Reconnaissance de la Palestine : "S'il attendait encore, Emmanuel Macron finirait par reconnaître un cimetière"
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Questions et réponses
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- 0:46OuverteRéponse directe
En quoi est-ce une annonce d'ampleur cette décision de l'Elysée de reconnaître un état de Palestine ?
- 1:57OuverteRéponse directe
Ce geste de la France, il est particulièrement important ?
- 2:45OuverteRéponse directe
Vincent Lemire, pourquoi maintenant ? Pourquoi se communiquer hier soir de l'Elysée d'Emmanuel Macron ?
- 5:25OuverteRéponse directe
Emmanuel Duparc, pourquoi maintenant ? Cette dernière semaine a été marquée par des images extrêmement fortes.
- 9:27OuverteRéponse directe
Ça a pu provoquer une réaction à l'Elysée, chez Emmanuel Macron ?
- 11:43OuverteRéponse directe
Il n'est plus question, en fait, d'attendre la paix. On a vu hier les pourparlers menés à Doha, qui sont traduits par un échec.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:02InvitéFait
« Mais processus de paix il n'y a pas. »
- 1:18InvitéFait
« Il y a deux états, il y a l'annexion des territoires palestiniens par Israël sans droit politique aux palestiniens ce qui serait l'apartheid. »
- 1:50PrésentateurChiffre
« Il y a aujourd'hui près de 150 pays qui reconnaissent déjà l'état palestinien mais pas les puissances occidentales. »
- 2:09InvitéFait
« Mais par ailleurs, de l'autre côté, vous avez la bande de Gaza qui a été quasiment rasée, »
- 2:33InvitéChiffre
« C'est le premier pays du G7, vous l'avez dit, à reconnaître l'état palestinien. »
- 3:35InvitéFait
« La reconnaissance de l'État d'Israël par la France, elle est intervenue aussi par une très brève lettre, le 24 janvier 1949. »
- 4:14InvitéChiffre
« aujourd'hui, entre la mer Méditerranée et le Jourdain, il y a 7 millions de Palestiniens et 7 millions de Juifs israéliens. »
- 4:51InvitéFait
« il finirait par reconnaître un cimetière, comme l'a dit Gérard Harrault. »
- 7:09InvitéFait
« On a eu des témoignages de nos photographes, de nos journalistes vidéos, de nos journalistes textes, sur des gens qui étaient toujours prêts à se lever le matin pour aller témoigner, »
- 7:52InvitéFait
« il n'y a plus de nourriture, on n'a rien eu cette semaine, il n'y a plus d'eau potable, »
- 10:05InvitéFait
« c'est-à-dire cette violence quotidienne, sans contrôle des colons contre la population palestinienne, »
- 10:50PrésentateurFait
« Pour la solution à deux États, c'est ça. »
- 12:04PrésentateurFait
« on n'attend pas la paix, on reconnaît l'État de Palestine. »
- 19:22InvitéFait
« le gouvernement israélien se cache de moins en moins, sur certains de ses ministres en tout cas, de sa volonté de vouloir à terme vider Gaza. »
- 20:00PrésentateurFait
« Benyamin Netanyahou, il a réagi hier soir à cette décision d'Emmanuel Macron. Il dit, cette initiative récompense ainsi la terreur, en parlant du Hamas. »
Temps de parole
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C'est donc l'annonce qui bruissait depuis des mois. Le président Emmanuel Macron l'avait amorcée en avril et l'a officialisée hier soir. La France va reconnaître l'état de Palestine. Alors est-ce un coup de tonnerre diplomatique ? On va tenter de comprendre le sens et la portée de l'initiative française ce matin avec nos invités. Posez vos questions, intervenez au 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio France. Et je salue d'abord l'historien Vincent Lemire, bonjour.
Bonjour.
