Prévisions de l'OMC à la baisse : "C'est un recul important, mais on a encore des incertitudes énormes vis-à-vis des États-Unis", selon l'économiste Vincent Vicard
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« elle tape sur un recul de ses échanges mondiaux cette année, entre 0,2 et 1,5% en volume. »
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France Info. Bonsoir à toutes et à tous. Quelle perspective pour le commerce international sur fond de guerre douanière ? On en parle avec vous ce soir Vincent Vicar, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes économiste spécialiste de ces questions, adjoint au directeur du CEPI, Centre français de recherche et d'expertise en économie internationale. Vous signez, faut-il réindustrialiser la France ? Chez PUF, l'OMC, l'Organisation Mondiale du Commerce, vient de revoir ses prévisions de croissance pour cette année fortement à la baisse. Concrètement, elle tape sur un recul de ses échanges mondiaux cette année, entre 0,2 et 1,5% en volume. Double question, est-ce que c'est surprenant ?
Et est-ce que c'est encore une prévision quand c'est aussi vaste ?
Alors effectivement, c'est une gazeure de faire des prévisions avec l'incertitude qu'on connaît en ce moment. Donald Trump qui fait des annonces de droits de douane extrêmement élevés, qui revient en arrière une semaine après. Donc voilà, faire des prévisions sur l'année, ça veut dire faire des prévisions sur ce que va faire Donald Trump sur les prochains mois. Et donc ça, personne ne le sait. Lui-même, on ne sait pas vraiment s'il le sait. Et les négociations qui sont censées se dérouler en ce moment avec l'ensemble des pays, on ne sait pas vraiment vers où elles vont et quel est l'objectif même de Donald Trump avec ces négociations. Donc c'est vraiment une gazeure.
Ce n'est pas une surprise que ces droits de douane entraînent une baisse du commerce international. parce que c'est un choc important pour le commerce international. C'est le principal pays, les Etats-Unis, qui représente 13% des importations mondiales, qui met des droits de douane de 10% sur l'ensemble de ses partenaires et plus élevés sur certains produits qui sont beaucoup échangés comme l'acier, l'aluminium ou l'automobile.
Et ces incertitudes, cette situation aussi évolutive soit-elle, quel impact ça va avoir pour l'Union européenne ?
Pour l'Union européenne, il y a deux aspects. D'une part, c'est la fermeture du marché américain. Donc on a effectivement une baisse des droits de douane, une augmentation des droits de douane qui va entraîner une baisse des exportations vers les Etats-Unis. La deuxième dimension, c'est qu'avec la fermeture du marché américain pour les autres partenaires commerciaux, il va y avoir aussi une redirection du commerce. Et ça, particulièrement pour la Chine, qui va voir, avec des droits de douane de plus de 100%, le marché américain se fermer pour un certain nombre de produits. Et donc il y a d'autres produits, certains produits qui vont se rediriger vers d'autres marchés.
Pas seulement l'Union européenne, mais notamment l'Union européenne. Et donc, quelle va être vraiment l'augmentation ? Sur quel produit ? Et comment on va y répondre ? Ça va être une dimension importante.
Et quelle doit être, selon vous, la réponse de l'Union européenne ?
La réponse de l'Union européenne, elle doit être de deux ordres. D'une part, vis-à-vis des Etats-Unis, il y a une nécessité de mettre en place une réponse, une réponse proportionnée, parce qu'il y a une négociation qui doit s'engager et un rapport de force qui est engagé par l'administration Trump. La question qui peut se poser, c'est est-ce qu'on le fait sur les biens, avec des droits de douane, sur les services, avec des restrictions de l'accès au marché pour les exportateurs américains de services vers l'Union européenne ? Ça, c'est une question qui doit être posée et qui doit être posée par les gouvernements et la Commission européenne.
Puis, vis-à-vis de la Chine, il y a une nécessité d'avoir une réponse coordonnée aussi, vis-à-vis des Etats-Unis, mais aussi sur, justement, comment on va gérer cette redirection du commerce pour ne pas entraîner une escalade et qui serait vraiment, justement, la situation la pire, avoir une escalade et un deuxième front dans un conflit commercial au niveau mondial.
Et est-ce que l'Europe, les membres de l'Union européenne, n'ont pas tendance, parfois, à se faire concurrence entre eux, quitte à se mettre des bâtons dans les roues ?
Alors oui, on sait qu'il y a des intérêts qui sont divergents. Il y a des intérêts qui ne sont pas les mêmes de l'Allemagne, qui est beaucoup plus ouverte au commerce, qui a des intérêts en Chine, notamment ses producteurs automobiles en Chine, qui est beaucoup plus exportateur vis-à-vis des Etats-Unis, d'autres pays comme l'Irlande ou éventuellement l'Italie, qui sont aussi plus exposés aux Etats-Unis.
