faire mieux, ce n'est pas faire vieux.
Excusez-moi, mais non seulement vous citez Jean-Luc Mélenchon à nouveau, mais en plus, ce n'est pas moi qui l'ai dit, c'est mon collègue Alexis Corbière. Donc, si vous voulez l'inviter autour de sa table pour faire de la mélenchonologie, je veux bien, mais moi, je ne suis pas de mélenchonologue. C'est une science dure ou c'est une science molle ? J'ai pour espoir d'être françologue et de me demander qu'est-ce que je dois dire au pays pour être compris.
Corinne sur la Pédinter vous dit « Bonjour François Ruffin, est-ce que vous ne devriez pas plutôt terminer vos meetings par Bella Ciao que par la Marseillaise ? »
Vous savez, ça fait des années que je regrette qu'on abandonne des thèmes à l'extrême droite. Je l'ai dit, le thème de la protection ne doit pas être abandonné à l'extrême droite, mais les symboles qui sont en plus issus de notre grande révolution, de la grande révolution française, qui sont la Marseillaise, qui sont le drapeau tricolore, qui sont liberté, égalité, fraternité, jamais je ne les céderai. Ils sont à nous. Moi, je me sens pleinement patriote et je me sens pleinement patriote et du coup, blessé par ce que devient mon pays où on a laissé partir l'industrie et où je vois dans chaque crise une perte de souveraineté.
Merci François Ruffin d'avoir été au micro d'Inter ce matin.
François Ruffin