L'ancien ambassadeur de France Gérard Harrault, bonjour à vous aussi. Bonjour. Et avec nous également Emmanuel Duparc, bonjour. Bonjour. Vous êtes journaliste à l'AFP, président de la Société des journalistes de l'agence France Presse qui a alerté à plusieurs reprises cette semaine sur la situation dramatique des Gazaouis et des journalistes palestiniens encore dans le territoire. On va y revenir mais d'abord Gérard Harrault, en quoi est-ce une annonce d'ampleur cette décision de l'Elysée de reconnaître un état de Palestine ?
Alors comme vous le savez et comme vous l'avez dit, jusque-là la France a toujours dit qu'elle ne reconnaîtrait l'état palestinien que dans le cadre d'un processus de paix. Mais processus de paix il n'y a pas. Et d'ailleurs si vous écoutez la réaction de Benjamin Netanyahou à l'annonce de l'Elysée, il dit bien qu'il ne veut pas d'état palestinien. Donc on est dans une situation, vous savez il n'y a pas beaucoup de solutions au conflit. Il y a deux états, il y a l'annexion des territoires palestiniens par Israël sans droit politique aux palestiniens ce qui serait l'apartheid. Et troisièmement l'expulsion des palestiniens.
Et Israël n'a jamais précisé sa vision et donc la France dans la tragédie que vivent les palestiniens aujourd'hui, aussi bien Gaza vous l'avez dit, la famine qu'en Cisjordanie où ils sont soumis à la violence des colons israéliens, et bien la France dit non, non, c'est la solution des deux états. C'est donc je dirais avant tout un geste politique.
Et Gérard Arrault, il y a aujourd'hui près de 150 pays qui reconnaissent déjà l'état palestinien mais pas les puissances occidentales. Ce geste de la France, il est particulièrement important ?
Vous savez, tous les jours lorsqu'un missile tombe sur Kharkiv ou sur Kiev en Ukraine, nous poussons des hauts cris et nous avons raison. Mais par ailleurs, de l'autre côté, vous avez la bande de Gaza qui a été quasiment rasée, et il faut bien le dire, dans un silence assourdissant des puissances occidentales. Il y a aussi une question de notre crédibilité. Comment nous pouvons parler de droit de l'homme ? Comment nous pouvons parler de droit international ? Alors qu'à l'évidence, nous pratiquons le deux poids, deux mesures au profit d'Israël. Et donc, ce geste de la France, c'est le premier pays du G7, vous l'avez dit, à reconnaître l'état palestinien.
C'est peut-être une manière de sortir de ce que beaucoup voient comme une hypocrisie.
Vincent Lemire, pourquoi maintenant ? Pourquoi se communiquer hier soir de l'Elysée d'Emmanuel Macron ?
Écoutez, vous le savez, cette reconnaissance, elle aurait dû intervenir à la mi-juin, lors de la conférence co-présidée par la France et l'Arabie Saoudite, qui a été annulée in extremis suite aux frappes israéliennes sur l'Iran. Ensuite, elle a été reprogrammée à un niveau inférieur, un niveau ministériel. Il y a une conférence qui sera co-présidée par le ministre des Affaires étrangères français et le saoudien, lundi et mardi prochain à l'ONU. Donc, voilà, on attendait quelque chose. Ce qui est peut-être plus inattendu, c'est la forme, c'est cette lettre, ce courrier du président Emmanuel Macron au président Abbas.
Alors, moi, je suis historien, donc je me suis penché un petit peu dans les archives. La reconnaissance de l'État d'Israël par la France, elle est intervenue aussi par une très brève lettre, le 24 janvier 1949. Vous voyez la lettre de Macron à Abbas, c'était le 24 juillet 2025. Et le 24 janvier 1949, Robert Schumann, ministre des Affaires étrangères, a écrit « J'ai l'honneur de vous faire connaître que la République française a décidé de reconnaître le gouvernement provisoire d'Israël comme gouvernement de fait. Cette décision ne préjuge pas de la délimitation définitive par les Nations Unies du territoire sur lequel l'État d'Israël exercera son autorité. » Fin de citation.