Mais il me semble que l'ampleur du choc qu'on a connu avec Donald Trump, voilà, il faut se souvenir, ça ne fait que trois mois qu'il est là, le nombre d'annonces qu'on a eues sur le commerce international, de restrictions, de menaces sur un certain nombre de sujets en dehors du commerce et des sujets qui touchent à la sécurité de manière beaucoup plus large que le commerce international. Il me semble qu'il y a quand même une logique européenne de réponse européenne qui commence à se dessiner et qui va au-delà justement de ces dissensions avec une chance peut-être d'une véritable réponse européenne et un approfondissement du marché européen.
et voilà, une réponse européenne qui renforce l'Union européenne en tant que telle et qui ne se fait pas sur la concurrence entre Etats membres.
La question est peut-être un petit peu facile, mais concrètement, aujourd'hui, on parle de l'Amérique de Donald Trump, à quoi ça sert l'Organisation mondiale du commerce ? Est-ce qu'elle a encore du pouvoir ?
Alors, l'Organisation mondiale du commerce, elle était déjà mal en point avant même l'arrivée de Donald Trump au pouvoir. Mais il me semble qu'il faut penser quand même l'après Donald Trump et il faut penser, comme je disais tout à l'heure, les Etats-Unis, c'est 13% des importations mondiales, ça veut dire qu'il reste 87% du commerce international avec des pays qui sont attachés au système multilatéral. Alors, l'OMC avait des défauts et ils étaient désappointés, notamment vis-à-vis de la Chine et des subventions chinoises, mais il y a quand même cet attachement à un système multilatéral.
Il faut rappeler que l'Union européenne, contrairement à d'autres pays, c'est un grand pays qui a les moyens aussi de répondre à Donald Trump, comme le fait la Chine aujourd'hui. L'Union européenne a aussi les moyens de répondre, peut-être pas dans les mêmes proportions, mais c'est quelque chose que ne peuvent pas faire d'autres pays. Par exemple, c'est pas le Vietnam, par exemple, qui est ciblé par 46% de droits de douane initialement, qui ont été suspendus, mais qui n'a pas la même capacité, étant donné l'importance du marché américain pour ce pays, qui n'a pas la même capacité à répondre.
Donc il y a peut-être une responsabilité de l'Union européenne de répondre à cette brèche ouverte par Donald Trump dans le système commercial multilatéral.
La Chine change son négociateur sur le commerce international ? C'est un signal particulier ?
C'est peut-être le signal qu'il y a un changement, il y a une prise en compte du fait qu'on n'est plus dans la même situation qu'il y a 4 ans. Il y a 4 ans, le négociateur avait réussi à trouver un accord, ce qu'on avait appelé le phase one deal, où la Chine s'engageait à acheter des produits américains, ce qui n'a pas été très loin et pas très respecté, mais ça avait empêché une escalade. Aujourd'hui, peut-être qu'on est dans une situation, en tout cas c'est la reconnaissance qu'on est dans une situation assez différente, avec une escalade beaucoup plus importante. Il faut rappeler qu'on est à plus de 100% de droits de douane sur les importations chinoises.
Et donc sûrement une stratégie un petit peu différente qui commence à se mettre en place pour essayer de trouver comment désescalader la situation.
On en reparlait de ces prévisions de recul de l'OMC au début de cet entretien, entre moins 0,2 et moins 1,5%. C'est quoi ? C'est des chiffres qui ressemblent à ceux de la pandémie ?
Alors c'est moins important que la pandémie, c'est à peu près l'autre épisode, c'est la crise de 2008-2009, où on avait eu aussi une baisse du commerce extrêmement importante, encore plus importante. Donc c'est un recul important. Encore une fois, on a des incertitudes énormes. Donc voilà, c'est plutôt des ordres de grandeur sur ce qui pourrait se passer. Mais il faut quand même se souvenir qu'avant l'arrivée de Donald Trump au pouvoir, les prévisions, c'était 3% de croissance du commerce international. Donc on est sur un retrait assez important. Après, elles vont être remises à jour. Voilà, c'est un exercice difficile. Il faut le faire.
C'est un peu héroïque de faire cet exercice aujourd'hui pour l'ensemble de l'année. Mais voilà, c'est donner une perspective sur l'importance quand même de ce recul et cette rupture au niveau international.
Merci beaucoup Vincent Vicard, économiste spécialiste, justement, des questions de commerce international adjoint au directeur. du Centre français de recherche et d'expertise en économie internationale. Vous êtes ce soir l'invité Éco de France Info.