Donc, vous voyez, la France, elle tient en fait sa ligne historique. Aujourd'hui, entre la mer Méditerranée et le Jourdain, il y a 7 millions de Palestiniens et 7 millions de Juifs israéliens. Ils ont tous droit, ils ont tous besoin d'un État. Dans le monde actuel, tout le monde a besoin d'un État. On a besoin d'un passeport, on a besoin d'être défendu et protégé quand on est à l'étranger. On a besoin d'être représenté, on a besoin d'être contrôlé aussi. Donc, la solution, c'est la seule viable. Et effectivement, Emmanuel Macron, pourquoi maintenant ? Je crois qu'il a compris que cette reconnaissance, elle ne pourrait pas se faire à titre posthume.
Et qu'il s'il attendait encore, il finirait par reconnaître un cimetière, comme l'a dit Gérard Harrault. D'autant plus qu'il y a les plans de nettoyage ethnique qui, quand même, se précisent de plus en plus. Pas seulement dans les mots, mais maintenant dans les actes. Donc, il y avait une urgence absolue. Emmanuel Macron a pris une décision, de mon point de vue, qui est historique, qui est courageuse et qui est aussi utile. Parce que ce n'est pas seulement symbolique, cette reconnaissance. Elle va donner aux futurs États palestiniens et aux citoyens palestiniens des capacités juridiques renforcées. Et aujourd'hui, les Palestiniens ont plus que tout besoin d'être protégés.
On va revenir sur ce que ça va changer. Mais Emmanuel Duparc, pourquoi maintenant ? Cette dernière semaine a été marquée par des images extrêmement fortes. Et par votre tribune, vous, à la SDG, la Société des journalistes, de l'AFP. Est-ce que vous rapportez des témoignages de ce qui se passe sur place, en fait ?
Oui, sur le contexte...
Dans la bande de Gaza.
Sur le contexte, il semblait y avoir un moment politique et médiatique. Cette semaine, il se dit aussi que le président Macron a été assez ému lors d'une récente visite en Égypte, après avoir rencontré des blessés qui venaient de Gaza. Il y a aussi un certain nombre d'appels qui ont été lancés. Un appel des ONG, un appel de l'ONU, alerté sur la situation immunitaire. Peut-être qu'on en parlait un petit peu moins ces dernières semaines. Du coup, c'est revenu. Et c'est revenu à toute force.
Et votre appel, vous, votre communiqué a été assez inédit aussi. Il a beaucoup marqué en début de semaine. Parce que vous, l'AFP, normalement, vous ne sortez pas d'une certaine réserve. Là, vous avez alerté sur le sort de vos journalistes. Il y a la population et dans la population, il y a vos journalistes qui sont encore à Gaza.
Oui, tout à fait. Parce que ces derniers jours, cette dernière semaine, on a eu des témoignages bouleversants de la part de nos collègues qu'on n'avait pas l'habitude d'avoir de la part d'une dizaine de journalistes, puis juste locaux, qui envoient des photos, des vidéos, des témoignages chaque jour, qui font vivre la couverture depuis plus de deux ans. En fait, comme dans tous les pays dans le monde, l'AFP est là et couvre tous les conflits tout le temps. On a l'habitude, on sait, nous ou nos journalistes locaux, on sait qu'on prend des risques, qu'on peut être tué par des bombes, qu'on peut être enlevé, qu'on peut être victime de tirs, d'attentats.
Mais là, pour la première fois, de façon assez inédite pour nous, des journalistes disent non, on risque là de mourir de faim.
C'est la faim qui menace, c'est ça.
On a eu des témoignages de nos photographes, de nos journalistes vidéos, de nos journalistes textes, sur des gens qui étaient toujours prêts à se lever le matin pour aller témoigner, pour aller chercher des images, des témoignages, en disant, de toute façon, il n'y a rien d'autre à faire, je ne peux pas rester chez moi, je ne peux pas remuer tous les traumas qu'on a d'avoir vu nos proches se faire tuer, les maisons détruites, d'être baladés de camp de réfugiés en camp de réfugiés, dans les situations apocalyptiques, et ils nous ont dit, donc ils étaient toujours motivés. Et là, pour la première fois, ces derniers jours, ils nous ont dit, mais je suis désolé, je n'ai pas la force.
Là, il n'y a plus de nourriture, on n'a rien eu cette semaine, il n'y a plus d'eau potable, on est tous malades, on aimerait bien se lever, mais là, on ne peut plus, on est coincés et on n'a plus d'espoir. Et pour nous, là, ça a été un signal d'alarme incroyable. On a fait cet appel, on a été également bouleversé, ça a été relayé des millions de fois à travers le monde. Notre appel a été relayé aussi, on l'a remercié pour ça, par la direction de l'AFP qui est sur la même ligne.
Il a signé une autre lettre hier avec AP, Reuters, BBC News.
Et les autres agences, on a été interrogés, sollicités par des médias du monde entier. L'AFP a fait la une comme jamais, alors qu'on est presque un petit peu désolé de ça, parce que nous, on n'est pas là pour apparaître, on est là pour rester en arrière-plan. Les journalistes, généralement, font leur travail. La différence, d'habitude, c'est que les journalistes, ils peuvent faire leur travail, mais ils peuvent sortir de là. Ils peuvent aller se reposer, ils peuvent reprendre des forces et revenir après, mais là, ils sont prisonniers, ils ne peuvent pas sortir, ils sont comme les autres.
C'est ce que vous demandez, sortir vos collaborateurs, vos pigistes du territoire.
Sortir, et au-delà, évidemment, la cessation des combats et le fait de pouvoir circuler. Voilà, c'est la première fois qu'on observe impuissants nos collègues et au milieu d'une autre population qui est complètement enfermée et qui risque de mourir de faim.
Gérard, on a vu ces images d'enfants morts de faim ou quasi décharnés, dénutris à la une des journaux. Ça a pu provoquer une réaction à l'Elysée, chez Emmanuel Macron ?
Je ne peux pas parler autant du président, mais je pense que oui. Je pense que cette décision du président de la République, ce n'est pas une décision, je dirais, intellectuelle, conceptuelle, une sorte de démarche diplomatique. Il y a aussi le sentiment de l'urgence. D'un côté, vous avez cette urgence, cette famine à Gaza, qui est reconnue maintenant aujourd'hui, même par la presse israélienne. Vous avez également, et j'insiste beaucoup parce que c'est moins tragique, mais c'est vraiment ce qui arrive en Cisjordanie, c'est-à-dire cette violence quotidienne, sans contrôle des colons contre la population palestinienne, et cette absence totale de perspective politique.
Et ce gouvernement israélien, qui refuse même de reconnaître qu'il y ait un problème. Donc il y a une tragédie, et l'Occident, comme je l'ai expliqué jusqu'ici, ne fait pas grand-chose pour y mettre un terme. Et donc je comprends que ce sentiment d'urgence ait pu pousser le président de la République à aller de l'avant seul. Parce que l'idée initiale, l'idée de cette conférence qui a été annulée, comme M. Lemire le rapportait, c'était quand même essayer...
Pour la solution à deux États, c'est ça.
Pour la solution à deux États, avec reconnaissance de l'État palestinien, la France déjà l'annonçait, c'était d'entraîner un certain nombre de pays avec nous. Eh bien là, on avance tout seul. Alors on espère, à l'évidence, comme vous l'avez dit, que le Royaume-Uni, par exemple, nous imitera. Mais là, la France a décidé qu'elle ne pouvait plus attendre. Il fallait y aller. Alors elle le fait à l'Assemblée Générale des Nations Unies. C'est intéressant. C'est aussi parce qu'elle ne perd pas l'espoir, justement, d'inscrire son geste dans un contexte plus large, d'avoir un écho plus fort.
Parce que le Président, donc, l'annoncera à la tribune de l'Assemblée Générale des Nations Unies, où il y a là plus d'une centaine de chefs d'État et de gouvernement. Donc, il y a là une manière également d'espérer de créer un mouvement, que ça ne reste pas simplement un geste français.
Et Vincent Lemire, il n'est plus question, en fait, d'attendre la paix. Parce que c'était ça, au départ. On devait attendre la paix. Une fois qu'il y avait la paix, on reconnaissait l'État de Palestine. Là, il n'est plus question d'attendre la paix. On a vu hier les pourparlers menés à Doha, qui sont traduits par un échec. L'émissaire américain Steve Witkoff a acté cet échec. Donc, on ne croit plus à la paix. Et la France dit, on n'attend pas la paix, on reconnaît l'État de Palestine.
En fait, on acte l'échec du processus d'Oslo. Et on acte le fait qu'on a créé aussi les conditions de cet échec. Qu'est-ce qu'on a fait avec Oslo ? On a conditionnalisé la future reconnaissance d'un État de Palestine à des critères 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, zone A, B, C, etc. À des phases transitoires, etc. C'était là, Gérard Harrault connaît ça beaucoup mieux que tout le monde. Et finalement, on a donné aux adversaires de la paix, des deux côtés, extrême droite israélienne et Hamas, pour les nommer, les moyens de s'opposer à cette reconnaissance mutuelle. Là, on dit le contraire.
On dit que tous les habitants qui habitent entre la mer Méditerranée et le Jourdain ont besoin d'un État, ont le droit à un État. La France a reconnu de facto Israël en janvier 1949, il y a 76 ans. L'autorité palestinienne a reconnu Israël en 1988, il y a 37 ans. Et aujourd'hui, Israël ne reconnaît toujours pas le droit à l'autodétermination des Palestiniens. Donc, on pose ça comme un préalable, comme l'a dit Ingrid Terwan tout à l'heure dans sa chronique. J'ai trouvé ça très très juste. La reconnaissance, ce n'est pas une fin en soi, c'est un commencement.
D'ailleurs, il faut bien souligner le fait que ça permet de rouvrir une perspective politique, mais ça ne dit rien de ce qui se passera à terme. Cet État palestinien, dans quelques années, pourra décider de négocier avec un État d'Israël qui serait débarrassé de Netanyahou et de l'extrême droite, par exemple une fédération ou une confédération territoriale. Donc, quand on parle de la solution à deux États, on dit que tout le monde a droit à un État sur cet espace-là, dans cette région-là, mais ensuite, on essaie de recréer une symétrie, on essaie de recréer un équilibre entre ces deux entités, mais ensuite, ces deux États pourront négocier les conditions de leur relation future.
Donc, la colonisation de ce point de vue-là, les 750 000 colons qui sont en Cisjordanie, ne sont pas en fait un obstacle suffisant pour dire, on ne peut pas reconnaître cet État tant que le dernier colon aura quitté la Cisjordanie. Sinon, on est trop ça encore au calendre grec, évidemment.
Vincent Lemire, vous y faisiez référence. Dans Géopéditique, Ingrid Terwatt, elle disait, cette reconnaissance, c'est faire une promesse, ça oblige, ça engage. Ça engage à quoi, en fait, de reconnaître un État, de reconnaître l'État de Palestine ?
Mais ça engage, par exemple, aussi de reconnaître les capacités juridiques de cet État. Ça veut dire que si cet État se présente devant la Cour pénale internationale, si cet État se présente devant la Cour internationale de justice, il n'aura pas besoin d'être représenté, par exemple, par l'Afrique du Sud, rejoint par le Brésil dernièrement, vous voyez. Une reconnaissance internationale, ça va aussi avec des capacités juridiques. Et aujourd'hui, de quoi ont besoin les Palestiniens, plus que tout et plus que jamais ? D'une protection juridique. Donc, moi, j'insiste sur un point, ça n'est pas seulement un acte symbolique.
Bien sûr, c'est un acte qui ouvre une perspective politique, mais c'est aussi un acte qui doit redonner des capacités juridiques à l'État de Palestine et à ses citoyens. J'ai encore un parallèle historique qui me vient. Vous savez, quand Charles de Gaulle, à Londres, pendant la Deuxième Guerre mondiale, est reconnu par toutes les puissances internationales comme le représentant légitime de la République française en exil, il n'est même pas sur son territoire. Et pourtant, évidemment que cette reconnaissance internationale lui donne de la légitimité, lui donne du poids pour pouvoir reprendre le contrôle de ce territoire. Donc, effectivement, c'est une promesse. Et puis, il y en a une autre.
Je pense à une dernière, la déclaration Balfour, la fameuse déclaration Balfour de novembre 1917. Là aussi, c'est une lettre très courte du ministre des Affaires étrangères britannique aux dirigeants du projet sioniste et qui font une promesse en disant « Le gouvernement britannique s'engage à favoriser l'établissement d'un foyer national juif en Palestine. » Donc, vous voyez, la diplomatie, la géopolitique, ça se fabrique aussi avec des engagements écrits, avec des promesses, comme vous l'avez dit, au sens où on ouvre une perspective politique et ensuite, ce sera à ces États, à ces citoyens de négocier les conditions de leur cohabitation, de leur coexistence, évidemment.
Oui, on va aller au standard tout de suite pour prendre Guillaume. Bonjour, Guillaume.
Oui, bonjour.
Parce que je crois que votre question prolonge cette discussion, effectivement.
Tout à fait, en effet. Moi, ma question, c'est de savoir quelle est la portée effective de cette déclaration d'Emmanuel Macron sur la situation actuelle à Gaza. Et finalement, est-ce qu'elle ne va pas exprimer, par son manque d'efficacité, le manque aussi d'application et d'efficacité du droit international, de manière générale, sur la situation à Gaza actuelle ? Parce qu'on sait que les violations sont tout de même assez légion en ce moment et que personne ne s'en émeut, et notamment les pays occidentaux, les grandes puissances occidentales.
Gérard Harrault. Effectivement, est-ce que ce n'est pas juste un coup d'éclat diplomatique, alors qu'aujourd'hui, on a besoin d'un peu plus pour sauver la population de Gaza ?
M. Lemire a essayé justement d'expliquer que ça avait des conséquences juridiques, mais néanmoins, je rejoindrai en partie vraiment l'auditeur qui vient de poser cette question. Il y a aussi, dans cette reconnaissance, je dirais aussi presque, j'exagère, mais un peu un acte de désespoir. C'est-à-dire que la situation devient une telle tragédie, comme je l'ai dit, tragédie à Gaza, tragédie en Cisjordanie, avec un gouvernement israélien qui n'écoute personne, avec des États-Unis qui, dans les faits, soutiennent totalement Israël, avec, on oublie aussi, on demande à la France d'être plus pro-palestinienne que les Arabes.
La plupart des pays arabes, et notamment toutes les monarchies du Golfe, en réalité se contentent de déclarations. Elles ne font rien. Les ambassades des Émirats arabes unis restaient ouvertes. L'ambassade des Émirats arabes unis à Tel Aviv est restée ouverte pendant le conflit. On voit bien que les Palestiniens, aujourd'hui, sont désespérément seuls face à la tragédie. Et eux-mêmes, soyons, ajoutons, eux-mêmes sont divisés entre une autorité palestinienne inefficace et corrompue, et un groupe terroriste. Donc nous sommes dans une impasse, et dans une impasse qui atteint, en termes humanitaires, le niveau d'une tragédie absolue.
Et donc, la voix de la France, c'est un peu, oui, c'est un peu la voix dans le désert. C'est une sorte de cri d'alerte aux autres pays occidentaux. Si vous voulez conserver la moindre crédibilité, il faudra, il faut agir. Et il n'est pas sûr que la France soit entendue.
Oui, Emmanuel Lui-Parc ?
Oui, un cri d'alerte, comme le dit Gérard Haraud, d'autant plus qu'en ce moment, le gouvernement israélien se cache de moins en moins, sur certains de ses ministres en tout cas, de sa volonté de vouloir à terme vider Gaza. Un dépeuplement du territoire. Et qui est une perspective qui paraissait incroyable jusqu'à maintenant.
C'était le projet de Riviera, de Donald Trump, dont on a ri à un moment, mais en fait, le projet est bien là.
Chaque semaine qui passe, chaque jour qui passe, on va un peu plus loin dans la cessation de tous les droits, la cessation de ce qui devrait être une démocratie, la liberté de circuler, la liberté d'informer, la liberté de témoigner. Et tout ça, on fait une situation vraiment désespérée, effectivement.
Benyamin Netanyahou, il a réagi hier soir à cette décision d'Emmanuel Macron. Il dit, cette initiative récompense ainsi la terreur, en parlant du Hamas. Ce matin, on a entendu à l'ambassadeur d'Israël en France, chez nos amis de France Info, Joshua Zarka, qui dit, utiliser la violence, ça marche. Qu'est-ce que vous en pensez, Gérard Haro ? Est-ce qu'on n'est pas en train de radicaliser encore le discours d'extrême droite du gouvernement israélien en reconnaissant l'État de Palestine ?
Vous savez, on n'a pas besoin de radicaliser le discours d'un gouvernement qui est ultra radical. Il y a à la Knesset, c'est-à-dire au Parlement israélien, il y avait des réunions pour justement le nettoyage ethnique, vider la bande de Gaza et organiser et créer des villes, de nouvelles villes israéliennes, des nouvelles villes israéliennes à Gaza.
Il y a des ministres qui d'ailleurs ont été sanctionnés par la Slovénie et je pense que nous devrions faire de même en ce qui concerne la France, c'est-à-dire le ministre de la Sécurité, Ben Gvir, et le ministre de l'économie, Smotrich, qui sont, et je n'utilise pas personnellement ce mot facilement, ce sont des fascistes qui sont fiers d'annoncer leur racisme. Et donc nous avons... Et donc contre eux,
il ne faut pas plutôt utiliser la force plutôt que la diplomatie ? Parce que la diplomatie, là, elle ne montre pas ses limites.
La diplomatie montre ses limites. C'est pour ça qu'il faut... Ce n'est qu'une étape. Il doit y avoir... Je venais juste d'évoquer des sanctions contre des personnes, mais nous devrions revenir à Bruxelles parce que nous l'avons essayé aussi. Il y a un accord de commerce israël-Union européenne qui est fondé sur le respect des droits de l'homme des deux côtés. A l'évidence, les droits de l'homme ne sont pas respectés par l'État d'Israël. Nous n'avons pas réussi à persuader certains de nos partenaires de suspendre cet accord.
Je pense que la reconnaissance de l'État palestinien ne peut être qu'une partie d'un processus plus large pour faire pression sur Israël afin de mettre un terme à ce conflit et également à mettre un terme aux violences en Cisjordanie.
Merci beaucoup. Merci Gérard Haraud. On va s'arrêter là. Ancien ambassadeur de France en Israël et à l'ONU. Merci également à vous, Emmanuel Duparc, d'être venu ce matin en studio, journaliste président de la Société des journalistes de l'AFP. Et merci à vous également, Vincent Lemire, historien français. Je vais citer votre atlas historique du Moyen-Orient à paraître en septembre aux éditions des Arènes. Merci à tous les trois et bonne journée. Merci à vous. Merci à vous.
Merci à vous. Merci à vous.